mercredi 31 décembre 2008

Toc, toc...2009 pointe son nez!

Le feu crépite dans la cheminée, le thé fume dans le mug, les chats sont endormis, l'heure des préparatifs du réveillon encore loin....moment idéal pour établir un modeste bilan de l'année qui s'achève.
Deux défis relevés et un seul terminé, celui proposé par Grominou, "Le Nom de la Rose" (il me reste à chroniquer "Orages d'acier" de E.Jünger). Je n'ai pu lire que 15/26 titres choisis pour le Challenge ABC.... Du coup, je ne rempile pour aucun défi: trop d'imprévus et de tentations sont venus perturber ma fragile ligne de conduite cette année!
Des swaps: "Par ici la bonne swap" "Victorian Christmas swap" "Lire et voyager" "mini swap thé de Loula" "london swap" "Eternel féminin" Afrilire" "Le mini swap thé de Flo" "Noir c'est noir" . 2009 sera consacré au swap au long cours organisé par Bladelor, une nouvelle expérience de swap en binôme, promesse de belle rencontre, c'est certain!
Un PIF (en cours d'achèvement...la gelée est prête il ne manque plus que les petite douceurs)
Des lectures passionnantes, étonnantes et rarement ennuyeuses. Il doit bien s'en détacher du lot, non?
La horde du contrevent de Damasio......une révélation
Palestine de H.Haddad
La découverte de Sylvain Trudel, un auteur québécois au bel univers attachant
La découverte du monde du Manga
L'humour dévastateur de deux écrivains de polar: Pascal Garnier et Antoine Laurain
Le beau message philosophique d'un album jeunesse "Graine de Bouddha"
L'écriture déchirante de Chloé Delaume
La sensibilité renversante de Claudie Gallay
Le Pays sans Adultes
La main d'oublie de Sophie Nauleau, un sublime récit où Pascal Quignard, Lubin Baugin et Mr de Sainte-Colombe se rencontrent.
L'émotion provoquée par la lecture des poèmes de Fernando Pessoa et de Pentti Holappa
La découverte de sensations uniques et magiques dans une tasse de thé: la dégustation des Oolongs!


Mes bonnes résolutions 2009?

Une forte baisse de ma PAL, de nombreuses lectures plus prenantes les unes que les autres...et moins de pannes de rédaction de billets!


Je vous présente à toutes et à tous tous mes:



mardi 30 décembre 2008

Le dit de Dina

De Herbjorg Wassmo je n'avais lu que "La véranda aveugle", "Le livre de Dina" me donnait l'occasion d'aller plus avant dans l'approche de son univers. Yueyin initiatrice de cette lecture ne peut qu'être satisfaite de m'avoir fait plonger dans une trilogie aux accents épiques et au rythme d'une intense poésie.
Norvège, XIXè siècle, bords de mer, le Grand Nord n'est pas si éloigné que cela, Bergen est à une épique traversée de Reinsnes. Dina, jeune femme fougueuse, imprévisible, sauvageonne beauté, regarde les restes d'un traîneau tombé dans la rivière impétueuse: Jacob, son mari gît désarticulé. L'étalon noir,Lucifer, effrayé, s'est cabré et presqu'en fuite. Dina est muette, glacée: est-elle coupable ou n'est-elle qu'une victime?
Le récit de sa vie et son destin exceptionnel commence à rebours: elle est encore une enfant, la fille du commissaire, personnage important de la région, et joue dans la cour. Pas très loin de là, sa mère et les servantes s'occupent de la lessive; une grande lessiveuse remplie d'eau bouillonnante attend sa nourriture de tissus à laver. Un moment d'inattention, une envie de facétie vont sceller le destin de la petite Dina: en jouant avec le loquet de la lessiveuse, elle provoque un drame qui la suivra toute sa vie; sa mère perd la vie dans d'atroces souffrances en voulant sauver sa fille et en recevant sur elle l'eau bouillante de la lessive! Le père, éperdu de chagrin ne supporte plus la présence de sa fille qui ne fait que raviver sa peine. Aussi, Dina va-t-elle grandir malgré elle, malgré les adultes, dans la solitude et aux côtés des filles et garçons de ferme. Pourtant, Dina n'est pas seule: Hjertrud, sa mère, est à ses côtés, elle lui apprend à nager, elle la suit jour et nuit, fantôme au visage rayonnant et apaisé. Une étrange symbiose de construit entre Dina et l'esprit de sa mère, entre Dina et ses disparus.
Dina est une sauvageonne, papillon indiscipliné, poulain rétif et pourtant se laissant bercer par la musique du violoncelle et le chant des chiffres. Jusque dans l'amour, elle est d'une brusquerie mordante et griffante: y aura-t-il un jour un homme pour dompter cet être épris de liberté? Jacob y est presque parvenu, Mère Karen, belle-mère, figure maternelle, femme d'une grande culture et d'une immense tolérance, lui a donné une place inébranlable de maîtresse du domaine en l'acceptant avec ses qualités et ses défauts....Léo Zjukovskij sera peut-être l'homme qui lui portera l'estocade ultime.
Dina est une femme qui ne ressemble à aucune autre: rien ne lui fait peur, rien de l'empêche de jouir de la vie ou de l'instant présent, aucune bienséance ne peut représenter un obstacle et c'est ce qui la rend si troublante et insondable. Dina est à l'image de cette côte norvégienne battue par les vents et les froids polaires, réchauffée par le bref et intense été: une terre qui ne courbe pas l'échine et qui sans cesse renaît plus forte. Dina est libre à faire peur aux plus aguerris et lit la Bible comme personne (sauf le Diable?) ne l'a fait et toujours y trouve ce dont elle a besoin: sa spiritualité est un défi permanent aux traditions, sa recherche de l'amour frôle l'absolu, sa quête de soi une hallucinante interrogation.
La musique du violoncelle, grave mélopée, scande les émotions de Dina, anime les évènements, grands ou insignifiants, de Reisnes, âme de la maîtresse du domaine. Sur ses notes, Oline règne dans la cuisine, Benjamin (le fils de Dina et Jacob) grandit et apprend la frustration, Stine, nounou lapone aux gestes tendres et précis, évolue silencieuse et fière, Tomas, l'amant occasionnel, se morfond de désir inassouvi, tandis que Niels fait disparaître des chiffres, c'est à dire de l'argent, et Léo va et vient au gré des escales des bateaux.
Le lecteur ne reste pas indifférent au fabuleux personnage de Dina: qu'elle agace ou qu'elle fascine, elle est émouvante par son immense douleur, celle de la perte de sa mère, celle d'une faute inexpiable, celle du désespoir de ne pas être justement aimée. Sa carapace n'est qu'un leurre: Dina est une femme d'une infinie sensibilité lorsqu'on lit ses monologues en italique "Je suis Dina....", miroir dévoilant la face cachée d'une femme à l'apparence échevelée qui cependant perçoit les pensées intimes d'autrui. Ces strophes en italique, oui strophes et non passages car c'est là que réside la puissance poétique du personnage, sont les chants de l'épopée de Dina, digne des plus belles sagas nordiques!


Au final, il n'est pas question de juger Dina ni de la cataloguer ni de rire de sa langue frustre, langue de celle qui refusa l'éducation traditionnelle d'une jeune fille de bonne famille, langue qui s'efface dans ses monologues....on la comprend, on ne peut la détester, seulement ensuite le choix intime du lecteur peut opérer.

"Le livre de Dina" est un roman au souffle de la tragédie d'une vie, au souffle épique d'une aventure intérieure muette et solitaire bercée par les notes d'un violoncelle. Un roman qui une fois terminé continue sa route dans l'imaginaire de son lecteur.


Roman traduit du norvégien par Luce Hinsch






lundi 29 décembre 2008

Quelle lectrice, quel lecteur êtes-vous?


Voilà un test amusant à faire: savoir quelle lectrice ou quel lecteur se cache en vous! Je l'ai trouvé chez Lael en découvrant avec gourmandise son blog plus que charmant et agréable: un lieu intime et doux où vous pourrez faire le plein d'idées lectures d'albums jeunesse et de romans pour ados.

Je me suis lancée dans cette tâche infiniment drôle qui est de répondre aux questions dudit test.



Je suis une lectrice......



Bibliophile!


Votre personnalité:

Timide, soigneuse et passionnée, vous aimez le calme, les expos en vogue et les soirées cocooning devant la cheminée. Côté amies, vous préférez les relations sincères et profondes aux rapports superficiels. D'une nature romantique, vous aimez les diners aux chandelles et les bouquets de roses surprises. Rêveuse, vous avez une imagination débordante. Vos proches saluent votre joie de vivre permanente.

Je ne sais pas si je suis aussi timide et réservée que le souligne le test, Le Bibliomane pencherait plutôt pour dire "Bof, non pas vraiment!". Une chose est certaine: j'aime le calme, les soirées tranquilles avec un bon film ou un bon bouquin, les stations devant un bon feu de cheminée avec un mug rempli de thé lors des journées d'hiver....

La lecture et vous:

Pour vous, lire est essentiel. Vous possédez d'ailleurs une bibliothèque impréssionnante. Romans classiques, épistolaires, biographiques, vous lisez tout ce qui se trouve sur votre chemin. Votre dernier livre est Alabama Song de Gilles Leroy, le prix Goncourt 2007.

C'est absolument la vérité vraie! Un bémol: je prise beaucoup moins les biographies que les romans ou poèmes....et heureusement que mon dernier lu ne fut pas "Alabama song" et qu'il y en eut beaucoup d'autres après cette agréable lecture. Euh, sinon, le goncourt 2008 "Syngué sabour" d'Atiq Rahimi a été déposé dans mon soulier au pied du sapin! Cependant, je ne suis pas une passionnaria du prix Goncourt....suite à quelques cuisantes déceptions de lecture!

Nos suggestions:

Si vous aimez les grands classiques et autres livres imposants, tentez les romans mis à l'honneur au Salon du Livre cette année. Et notamment les auteurs israéliens : La chambre de Mariana d'Aahron Appelfeld vous séduira. L'histoire d'un petit garçon, Hugo, confié à une femme, Mariana, qui vit dans une maison close... Plutôt romantique, optez pour Le faon de Magda Szabo : le récit d'une femme qui a tout pour elle... sauf l'amour !

Héhéhé, voilà des titres à noter surtout le dernier....histoire d'allonger ma fameuse LAL!

dimanche 28 décembre 2008

Meurtrière frustration

Il faut parfois du temps avant d'ouvrir les pages d'un livre reçu lors d'un swap. Ce n'est pas parce que le laps de temps s'allonge que l'on oublie l'occasion qui l'amena entre les mains.
Avant de me lancer dans la lecture de cette enquête viennoise, j'avais opté pour commencer par le commencement, c'est à dire lire le premier opus des aventures policières de Max, jeune médecin psychiatre à l'écoute des théories de Freud.
Vienne, hiver 1902 aux senteurs sibériennes, une série de meurtres plus épouvantables les uns que les autres inquiète et fait frémir la police qui tente de ne pas défrayer la chronique. Max Liebermann et son ami l'inspecteur Oskar Rheinhardt vont se retrouver confronter à d'atroces spectacles macabres où les mutilations sur les corps sont la danse macabre de symboles ésotériques. Quel démon délirant de violence assène ces coups horribles? A quels mystères renvoient ces étranges marques? A quoi rime l'ordre des crimes et l'origine des victimes? Pourquoi tant de haine vis à vis des prostituées et des marginaux? Autant de questions inquiétantes qui resteront longtemps sans réponse.
Frank Tallis, dans ce second volet des carnet de Max Liebermann, permet au lecteur de connaître un peu plus et mieux nos deux héros, Max et Oskar. J'avais laissé le premier en proie au doute quant à ses sentiments envers sa promise, à son sentiment de culpabilité devant l'éclosion d'une tendresse teintée d'admiration pour la jeune anglaise Amélia Lydgate, et je le retrouve encore moins convaincu de son amour pour sa fiancée, Clara Weiss. D'autant que les hasards de l'enquête lui font croiser la route d'Amélia, devenue une des rares jeunes filles étudiantes à la faculté de médecine: elle les aide, grâce à ses connaissances sur le système sanguin et à l'élaboration d'un antisérum sur un lapin (engagé pour l'occasion en tant qu'auxiliaire de police!), à déterminer l'origine de certaines traces de sang sur un des lieux des crimes, prouvant que les avancées technologiques et scientifiques ne peuvent que seconder efficacement la police. Quant à notre cher inspecteur Rheinhardt, on apprend qu'en plus d'être un chanteur de lieder émérite, il est doté d'une grande sensibilité: comme il est tracassé, horrifié et donc fortement inquiet par l'enquête démente qu'il mène, sa gorge se noue et certaines notes deviennent de pauvres canards inaudibles. Au fil des séances de chant, Max aide son ami à mettre des mots sur ses peurs....les effets bénéfiques de la psychanalyse ne tardent pas à se faire sentir!
Comme dans "La justice de l'inconscient", Tallis mêle au récit la musique....l'action se déroule à Vienne, ville musicienne s'il en est: Mozart et sa musique sont opposés aux oeuvres lyriques et mystiques du compositeur allemand Richard Wagner. C'est l'occasion de pointer l'agitation perpétrée par certaines sociétés secrètes à cette époque. Tandis que les Francs-Maçons sont étroitement surveillés par les forces de police, un groupe se tient en retrait, tapi dans l'ombre, groupe accueillant écrivains reconnus, écrivaillons frustrés aux productions dénuées de tout intérêt ou innovation artsitiques, artistes gourmands des symboliques de la culture pan germanique et de l'exaltation du sentiment national. Mozart n'est que le musicien prisé par les intellectuels décadents juifs qu'il faut abattre afin de recouvrer la pureté de la culture allemande! Quoi de plus diabolique que de calquer un itinéraire sanglant et fou en caricaturant le sublime opéra de Mozart "La flûte enchantée"?! C'est ainsi que le livret magique de cet extrordinaire opéra (j'avoue c'est mon préféré aussi suis-je incapable d'objectivité à son sujet!) sera un des fils conducteurs de l'enquête époustouflante de nos deux héros aux prises avec l'antisémitisme, l'homophobie et l'intolérance vis à vis de tout ce qui est étranger, sentiments encore latents qui ne demandent qu'à sortir au grand jour.
Peu à peu, la personnalité tortueuse de l'auteur des crimes épouvantables est éclairée par les déductions psychologiques de Max Liebermann: pour en arriver à un tel degré de haine et de violence, le tueur en série ne peut qu'être la résultante de frustrations répétées et d'impuissance à s'en libérer (cela ne vous rappelle-t-il pas un personnage historique malfaisant?). Le tout agrémenté de nouvelles théories évolutionnistes venues d'Angleterre - pays tellement proche par la culture de l'Empire germanique et cependant si éloigné de lui par ses orientations socio-politiques, théories mise à mal par l'ouverture au monde intime permise par les travaux de Freud et de ses disciples - sans oublier les inévitables conversations dans les cafés viennois où l'odeur chaleureuse du café accompagné des pâtisseries les plus appétissantes remettent d'aplomb nos enquêteurs.
Un roman policier historique qui tient largement la route, qui tient en haleine tant par les éléments de civilisation, de culture, que par les bribes de réponse avancés au fil du récit. Les derniers chapitres sont riches en rebondissements et en actions et actes de bravoure les plus échevelés ce qui est des plus délectables! Comme Vienne apparaît d'un coup tout sauf somnolente et bienséante....un charme de plus à ne pas négliger.
Au fait....Max Liebermann réussira-t-il à choisir entre le doux et conventionnel romantisme de Clara et la liberté impétueuse d'Amélia? Verra-t-il clair en lui-même? Réponse, ou élément de réponse dans le troisième opus des Carnets de Max?



Merci Olivier pour la lecture de cette très intéressante série policière! Comme quoi, le swap Noir c'est noir se déguste et se sirote lentement afin d'en effeuiller toutes les belles fragances!




Roman traduit de l'anglais (GB) par Michèle Valencia

samedi 27 décembre 2008

La poésie venue du froid

Dernièrement, un recueil de poèmes choisis trônait sur la table des nouveautés de la médiathèque. Je me suis alors approchée et après feuilletage et manipulation dudit recueil, je l'ai embarqué, très curieuse de découvrir la poésie finlandaise!

Pentti Holappa est un des grands poètes finlandais contemporains, sinon le plus grand. Je ne connaissais absolument pas ce poète aussi me suis-je promenée au gré de mes lectures picorées du recueil dans un univers parfois sombre mais d'une grande beauté, dans une langue parfois crue mais d'une fulgurance poignante, dans un monde où la pudeur côtoie la sensualité et la sensibilité.
Une belle découverte au souffle tumultueux et rude comme un voyage inattendu dans une contrée qui se dévoile.

Trois poèmes m'ont particulièrement touchée...


Les Racines

(1977, in poèmes choisis)


Le filet cuirassé des racines couvre la terre. Rampantes, jointures puissantes et nuques luisantes, elles jaillissent de la tourbe puis plongent dans la fissure du rocher, dans les failles de l'éboulis. Depuis le rivage du Sud jusqu'à la limite boréale des arbres, en Laponie, elles lient la fine couche de terre au socle rocheux. La mer suce de son côté la matière flottante. La pluie, la brume même séduisent la vase, la boue et le sable, mais les racines de l'arbre enserrent la terre et la forcent de rester fidèle. Et la forêt est fichée par-dessus.

Il y a bien peu de temps les animaux se sont levés de leurs racines, ils se sont mis à ramper, à voler, à nager. Certains marchent même.

Je lève un pied, puis l'autre sur le sentier, je regarde. Les pieds sont faits pour l'arrêt. Les pieds tâtent le sol qui fourmille d'évènements immobiles. Les pieds comprennent. Je les glisse entre les racines, je les arrache d'un seul coup.

Un quart d'heure est passé, voici l'avion. Ils sont assis, liés par leur ceinture de sécurié, je suis parmi les autres. je bâtis consciencieusement mes inexpériences. Ainsi je me rejette et je reste au coeur de la brume, parmi les arbres. L'eau coule en moi, elle remonte, elle ruisselle. Une pensée s'enracine dans la chair, l'existence.


La torche
(in Une ville illuminée dans la nuit artique, 1985)


La nuit vint, puis la neige aussi,
Sous la cape de neige une montagne.
A mille mètres de profondeur
sous la montagne il y a une torche,
qui brûle. Je la veux
en soleil pour ma nuit,
je veux l'impossible,
absolument.


Le parfum de ta peau
(in traces de doigts dans le vide, 1991)


La feuille de papier blanc et le parfum de ta peau sont assez de matière pour un poème immortel.
La feuille de papier blanc, le parfum de ta peau sans crier gare se dissipent dans le ciel.


Les poèmes du recueil "Les mots longs" sont traduits du finnois par Gabriel Rebourcet

vendredi 26 décembre 2008

Morts en eaux troubles

Tout le monde se souvient de la catastrophe tant humaine, technologique, écologique que politique qui survint lors de manoeuvres en Mer de Barents de la flotte marine et sous-marine de la Russie. On a encore en tête les titres des journaux, les interprétations, les reportages sur le terrible calvaire vécu par ces sous-mariniers, prisonniers d'un véritable enfer.
Marc Dugain s'est emparé de ce fait divers pour en faire le roman d'un système qui lentement s'écroule, lentement se fissure, lentement sombre dans l'incurie et l'inconscience totale. Chronique d'une chute annoncée dont le prélude se joue lors des belles années de la guerre froide, sous l'égide implacable d'un Staline triomphant et omnibulé par l'éventualité d'un complot pour le perdre.
Le narrateur, qui a perdu son fils Vania dans le naufrage de l'Oskar, raconte les destins croisés de sa mère, médecin urologue, et magnétiseuse (par les mains) cachée, et de celui qui succèdera à tête de la Russie à Eltisne, Vladimir Plotov. Olga, cette mère courage qui repérée, contre toute attente, par le maître du Kremlin, devra se séparer de son époux et se mettre à la disposition de Staline à toute heure du jour ou de la nuit afin de le soulager de ses douleurs, comprend que même un citoyen insignifiant peut être marqué par les regards du pouvoir: l'insignifiance n'est pas gage de tranquilité dans le monde radieux du communisme soviétique.
Marc Dugain dresse un portrait saisissant de réalisme de l'Union Soviétique de Staline et de la Russie contemporaine. Les tsars tombèrent pour permettre à d'autres tsars de gravir les marches du pouvoir. Des tsars avec les mêmes lubies, le même manque de considération de l'être humain et la même cruauté, rouleau compresseur social et politique.
Des procès staliniens, notamment contre les médecins juifs, organisés par un Staline perpétuellement angoissé par l'éventualité d'un complot contre sa chère personne et la froideur d'un président russe ancien du KGB, Pavel, le narrateur, entraîne le lecteur dans la valse mortifère d'un peuple que ses dirigeants n'ont de cesse de terroriser, d'emprisonner sans aucune raison pour le maintenir dans une perpétuelle apnée, d'utiliser et d'exécuter pour raison d'état. Ahhh, l'état qui doit toujours sortir la tête haute au prix des pires dénis d'humanité: la mort programmée de 23 marins, témoins d'un manquement, n'est rien face à l'honneur du pays, ne pèse rien devant la nécessité de mettre au pas les oligarques se gorgeant des restes bradés de la splendeur militaire soviétique et d'asseoir un pouvoir politique fort! Pavel Altman raconte la sombre nuit du peuple soviétique qui se terre dans le silence, ce silence derrière les mots du quotidien des appartements collectifs, qui attend, échine courbée, le couperet d'une justice fantasque et qui possède envers et contre tout ce sentiment d'identité nationale et de devoir envers la patrie. Pavel, misérable enseignant d'une matière digne de la plus grande littérature de Science Fiction: l'Histoire! Ironie de l'absurde, ironie romanesque, offrant de multiples petites lumières dans la noirceur du récit. Les russes tremblent, sont terrorisés mais ont un humour à toute épreuve: au fin fond de la Sibérie, sur les bords de la Mer de Barents, les gêneurs peuvent se voir proposer d'opportunes promenades en bateau de pêche au crabe royal, vous savez, cet immense monstre qui hante les mers froides dont la chair est prisée, ce charognard, ce nettoyeur des grands fonds, et connaître un bain de minuit des moins romantiques.
Marc Dugain, par le truchement de Pavel, esquisse une fresque historique d'un demi-siècle de la Russie contemporaine en mêlant avec art documentation extrêmement léchée, humour noir dévastateur, ironie acérée et mordante, peinture peu amène du caractère d'un Staline névrosé ou d'un Plotov (on peut lire sans se tromper Poutine) froid calculateur et à l'humanisme bien mince, sans oublier la lumière d'une relation amoureuse qui illumine la fin du roman.
"Une exécution ordinaire" fonctionne de bout en bout: le lecteur est maintenu en haleine grâce à une atmosphère maniant tour à tour l'angoisse et le soulagement. Avec juste ce qu'il faut de mystère qui ne sera jamais éclairci: le corps de Vania n'a jamais été retrouvé, bien que ce dernier ait réussi à "s'éjecter" de l'enfer. Qu'est-il devenu? A-t-il été repêché par les Russes, les Finlandais ou les Américains? A-t-il été mis au secret, mort ou vivant?
Et Pavel de laisser méditer le lecteur sur ses ultimes propos: "Il est bien rare qu'on puisse manger du crabe royal dans le Grand Nord, à part quelques pauvres qui le braconnent. Toute la pêche part à l'exportation. C'est le sort des produits de luxe de ne jamais être consommés par ceux qui les produisent, les récoltent ou les pêchent. On ne trouve sa chair raffinée que dans les plus beaux restaurants de Moscou, de Saint-pétersbourg, d'Occident et d'Asie. Les riches qui s'en délectent n'ont pas le palais assez fin pour distinguer les crabes gavés du pire de l'humanité de ceux nourris de la chair de nos enfants." (p 518)


Après "La malédiction d'Edgar", "Une exécution ordinaire" est une autre variation sur la gamme de la paranoïa des grands de ce monde! Un roman aux frissons et au plaisir de lire garantis!




Les avis de russie.net anna blume anne mois pascale dasola sentinelle (avec un lien vers un superbe reportage sur le Koursk!) louis bernard liliba woland

mercredi 24 décembre 2008

A toutes et tous

qui passez par là, je vous souhaite un chatperlipopesque


mardi 23 décembre 2008

Histoire d'une violence ordinaire

C'est l'histoire d'une violence ordinaire, celle que l'on tait, celle que l'on cache, celle que l'on ne veut surtout ni voir ni entendre. C'est l'histoire d'une violence sourde qui se déroule, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, derrière la porte d'un appartement ou d'une maison ordinaire.
C'est l'histoire d'une famille déchirée par le manque de travail du père, le trop-plein de travail de la mère et les regards hagards des enfants. Les coups de gueule et de poings pleuvent pour un oui ou un non sur les maillons faibles de la famille: l'épouse et les enfants. La réalité de leur vie est loin de celle que l'on montre à longueur de temps dans les réclames à la télévision: non, le père ne rentre pas souriant et aimable de son travail, non la mère ne porte pas de jolie robe et ne sort pas de chez le coiffeur ou de la manucure, non les enfants ne reviennent pas en riant et jouant de l'école. Non rien de tout cela, rien de ce monde scintillant et un tantinet mensonger. Seule la peur, seule l'angoisse nouent les estomacs, maintiennent les sens en éveil (le moindre geste, le plus petite parole mal interprêtés et c'est le début de la violence) afin de prévoir les solutions de repli, raidissent les bras et rendent flageolentes les jambes. Quant à la tête et au coeur....ils sont en charpie.
Maxence et Slimane regardent leur mère devenir un fantôme, devenir un automate qui dissimule maladroitement ses bleus sous une tonne de maquillage. L'aîné et le benjamin, binômes inséparables, héros qui se voudraient supers afin de sauver les enfants massacrés sous les coups des adultes. Pourquoi ces souffrances? Pourquoi cette vie pas comme les autres? Pourquoi ce silence de la mère? Pourquoi protège-t-elle leur bourreau? Pourquoi ne peut-elle pas secouer ses chaînes et partir loin du cauchemar quotidien? Pourquoi? Pourquoi? Tant de questions restant sans réponse satisfaisante. Tant de silences douloureux et honteux...tant de gâchis.
Slimane a onze ans et son bâton de jeunesse, son guide est son grand frère Maxence, celui qui réussit tout à l'école, celui qui a une intelligence précoce, le frère qui sait expliquer le monde simplement, le frère qui rend clair ce qui est compliqué. Ce frère, ce héros, ce rebelle qui défit le père, qui sait ce qu'il vaut réellement, pas même un être humain, et qui lui fait peur. L'intelligence aiguë dérange, elle gêne et lorsque le monstre, le père, ne peut plus la regarder en face parce qu'elle est son juge, ce monstre n'a qu'une seule échappatoire, celle des lâches et des misérables: terroriser le plus petit, terrifier la mère afin que l'intelligence, hautement sensible, cède pour protéger ceux qu'elle aime. Jusqu'au jour où Maxence décide de partir au Pays sans Adultes, pendant que Slimane est au collège, l'angoisse au ventre. La nuit tombe brusquement sur leur vie, épouvantable manteau sombre et épais. Et si Slimane réussissait à suivre Maxence dans ce pays extraordinaire où rien de fâcheux n'arrive aux enfants! Seulement, la Providence existe lorsqu'un bourreau doit payer et qu'une victime est déjà un prix trop cher payé!
La TS de Slimane le conduit à l'hôpital, dans un service pour ados en quête d'un monde meilleur. Lentement, Slimane se reconstruit, doucement il réapprend à vivre en étant aux côtés de ceux qui ne le veulent plus et en allant visiter, la nuit, ceux qui combattent dans leur chair pour garder le faible fil de la vie. Souvent les mots mettent de temps à sortir, à s'habiller, à exprimer l'indicible, parfois un verrou saute et permet se sauver un être en désespérance.
Slimane parviendra-t-il à aller au-delà de sa souffrance, au-delà des muets et terribles reproches, ô combien fondés mais ô combien cruels, faits à sa mère? Réussira-t-il à résister à l'appel du Pays sans Adultes? Parviendra-t-il à se reconstruire et à aimer la vie?
Ondine Khayat avec "Le Pays sans adultes" entraîne son lecteur dans une lecture coup de poing, qui sonne et secoue les consciences! Le roman, récit de Slimane, est un crescendo d'angoisses, de frayeurs, vers l'inéluctable drame, noeud de la descente aux enfers des sentiments d'une famille détruite par la violence ordinaire, celle qui tue à petit feu, celle qui ravage et laisse une terre brûlée. Cette violence se déroule dans un milieu défavorisé mais elle est présente, aussi, derrière de belles portes et de jolis murs en pierres bourgeois. Il n'y a pas de déterminisme social dans cette violence conjugale et familiale....il n'y a que du déterminisme psychologique: l'enfant battu a de fortes probabilités de battre à son tour ses enfants ou sa femme, une fois adulte. Maxence et Slimane n'ont qu'une seule peur: celle de devenir comme leur père, ce monstre qui ne devrait pas exister mais que l'on protège par le silence.
Je n'aurais pas acheté d'emblée ce roman, le deuxième de l'auteur, et sans Chez les filles, je serais passée à côté d'un livre fort, intense et bouleversant dont on ne sort pas indemne: la violence dans l'intime, le privé est celle qui est le plus longtemps étouffée, une fois la porte et les fenêtres fermées, une fois le monde extérieur laissé derrière soi....tenue sous silence jusqu'au drame qui décille le regard.
J'ai aimé le fait d'aborder les situations douloureuses des adolescents et des enfants dont le seul recours est d'exercer une violence contre eux-mêmes. J'ai aimé la tendresse de l'écriture, l'optimisme latent derrière les mots et les scènes violentes, j'ai aimé la rencontre entre les écorchés, adultes ou enfants, de la vie que l'hôpital fait se côtoyer. Du service pédiatrique des petits cancéreux aux couloirs du service gériatrique, le combat est le même malgré leurs différents chemins: un seul et unique cri....j'ai besoin d'amour pour continuer à vivre!
Le tout est écrit sobrement, avec une sensibilité qui ne sombre pas dans le pathos ce qui n'en rend que plus beau ce roman!



Merci Suzanne pour ce roman qui restera longtemps ancré en moi!








lundi 22 décembre 2008

Crépuscule


La fin d'automne réserve souvent de très belles journées ensoleillées où le ciel bleu nous offre des souvenirs d'été.
Tel était le cas, ce vendredi 19 Décembre....une magnifique journée pour partir en vacances de Noël. A 16h30, commençait le marché de Noël sous le préau de l'école. Lorsque le soleil s'est couché, le ciel s'est paré de ses plus belles couleurs: mon appareil photo n'étant jamais bien loin, j'ai saisi cette belle occasion au vol!

