« The Crown » est une série
que nombreux sont ceux à l'avoir vue. J'avoue avoir été dubitative
puis le Mois Anglais arrivant à grands pas, j'ai franchi le cap et
me suis lancée dans le visionnage de la série.
Et …. ce fut …. une excellente
surprise. Je me suis laissée prendre au rythme particulier des
épisodes, je me suis laissée charmée par l'ambiance et la
narration d'une vie particulièrement étonnante : celle du
règne de la Reine d'Angleterre Elizabeth II. J'en suis à la
troisième saison et je ne me lasse pas du sujet.
J'ai choisi d'écrire mon billet sur la
première saison, saison qui pose doucement la stature d'une jeune
reine qui aura, elle ne le sait pas encore, le plus long règne de
l'histoire anglaise, plus long que celui de la Reine Victoria
(soixante-trois années).
La saison 1 couvre la période du
mariage, en 1947, de la jeune Elizabeth d'York de la Maison Royale de Windsor avec le jeune
Philip de Grèce, Prince de Grèce et de Danemark, qui adopte le nom
de famille de ses grands-parents maternels, Mountbatten ainsi que la
nationalité britannique, à la rupture de sa sœur Margareth avec le
Capitaine Peter Townsend,en 1955.
Le jeune lieutenant, autorisé après
cinq mois de cour assidue à épouser la princesse Elizabeth,
héritière du trône d'Angleterre, reçoit, le jour de son mariage,
par son beau-père, le Roi Georges VI, le prédicat d'Altesse Royale
et le titre de Duc d'Edimbourg.
La scène est forte de symbole :
le Roi Georges VI fait jurer au jeune Duc d'être toujours un
conseiller et un époux fidèle pour Elizabeth. « Vous ne serez
là que pour elle » lui dit-il en substance.
Tout est idyllique (naissances de
Charles et d'Anne) jusqu'au jour où le roi meurt dans la nuit de
Noël, en Ecosse, tandis qu'Elizabeth et Philip sont en « tournée »
Commonwealth. Le jeune couple a passé quelques jours en pleine
savane pour observer la faune sauvage.
Commence alors, l'apprentissage
d'Elizabeth aux dures réalités de la fonction de souveraine.
Peu à peu, le poids du protocole et
celui des responsabilités, symboliques, de sa fonction, forment une
gangue autour de la jeune femme : elle devient cheffe de la
famille Windsor et chef d'état.
Certes, elle a été éduquée pour
succéder un jour à son père, certes elle connaît l'Etiquette sur
le bout des doigts, elle sait qu'elle devra renoncer à être
elle-même pour devenir Elizabeth Regina.
« Tu es la Couronne
d'Angleterre » lui dit sa grand-mère. Elle devra cacher son
être sensible, ses larmes, ses émotions car la Couronne doit rester
debout, solide et au-dessus des contingences ordinaires. Malgré son
attachement à certaines personnes de son entourage, elle doit
privilégier, au nom des coutumes en vigueur, les serviteurs les plus
anciens.
Les secrétaires particuliers de la
jeune Reine, sont extraordinaires de componction et d'impassibilité
bureaucratique, un vrai régal à voir.
Bien entendu tout ne se déroule pas de
manière lisse : Margareth, la cadette, est amoureuse de
l'écuyer, fidèle et loyal, du Roi Georges. Elle est aussi une jeune
femme avide de liberté, aimant la fête, le champagne et être
anticonformiste. Le Prince consort, Philip, a du mal à ne pas
exister, à être toujours à trois pas derrière son épouse :
il s'ennuie depuis qu'il n'est plus actif dans la Royal Navy.
« The Crown », ce sont aussi
des intrigues de palais, des influences de l'ombre, des pressions sur
la jeune Reine qui doit oublier ce que lui dicte son cœur.
On voit un Churchill vieillissant,
épouvantable tyran auréolé de la résistance britannique face à
Hitler, et fin politique : il réussit à rehausser sa cote de
popularité mise à mal depuis son nouveau mandat de Premier Ministre,
en utilisant sa visite au chevet d'une de ses secrétaires décédée
après avoir été renversée par un bus lors du fameux smog,
brouillard de pollution, qui immobilisa Londres pendant une semaine.
On constate que la Reine n'a guère de
prise sur les événements qu'elle subit plus qu'elle ne vit :
il y a un moment affreux, celui où elle se rend compte qu'elle ne
connaît absolument rien hormis la Constitution. Elle s'aperçoit
qu'elle a reçu une moins bonne éducation qu'une jeune fille de
moindre condition, que ce manque de connaissances et de culture
générale ne lui permettent pas d'exprimer un avis circonstancié.
Elle a conscience que « le savoir c'est le pouvoir » et
fera en sorte de combler quelques lacunes. Elle se laisse malmener
par un Churchill qui se mêle de tout, même de sa vie privée :
il lui fera comprendre qu'il est nécessaire de mettre fin à
l'idylle entre Margareth et le Capitaine Townsend. Comme il lui fera
comprendre qu'il faut donner une occupation officielle au Prince
Philip... comme une visite de cinq mois autour du monde, avec une
inauguration des Jeux Olympiques de Sydney.
Parfois, elle regimbe et on peut
discerner la future grande Elizabeth qui, quand elle dit « No »,
est inflexible.
J'ai aimé la précision historique,
les gestes repris dans leur moindre détail par les acteurs qui
jouent juste et incarnent pleinement leur personnage.
La réussite de la saison, et de la
série entière, tient au fait que tout est au plus proche de la
réalité des faits sans pour autant occulter les atermoiements et
souffrances des membres de la famille royale. Ils vivent dans des
châteaux ou des palais, ils n'ont pas de souci pécuniers, ils
possèdent la renommée, cependant ils ne peuvent vivre une vie
ordinaire car ils ne sont pas des gens ordinaires et ne le seront
jamais. Sinon... où serait la magie de la Royauté britannique ?
Elizabeth Regina aime ses enfants sans
pouvoir leur montrer une affection débordante : Charles doit
s'endurcir pour se confronter, plus tard, aux dures réalités qui
l'attendent.
On ressent de l'empathie pour chacun
d'eux, on ressent leurs peines, leurs espoirs, leurs déceptions,
tout ce qui les rend humains.
La réalisation et la photographie de
chaque épisode sont de très grande qualité et servent de manière
magistrale le récit.
Une réussite, d'ailleurs la série est
addictive en ce qui me concerne et j'en redemande !
Série américano-britannique créée par Peter Morgan.
Quelques avis:
Avoir à lire Just a word Marvell
Visionné dans le cadre: