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jeudi 19 janvier 2023

Agatha Raisin: Pour le meilleur et pour le pire

 


J'avais quitté Agatha Raisin en plein assouvissement de son fantasme : séduire pour de bon James Lacey. Je la retrouve dans « Pour le meilleur et pour le pire » à quelques jours de son mariage.

Agatha et le village de Carsely sont en effervescence afin que l'événement de déroule le plus parfaitement possible.

Sauf que.. les nuages annoncés se précisent pour éclater, de manière tonitruante, quand Jimmy Raisin, l'ex mari de notre héroïne, réapparaît pour gâcher la cérémonie.

C'est le chaos !

Puis vient le drame : Jimmy est retrouvé sans vie en bordure d'un champ à la sortie du village ? Qui aurait pu lui en vouloir à mort ? Agatha est la première suspecte, suivie de près par James Lacey. Tous les deux ont un mobile évident. Or l'évidence est loin d'être celle à laquelle on pense.


La situation devient compliquée pour Agatha qui n'a même plus son joli cottage où se réfugier car vendu à une dame acariâtre et peu avenante. Le temps de l'enquête, les deux ex tourtereaux devront faire toit commun chez James.

L'enquête est convenue, certes, mais parsemée de drôleries douces amères. J'ai éprouvé de la tristesse pour Agatha qui voit tout s'écrouler autour d'elle en quelques secondes, elle ne méritait pas cela. Et j'en ai voulu à James Lacey pour sa rancune et sa sévérité envers Agatha. Même si une trop grande compréhension et rapide absolution n'auraient pas été crédibles de la part de James.

Agatha parviendra-t-elle à reconquérir James ? James est-il toujours amoureux d'Agatha ? Se retrouvrront-ils à Chypre ? Réponse au prochain épisode.


Agatha Raisin a beau être un personnage agaçant, parfois à la limite du supportable, on ne peut la détester. Elle reste sympathique car ses répliques ou remarques cinglantes ne sont pas foncièrement méchantes.

Chaque enquête apporte plusieurs éclairages sur la personnalité de l'héroïne. Peu à peu des voiles sont levés offrant quelques pièces du puzzle. Agatha souffre de son manque de culture et d'éducation, elle a bataillé pour arriver au sommet de son art de communicante et elle tente, depuis son installation à Carsely, de s'améliorer …. et elle y parvient.

Traduit de l'anglais par Françoise du Sorbier


Quelques avis :

Babelio  Bianca  Critiques libres  A livre ouvert  Sens critique  Lily

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dimanche 13 février 2022

Son espionne royale et la fiancée de Transylvanie


 

C'est avec enthousiasme que j'ai retrouvé la chère Lady Gorgiana, membre sans le sou de la famille royale, pour une quatrième aventure.

Londres, 1932, en novembre dans le fog, rien n'est folichon surtout quand on apprend par la Reine Mary qu'on est envoyé en Transylvanie pour représenter la Couronne d'Angleterre à un mariage princier, celui d'une de ses anciennes camarades de pensionnat suisse. Le brouillard devient plomb quand il est nécessaire de recourir aux services d'une femme de chambre pour tenir son rang. Employée que notre Lady n'a pas.

Ainsi, retrouve-t-on Lady de Rannoch, à pied, en pleine mélasse, se rendant chez sa pétillante et pétulante amie Bélinda pour lui « emprunter » sa femme de chambre le temps de sa mission.


De fil en aiguille, notre Lady trouvera une femme de chambre grâce à son grand-père, policier à la retraite, Queenie, une jeune fille loin de maîtriser les codes de la noblesse.

Elle aura en plus de sa femme de chambre catastrophique, un chaperon affublé d'une dame de compagnie peureuse et alarmiste, ce qui rendra le voyage en train épique.

Bien entendu, l'arrivée en Transylvanie est lugubre à souhait, les gens du peuples sont superstitieux, les paysages enneigés sont désolés, les forêts profondes et les routes isolées. L'auteure met en place les codes du roman horrifique d'autant plus que l'action se déroule dans le berceau familial du Comte Dracula.

Lady de Rannoch retrouvera ses complices habituels, Belinda et Darcy chacun échouant au château par d'étranges heureux hasards. Elle aura même la joie d'être en présence de sa mère.


L'action a du mal à décoller, on a parfois l'impression de tourner en rond, cependant j'ai apprécié les clins d'oeil aux romans gothiques et au « Dracula » de Bram Stoker. La scène de la silhouette avec cape, escaladant telle une chauve-souris le mur d'enceinte du château est amusante. Tout comme celle des tableaux sinistres ornant les murs du castel ou encore la scène dans laquelle notre Lady a l'impression qu'un vampire compte la mordre dans le cou.

Les références aux grands auteurs anglais maîtres du suspense sont évidentes telles un immense hommage.

