mercredi 28 février 2007

Naguib Mahfouz


Je viens d'achever la lecture de "Impasse des deux palais", premier tome d'une trilogie...ce que je ne savais pas lorsque je l'ai emprunté à la bibliothèque. Aussi, me trouvai-je devant une alternative gênante: éditer un commentaire sur ce premier volet ou attendre d'avoir lu les deux tomes suivants (qui semblent bien épais aussi!!). Comme j'ai beaucoup de lectures en souffrance...il faut que j'avance dans ces dernières sinon je ne bouclerai jamais mon challenge lecture 2007.

En attendant quelques repères sur Naguib Mahfouz, décédé en août dernier, premier auteur de langue arabe à être couronné par le prix Nobel de littérature en 1988.



"Naguib Mahfouz est né en 1911 au Caire dans une famille petite bourgeoise. Son père fut fonctionnaire avant de se reconvertir dans le commerce. Sa mère mit au monde quatre filles et deux garçons avant lui. Neuf années le séparaient du cadet de ses frères. Il grandit comme un enfant unique. Très tôt, Naguib découvre l'univers de la fiction. Le petit garçon, débordant d'imagination, va inventer de nouveaux épisodes aux romans d'aventures qu'ils dévore. Il est aussi doué en sciences et en mathématiques mais, finalement, l'heure des études venue, son choix se portera sur la philosophie. Ce n'est que plus tard qu'il comprendra que sa véritable vocation est la littérature. Elle sera son absolu. Un amour total. Une passion aussi. Donc une souffrance.

Double vie
Ses disciples l'appelaient Oustaz, le maître. Ils formaient un cercle autour de lui. Le poète n'est plus. Sa lumière demeure. L'homme irradiait la bonté. Il n'ignorait pas que le mal progresse mais il voulait croire que «le bien remporte chaque jour des victoires parce que du mal peut naître le bien». Naghib Mahfouz parlait parfois comme un sphinx. Sans jamais se rendre dans la vallée des rois, il a écrit des romans pharaoniques. Sans jamais quitter l'Egypte – sinon deux fois pour voir Dubrovnik et visiter le Yémen – il a atteint dans son oeuvre à l'universel. Rien de ce qui est humain ne lui était étranger.
Comme son père, pour vivre, Naguib Mahfouz était devenu fonctionnaire. Au ministère des Affaires religieuses. Puis à l'Administration des arts. Il s'acquittait de ses tâches sans rechigner. Parallèlement il ne cessait de lire. Très jeune, il s'était constitué un programme de lecture. Et le suivait avec méthode. Il a dévoré Tolstoï, Dostoievski, Tchekhov, Proust, Kafka, Joyce, Maupassant, Zola, Flaubert, Shakespeare, Melville, Dickens, Dos Passos, Goethe, Thomas Mann, Faulkner, Huxley, Joseph Conrad, Ibsen, Strinberg.
«J'ai toujours dû, racontait-il, mener une double vie de fonctionnaire et d'écrivain. Si je voulais aussi garder du temps pour mes amis, qui ont tenu un rôle essentiel dans mon existence, la musique et ma famille, je me devais d'être réglé comme une pendule.» Il sera une horloge. Il sait que «le temps est toujours compté, qu'il passe vite et qu'il ne faut pas perdre un seul instant».
Le premier recueil de nouvelles de Naguib Mahfouz paraît en 1938. Il écrira une cinquantaine de romans, sans compter une trentaine de scénarios pour le cinéma. Le succès viendra dans les années cinquante avec sa trilogie, Impasse des deux palais, Le Palais du désir et Le Jardin du passé, qui raconte la saga d'une famille sur trois générations entre les deux guerres. L'écrivain puise son inspiration dans les rues du Caire. Celles de son enfance dans le quartier de Gamalliyya avec ses petits caïds, ses commerçants et les «harafich» ces gueux errants avec lesquels il aura passé des heures, des nuits, dans les cafés de sa jeunesse.

En 1961, avec Le Voleur et les chiens, l'écrivain adopte une nouvelle facture, plus métaphysique. Plus sombre aussi. En 1988, il reçoit le prix Nobel de littérature. Fatalement, les fanatiques enragent. Accusé par eux de blasphème contre l'islam, il est victime d'un attentat intégriste en octobre 1994." (in "Le Figaro" août 2006)

Une autre aventure de Blaise, le poussin


Ce poussin masqué, personnage emblématique de l'univers de Claude Ponti, invite tous ses amis à l'anniversaire d'Anne Hiversère. Il fabrique avec ses amis poussins, un gâteau ? non!! un château d'anniversaire !!!Et là, commence la magie de Ponti qui illustre une belle et bonne recette de gâteau !!Les trouvailles sont multiples, délicieuses, farcies de références littéraires et même bibliques (Blaise et les poussins, le 7ème jour se reposent comme Dieu !!). Le château d'Anne Hiversère ne se fait pas en 7 jours comme le monde, mais en 9... Y aurait-il de la magie là-dessous ? L'intérieur du château est un théâtre à l'italienne et là se joue le plus bel opéra du monde : celui des lectures, des références culturelles de Claude Ponti, cette page est absolument sublime !!! Un livre à lire, à relire, à commenter avec ses enfants qui y trouveront sans problème leur compte et leurs contes !!!Un livre à mettre entre toutes les mains pour un moment de pur bonheur !!!

Une très belle fresque de SF



Comme l'annonce la couverture de ce premier tome, "Le peuple de l'eau" est le premier épisode du feuilleton SF "Les derniers hommes" de Pierre Bordage.C'est un livre digne de cet auteur qui sait manier la langue française avec virtuosité. Par ailleurs, il emmène tout de suite le lecteur dans son univers. Le lecteur se laisse entraîner sans résistance dans cette période post guerre nucléaire qui a fait périr la quasi totalité de l'humanité. La Terre est empoisonnée par les déchets guerriers. Les seules ressources d'eau potable sont les immenses réserves cachées des deux armées (maintenant détruites). Un peuple sait les trouver : le peuple de l'eau. On se retrouve aux temps primitifs de l'Humanité : des clans, une vie de nomade, des risques d'assimilation pour les clans les moins pourvus en population, les immenses étendues vierges de toute présence humaine. Ces clans sont devenus primitifs : ils ont des guérisseurs, des sourciers, des "voyants"...Puis, le lecteur retrouve le creuset biblique : l'Apocalypse et ses peurs.Enfin, au fil des épisodes, le mystère se lève pour enfin découvrir que là-haut un autre clan avait survécu au désastre nucléaire.Pierre Bordage mêle avec brio la science, la religion qui se pervertit par soif de pouvoir, l'âme humaine avec ses mesquineries, ses grandeurs et ses avanies pour réaliser une très belle fresque de SF. D'excellents moments de lecture pour l'amateur de SF et des écrits de Bordage.


NB: cette fresque est sortie en un seul recueil, cliquez ICI mais elle est d'abord parue en collection librio (6 tomes), cliquez ICI pour voir la couverture du premier tome.

lundi 26 février 2007

Flânerie delermienne chez les bouquinistes



J'ai un faible pour la famille Delerm et pour cette chanson qui me rappelle mes flâneries sur le quai des Grands Augustins.

Molière


Je suis allée le voir hier après-midi....2h de très joli spectacle avec un Duris et un Luchini qui n'en faisaient pas des tonnes et qui incarnaient bien leur personnage. Je trouve que le film a été très respectueux des textes de Molière et....qu'ils sont terriblement modernes encore aujourd'hui (c'est l'apanage des grands auteurs !!!) car l'âme humaine n'a absolument pas changé. J'ai adoré la scène où Mr Jourdain rencontre le fils de Dorante et que ce fiston, féru d'économie, parle de sclérose du système français et des bienfaits de la délocalisation...en Espagne ("Et pourquoi pas en Chine!" répond Dorante). Un instant d'ironie féroce car on aurait cru ces dialogues issus des infos!! Je me suis régalée à reconnaître des répliques de pièces ("Cachez-moi ce sein que je ne saurai voir!" ou le délicieux "Le petit chat est mort." " La galère, mais qu'allaient-il faire dans cette galère!") et cela m'a renvoyée aux souvenirs de collège et lycée. Et j'ai même envie de replonger le nez dans quelques pièces!
J'ai apprécié les clins d'oeil du réalisateur au "Molière" de Mnouchkine (j'en ai vu un et c'est mon homme qui m'a soufflé le deuxième...il connaît par coeur le film de Mnouchkine): la scène d'ouverture où J.B Poquelin déclame, lamentablement, la tragédie pendant que son maquillage plâtreux tombe piteusement, et les deux scènes de bassine de sang versé rappelant la maladie de la mère du jeune Jean-Baptiste (il ne comprend pas pourquoi il ne peut pas voir sa mère et où la caméra fait un gros plan sur les bouches rieuses des médecins).
Il y a une scène truculente où Molière entraîne Mr.Jourdain: la position de la goutte d'eau est un moment hilarant couronnée par une imitation de cheval d'anthologie...on ne badine pas avec lemétier d'acteur, foi de Molière!
Bien entendu, il y a eu un "deus ex machina", digne d'un Molière, permettant aux jeunes amoureux de convoler en justes noces et aux manipulateurs d'être démasqués.
En un mot comme en mille: j'ai a-do-ré!
Les avis d' anne, insatiable lectrice , de Mr. Bellesahi d' Amandine et de Cathe. J'avais oublié celui de chtitanne.

dimanche 25 février 2007

Nos amies les plantes


"Ces plantes que l'on mange" a été un des livres les plus offerts à Noël...et on peut comprendre pourquoi: le renom de l'auteur, Jean-Marie Pelt, que l'on ne présente plus, les photos de très grande qualité, les reproductions des planches botaniques mais aussi la qualité des textes. On apprend, ou on se remet en mémoire, les bienfaits, les origines, des diverses familles de plantes que l'on consomme au quotidien.

J'ai beaucoup aimé le classement par famille: la lecture n'en est que plus facile. Chaque plante a son histoire, chaque plante a apporté la diversité alimentaire, une source de vitamines et d'énergie, base d'une alimentation équilibrée et saine, à l'homme. Mais aussi, ces plantes ont apporté le plaisir gustatif, l'imagination créatrice de l'homme: la gastronomie.

J'ai également aimé l'histoire de la domestication des plantes sauvages....de la cueillette aléatoire à la naissance de l'agriculture. Aussi insignifiantes soient-elles, ces plantes faites de racines invisibles et de feuillage changeant au fil de la maturité, il se dégage une poésie de leur histoire multi millénaire et permet à l'homme moderne, conscient de la fragilité de l'harmonie, de se resituer dans l'échelle du temps (mais aussi dans l'échelle écologique): à une place parmi tant d'autres...ni plus ni moins. Il fait partie d'un large éco système fragile, ténu, qu'un trop plein d'erreurs et d'excès peut ravager. A méditer au fil des pages.


Par ailleurs, la beauté de l'ouvrage tient aussi à l'iconographie. Rob White, photographe anglais, met en scène carottes, choux rouges, petits pois, maïs, riz, fèves, pommes de terre, tomates, arachides, olives, lentilles etc... tel un land-artiste réalisant une suite de séries colorées. Ce bel ordonnancement rappelle au lecteur les sillons des champs, les lignes des blés, des seigles sous le soleil d'été ou un joli jardin aux carrés bien délimités. Parfois, une photo rappelle la légèreté des choses: ainsi les lentilles éparpillés par le souffle du photographe avant le cliché. Ah, le délicieux carré de framboises mûres à point et ne demandant qu'à être dégustées, terrible torture en cette fin d'hiver! Et ces poires, ces quartiers d'orange, ces grains de raisin...les papilles sont mise à rude épreuve...mais les yeux s'enivrent de couleurs estivales.

Un livre à dévorer ou à savourer selon son appétit....et à apprécier sans limite!
Quelques mots, glanés au fil du net, sur J.M Pelt:
Jean-Marie Pelt, pharmacien agrégé, est un botaniste-écologiste de renom. D’abord professeur de biologie végétale et de cryptogamie à la Faculté de Pharmacie de Nancy jusqu’en 1972, il fonde cette année-là à Metz l’Institut Européen d’Ecologie, et enseigne la botanique et la physiologie végétale à la Faculté des Sciences de l’université de Metz. De nombreuses missions scientifiques à l’étranger (Afghanistan, Togo, Dahomey, Côte d’Ivoire, Maroc, etc) l’amènent à s’intéresser aux pharmacopées traditionnelles de ces pays. Aujourd’hui, il est très sollicité pour tout ce qui concerne les problèmes de sécurité alimentaire, et notamment les incidences potentielles des organismes génétiquement modifiés (OGM) sur la santé et l’environnement.
Il exerce de nombreuses fonctions, parmi lesquelles celles de Président de l’Institut Européen d’Ecologie, Président de l’Association Européenne pour l’Homme, la Nature et la Vie, Secrétaire Général du Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le Génie Génétique (CRII-GEN), Président de la Fondation Denis Guichard (Fondation de France), Membre du Comité Scientifique de l’Agence de l’Eau Rhin-Meuse, Membre du Comité 21, Chroniqueur à Santé Magazine, etc.
Une bien belle carte de visite qu'il met au service de l'écologie afin de réveiller certaines consciences endormies.

samedi 24 février 2007

Le monde de Bashô


Ce recueil de haïku a attiré mon attention par sa couleur rouge au un liseré noir, puis par les phrases d'un poème disposées "à la manière de" l'écriture japonaise (verticalement): "Ah le vieil étang/une grenouille plonge/et le bruit du silence". Ni une, ni deux, voilà le recueil dans ma besace et ainsi commence ma rencontre avec un poète et les diférentes facettes de son oeuvre: Bashô (1644-1694).

Le format est idéal pour une lecture impromptue de ces haïkus, selon l'humeur du lecteur ou celle du ciel.

On apprend que Bashô n'est que le nom de plume (ou de pinceau) du poète (de son vrai nom Matsuo Kinsaku) et qu'il est issu d'une famille de samouarï. Ce nom de "plume" lui vient du don d'un bananier par un de ses disciples!

Il a une devise qui lui est chère: "Il faut du coeur même faire un haïkaï" . Très vite il sera reconnu comme un maître du haïkaï. Grâce à son école, qui va être de plus en plus florissante, il est le créateur du haïkaï moderne. Au fil de la lecture, on approche les différences entre les tanka, renga , waka, poèmes un peu obscurs pour nos yeux et nos oreilles d'occidentaux.

Les haïkus de Bashô sont souvent inclus dans ses textes en proses (lettres, pensées...)

Dans ce recueil, ils sont classés selon les saisons, les lieux géographiques, les animaux et sont de la main de ses multiples disciples.

....Un délice de théorie, un soupçon, et de poésie pure à savourer à son rythme et selon ses envies. On s'en imprègne doucement, délicatement, suavement au gré des rêveries et des tasses de thé!

Les idées reçues

Quatrième de couverture de l'édition brochée:
"Tous les Noirs sont supposés identiques, produits d'une tradition immuable, aimant les même choses, avec plein de trucs dans la peau et le sang, comme le rythme, le vol ou le mensonge. Pourquoi m'enfermerais-je dans cette image qu'ils voudraient pétrifiée ? Dans le sang, je n'ai que des globules. J'ai le droit d'aimer Beethoven et pas forcément Beko-sade, comme Dupont aime la flûte des Andes. J'apprécie l'opérette et non le tam-tam ou le Griot que je ne connais même pas. J'ai le droit d'être de Dijon et pas du Zambèze. Je suis cadre et non éboueur. J'ai sur le front l'onction chrétienne et non musulmane. Quand je dis MOMO, je pense à Maurice et non à Mohamed. J'ai le droit de croire que l'on peut aimer les sauterelles de Ngomezap sans être plus sauvage que le mangeur de grenouille, l'amateur de corrida, ou le gobeur d'ortolans de braconnage... J'ai le droit de dire que les Blacks sont une fabrication hybride qu'il faut éradiquer du paysage social français. Mais surtout, j'ai au fond du coeur l'espoir qu'un jour, il deviendra évident qu'un Français peut se nommer Mamadou. Et quand on vit dans un pays, comme la France, depuis vingt ans, on soit considéré comme français quelle que soit la couleur de sa peau."

... sont battues en brèche dans ce pamphlet très facile à lire... on dirait un roman !! J'ai aimé les exergues de chaque chapitre faites avec des anecdotes ou des blagues sur les noirs : c'est d'une saveur épicée qui agace positivement. Eh oui, le politiquement correct est aussi mis à mal et l'auteur au nom très "franchouillard" de l'Est se plait à démonter chaque petit fait du racisme ordinaire. Dieu, que certaines élites de gauche peuvent être mesquines !!! Ca fait réfléchir. De plus, l'image du miroir que nous renvoie ce délicieux livre n'est guère agréable. Cela a le mérite de faire réfléchir et de regarder d'un autre oeil (beaucoup plus égalitaire) les "gens de couleur" (oups, je viens de faire du politiquement correct !!).Mr. Gaston Kelman pose cette question dérangeante : "et si le Noir n'était rien d'autre qu'un Blanc à la peau noire ?" La tolérance doit s'apprendre chaque jour et ce n'est pas du tout facile de devenir tolérant, loin de là, même si on a les meilleures intentions du monde !!!
Son dernier essai "Au-delà du Noir et du Blanc" est sorti chez les éditions Max Milo...une petite mise en bouche pour donner l'appétit de le lire:
"Je ne me réveille pas tous les matins au son du djembe. Je ne me réveille pas avec sur le visage le crachat qu'a pris mon père colonisé. Je ne me réveille pas le corps meurtri par les coups qu'ont reçus les ancêtres des Noirs américains ou des Noirs antillais. Je voudrais cesser d'être un Noir. Je voudrais être tout simplement un homme."

vendredi 23 février 2007

A la rencontre de Jules Verne


"Le château des Carpathes" est le deuxième roman de Jules Verne à se trouver entre mes mains. Jusqu'alors, je l'avais évité car une première expérience de lecture avait été désastreuse. Le temps passe, 2005 est l'année Jules Verne et les bibliothèques exposent ses romans.
Les premières phrases mettent tout de suite le lecteur dans une ambiance de mystère et de fantastique: "Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie étant donné son invraisemblance? ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive,-on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes." Le postulat est émis, le décor est planté, le voyage peut commencer.
L'art de Jules Verne est de savoir distiller les frayeurs, les angoisses grâce à son verbe, à ses talents de conteur. Il fait référence aux anciennes croyances, aux légendes, aux peurs ancestrales des fantômes et autres goules. La nuit prend des contours de films noirs, on s'attend à voir surgir farfadets irrités, furies déchaînées, sorcières hurlantes. La forêt est sombre, sauvage, un endroit où on doit se tailler un passage à coups de hachette. La montagne est chaotique et inaccessible. Le château abandonné est inquiétant, hiératique, sombre et maléfique.
Et le dénouement soulage tout en donnant la chair de poule. Jules Verne, écrivain de l'anticipation, et non de science-fiction, explique Michel Serres. Ecrivain qui sait populariser les avancées techniques et technologiques de son temps et lorsque nous le lisons, de nos jours, nous ne pouvons que nous incliner devant sa capacité à voir plus loin que ses contemporains. La scène de la chambre du baron de Gortz où la projection du tableau de la cantatrice disparue, la Stilla, au son de sa voix augure-t-elle l'avènement du cinéma puis de la télévision?