dimanche 21 décembre 2008

Long est le chemin vers la Terre Promise

Nous sommes en Suède, dans le Smaland, le 19è siècle en est à peine à sa moitié et les paysans courbent l'échine sous le labeur et la domination de l'Eglise luthérienne. Le rythme des saisons scande le quotidien jusqu'à ce que le système, qui paraissait jusqu'alors immuable, commence à se fissurer lentement mais sûrement. En effet, l'érosion des bases d'une société immémoriale due aux partages incessant des terres au fil des héritages, les paysans ont de plus en plus de difficulté à vivre de leurs terres, trop morcelées, trop amenuisées au cours des générations: ils ne peuvent plus vivre décemment car les terres viennent à manquer! Le labeur incessant n'assure guère la pitance des familles, la pauvreté et surtout les mauvaises récoltes dues aux intempéries comme aux sécheresses, ouvrent les oreilles de certains aux échos remplis de promesses venus du Nouveau Monde, celui où des terres vierges et fécondes sont à acquérir pour rien!
Karl Oscar Nilsson et Kristina, son épouse, suent et triment sur leurs lopins de terre pauvres où les pierres sont plus nombreuses que l'humus: la famille s'est agrandit, les enfants sont faim et Karl Oscar n'est guère confiant en l'avenir. Robert, son jeune frère, pas vraiment paresseux mais épris de liberté rêve de l'Amérique et se jure bien de partir y vivre un jour, lorsqu'il aura économisé sur sa paie de journalier, lorsqu'il pourra se libérer du joug d'un maître. La mort atroce de la fille aînée de Karl Oscar, au cours d'un hiver de famine, va sceller le destin de la famille: au printemps, ils partiront pour l'Amérique, terre promise d'une vie meilleure. C'est ainsi que par un jour pluvieux du printemps naissant, la famille Nilsson laisse au pays les vieux parents, pour émigrer, en compagnie d'autres villageois de la paroisse (une femme de mauvaise vie excommuniée et sa fille, une famille de paysans hérétiques, un homme marié en rupture de couple et un jeune journalier ami de Robert) et quitter sans espoir de retour la terre qui les a vus naître.
Commence alors une étonnante, une superbe, une poignante et gigantesque saga digne des sagas anciennes: l'épopée d'un groupe de paysans suédois, parti sur les traces de leurs ancêtres aventureux pour fonder un nouveau foyer et connaître une nouvelle vie en plongeant dans l'inconnu. Du pont du Charlotta aux plaines fertiles du Minnesota, Karl Oscar et sa famille ne baisseront jamais les bras face à l'adversité ou aux deuils. La traversée, longue de dix semaines, rythme les espoirs et les regrets des uns et des autres: Kristina est enceinte et manque de perdre la vie, Karl Oscar plus roc que jamais s'accroche à son rêve, Robert apprend l'anglais afin de pourvoir communiquer une fois arrivé en Amérique, Arvid suit aveuglément Robert, Ulrika, La Joyeuse, s'avère être la plus solide de tous en échappant tant au mal de mer qu'aux divers désagréments d'une vie maritime tandis que Danjel et la vieille Fina-Kajsa deviennent veufs.
Le calvaire s'achève enfin à New-York, où nos émigrants n'en croient pas leurs yeux: la foule, la végétation, le pain blanc que l'on peut acheter, le lait frais, autant de preuves de l'existence de la terre promise! New-York point de départ vers une autre vie dont la route sera bien longue et périlleuse: nos Suédois empruntent pour la première fois le train puis le bateau à aube avant d'accoster enfin sur un territoire presque inexploré. New-York et ses étranges sirènes qui chantent un air de liberté et d'or à Robert: l'appel de la Californie entre en lui pour ne plus le quitter; un jour, il sera chercheur d'or, deviendra riche et sera enfin libre! Mais il est temps de reprendre la route vers le Minnesota, cornaqués par un compatriote qui les aident à éviter les pièges tendus aux nouveaux immigrants...nos Suédois ne sont plus des émigrants et deviennent des immigrants qui doivent réussir à trouver leur place dans la jeune, bouillonnante et toujours en évolution société américaine.
La terre promise existe mais seulement pour celui qui saura vivre sereinement son déracinement, qui survivra au mal du pays et qui se retroussera les manches pour défricher, préparer er ensemencer cette terre fertile qui ne demande qu'à être ouverte par le soc de la charrue. La vieille Fina-Kajsa retrouve un fils perdu, dépressif et sans volonté de valoriser son "chaim" (terre délimitée par le pionnier avant la régularisation par les services de l'état): la Suède lui manque, l'Amérique manque trop de femmes et la solitude des hommes peut faire des ravages. Karl Oscar est fait d'un autre bois: il choisit son "chaim" au bord d'un lac isolé, fréquenté par quelques tribus indiennes pacifiques. Il lui faut construire un toit rudimentaire avant l'hiver pour abriter sa famille et permettre à Kristina de donner décemment naissance à l'enfant qui s'annonce, le premier américain de la famille. Une cabane en rondins grossièrement taillés sort de terre, il est trop tard pour préparer et ensemencer la terre, l'hiver s'annonce long et difficile d'autant que l'argent doit être conservé pour acheter les prochaines semences.

Pour Karl Oscar et Kristina un labeur aussi pénible et dur que celui de leur ferme suédoise s'annonce: la vie, les privations, les travaux de la ferme et les grossesses useront Kristina dont Mobert fait un saisissant portrait de femme! Kristina est un des merveilleux personnages de cette saga, lumineuse dans ses joies comme au coeur de ses doutes, mère courage et amante fidèle et solide, d'une rare humanité dans ses actes comme dans sa douleur lancinante d'avoir quitté sa terre natale et sa famille, famille qu'elle ne reverra jamais plus! Un vague à l'âme l'étreint souvent, les larmes perlent aux bords des cils avant de rouler, torrents d'une peine inextinguible, sur son visage: un jour, une poignées de pépins du pommier d'Astrakan poussant près au pignon de la ferme de ses parents, arrive. Elle les sème amoureusement au coin de la nouvelle maison de bois édifiée par Karl Oscar....une pousse évoluera lentement en jeune pommier puis en beau pommier pour un jour offrir à celle qui n'a jamais pu oublier d'où elle était partie, un beau fruit juteux.
L'Amérique est la terre de tous les possibles: Ulrika, La Joyeuse, accèdera à la respectabilité en épousant un pasteur baptiste et Robert partira en compagnie d'Arvid rejoindre la caravane des pionniers attirés par l'or mirifique de la Californie. Cette terre de tous les possibles aidera Robert comme Kristina à accepter leur destin et leur place même si c'est au prix de leur vie. L'Amérique est le progrès en marche: le télégraphe, la cuisinière à bois, la machine à coudre, le colt ou la batteuse-lieuse. C'est aussi l'Histoire en marche, les frontières et les états qui se dessinent au fil de la colonisation, c'est la fin d'une civilisation à l'écoute de la Nature et le commencement d'une ère de conquêtes chères payées. Le vent de l'histoire fait trembler les pionniers: alors que la Guerre de Sécession bat son plein dans les états du Sud, les Sioux, acculés à la famine en raison de leurs territoires de chasse grignotés par les bras des pionniers agriculteurs, se lancent dans une ultime révolte sans issue. La férocité des attaques restera longtemps gravée dans l'imaginaire collectif des pionniers, scellant la fin d'un mode de vie et d'une civilisation. Un peuple meurt pour céder la place à un autre qui fuit la faim et le joug, une histoire à l'éternel recommencement. Les Indiens s'effacent pour laisser le champ libre aux nouveaux citoyens de la jeune Amérique triomphante, pied de nez insolent à l'Ancien Monde exangue par les départs incessants de ses paysans pauvres sans terre vers les promesses outre-Atlantique. Kristina n'avait jamais voulu apprendre la langue de sa terre d'accueil, Karl Oscar la manie en y mêlant des mots suédois, leurs enfants ne comprennent plus leur idiome maternel et sont devenus de vrais Américains: un des fils n'a-t-il pas épousé une jeune Irlandaise? Le melting-pot américain est en chemin, croisée de toutes les cultures européennes et de toutes les libertés. Karl Oscar, au soir de sa vie, regarde avec nostalgie la carte de sa paroisse et ses yeux revoient, sans la brume du passé lointain, les chemins qui le menaient chez Kristina avant leur mariage, les pierres ôtées à la terre, la ferme devant laquelle se tenaient, immobiles, ses parents, en un mot comme en mille sa terre natale, celle qu'il n'est finalement pas parvenu à oublier.
Lorsque l'on termine la lecture de l'épopée de ces émigrants suédois, l'émotion est à son comble: on a l'étrange impression de quitter des amis de toujours. Cette lecture au long cours a laissé la lectrice sensible que je suis imprégnée des odeurs d'humus des plaines inhabitées du Minnesota, du bruit des rivières tumultueuses, des senteurs de la forêt parcourue par les animaux sauvages et les indiens dicrets et muets, de la sueur de Karl Oscar et des interrogations de Kristina. Peu à peu, la Suède se dissout dans le souvenir vague des jeunes générations, seul le pommier d'Astrakan reste pour conter les épiques traversées de l'Océan bleu et de la mer verdoyante des plaines herbeuses par une poignée de Suédois à la recherche d'une terre fertile où règne l'abondance.
"La saga des émigrants" est un pur moment de bonheur littéraire, un merveilleux voyage relaté par un conteur d'excellence, Vilhelm Moberg qui nous entraîne au coin du feu pour de longues veillées en compagnie de personnages hauts en couleur et fabuleusement attachants mais aussi d'une documentation historique, sociale et technique d'une extraordinaire richesse! Le tout sans ennuyer une seule seconde le lecteur et réussissant à le tenir de bout en bout en haleine !