Les personnages secondaires sont toujours aussi savoureux : entre Lady Middlesex, il fallait oser tout de même, femme d'ambassadeur très énergique et courageuse bien qu'un peu énervante avec ses poncifs, et Miss Bickett, si si, la paranoïaque de service, on s'attend à quelques tranches d'humour. Il y en a, certainement plus savoureuses en version originale. Mais, ne boudons pas notre plaisir de lecture.


Je me demande toujours si un jour Georgiana et Darcy s'avoueront officiellement leur amour malgré leurs déboires financiers, et j'espère que le personnage de Queenie sera récurrent car je l'ai trouvée bien intéressante, elle ne s'embarrasse pas de chichi et dit ce qu'elle pense avec ses mots frustres. Elle est sympathique et attachante, ce qui fait que je la verrais bien au service de Lady Rannoch aussi originale que Queenie, chacune dans leur genre.


Le contexte, 1932, montre combien la stabilité européenne est fragile et que la menace de la montée des extrémismes de plus en plus importante : un rien peut faire basculer les alliances. La crise économique provoquée par le crash boursier de 1929 est loin d'être terminée, attisant les rancoeurs, les colères et le repli sur soi.

La santé déclinante du Roi George V devient de plus en plus problématique, la succession pourrait devenir compliquée.


« Son espionne royale et la fiancée de Transylvanie » est aussi agréable à lire que les précédents opus.


Traduit de l'anglais par Blandine Longre


Quelques avis :

Babelio  Lilly

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lundi 13 décembre 2021

Christmas pudding

 


Hercule Poirot
reçoit chez lui, à Londres, un jeune prince d'un état du Commonwealth qui entretient de nombreuses maîtresses là où il voyage. Il doit se marier bientôt et le rubis qu'il devait faire sertir pour sa fiancée lui a été dérobé par sa maîtresse londonienne. La situation est plus qu'embarrassante ce qui amène le jeune homme et son conseiller, Mr Jesmond, à solliciter l'aide de notre célébrissime détective belge.

Après quelques tergiversations, il se décide à accepter l'enquête car il lui a été assuré que le château dans lequel il passera un vrai Noël traditionnel anglais a été pourvu en installations modernes assurant une température acceptable.

C'est ainsi que Poirot se retrouve chez les Lacey sous le prétexte de vivre un Noël anglais. Les Lacey accueillent leurs petits-enfants Sarah et Colin ainsi que leurs amis dont un soupirant de la jeune fille, sous leur tutelle depuis la disparition tragique de ses parents, Desmond Lee-Wortley. Ce dernier, peu apprécié du couple, est venu accompagné de sa sœur souffrante qui ne quitte guère sa chambre.

La neige est au rendez-vous ce qui ne peut que sublimer Noël. Le repas est chaleureux et délicieux bien qu'un étrange billet ait été déposé sur l'oreiller de Poirot lui recommandant de ne point manger de Christmas pudding. Cependant, il passe outre et a la surprise de « tomber » sur une pierre d'un beau rouge : est-ce un rubis ? Est-ce celui qui a été volé ? Poirot se garde bien de montrer quoi que ce soit tout en observant avec finesse l'assemblée.

Plus tard, Colin et ses amis décident de jouer un tour au célèbre détective en simulant un meurtre le lendemain de Noël, effet sublime garanti grâce à la neige tombée. Le complot avance jusqu'au jour J.

Bridget est étendue dans la neige, vêtue de son pyjama rouge, comme morte. Colin et ses amis courent alerter Poirot qui découvre la scène et explique que la jeune fille est vraiment morte. Qui a pu commettre un tel crime ?

Des traces de pas mettent la puce à l'oreille de Poirot qui confie à Desmond le fameux rubis ainsi que la mission d'informer la police de Sa Majesté.

Reverra-t-on Desmond ? La sœur alitée a-t-elle été abandonnée par son frère ? Bridget est-elle vraiment morte ?


Bien entendu il y aura un coup de théâtre magistral même si.... mais chut, je n'en dévoile pas plus.


« Christmas pudding » est une nouvelle délicieuse et savoureuse. Tous les ingrédients du suspense sont présents ainsi que le déroulé habituel de l'enquête.

Les personnages sont anglais jusqu'au bout des ongles, Mrs Lacey est adorablement finaude et a compris depuis bien longtemps que pour anéantir un obstacle gênant point n'est besoin de s'y attaquer bille en tête, le louvoiement est autrement plus payant... notamment avec une jeune fille amoureuse d'un coureur de dot. Ah, la délectable remarque de la Granny à propos des pantalons masculins à la mode qui galbent les jambes de ces jeunes messieurs et font ressortir les genoux cagneux. Sarah l'entend et regarde d'un autre œil son galant.

Les adolescents sont à la hauteur de leur rôle : remuants, regorgeant d'idées et ne prenant pas garde aux fenêtres entrouvertes quand ils mettent au point leur facétieux meurtre.