Un bonus en images très intéressant:

jeudi 22 février 2007

Etrange Japon


Etrange et bizarre roman. L'auteure entraîne le lecteur dans un monde hors le monde, voire hors du temps...presque dans un huis-clos angoissant.
La narratrice est assistante-réceptionniste dans un laboratoire qui naturalise les spécimens apportés par les clients. Le lecteur met un moment avant de cerner la nature des spécimens, le mystère grandit: que sont ces spécimens, à quoi servent-ils, pourquoi sont-ils si importants? Au fil des phrases, le lecteur commence à saisir l'essence des spécimens: ils représentent les blessures, les souvenirs de ceux qui souhaitent échapper à leur mémoire afin de vivre sereinement.
Ce court roman (moins de 100 pages) est dérangeant: comme la narratrice, le lecteur ne comprend pas ce qui se joue sous ses yeux.Comme elle, il succombe au charme inexplicable du récit, à sa charge émotionnelle importante. Lentement, il tombe sous la coupe de l'auteure. Une relation envoûtante s'installe. Il est parfois douloureux de vouloir saisir le sens des phrases ou du rythme du récit.
J'avoue avoir trouvé le texte souvent abscons et je me suis demandée où l'auteure voulait en venir. L'application à décrire le rangement, à souligner une liberté par rapport à la hiérarchie semble offrir des pistes: la soumission à l'ordre supérieur, la hiérarchie pesante dans les relations au travail, ces angoisses obsessionnelles au Japon soutendent le propos de l'auteure.
Sans doute faut-il y voir une approche personnelle de l'étrange et de l'enfermement: l'ancien foyer de jeunes filles désert où sont conservés les spécimens, les scènes des rendez-vous entre la narratrice et M.Deshimaru dans l'ancienne salle de bain collective ou les escarpins enchâssant peu à peu les pieds de la narratrice. En gardant bien en tête l'accident de travail de la narratrice, le lecteur saisit la fascination de cette dernière pour les spécimens: elle conserve un souvenir douloureux de la perte d'une partie, infime, de son annulaire gauche, souvenir qu'elle désire effacer de sa mémoire. D'ailleurs, on pourrait gloser sur la symbolique de l'annulaire gauche: représentation sociale du mariage, suprématie du masculin sur le féminin...
Ce désir de spécimen de son annulaire rejoint sans doute celui que la narratrice éprouve pour M.Deshimaru, un désir un peu trouble, teinté de fétichisme (les chaussures qu'elle ne doit plus quitter).
En réalité, ce texte m'a laissée dubitative, voire mal à l'aise, et sur ma faim: je n'ai pas trouvé toutes les clés pour accéder au coeur du récit...pas suffisamment angoissée par la vie?

Un autre avis, celui de pitou....qui m'avait donné envie de lire ce roman.

Roman d'un tableau


J'avais admiré au Louvre le tout petit tableau « La dentellière » de Vermeer, j'avais regardé avec délice des reproductions de « La vue de Delft » ou de « La laitière », je n'avais pas vraiment prêté attention à « La jeune fille à la perle ». J'avais lu « La dame à la licorne » de Tracy Chevalier. Aussi, me suis-je plongée dans la lecture de « La jeune fille à la perle » avec ravissement.
J'aime les ambiances d'ateliers, les descriptions des gestes, des regards des peintres. Tracy Chevalier nous emmène à Delft, au milieu du XVIIè siècle, âge d'or de la peinture hollandaise. J'avais en mémoire,non seulement la lecture de « La prisonnière » de Proust où ce dernier décrit avec minutie et poésie le fameux « petit pan de mur jaune » qui éclaire la vue de Delf, mais aussi le film « Rembrandt ».
J'ai aimé l'allusion, rapide mais élégante, de Tracy Chevalier aux artisans, artistes aussi, faïenciers de Delft...ces bleus si délicats, si multiples faisant la réputation de cette ville portuaire. Cela me rappelait l'atmosphère de « La dame à la licorne » et ses tisserands. La rencontre de Griet, fille d'un artisan faïencier devenu aveugle, et de Vermeer, dans la cuisine avec les légumes épluchés et harmonieusement répartis, montre d'emblée que la sensibilité artistique des héros se trouve au coeur du roman. Griet a des dispositions certaines pour l'agencement des couleurs, pour l'harmonie d'une scène, pour l'équilibre d'un tableau: l'auteur le souligne dans la scène où elle arrange un pan d'étoffe pour équilibrer le tableau mettant en scène la femme du boulanger. On se dit que si elle était un homme, si elle était éduquée et instruite, elle pourrait devenir artiste peintre. Elle comprend ce que dégage les tableaux de son maître, Johannes Vermeer, elle saisit, peu à peu, les subtilités infimes des couleurs: le blanc n'est pas uniquement blanc, il a des nuanges légères de bleu, de jaune voire de vert! D'emblée, ce sens du détail charme et conquiert le peintre Vermeer, lui qui par de petits détails, semblant anodins, sublime ses toiles. D'ailleurs, en lisant cette vie romancée, on peut s'interroger: est-ce l'oeil de la jeune Griet qui ouvre celui du peintre aux détails qui illuminent une scène avec un rien?
A mesure que Griet s'immerge dans la vie familiale des Vermeer, on perçoit le malaise qui se tapit: elle est vue comme une menace par Catharine et Cornelia, épouse et fille de Vermeer. Cette dernière n'aura de cesse de la faire chasser. Griet, élément perturbateur, élément qui attise les regards conscupiscents d'un mécène, pour qui une servante est toujours l'occasion de consommer de la chair tendre et fraîche. Griet devient peu à peu l'assistante, jalousée car étant autorisée à entrer dans l'atelier, du maître: elle pile, broie les couleurs, les rince, les prépare pour les tableaux...une sensualité transparaît dans la description des gestes, annonçant la scène où Vermeer accroche la perle à l'oreille de Griet. Griet, assistante et modèle du peintre, modèle amoureuse silencieuse de ce dernier...une poussière amoureuse d'un astre.
On est en 1666....une innovation scientifique, la chambre noire ou camera obscura, récurrente dans le roman, dévoile son importance peu à peu: regarder la toile en cours permet de voir d'un autre oeil celle-ci et de se rendre compte qu'un détail infime manque à l'harmonie de l'ensemble. Ainsi, la perle est-elle le pendant du « petit pan de mur jaune » éclairant la « Vue de Delft ».
J'ai été touchée par le personnage de Griet, jeune fille, protestante modeste et droite avec ses faiblesses, ses blessures et ses larmes mainte fois refoulées. Au regard immense, à la naïveté qui se heurte au génie égoïste.
« La jeune fille à la perle » est un voyage à l'intérieur des couleurs d'un peintre, à l'intérieur d'une âme sensible et belle, à l'intérieur d'une passion silencieuse et douloureuse. Un voyage hors du temps dont on revient avec les lumières changeantes du ciel dans les yeux.

Les avis de Virginie de lulu de frisette de leeloo et d' allie

Roman traduit de l'anglais par M.O Fortier-Masek

Histoire d'une solitude


C'est ce qu'indique le titre "Le livre d'un homme seul". C'est ce qui est poignant dans ce récit.
Xingjian alterne les souvenirs de son passé et son actualité d'homme libre. Va et vient très fort, extrêmement parlant. Il raconte cette Chine de la Révolution de Mao, la Chine de la révolution culturelle, celle qui broie les êtres humains. Ces derniers n'ont qu'une seule alternative : suivre le mouvement pour se sauver ou s'exiler quand ils le peuvent. Malgré la terreur de la dictature, on peut aimer, être aimé mais le prix à payer est toujours très élevé.
Autre moment fort du livre : la rencontre du narrateur avec une allemande, juive par sa mère. Rencontre qui devient symbole : le génocide des intellectuels est mis en parallèle avec celui des juifs. Mao, Hitler, des machines à broyer les âmes ?
Marguerite traîne sa judéité et sa culpabilité d'allemande comme le narrateur traîne sa liberté d'intellectuel chinois apatride... dans la terrible solitude dont personne ne peut les sortir.
La Chine a rendu solitaire les chinois du continent, les a enfermés dans un exil intime et intérieur. Après la Révolution, rien n'est comme avant, ni dehors, ni dedans. La Chine nous apparaît, fascinante malgré tout pour notre regard d'occidental bien à l'abri, comme une machine infernale à broyer, mixer, les idées et les chairs.
Une solution ? La création artistique, l'écriture salvatrice pour le narrateur : pages 237 à 239 d'excellents passages sur la position de l'écrivain par rapport à son personnage. De même qu'au chapitre 24.
La solitude permet sans doute cette capacité à créer. Mais la liberté dans la solitude est difficile à bien vivre

mercredi 21 février 2007

Voyage en Inde


Le prochain salon du livre de Paris ayant en invités d'honneur l'Inde et ses écrivains, je me suis laissée tentée par quelques titres, notamment celui-ci. C'est un premier roman, l'auteur Tarun J Tejpal est journaliste, critique littéraire et essayiste.