Roman traduit du suédois par Philippe Bouquet

Merci à Yueyin qui m'a permis, en m'offrant lors du swap scandinavie le premier tome, de me lancer avec délectation dans cette suberbe saga suédoise!




samedi 20 décembre 2008

Y aurait-il plusieurs Père Noël ?


Voilà, c'est le grand jour du Victorian Christmas swap: montrez les colis et chantez votre joie!



Tout d'abord, je suis soulagée: mon colis est bien arrivé entre les mains de sa destinataire qui m'a aussi gentiment pardonné la confusion de pseudo (keisha au lieur de keltia). Je n'étais pas très fière lorsque je me suis aperçue, une fois le colis scotché et décoré, que je m'étais trompée de pseudo: je ne pouvais plus rien faire pour rattraper mon erreur car je ne souhaitais pas dévoiler mon identité avant la réception du paquet! Bon, tout est bien qui finit bien malgré le piment du méli-mélo.

Voici ce que Keltia a découvert (je n'ai pas lésiné sur le scotch!!) avant d'ouvrir:


Mercredi midi, j'ai eu la belle surprise en rentrant de réunion: un joli colis m'attendait! Ni une ni deux...contrairement à mon habitude je ne me précipite pas comme une sauvage sur ledit colis mais attends, stoïque, d'avoir pris mon déjeuner. Finalement, c'est bien de faire durer l'attente!

Une fois rassasiée, je jette avec frénésie sur le paquet, qui vient d'Isère, pour découvrir les jolis paquets concoctés par Lucie!


Cette dernière est une vraie Mère Noël: "Les chats mots" d'Annie Duperey (grande amoureuse des chats!) et de la littérature victorienne "La marque de Windfield" de K.Follett et "La rose pourpre et le lys" de M.Faber! Mon désir de me lancer dans un pavé pour rattraper le retard de mes chroniques est exaucé!

Il n'y avait pas que des livres dans ce colis: une appétissante tablette de chocolat au thé vert et un trèèès grand carré de chocolat à la cannelle (que je n'ai pas encore entamés malgré ma gourmandise!), un adorable PN aimanté qui a rejoint immédiatement la paroi du réfrigérateur, un beau mug aux couleurs hivernales (chère Lucie, il est arrivé indemne!), un très très joli carnet orné de chats bleus et une carte mimi comme tout dans laquelle Lucie explique le contenu du colis.
Je ne peux que remercier et tirer mon chapeau à Lucie qui a su si bien me cerner!

Bien entendu un grand bravo et un immense merci aux dignes organisatrices de ce joli swap Lou et Cryssilda !

mercredi 17 décembre 2008

Noël avant l'heure!


Grâce aux swaps!

Samedi, en fin de matinée, au retour de la corvée hebdomadaire des courses, que vois-je dans ma BAL? Un avis de passage du facteur des colis! Grrr, et dire que je l'ai loupé de peu, je suis limite verte de déception. Bon, de toute façon comme je ne peux pas faire autrement, je prends mon mal en patience et attends avec impatience (incroyable, non?) le lundi! Dès que mon dernier loupiot a quitté la classe dûment récupéré par sa famille à 16h40, je file en ville pour enfin avoir entre les mains mon colis!

Hop,hop,hop, je suis dans la voiture, hop, hop, hop, je patiente à la poste, hop, hop, hop, je tends mon avis de passage à la dame du guichet (il n'y a pas trop de monde ce soir) et hop, hop, hop, youpi je signe et je récupère mon colis swap!!!! Il vient de Brest, c'est quasiment une voisine qui m'a swappée!

Qu'y a-t-il à l'intérieur? Me croirez-vous si je vous dis que j'ai attendu d'être à la maison, après une commission développement durable à la mairie et être passée chercher mon tendre mari à son travail? Non! Et bien vous avez fichtrement raison!!!

Une fois dans la voiture, j'ai ouvert le colis pour découvrir plein de jolis paquets (non photographiés et pour cause!) contenant de belles choses!

Ce n'est que vers 20h30 que j'ai pu immortaliser le contenu du colis concocté par Ghislaine:


Qui m'a vraiment gâtée!!! Elle entretient mon addiction au chocolat avec ces deux tablettes joliments décorées d'un sapin (d'ailleurs je n'ai pas encore osé en croquer un bout!) et un recueil de recettes gourmandes où le chocolat tient le haut du pavé! Ma chère et tendre moitié d'orange sera ravie lorsque je passerai aux travaux pratiques!

Ghislaine a eu l'idée lumineuse (et dire que j'ai failli le choisir lors du lancement de l'opération Masse Critique de Babelio) de placer un roman que je lorgne depuis quelques temps "La tendresse des loups", un roman qu'il doit faire bon de lire au coin du feu (je pianote mon article, en bas, dans le salon, devant une cheminée où crépite une jolie flambée!) en compagnie d'un thé bien chaud et de chats sommeillants.

La cerise sur le gâteau? Une sublimissime écharpe vert anis, un de mes tons préférés dans la gamme étendue des verts, toute douce, toute chaude, étrennée dès le lendemain! Le tout accompagné d'une très belle carte hivernale qui me plaît pour de multiples raisons: l'ours blanc est l'écho de la tendresse mais aussi le symbole d'une catastrophe annoncée, la disparition de la banquise qui rend plus que précaire sa survie! D'ailleurs, j'en ai adopté un ICI .

Ghislaine qui craignait, pour une première participation à un swap, ne pas être à la hauteur, doit être rassurée: tout est parfait et je suis ravie au plus haut point!!! Mille et un mercis à toi Ghislaine et aussi bravo à Armande qui a organisé ce chaleureux et goûteux swap hivernal!

Mon beau sapin

Roi des forêts, que j'aime ta verdure....
Petit Sapin a disparu mais où: au ciel, sous la terre? Il ne reste qu'un trou vide au milieu des grands sapins.

Petit Sapin commence son voyage vers une maison douillette où l'attendent guirlandes, boules, étoile dorée et chaussures pour la fête de Noël. Tout ce petit monde s'impatiente et en plus il fait trop chaud pour un sapin! Ouf!!! Le bonhomme à la barbe blanche et à l'habit rouge est passé: les chaussures croulent sous les jolis paquets enrubannés!

Noël est passé et tout est remballé dans des cartons pour l'année prochaine....tout sauf Petit Sapin qui se retrouve dans un endroit guère joyeux: la poubelle. En effet, c'est là que se sont remisées les choses qui ne servent plus. Petit sapin est donc au rebut, la nuit tombe et quelque chose luit: l'étoile que Petit Sapin a cachée dans ses branches histoire de garder un souvenir de l'éphémère Noël.

Va-t-il rester là à pourrir? La brillance de l'étoile attire Camion Poubelle qui a la gentillesse de ramener Petit Sapin dans sa famille, là-bas très loin de la ville, là où brillent de mille et un feux les étoiles!!!