« L'Inde du Nord à la fin des années 1990.Depuis quinze ans, un journaliste et son envoûtante femme Fizz vivent une intense passion amoureuse entre Chandigarh et Delhi. Mais une étrange découverte dans leur vieille maison, accrochée aux contreforts de l'Himalaya, fait basculer leur couple. Au cœur de cette demeure délabrée, soixante-quatre épais carnets reliés de cuir livrent les secrets de Catherine, une intrépide aventurière américaine et précédente propriétaire de la maison. Subjugué par la lecture de ces carnets très intimes, le narrateur s'éloigne peu à peu de Fizz. Le journal de Catherine l'entraîne à Chicago, Londres et Paris au tournant du XXe siècle, puis dans le tourbillon de l'histoire de l'Inde à la veille de son indépendance. Il lui apporte aussi les clefs des énigmes de l'alchimie du désir et de l'amour. »

L'argument littéraire est intéressant, alléchant mais parfois difficile à suivre car plusieurs histoires sont imbriquées dans le roman...mais une fois les récits situés dans leur déroulement, les flash backs ne sont plus gênants.
Ce roman est un foisonnement hallucinant, déroutant et jubilatoire pour celui qui aime se perdre dans les dédales du conteur. Le lecteur suit les déboires du narrateur face à ses romans détruits( par le feu puis l'eau), ses souvenirs d'enfance qui éclairent sur l'adulte qu'il est devenu: un homme amoureux des mots, des images, des sensations, des odeurs, des femmes ce qui en fait un homme pas comme les autres. Les récits croisés de l'Histoire de l'Inde sont une peinture de ce pays qui se construit une identité nouvelle, sans atermoiement pour les nostalgies d'un orientalisme occidental. Certes, la scène, empreinte d'un regret, des deux déménageurs sikhs jamais sortis du périmètre de leur petite ville de montagne, effarés par l'immensité grouillante et bruyante de Dehli avec ses règles du jeu inconnues d'eux, pourrait faire penser à un orientalisme nostalgique mais montre plutôt l'agacement de l'auteur devant l'économie libérale triomphante et la guerre menée par les ambitieux dérisoires pour accéder au sommet. La tristesse de constater que les préceptes de Gandhi n'ont pas résisté face à ce déferlement sauvage de la modernité, chantre de l' individualisme et de la médiocrité des âmes.
Les mots du roman chantent un amour des couleurs, des paysages sublimes et contrastés de cet immense pays, des odeurs, des bruits, tous ces ingrédients qui font l'Inde et qui enchantent l'Occidental (en la personne de Catherine) qui y pose le pied pour la première fois. Et ce point de vue extérieur rejoint celui du narrateur (et aussi de l'auteur) sans aucune trace de condescendance.
Ces sensations épicées et musquées sont tout entières dans l'érotisme fabuleux du roman. Le narrateur aime les femmes, aime sa femme plus que de raison. Catherine, cette femme du passé, aime aussi l'amour plus que de raison et les descriptions des moments intimes des amants sont d'une poésie extraordinaire car peints sans vulgarité. On est époustouflé par les termes innombrables décrivant les plaisirs de la chair, par les multiples expressions imagées à la gloire du livre des passions: le Kama Sutra. Le narrateur use de termes salaces uniquement pour marquer sa répugnance devant l'avidité des hommes pour le pouvoir, quel qu'il soit.
J'ai aimé les phrases récurrentes du roman, mantras éparpillés au fil des pages, petits rappels tintinabulants de l'hindouisme, culture religieuse millénaire: « Il fallait mener sa vie entre le dieu de la raison et le dieu de la déraison/Vénérer l'un et l'autre, n'en offenser aucun », « La désintégration inhérente à tout acte de création/Il n'est rien de si grand qui ne périra un jour. ». mais aussi la phrase qui décrit le thé brûlant et sucré que l'on ne peut boire qu'en faisant du bruit: surrrcccchh.
Puis arrive la rencontre, finement et magistralement préparée par l'auteur, du narrateur avec le coffret de Catherine. Ce coffret, rempli de carnets intimes, est l'élément pertubateur du conte, l'élément qui lance la quête du héros. Peu à peu la personnalité de celui-ci change, il s'éloigne de l'être aimé, Fizz son épouse qui le quitte, il a des hallucinations sensuelles et cauchemardesques. La plongée dans la lecture maudite de ces carnets, retrace un passé que l'on veut oublier (le temps de rajahs richissimes et de leurs folies sous la houlette complaisante de l'Empire Britannique). Des morts qui ne peuvent trouver le repos: les vies antérieures qui se recoupent, le narrateur est l'amant de la memsahib (Catherine) qui part à la recherche de leur fille abandonnée. La paix de l'âme ne peut revenir qu'au bout de cette quête.
La force du roman s'épanouit à la fin par une grande beauté de style : le lecteur comprend que la boucle est bouclée, que le roman s'ouvre et se ferme sur deux phrases symétriques qui s'opposent. « L'amour n'est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C'est le sexe » qui devient « Le sexe n'est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C'est l'amour. ».
Le narrateur concrétise ainsi sa renaissance. La naissance de son roman est proche. Mais que de souffrances entre les deux avant de comprendre que l'amour est un élément indispensable au bonheur des hommes.

Apprivoiser les peurs


"Pomelo est bien sous son pissenlit"

Un adorable livre pour les tout-petits pour leur faire apprivoiser les peurs du quotidien : perte de l'univers de la maison, des parents, du "confort", de la nuit, de l'orage, etc. Les illustrations sont superbes dans leurs tons pastels et le petit éléphant Pomelo a un physique "trognon" !!! Une suite vient de paraître à l'occasion du salon de Montreuil "Pomelo est amoureux" à lire d'urgence !

Laure a lu aussi cet adorable album jeunesse...pour lire son commentaire cliquez ICI !!!

mardi 20 février 2007

Nostalgie



Souvenir audio-visuel d'une série culte que je regardais avec ferveur il y a bien longtemps.Bien entendu, vous avez reconnu la formidable équipe déjantée de la série TV "M.A.S.H". .



Elle était inspirée de l'excellent film "MASH" de Robert Altman avec Mr Donald Sutherland, film qui hélas n'est plus guère rediffusé...sans doute un peu trop iconoclaste et incorrect politiquement? N'hésitez pas à cliquer sur la flèche, la chanson est belle et les images pleines de souvenirs.

Un autre Dao ?


Beau roman initiatique, dans un Japon médiéval qui n'a jamais existé, où les "contes" relatés par les différents personnages rencontrés au hasard des pérégrinations du héros sont autant de préceptes sages à méditer.
On est confronté à l'éternel problème posé à l'être humain : le choix cornélien entre la gloire (facile et peu exigeante pour l'âme) et la voie de la sagesse qui est de refuser honneurs et richesses, gloire et pouvoir, pour écouter son âme, son intériorité.
Vanité des biens terrestres ? Celui qui gagne à tous les coups est-il vraiment le vainqueur ? L'élévation de l'âme ne réside-t-elle pas dans la perte du pouvoir sur les êtres et les choses, cruelle illusion, dérisoire mirage ?
Cultivons notre jardin intérieur et nous trouverons sagesse, sérénité et amour. Tel est l'enseignement de la voie du sabre !

Histoire de lignes


En attendant la fin de mon voyage littéraire en Inde, un autre poème de Tardieu.

L'oblique

Dans un temps lisse, parfois grenu des pesanteurs s'acharnent. Des lacunes rassurent par la facilité. L'obstacle s'oublie, se perd: un rien le traverse. L'oblique triomphe de l'équerre. C'est le soudain rappel à l'autre espace qui n'est pas vu.

JEAN TARDIEU in "L'accent grave et l'accent aigu" (nrf, poésie, Gallimard)

lundi 19 février 2007

Lecture philosophique


Quel beau livre et quelle lecture palpitante !!! A ne pas éteindre la lampe le soir... Tout commence par un meurtre, banal pour un polar. On se dit qu'il n'y a pas que 10/18 qui édite des polars historiques !!! Puis, on avance dans la lecture, et on est surpris, attaché et accro aux notes de bas de page : un roman dans le roman !!! Des tiroirs que l'on ouvre et qu'on a du mal à refermer. On se demande où veut en venir l'auteur, surtout quand des cours de philo de Terminale (ah Platon et ses dialogues !!) surgissent sous la plume de Somoza et que les souvenirs de bachotage viennent vous happer !
On est absorbé par cette intrigue étrange, avec des adeptes sanguinaires de secte. Les héros des notes de bas de page semblent réels, ont des interrogations qui interpellent le lecteur. Tout se réalise lentement jusqu'au dénouement où tout bascule dans un rire éclatant du lecteur ! Pourquoi ce rire enjoué ??? C'est le sel de ce roman, on ne dévoilera donc pas le pourquoi... ce serait trop cruel !!!

Je ne remercierai jamais assez mon bibliomane de mari de m'avoir mis ce trésor littéraire entre mes mains. Kalistina l'a lu également.

Fresque chinoise


Cette fresque grandiose, écrite par un japonais (si, si), peint les derniers siècles de l'empire Mandchou. Le lecteur est plongé dans le monde sans pitié de la société chinoise : le labeur de la paysannerie, les intrigues des puissants, les suées intellectuelles des candidats au mandarinat, la condition misérable des eunuques, la méfiance envers les missionnaires, le rejet de ce qui vient de l'étranger.
Trois principaux portraits en filigrane : celui du mandarin un tantinet iconoclaste, Wen-Sieou, celui du jeune garçon (qui fut le protégé de Wen-Sieou) Tchouen-Yun qui s'auto mutile pour réaliser la prophétie (qui s'avèrera "montée" par la voyante) lui promettant les richesses du Vieux Bouddha (surnom affecteux de la vieille impératrice), enfin celui de l'impératrice Tseu-Hi, redoutée de tous mais qui cache sous ce masque impitoyable une âme de midinette et un côté fleur bleue qui la rendent attachante.

Il y a des scènes amusantes, notamment celles de l'extension de la concession de Hong Kong aux Anglais sous les yeux ébahis d'un journaliste américain qui est admiratif du "coup" politique du vieux mandarin et général, Li Hong-tchang ainsi que celle de la rencontre d'un mandarin déchu, affamé et au bord du suicide, avec celui qui sera le futur Mao !!!
Roman fleuve, long comme le fleuve Jaune, plein de tourmentes, de "flash back", passionnant. Le lecteur est immergé dans cet empire exangue et moribond, ratant les ultimes occasions d'accéder en douceur dans l'ère du modernisme. Il en sort, comme le jeune Tchouen-Yun, époustouflé mais ayant appris une chose importante : le plus beau des trésors est celui de la vie et de ses douceurs comme ses douleurs.

dimanche 18 février 2007

Insolite





Les propriétaires de cette maison connaissent-ils les oeuvres de Tennessee Williams, notamment celle-ci ?
Je ne peux résister à l'envie de vous la montrer cette statue féline expressive!

Perfide Albion?


L'Angleterre fascine les intellectuels américains, sans doute un fantôme de la présence colonisatrice d'Albion sur les terres du Nouveau Monde.
Vinnie Miner, professeur spécialisée en littérature enfantine, et Fred Turner, professeur spécialisé en littérature anglaise du XVIIIème siècle,obtiennent un congé d'étude à Londres, d'une durée de 6 mois. 6 mois de bonheur à vivre au contact de la vraie civilisation, loin de la barbarie américaine.
Vinnie et Fred ne sont certes pas les voyageurs américains fortunés des romans de Henry James, mais ils vont expérimenter l'expatriation comme les héros de James.
Vinnie est aussi insignifiante physiquement que Fred est beau, aussi petite et menue qu'il est grand et sportif, aussi vite intégrée à la bonne société londonienne qu'il est en marge de celle-ci. Elle travaille sur « l'étude comparative des chansons à jouer des enfants britanniques et américains » et a déjà essuyer des sarcasmes d'un critique littéraire. Fred, lui travaille sur le théâtre de Gay.
Au fil des chapitres, Alison Lurie nous invite à observer le microcosme londien de la bonne société anglaise et peu à peu les fantasmes se lézardent. Les nantis londoniens s'avèrent être condescendants, hypocrites sous leurs airs de politesse raffinée: l'Amérique semble être encore une colonie sauvage que l'on doit regarder avec une pitié dédaigneuse. Alison Lurie nous dresse un portrait cruel de ce Londres intellectuel, de cet esprit « so british » qui fascine et agace profondément, que l'on soit américain ou européen.
L'apparence est le chef d'orchestre de toute relation sociale: surtout ne pas montrer ses travers, cacher ses entorses au protocole sous un vernis de civilisation raffinée. Vinnie et Fred se rendront compte que leur admiration anglophile n'est peut-être que le produit de leur colonisation intellectuelle: à la fin de leur séjour, ils se retrouvent transformés, comme s'ils avaient quitté enfin leur chrysalide pour devenir eux-mêmes et voler de leurs propres ailes.
Londres ne résiste pas au décorticage subtil et ironique d'Alison Lurie mais cette dernière nous fait vivre un Londres que l'on aime à croire qu'il existe vraiment. Cette atmosphère particulière du flegme britannique, cette nonchalance guindée et élégante qui font que le monde entier envie ces traits de caractère tout en les détestant amoureusement.
Fred tombe amoureux d'une icône du cinéma londonien, Vinnie dans les rets amoureux d'un touriste américain, Chuck, rencontré dans l'avion l'emportant vers Londres, typique, inculte, grossier, à l'habillement tapageur et grotesque de cow-boy, mais se révélant plein de bon sens et allant plus à la rencontre de l'esprit anglais que Vinnie et Fred sclérosés dans leurs coteries londoniennes.
Londres n'est pas l'Angleterre, cette dernière vibre et étincelle dans les campagnes et les cottages perdus dans les champs, les landes ou les bois.
On ne peut s'empêcher d'être ému par l'envie, chez beaucoup d'américains, d'avoir des ancêtres nobles en Angleterre: la quête de Chuck est un petit bijou d'humour et de férocité envers les clichés énoncés de part et d'autre de l'Atlantique. C'est un personnage secondaire qui revêt une grande importance dans le roman. Un autre personnage, a priori insignifiant, parcourt inlassablement le récit: Fido, le chien invisible de Vinnie, symbole de son mal-être et son apitoiement sur elle-même. Il devient l'image du bonheur entrevu que l'on ne sait pas saisir à temps, ironie amère du sort que l'on apprend à côtoyer.
Une atmosphère romantique teintée d'une douce amertume, telle le brouillard londonien qui s'estompe sans disparaître vraiment. Un roman qui donne envie de relire les classiques anglais, de replonger dans les époques edwardienne et victorienne de cette Angleterre irritante, attirante mais attachante.
Une belle découverte littéraire d'un univers d'auteur que l'on souhaite approfondir.

samedi 17 février 2007

Un chemin



Un chemin

Un chemin qui est un chemin
sans être un chemin
porte celui qui passe
et aussi ce qui ne passe pas

ce qui passe est déjà passé
au moment où je le dis
ce qui passera
je ne l'attends plus je ne l'atteins pas

je tremble de nommer les choses
car chacune prend vie
et meurt à l'instant même
où je l'écris

moi-même je m'efface
comme les choses que je dis
dans un fort tumulte
de bruits, de cris.

JEAN TARDIEU in "L'accent grave et l'accent aigu" (nrf poésie Gallimard)

vendredi 16 février 2007

Week End à Rome


Le bonheur au plus haut point: un bon roman policier et les rues de Rome! Que demander de plus pour que me reviennent, pêle-mêle, les souvenirs de mon séjour romain: le Forum, le Colisée, la place Navone, les ruelles, les berges du Tibre...
Nous voilà donc aux côtés de l'inspectrice Flavia di Stefano de la brigade de protection du patrimoine artistique pour une enquête sur un vol d'icône.
Le lecteur croise alors une voleuse de tableau de haute volée, des marchands de tableaux un peu trafiquants, un antagonisme entre polices, des moines empêtrés dans leurs contradictions...et la chute de Contantinople!
le tout est un policier très bien mené par Iain Pears (comme d'habitude) où les références historiques et artistiques comblent les amoureux des arts et des lettres.
J'ai beaucoup aimé le "raton laveur" (de l'inventaire...) de service en la personne du fiancé de Flavia, Jonathan Argyll (ancien marchand de tableaux...honnête et probe!), délicieux personnage planchant sur des textes latins et grecs dans le scriptorium du monastère San Giovanni.
Quant au restaurateur de tableaux de maître, américain....un vrai portrait haut en couleurs.
Une enquête romaine fleurant bon le soleil italien, les marchés colorés et l'histoire millénaire de cette Ville Eternelle.

Roman traduit de l'anglais par G.M Sarotte

jeudi 15 février 2007

Polar social


Le nom de l'auteur me disait quelque chose et comme j'avais envie de lire un polar, il m'est tombé dans les mains à la bibliothèque.
Destins de héros qui semblent n'avoir aucun rapport entre eux mais qui aiguillonnent la curiosité du lecteur.
Au début, la lecture m'a un peu désarçonnée, j'étais perplexe car je ne voyais pas trop où l'auteur voulait en venir. Mon enthousiasme faillit s'enfuir. Mais, peu à peu, je me suis prise au jeu des aller-retours entre les personnages.
Puis j'ai compris ce qui, au départ, me freinait: la dscription sans concession de la misère, des misères de notre société. Je suis de plus en plus convaincue que le roman policier est une photographie très précise d'une société à un moment donné. Il nous renvoie des images que aimerions ne pas voir.
Quel peut être le point commun entre Daniel (le looser xénophobe, pensant que son malheur vient d'une Gauche lâche et des immigrés s'engraissant sur le dos des bons français), Alain (le scénariste en vogue, auteur d'un roman à succès qui lui permit de quitter l'Education Nationale), Bernard, dit Nanard (le roi des clodos, charismatique et étrange, régnant sur une bande de déchus), Jacques, dit Jaquot (standardiste dans un hôpital) et Mathieu, un vieil inconnu atteint d'Alzeimer)? A priori rien, sinon qu'à divers degrés la chance a réservé d'étranges surprises à ces êtres en souffrance. Parfois, cette chance fait une risette pour ensuite disparaître dans un rictus qui transforme la vie en véritable cauchemard.
Thierry Jonquet nous entraîne dans un dédale de misères sociale, affective ou psychologique. Avec en guise d'épices....la canicule de l'été 2003 qui pointa l'incurie des responsables politiques et mis sur le devant de la scène la gestion désastreuse des personnes âgées par notre société individualiste, ne jurant que par la productivité et la rentabilité.
"Mon vieux", un polar social qui fait grincer les dents, qui secoue nos consciences endormies par l'habitude de l'étalage de la misère.
Les invités surprises de l'intrigue: la canicule et la panique hospitalière qui rendront bien des services aux divers protagonistes de l'histoire.
Quand on sait, en plus, que Thierry Jonquet travailla quelques années dans un hôpital gériatrique, on savoure l'ironie mordante de nombreux passages.
Certes, il est peut-être morbide de s'auto-flageller avec son auto-critique mais cependant, lire ce roman noir permet de garder les yeux ouverts devant la réalité du quotidien...ce qui peut aider à ne pas écouter certaines sirènes.