Une histoire simple mais aux multiples entrées proposée par Michel Gay aux très jeunes enfants: ils peuvent suivre le parcours d'un sapin de Noël, l'ordre de sa décoration, les traditions (les chaussures autour du sapin), le mystère de l'arrivée des cadeaux. L'auteur apporte une autre dimension à son histoire en mettant en scène la poubelle et le camion-poubelle: ce que l'on met au rebut parfois peut être récupéré et vivre une seconde vie et qu'un sapin avec racine est plus soucieux d'environnement qu'un sapin coupé!

Les illustrations sont simples et douces, parlantes et agréables à regarder. Le texte n'est pas compliqué tout en étant très bien structuré et adapté à un jeune public.

"Noël de sapin" est un album qui nous fait regarder autrement Noël et apporte une réelle dimension où la tendresse est omniprésente! Une très jolie histoire à raconter pour attendre le passage du Père Noël, le soir avant de s'endormir!

samedi 13 décembre 2008

Soupes, soupes et swap!


Mon colis est parti ce matin vers ma swapée. Je croise les doigts pour que son contenu lui plaise: l'attente va être à la limite du supportable!



D'habitude La Poste a de meilleures idées côté emballage!!!! Surtout ne pas s'arrêter aux affreux graphismes (ils ne me plaisent absolument pas mais je n'ai pas eu le choix, hélas)

vendredi 12 décembre 2008

Aux fils des eaux....

J'avais beaucoup aimé la lecture de "Voyage aux pays du coton" et c'est avec plaisir que j'ai reçu le second opus du Petit précis de mondialisation d'Erik Orsenna consacré, cette fois, à l'eau. L'eau, ce bien si proche, si abondant parfois et tellement convoité, souvent maltraité, toujours au centre de toutes les préoccupations.
"L'avenir de l'eau" est un écrit tout sauf sec et aride: Orsenna sait rendre lisible les exposés les plus indigestes et les plus complexes, rendre fluide l'approche d'une documentation pointue, parfois absconse.
Comme Orsenna, je suis bretonne donc très sensible à l'univers de la mer, cette masse liquide mouvante, changeante, dansante, attirante, enivrante et fascinante. Comme Orsenna, je suis à l'écoute de cet élément, dont nous sommes en très grande partie composés, d'où nous sommes issus, dans lequel nous avons baigné pendant les neuf mois de notre vie intra-utérine, et du fait de mon appartenance à un parti à la couleur verte et des dossiers que je suis dans le cadre de mes fonctions d'élue, la lecture de cet essai ne pouvait que m'intéresser.
L'eau fait partie du paysage breton tout au long des saisons: en crachin qui dure, qui dure, en pluies d'orage, en pluie fine ou en averses ensoleillées. Elle coule au fond de mon jardin, tranquille ou presque tumultueuse selon l'intensité des précipitations, parfois elle transpire de la terre engorgée par la déferlante des nuages gris ou déborde des canalisation pour envahir tout ce qui fait barrage à son élan.
Il est difficile de donner une vue d'ensemble du livre: son foisonnement et sa documentation sont tels que l'on a envie de souligner et de citer de multiples passages.
Erik Orsenna procède de la même façon que son précédent opus consacré au coton (plante par ailleurs grande consommatrice d'eau!!!): il s'est rendu dans différentes régions de globe afin de cerner au mieux les particularismes comme les généralités concernant l'eau. Le tout émaillé de références littéraires: la scène sur le Jourdain est d'une grande intensité.
L'eau est la vie mais aussi la mort: lorsqu'elle charrie trop d'ordures, d'immondices, lorsqu'elle n'est pas assainie avant de desservir les foyers, elle apporte maladies et souffrances; lorsqu'elle devient irrationnelle après une mousson diluvienne ou des fontes de neige énormes, se tranformant alors en rouleau compresseur que rien n'arrête, elle entraîne désolation et scènes de chaos et lorsqu'elle subit de terribles secousses sous-marines, elle devient mur liquide dévastateur! L'eau contient la joie et la malheur dans la moindre de ses gouttes, l'eau terriblement présente ou épouvantablement absente, l'eau, molécules sans lesquelles la vie n'existerait pas. Ce bien, ô combien précieux, ô combien peu respecté parfois et ô combien exploité à outrance, risque de se faire rare, paradoxe pour une planète que l'on appelle aussi la Planète bleue: l'eau douce est en passe de devenir un trésor que l'on défendra bec et ongles...elle cède peu à peu la place à l'eau salée, cette eau qui enfle au fil de la régression de la banquise, cette eau qui monte, monte, lentement mais sûrement, au point que certaines parties du globe n'existeront plus, au point que des hommes deviendront des naufragés climatiques.
Entre l'avancée des déserts et la montée des eaux marines, la recherche mobilise et fait bouillonner nos chercheurs: la déssalinisation peut être une réponse au manque d'eau endémique de certaines régions du globe, coup de frein au développement économique, l'édification d'un mur une étrange réponse indienne au désarroi des hommes du Bengladesh. Seulement, la première provoque des dérèglements au sein des mers (les rejets asphixient et polluent mers et océans, étouffant faune et flore) tandis que le second fait frissonner d'horreur et swinguer le Brahmapoutre, fleuve qui attise convoitises et déverse ses tonnes d'eau sur un pays sombrant peu à peu sous la masse liquide et réduit à l'état d'îles éphémères.
L'eau, ce bien tellement commun et accessible pour nous, est une denrée péniblement lointaine pour un trop grand nombre d'êtres humains: pourquoi existe-t-il tant de disparités et d'inégalités? Pourquoi est-ce si difficile de mettre en place un réseau d'assainissement ou de distribution pour certains pays? Pourquoi tant d'énergies, souvent féminines, perdues dans la recherche et le transport de cet élément vital à la vie mais aussi à la dignité humaine? Comment peut-on laisser, lorsque l'on est dirigeant, ses concitoyens dans une telle incurie? L'eau serait-elle, malgré elle, un moyen de domination sur l'autre? Autant de questions que de situations ubuesques, surréalistes et dramatiques, autant d'interrogations que de main mise sur un bien qui devrait être commun, libre d'accès et pourquoi pas gratuit!
Un bien commun, n'appartenant à personne en particulier et donc appartenant à tous, peut-il être autrement que gratuit? On aimerait bien que ce bien commun soit gratuit, or la facture d'eau semestrielle est loin de l'être! En France, la quasi totalité des collectivités territoriales a délégué ses compétences de gestion à quelques grandes entreprises privées qui se chargent de l'assainissement, du traitement des eaux. Ces derniers ont un coût certain et le développement économique sans prise de conscience environnementale provoque l'augmentation des divers traitements que subit l'eau avant de sortir de nos robinets. Le cycle est titanesque tant sur le plan des produits traitants que sur les infrastructures et on ne peut s'empêcher de tiquer un peu devant le coût lorsque l'on sait que les plus grands consommateurs et "pollueurs" d'eau sont les industriels (chez moi, ce sont les entreprises agro-alimentaires, pourvoyeuses certes d'emplois - mais peu qualifiés et donc rémunérés chichement -) et une certaine agriculture! Depuis quelques années, des collectivités territoriales trouvent des alternatives au prix de l'eau: le retour en régie municipale et/ou communautaire en est une et non des moindres: en effet, passer en régie permet d'économiser 20% à 30% sur la facture car la régie n'a pas d'actionnaires à rémunérer! Avec ces 20% à 30% en plus, une collectivité peut un peu plus respirer et entreprendre des travaux pour l'amélioration de ses réseaux! Donc, si la gratuité de l'eau n'est pas possible, en revanche il n'est pas impossible, loin de là, de permettre une baisse non négligeable de la facture! En tout état de cause, ce type de décision est uniquement politique comme le souligne avec justesse Erik Orsenna.
"L'avenir de l'eau" est un essai dont on sort remué, saisi, émerveillé par les prodiges d'inventivité, de créativité, par les hardiesses et les paris des hommes. C'est un essai qui aborde simplement mais avec rigueur les différents points de vue sur l'eau, son devenir, sa nature et ses utilisations: Erik Orsenna sait également mettre le doigt sur le hiatus, le point de divergence et mettre en lumière la beauté intrinsèque de cet élément basique et essentiel. Après cette lecture, on ne regarde plus le moindre ruisseau ni les plus grands fleuves ou océans de la même manière: nous avons les yeux de Chimène pour ces serpents liquides et ces masses salées qui nous dévoilent leurs forces et leurs faiblesses sous la plume efficace d'Orsenna.
"L'avenir de l'eau" est une ode aux eaux de notre terre mais aussi une ode à la terre, cette terre que l'homme ne peut hélas pas s'empêcher de martyriser: l'eau mal maîtrisée, l'eau détournée, enfermée dans des conduites souterraines, érode les sols, les malmène, les appauvrit et précarise la production agricole, celle qui nourrit les hommes! Orsenna a confiance en l'intelligence des hommes de pouvoir qui ne pourront pas laisser la planète aller droit dans le mur sans réagir....je souhaite de tout coeur que la vie l'emportera sur l'avidité et l'envie d'avoir toujours plus! Au final, l'eau et la terre auront le dernier mot, de cela j'en suis certaine....à nous de faire en sorte que ce dernier mot ne soit pas dévasteur!