Ecriture passion








En attendant mon commentaire sur "Mon vieux" une mosaïque pour les amoureux des stylos et autres objets d'écriture...Depuis le temps que je voulais la placer ;-)

mercredi 14 février 2007

Une recette du bonheur


Les éditions Thierry Magnier ont toujours de petits trésors à éditer, notamment en littérature jeunesse !! "Cinq, six bonheurs" fait partie de ces petits trésors que l'on aime lire et relire lorsqu'on a un petit moment à consacrer à cette éternelle quête.
Le sujet nous fait revivre ces moments intenses de l'école primaire et des rédactions... Ah les sacro saintes rédactions !!
Cette fois, le sujet est philosophique, ça change de la relation des vacances d'été (du coup ça désarçonne !!).
Ces pages sont pleines de fraîcheur et la chute est élégante : le bonheur est en soi et parfois est fait de tous petits riens !!!
A lire le soir pelotonné sur le canapé (avec un bol de tisane ??) ou avec son grand fiston (ou sa grande fille) contre soi.

St-Valentin


Que font deux LCA sous un même toit pour la St-Valentin? Ils s'offrent un cadeau...un livre! Le hasard qui est très souvent plein d'humour a fait en sorte que nos deux LCA s'offrent mutuellement le même roman. Lequel? "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" que la jeune stagiaire de notre libraire lisait, il y a quelques petites semaines. Elle nous en avait fait un commentaire très élogieux et les billets postés sur les blogs ne faisaient que nous confirmer dans notre envie de le lire! Nous sommes quitte pour aller échanger un exemplaire cet après-midi...ce qui veut dire entrer dans une librairie!!! Aïe, aïe, il va falloir raison garder!

mardi 13 février 2007

5 choses peu connues à mon sujet


Je voyais sur les divers blogs visités de multiples invitations à parler de "5 choses peu connues à mon sujet". Et je me demandais, si un jour quelqu'un m'inviterait à y répondre. Au moment où je commençais à désespérer (ce qui faisait rire le bibliomane qui partage ma vie), Turquoise m'a lancé la "patate chaude".
Voici mes 5 révélations:

1) Je laisse beaucoup de choses traîner. Du plus loin que je me souvienne, mon entourage m'a toujours suivie à la trace: vêtements, bouquins, tasses de thé, stylos, papiers griffonnés voire mouchoirs en papier usagés (je sais, ce n'est guère glorieux...).

2) J'ai un vice, caché jusqu'à aujourd'hui: je me rue sur les magazines people lorsque je vais chez le dentiste, le médecin ou chez la coiffeuse. Là, à ma grande honte, je me gave des frasques (ou ce qui passe pour des frasques) des célébrités, de leur vie dorée et vaine (cela ne me fait même pas rêver), de leurs pauvres petits soucis, de leurs déclarations fracassantes sur n'importe quoi. Bref, je me lave le cerveau avec ces bêtises insanes. Heureusement pour moi, je ne vais que très rarement chez le médecin ou le dentiste...quant aux séances chez la coiffeuse, comme je cache mes cheveux blancs, c'est tous les 2 mois.

3) Je suis fascinée par les objets d'écriture. Pour moi, la Rolls Royce des stylos est le Mont-Blanc. A ce sujet, une anecdote croustillante (hihihi): je m'étais offert, pour mes 35 ans, un stylo Mont-Blanc (une réplique de celui qui appartenait à mon prof de lettres classiques au lycée. Je m'étais promis qu'un jour, moi aussi, j'en possèderai un). J'avais cassé ma tirelire, j'étais fière comme Artaban. Quelques mois plus tard, ma chienne Bouvier Bernois (hélas disparue l'an dernier) répondant au doux nom de Margotte, pour se venger d'être restée toute seule me l'a croqué, sans état d'âme! je ne vous raconte la tête que j'ai faite à la vue de ce spectacle affigeant: la plume (18 carats tout de même!) tordue!!! J'ai hésité entre étrangler ma chienne et pleurer de rage...j'ai pleuré comme une madeleine! A l'atelier de réparation, ils n'avaient encore jamais vu cela...1500F! L'assurance a remboursé la quasi totalité du montant, ouf! Maintenant, je range soigneusement le stylo dans son étui et dans mon sac.

4) Je suis une fieffée gourmande (qui doit se surveiller tout le temps :-(. ). J'aime concocter des confitures ou des gelées. Mes dernières réussites: la confiture orange/chocolat, la gelée de pommes au thé vert et...la gelée de dent-de-lion. Entendre le "bouillottement" de la confiture dans la bassine en cuivre...c'est de la pure poésie.

5) J'ai des tics de langage. D'ailleurs, le nom de mon blog est le résultat d'un mariage entre une de mes passions, les chats, et un de mes "jurons" favoris, saperlipopette (quand on enseigne à des enfants de 2/3 ans, on a intérêt à enjoliver les jurons sinon...oups!). Donc, je dis souvent "saperlipopette", "pouët pouët" et "zut et crotte" (quand je suis à bout d'argument).

Voilà, vous en savez maintenant un peu plus sur moi. Il est de tradition de passer "la patate chaude" à 5 autres victimes. The winners are: Camille, Larkéo, Flo, Bouquin et Michel .
Mille excuses...mais je suis curieuse, aussi suis-je impatiente de lire vos révélations!!

lundi 12 février 2007

Une aventure finlandaise


Ce roman est jubilatoire dès le premier chapitre et j'ai adhéré immédiatement au surréalisme de la situation.
Il était depuis lontemps dans ma liste de LAL et malgré les éloges de mon cher et tendre sur ce livre, je remettais sa lecture à plus tard. Puis Lire Ensemble l'a élu livre du mois...la reculade devenait impossible et ce fut tant mieux!
Le roman m'a très vite fait penser à cette chanson enfantine, faite d'associations d'idées, que je chantonnais en récréation à l'école: "Trois p'tits chats, chat, chapeau de paille...". En effet, chaque fin de chapitre ouvre un nouvel aspect de l'aventure initiatique de Vatanen.
La galerie de portraits est des plus truculentes, les situations plus cocasses les unes que les autres, aux limites de l'absurde.
Cependant, la quête du bonheur est entre les lignes, entre les mots. Ce bonheur si rare à nous apparaître qu'il ne faut surtout pas le laisser filer...l'occasion est presque toujours unique. Tel est le lièvre percuté par la voiture de Vatanen. Ce dernier saisit la perche tendue par le hasard (qui fait souvent bien les choses) et commence son périple intérieur et intime.
La Finlande, terre des sagas, des épopées, nous offre ses secrets, son intimité mais aussi son humour, féroce parfois (la chasse à l'ours est un petit bijou!).
Le lièvre, animal symbolique s'il en est, est le fil qui relie Vatanen à son envie de vivre autre chose que sa vie étriquée et sans joie. Le lièvre le révèle à lui-même et devient son "doudou", son intime désir de liberté et d'amour.
Comme toujours, ce genre d'histoire n'est jamais aisé à retranscrire. D'ailleurs, le faut-il vraiment? Rien n'est moins sûr.
Le lecteur regarde défiler les paysages du cercle polaire, la solitude mais aussi la solidarité des populations dispersées et isolées. Les rencontres, parfois irréelles de Vatanen, sont empreintes d'humanité et d'humanisme.
...La liberté ne s'enferme pas, surtout lorsqu'un homme a choisi de retourner à la vie sauvage...de lièvre.
"Le lièvre de Vatanen" est mon premier Paasilinna. Comme Camille, ce roman me fait découvrir l'univers décalé de cet auteur et me donne envie de m'y promener encore.

Merci Arte


Hier soir, soirée télé en direct: Arte diffusait "Beignets de tomates vertes" film de 1991.
Une comédie dramatique qui met en scène l'amitié indéfectible entre deux femmes aux caractères opposés. Cela se passe dans de Sud des Etats-Unis (en Alabama), avec les préjugés et le racisme ordinaire.
J'ai bien aimé les aller/retours entre 1929 et notre époque, et la vertu des souvenirs d'une vieille femme donnant l'énergie de se battre à une ménagère américaine, à la limite de la caricature, pour sauver son couple. Ce film relate la vie, avec ses bonheurs et ses peines. Des scènes émouvantes et terribles alternent avec des instants de rires et de symbiose avec la nature.
Ces deux femmes, Ruth et Idgie, ne reculent devant rien pour asseoir leur liberté d'être et de penser.
Il est terriblement difficile de résumer ce film, empreint de sensations, d'émotions et de non-dits, sans dévoiler sa quintessence.
Une comédie dramatique, une chronique de la vie, belle et sublime comme savent si bien filmer les américains.
Si un extrait vous tente, cliquez ici .