Merci à Julia Roubaud de Bonnie & Clyde pour l'envoi de cette belle lecture.




Le site d'Erik Orsenna ICI une interview de lui LA

mercredi 10 décembre 2008

Une pause photo


Pendant que je cours après ce maudit temps qui a plus d'entraînement que moi côté marathon!

Je continue mes lectures et mes prises de notes (pour faciliter mes futurs commentaires) sans pour autant avoir l'occasion de me poser vraiment pour écrire quelque chose de correct et de cohérent.

Les vacances approchent, synonymes de respiration (même si ce sont celles de Noël!!) et d'absence de réunions...ouf, je pourrai bientôt me consacrer plus longuement à mon cher espace de parole et d'écriture: mon blog!

vendredi 5 décembre 2008

Un an de plus!

Le temps est une météorite qui se perd dans l'espace infini des heures, secondes, minutes, mois, jours, semaines et années! Résultat: 2 ans de blog et j'ai l'impression que cette aventure n'est commencée que depuis hier.
J'ai cru, parfois, que j'allais droit au mur en courant après le temps, éternelle fuite en avant: je n'avais plus le temps de visiter les blogs ni de laisser une petite trace de mon passage (je sais qu'écrire quelques mots fait toujours plaisir au blogueur!), aussi ai-je commencé à éprouver une profonde angoisse devant la quadrature du cercle (lire les billets, laisser des petits mots, écrire mes chroniques sans accumuler trop de retard - euh, complètement raté pour cette année! - et lire!). J'ai résisté à l'envie de mettre en sommeil mon Chatperlipopette...je suis bien trop bavarde pour rester longtemps silencieuse et je me suis piquée au jeu modeste des chroniques de mes lectures.

Même si mes occupations municipales et politiques, en plus de mon travail (vous savez, celui qui consiste à "surveiller les siestes et changer les couches à des enfants de 18 mois" - alors qu'en réalité les enfants ont 2 ans révolus et sont propres -!), me prennent du temps et empiètent sur mes temps de lecture et de "blogage", j'ai encore et toujours envie de partager mes découvertes, mes coups de coeur et mes albums jeunesse préférés. Mais surtout j'aime me promener (même si je laisse moins de traces de mes visites) au coeur de la blogosphère des LCA!

Chers lecteurs et visiteurs, connus et inconnus, je me fais un plaisir ce soir de partager avec vous la pétillance de ma boisson préférée pour vous remercier d'exister!.... vous prendrez bien une coupe de champagne, non?

mercredi 3 décembre 2008

Quête de soi et contes de fées

Une jeune femme retrouve Roland, le psychothérapeuthe qui l'a suivie depuis sa plus tendre enfance. Les retrouvailles entre le père (le psy) et la fille (la jeune femme) vont permettre à cette dernière de se définir à nouveau une place dans la vie. Elle est bien la fille de son père même si ce dernier ne l'a jamais reconnue, même si sa mère l'a quittée, les a quittés, pour partir vivre avec un autre homme.
Roland habite dans une vieille et grande maison, à la campagne, et a choisi de vivre coupé de sa famille et du monde. Seule, une aide-ménagère vient chaque jour assumer les tâches quotidiennes: elle est entourée d'un halo de mystère car elle ne montre jamais son visage et fuit les regards de la narratrice.
Chaque soir, la narratrice trouve sur l'écritoire de sa chambre un conte de fées, clef déposée par une main mystérieuse pour qu'elle emprunte le chemin tortueux de son insconscient. Chaque soir, un nouveau conte ouvre les portes d'une interrogation intime et offre un élément de réponse qui comblera ses béances angoissantes. Chaque nuit, un rêve viendra perturber son sommeil et l'éveiller à une révélation sur ses blessures. Chaque jour, la narratrice s'interroge sur l'identité de l'aide-ménagère, se demande à quoi elle peut ressembler jusqu'à ce que quelques menus objets, apparemment oubliés, l'amène à penser à une personne importante pour elle, celle qui l'a élevée et aimée plus que sa mère: Angèle.
"Le chemin des sortilèges" est l'histoire de la quête de soi menée par une femme un peu perdue dans sa vie, s'interrogeant sans cesse, ne pouvant vivre pleinement son destin et tentant de trouver une réponse à ses angoisses par la lecture des contes de fées.
De La Belle au bois dormant à Blanche-Neige en passant par Cendrillon, Le petit Poucet ou encore Le petit Chaperon rouge, Nathalie Rheims pianote, un peu falote, des gammes sur la partition de la Psychanalyse des contes de fées écrite par Bruno Bettelheim! Le conte, rite de passage entre l'enfance et le monde adulte, donc celui des parents, donne du sens à la vie aux enfants comme aux adultes dont les blessures de l'enfance ne sont pas encore cicatrisées. La narratrice doit assumer la non reconnaissance aux yeux de la loi de sa naissance, et donc de sa vie, par son père biologique et se construire, cahin-caha une vie dont les fondations ne sont guère solides.
Ce serait mentir que d'écrire que j'ai aimé, adhéré à cette histoire et ce serait mentir, aussi, que d'écrire que le roman me soit tombé des mains. Cependant, à aucun moment, je n'ai été charmée par l'écriture, certes fluide, facile à lire mais à mon goût insipide, de Nathalie Rheims. A aucun moment, je n'ai pu entrer dans l'histoire de cette femme qui se cherche désespérement et qui lentement accepte son deuil, ni avoir de la sympathie pour elle. Le dénouement peut éventuellement surprendre (encore que....) mais reste sans saveur: certes, il est difficile de comparer un essai avec un roman, pourtant l'essai de Bruno Bettelheim m'a paru plus palpitant que "Le chemin des sortilèges" qui ne m'a en rien envoûtée!
"Le chemin des sortilèges" est un roman, certes bien documenté sur les différentes entrées interprétatives de nos contes de fées traditionnels, qui ne restera pas gravé dans ma mémoire: il a un je ne sais quoi de trop facile pour emporter mon adhésion. Sans doute, ne suis-je pas non plus réceptive à certains thèmes et n'ai-je pas pu saisir l'essence du propos de l'auteure. Assurément, le propos tourne autour de l'acceptation du deuil, de la longue marche intérieure et intime à effectuer pour parvenir à une sérénité dans le souvenir de l'être cher disparu; or, je suis toujours restée à la lisière de l'histoire....crainte d'entrer dans la forêt profonde des peurs inexpliquées ou de regarder des reflets dans le miroir désagréable parfois et inquiétant des émotions bien cachées au tréfonds du coeur?





Je remercie Suzanne de Chez les filles et les éditions Léo Scheer de m'avoir fait parvenir ce roman.





NB: vous trouverez de nombreux liens vers d'autres avis chez lili, joelle et fashion!