Bol d'air dominical


cela faisait longtemps que nous n'étions pas allés nous promener en bord de mer. Hier, entre deux averses, nous sommes allés sur le sentier des douaniers, à St-Quay-Portrieux...le printemps est presque là: les ajoncs coloraient de jaune d'or le paysage marin. Comme le dit si bien Anne la mer déstresse!!!

dimanche 11 février 2007

Mosaïque Land-Art







Au fil de mes "glanages" sur la Toile Virtuelle, j'ai récolté beaucoup de photos des installations de mon artiste de Land-Art favori, Andy Goldsworthy. En ce dimanche tranquille, je souhaite vous faire partager une série de notes poétiques...
Quelques images sonores? cliquez ici puis

samedi 10 février 2007

Saga chinoise


Lao She met en scène une famille chinoise traditionnelle, au mode de vie ancestral. Quatre générations vivent ensemble dans une maison que l'imagination voit jolie, agréable, pleine de vie et de rires d'enfants. La famille s'est élevée socialement à chaque génération: les petits fils ont reçu une éducation de lettrés.
Dans cette Chine occupée par les Occidentaux, des fissures lézardent le mode de vie millénaire: un vent de changements commence à se lever.
L'angoisse du vieux Qi (le patriarche) est de ne plus voir ses descendants vivre sous le même toit que lui et de ne pas fêter son anniversaire entouré de tous.
Puis c'est la guerre contre le Japon envahisseur. La Chine est asservie et Lao She nous emmène dans les ombres inquiétantes et sordides de l'occupation. Il nous peint une société particulière: la société pékinoise, une Chine dans la Chine. Une société profondément confucéenne: la fatalité est présente, il faut composer avec cette dernière afin de garder la tête haute et l'estime de soi. Le lecteur a l'impression que tout glisse, telles les gouttes d'eau sur les plumes des canards, sur ces Pékinois placides, optimistes et qui peuvent apparaître lâches et aveugles.
Les fils conducteurs de ce roman fleuve (presque 1900 pages) sont ce qui fait la splendeur de la civilisation chinoise: la maîtrise de soi (face aux pires situations) afin de ne pas heurter la sensibilité de l'Autre et le respect de la piété filiale (caisse de résonnance de l'attachement au culte des ancêtres et de l'importance d'une descendance nombreuse). La hantise de tout chinois est qu'il n'y ait plus de descendant pour prendre soin des parents et brûler des bâtons d'encens en l'honneur des ancêtres.
Trois points vitaux de la vie des Pékinois: ne pas perdre la face, avoir une grande piété filiale et être en toute circonstance un être humain.
Cette trinité sera mise à mal par l'occupation féroce, pendant huit ans, des Japonais. La famille Qi illustrera, tout au long de la saga, ls doutes, les souffrances, ls compromissions qui malmèneront ces trois aspects fondamentaux de la société chinoise.
Confucius est derrière chaque mot, chaque phrase, chaque sentiment. L'art subtil des paysages peints sur papier de riz apparaît sous la plume de Lao She souvent pour adoucir le récit difficile des misères subies par la peuple, mais en même temps, il pointe du doigt le fait que ces bonheurs d'autrefois sont irrémédiablement perdus en raison de la barbarie japonaise.
La lecture de Lao She met en parallèle l'antagonisme culturel entre la Chine (civilisation éclairée et brillante)et le Japon (civilisation imitatrice restant toujours barbare aux yeux des Chinois) avec l'antagonisme culturel entre la Grèce Antique et Rome. L'élève souhaite toujours surpasser le maître...quel qu'en soit le moyen. le lecteur comprend peu à peu que si Lao She qualifie les Japonais de "petits" c'est en vertu du regard chinois porté sur le Japon qui n'est qu'un nain à l'échelle millénaire de la civilisation chinoise.
Un passage illustre bien ce rapport antagoniste entre Chine et Japon:

"...ceux qui agressent les autres, les dominent, nuisent aux autre, ne peuvent qu'agir à l'aveuglette, ils n'ont pas d'autre solution. L'agression, elle-même, est désordre, car l'agresseur ne voit que lui-même et invente, en suivant sa propre idée, le visage que doit avoir l'agressé. Ainsi quelle que soit la minutie du calcul de l'agresseur, il rencontrera inévitablement des échecs et commettra des erreurs. Quant aux rectifications, il ne peut les apporter qu'en suivant une fois de plus ses partis pris, et, plus il corrige, plus il s'enferre dans l'erreur, dans le désordre. les petites révisions, les petites rigueurs ne peuvent corriger des prémices fondées dur l'erreur."

"Quatre générations sous un même toit" présente une rupture de rythme et de regard: les deux premiers tomes insistent sur l'écartèlement d'un des héros (Ruixuan, le fils aîné garant de l'équilibre familial) pris entre son patriotisme et son devoir de piété familiale. Le dernier tome évoque les changements durables qui vont s'opérer dans la société et la culture chinoise: l'avènement d'une fierté nationale, d'un patriotisme triomphant et du homme politique déterminant que sera Mao. Ces changements sont vus à travers le prisme du benjamin de la famille, celui qui n'ayant pas sur les épaules le poids de la tradition peut partir rejoindre les rangs de la résistance.
Ce roman est un long voyage au coeur d'une famille qui voit ses horizons changer et s'élargir. La traduction permet au lecteur de goûter aux savoureuses diatribes orales des habitants de la ruelle du Petit-Bercail. Un bonheur à lire, un livre qu'on ne laisse pas tomber de ses mains.

vendredi 9 février 2007

Questionnaire de Bouquin




Sur les conseils de Challenge ABC 2007 et de mon Bibilomane de mari, je suis allée sur le blog le carnet de bouquin où un questionnaire sur la lecture est proposé. Et comme l'auteur(e) de ce blog demande très gentiment d'y répondre et de faire passer l'info...je m'y suis prêtée de bonne grâce. Un petit détour par ici vous fera découvrir un univers charmant, plein de lectures.

Une promenade holderienne


A la campagne tout le monde se connaît et quand quelqu'un disparaît, l'église se remplit. C'est ce qui surprend le narrateur qui accompagne celui qu'il a rencontré par hasard au cours d'une promenade solitaire. Il raconte sa vie, étrange, brisée par la guerre d'Algérie, colorée par la rencontre avec une famille hongroise en exil.

Cela se passe à Bordeaux et dans une campagne à 1h de Paris.
Holder laisse la liberté d'opinion à son lecteur qui peut détester ou être attendri par le héros malgré lui du roman. Il nous offre une autre facette des relations humaines.Il met le doigt sur une évidence, certes, celle de l'ambivalence des sentiments envers l'autre.
Le héros, ce médecin qui quitta tout pour entrer dans sa nouvelle famille fantasque, fascinante par sa culture et son vague à l'âme slave, ouverte sur le monde.

On comprend à la fin son désespoir : partagé entre sa famille et une passion inassouvie. Une belle promenade qui laisse rêveur...

Nota Bene:

Pour rassurer les visiteurs, j'ai lu ce roman en août 2004 (j'avais laissé un commentaire sur Zazieweb...et comme je suis toujours dans la lecture de "Quatre générations sous un même toit", je meuble avec mes anciennes lectures :-)

jeudi 8 février 2007

Auster folies...


Petit cadeau pour les lectrices et lecteurs de Paul Auster.
En même temps, cela me permet de "faire mes gammes" avec le nouveau logiciel photo installé depuis peu sur mon ordinateur.

Lendemains de guerre


Une enquête policière qui va plonger dans le monde peu avouable de certains politiques au lendemain de la deuxième guerre mondiale, dans un pays de l'est.
Manipulations, chantages, réécriture de l'histoire, soif de justice et romance entraînent le lecteur dons le monde glauque de la dénazification et le début de la guerre froide.
Monde où on s'aperçoit que malgré la Révolution, la société a toujours ses bourgeois et ses nantis, ses pestiférés et ses petites mains.
Monde où la police politique a des dossiers sur tout le monde et où les puissants exercent leurs prérogatives pour faire taire les gêneurs.
Monde où une ancienne taupe nazie accède aux responsabilités politiques, où un ancien nazi devient tueur à gages.
Le début du roman est très lent, un peu lassant : la mise en situation est longue mais finalement nécessaire pour saisir l'ampleur de la psychose ambiante (peur de l'espion, de la délation) qui fausse les rapports humains.
Le héros est en proie aux doutes, au manque d'assurance en lui, lui qui est entré dans la Milice du Peuple, section brigade criminelle, pour ne pas crever de faim.
Puis, une fois que le malentendu est levé entre le héros et ses collègues, l'action s'emballe et l'enquête devient prenante.
Une plongée intéressante, pour les amateurs du genre, dans l'époque incertaine du partage de Berlin entre les Alliés, du pont aérien des américains... avant la création du Mur.

Roman traduit de l'allemand par Françoise Bouillot

mercredi 7 février 2007

Une feuille verte....


Je n'avais pas parlé depuis longtemps d'une de mes passions: le thé.
Une citation glanée sur le thé des écrivains:


"Lart du thé en général implique l'harmonie entre les Trois Pouvoirs : le ciel, la terre et l'homme. Le ciel fournit la lumière du soleil, la brume et la pluie qui sont nécessaires à la culture du thé ; la terre donne le sol qui nourrit les plantes du thé, l'argile qui sert à façonner toutes sortes de céramiques dont on use pour le thé, les sources jaillissant du rocher qui procurent l'eau pure pour l'infusion. A cela l'homme ajoute le talent qui associe les feuilles de thé, l'eau et les céramiques pour donner naissance à un art plein de séductions." John Blofeld in "Thé et Tao"

Princesses


Je ne résiste pas à présenter cet album atypique "Princesses oubliées ou inconnues" de Rebecca Dautremer. Pourquoi atypique? Parce qu'il semble touffu et compliqué. Or, une fois ouvert, la magie nous happe et nous emporte dans l'imaginaire des princesses et des royaumes inconnus. Il y a une princesse par page. L'auteure nous décrit son caractère, sa vie, ses habits, ses envies, ses préférences, ce qu'elle n'aime pas etc... Elle utilise la variation de la langue, parfois familière, parfois recherchée. Les illustrations sont d'une beauté à couper le souffle, les polices de caractères variées et délicieusement déroutantes. Les princesses nous sont "croquées" sous un jour inattendu et cela démystifie, tendrement, le concept de princesse!!! Sous leurs beaux atours, elles se révèlent bien chipies...et on peut reconnaître certaines des nôtres!!!
Cet album, malgré son apparente difficulté d'accès, peut être lu aux plus jeunes enfants comme un conte du soir ou alors en lecture plaisir au creux du canapé, lové contre l'épaule de Maman ou de Papa (il n'y a pas de raison) car les illustrations sont vraiment somptueuses et la langue savoureuse!!!

mardi 6 février 2007

Souvenirs


Lamousmé et Lilly m'ont donné envie de montrer une reproduction d'un tableau de Millet: "L'Angélus".
Ma Mamie avait fait encadrer, dans sa jeunesse, une carte postale reproduisant ce tableau. Je l'ai toujours vu chez Mamie et lorsqu'elle nous a quittés et que nous avons trié ses affaires, je n'ai pu faire autrement que de l'embarquer, cette reproduction! Il y a des souvenirs qui ne s'effacent jamais et qui font partie de l'être cher que nous avons perdu. Ainsi ce tableau, indissociable de Mamie.

Visiter un classique


Une aventure philosophique d'un jeune nanti chinois qui commence par un dîner entre amis dont le sujet est le sentiment du bonheur : être heureux c'est avoir des envies, des émotions, c'est avoir des buts dans sa vie...tout ce que n'a pas Kin-Fo.
Il apprend un jour que ses actions ne valent plus rien, il décide d'en finir avec la vie. Il demande à son ami philosophe Wang d'accomplir cette tâche afin de connaître l'émotion avant de rejoindre le royaume des morts (en bon financier il souscrit une assurance vie auprès d'un établissement américain). Mais entre temps, sa situation financière fait plus que s'améliorer et là le désir de vivre réapparaît.
Les aventures de ce jeune chinois ne font que commencer, l'occasion pour Jules Verne de fournir à son lectorat la primeur des dernières avancées technologiques. C'est un roman désuet aujourd'hui mais très émouvant quant on resitue l'auteur dans son époque. Un agréable voyage en Chine mais aussi dans l'imaginaire de Jules Verne.
...et pour une fan de l'Extrême orient telle que moi, c'était une occasion de parcourir la Chine, même si l'auteur la rêve plus qu'il ne la décrit (car il n'y est jamais allé!!).

lundi 5 février 2007

Road movie argentin


Nous ne regardons pas la télé, nous allons beaucoup au cinéma et lorsque le WE rien ne nous tente sur la Toile Blanche, les DVD sont là pour assouvir une envie d'images.
Vendredi soir, nous nous sommes installés, avec le chat siamois (un vrai plaisir!), sur le canapé pour regarder "Historias minimas".

synopsis:


"A des milliers de kilomètres du sud de Buenos Aires, trois personnages voyagent le long des routes désertes de la Patagonie du Sud.
Don Justo, retraité de 80 ans et ancien propriétaire d'une droguerie dirigée par son fils, s'enfuit de son domicile pour échapper à son emprise. Il part retrouver son chien disparu qu'un ami prétend avoir aperçu à San Julian...
Roberto, un représentant de commerce d'une quarantaine d'années, accomplit le même périple à bord de sa vieille voiture, emportant avec lui une charge bien encombrante : un gâteau à la crème, cadeau d'anniversaire destiné au fils d'une jeune veuve qu'il convoite...
Le même jour, Maria Flores, 25 ans, se retrouve avec sa petite fille sur cette même route. Cette jeune femme est arrivée gagnante pour participer à la finale d'un jeu télévisé.
Chacun voyage de son côté, mais ces histoires et illusions vont s'entrecroiser."


Ce que j'en pense:

J'ai une passion pour le road movie et celui-ci a répondu à toutes mes attentes: paysages superbes, défilement de l'asphalte, rencontres inattendues, destins croisés...
Trois personnages principaux: Le vieux monsieur, le représentant et la jeune femme.
1) Le premier passe son temps à boire son maté sur son canapé au bord de la route. Il est à la retraite, son fils lui a succédé au magasin. Don Justo se languit de quelque chose...il se languit de son chien qui a un jour disparu. Un jour quelqu'un lui dit qu'il l'a aperçu à 300 km de là. Et voici notre "Papy" qui prend la poudre d'escampette, tel un adolescent, pour retrouver son chien. En Patagonie, l'habitat est plutôt dispersé, les routes désertes. Le vieux monsieur est vite pris en stop par une jeune femme, une scientifique. Au cours de son périple, il croise le représentant (ils se connaissent), des policiers encadrant un prisonnier amoché et ensanglanté, un groupe d'ouvriers au grand coeur et à la musique joyeuse. A tout ce petit monde, il répète "Si c'est mon fils vous dites que je ne suis pas là" (un avis de recherche a été lancé). Peu à peu, le spectateur comprend le pourquoi de la scène d'ouverture ainsi que le mal être du vieux monsieur: une erreur, un écart qui le ronge. Retrouver le chien et s'en faire reconnaître serait sa rédemption.
2) Le représentant de commerce, plein de bagou et joie de vivre. La route encore, ses solitudes d'hôtel, ses rencontres, ses amours. Il est hâbleur, charmeur et court plusieurs lièvres à la fois. Son voyage avec le gâteau d'anniversaire (le pâtissier lui recommande de ne pas le laisser au soleil ni trop longtemps en voiture...en gardant ces répliques en tête, on saisit le sel d'une des dernières scènes!) est un morceau d'anthologie: ses interrogations au sujet de la forme, du prénom "René" (pour un garçon ou pour une fille?) et ses doutes: si c'est une fille, le ballon de foot est malvenu. Il a une solution: le transformer en tortue. Mais qui va pouvoir lui faire cela? Une rencontre avec un gendarme et hop le voilà chez la tante de ce dernier. C'est complètement surréaliste et en même temps d'une vérité extraordinaire: les espaces sont tellement vastes que les gens sont très proches et très conviviaux pour combler ces distances de solitudes. La solidarité des régions reculées et peu peuplées donne un air de Paradis à cette Patagonie battue par les vents.
3) La jeune femme, isolée avec son bébé, près d'une gare. La route commence par les rails du chemin de fer. Sa route commence avec une qualification pour une finale d'un jeu télévisé...un espoir d'Eldorado: passer à la télévision et gagner monts et merveilles. Elle est naïve, simple. Elle porte un regard émerveillé sur le monde des plateaux télé. Elle gagne le gros lot: un robot ménager! Dérisoire quand on n'est pas raccordé au réseau électrique? Peut-être, peut-être pas...mais l'argent peut convaincre même les indécis.

Ces trois personnages ont pris la route. Est-ce celle de leurs illusions, de leurs rêves? Lorsque le voyage s'achève, le spectateur voit un chien au pied de son maître endormi dans le car, une boîte-tortue s'ouvrant sur des rêves de visage poudré, un rendez-vous pour un autre anniversaire, promesse de retrouvailles amoureuses.
La route prend parfois la vie mais offre aussi de belles rencontres et des espoirs que l'on croyait perdus. On touche du doigt la condition humaine, battements de coeur inaudibles mais vitaux.

Un film très difficile à résumer, comme tous les road movies: peut-on résumer la vie, une vie, des vies qui défilent?

A signaler un autre film, aussi un road movie, du même réalisateur: "Bombon el Perro"

Bretonitude policière


Une autre enquête de la célèbre Mary Lester, ancien capitaine au commissariat de Quimper, démissionnaire de la Police car écoeurée par certaine malversations au sein des services policiers...surtout quand la politique s'en mêle !!!!
Donc, pour cet épisode, balades dans Rennes et sa région (St-Malo, Cancale, St-Méloir-des-Ondes...) à la recherche d'un jeune homme, footballeur espoir du Stade Rennais (eh oui !!). Et voilà Mary Lester embarquée dans une affaire politico-financière. L'intrigue est bien menée, bien ficelée comme d'habitude. Les lecteurs connaissant la Bretagne auront la joie de retrouver des endroits connus, arpentés, visités. La Lester retrouve un ancien collègue détesté (Mercadier) et son complice de toujours (Le grand Fortin) qui est un peu son ange gardien !!
Un bon divertissement, iodé et fleurant bon les soucis olfactifs des côtes bretonnes (les fameuses algues vertes !!) dus au purin (vous savez, les élevages de porcs !!!). On y trouve une panoplie de portraits croustillants.