Sans compter que j'ai appris que traditionnellement étaient dissimulés dans le Christmas pudding des objets : une pièce de monnaie, une ancre (symbolise le retour au port en sécurité), un dé à coudre en argent (pour la fortune) ou encore un os de bréchet de poulet en forme de V (en porte-bonheur).


Cette lecture, courte, ne fut que du bonheur.


Traduit de l’anglais par Jean-Michel Alamagny


Quelques avis :

Babelio   France Inter  Sens critique  Lecture parent enfant

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vendredi 10 décembre 2021

Les deux gredins

 


Les deux gredins forment un couple de vieux grincheux, bêtes, sales et surtout méchants. Ils ne cessent de se jouer de mauvais tours, de s'asticoter, de se moquer ou de se gruger.

Compère Gredin aime déposer son œil de verre dans la boisson de Commère Gredin qui compose en représailles un plat de spaghettis aux asticots.

La barbe de Compère Gredin est dans un état de crasse insoutenable : on y trouve l'amoncellement des reliefs de ses repas depuis Mathusalem.

Mais le plus épouvantable est qu'ils maintiennent en captivité quatre singes qu'ils maltraitent et obligent à vivre la tête en bas et que chaque mercredi Compère Gredin dépose de la glu sur l'arbre du jardin pour capturer des volatiles pour les cuisiner en tourte aux oiseaux. Cet affreux les « cueille » avant de les occire.

Franchement, voudriez-vous de tels voisins ?


Avec humour, Roald Dahl écrit un conte dans lequel l'ogre barbu est un Compère Gredin qui aura la monnaie de sa pièce lorsque les singes se révolteront. Un conte dans lequel Commère Gredin est une Dame Tartine qui n'aime pas grand monde.

Le style de l'auteur est toujours aussi dynamique et imagé au point que certaines scènes sont à hurler de rire lorsqu'on les lit avec un regard d'enfant.

La morale de l'histoire punit les méchants et on lit la punition avec d'autant plus de délectation qu'ils sont, également, très crétins.


Une lecture savoureuse et divertissante agréablement illustrée par Quentin Blake.


Traduit de l'anglais par Marie Saint-Dizier.


Quelques avis :

Babelio  Sens critique Livraddict  

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samedi 13 novembre 2021

Trilogie écossaise, le final.

 


Dernier opus de la trilogie écossaise, « Le braconnier du lac perdu » montre combien les liens entre les gens et les générations sont parfois inextricables … pour le meilleur et pour le pire.

 

Finlay Macleod vit chez Marsailie en attendant que la restauration de la maison de ses parents soit terminée.

Il n'est plus policier et doit trouver de quoi subvenir à ses besoins et à l'achat de matériaux pour la maison. Il est engagé par un gros propriétaire pour pourchasser les braconniers qui vident les lochs de leurs poissons. Dans le cadre de ses fonctions, il renoue avec un vieil ami de collège, John Angus Macaskill dit Whistler, ancien joueur de flûte celtique, promis à un avenir brillant qui préféra rester sur l'île. Aujourd'hui, il braconne, occasionnellement, pour se nourrir et sculpte des copies des célèbres figurines de Lewis pour gagner sa vie.

La tourbe jouera de nouveau un rôle important dans le roman, non seulement elle embaume et conserve les corps qui y sont enfouis, mais aussi elle peut provoquer la disparition d'un lac.

L'été a été anormalement sec et chaud à Lewis, île des Nouvelles Hébrides, la tourbe devenue trop sèche s'est fissurée au fond d'un lac de l'île, siphonnant l'eau emportée dans les abîmes de roches et de terre. Le lac asséché expose un avion qui reposait sur son fond depuis dix-sept ans. Fin et Whistler sont les premiers à le découvrir et à ouvrir la porte du cockpit pour se trouver en présence des restes d'un corps difficilement identifiable. Finlay remarque la réaction fugace de son vieil ami puis oublie, sur le moment, ce mouvement d'humeur.

Commence alors une étrange enquête véritable retour sur son passé de jeune adulte. Il y a un air de cercle bouclé dans ce roman qui dévoile une période de la vie de Finlay.

Que s’est-il passé, il y a dix-sept ans, alors que tout le monde pensait que Roddy , vieil ami de Finlay, à bord de son avion s’était abîmé en mer ? Les restes du cadavre retrouvé au fond du lac montrent qu’il y a eu mort violente et certainement meurtre.

Peter May orchestre le final de sa trilogie d’admirable manière au gré des descriptions magnifiques et majestueuses des paysages tourmentés de l’île de Lewis. Je sentais l’iode et le parfum miellé de la lande, j’entendais le vent siffler ou hurler selon son humeur, je voyais les nuages filer ou paresser dans le ciel septentrional, j’entendais les marées ronfler, les vagues se fracasser sur les falaises ou encore rouler en soupirant sur le sable en été.

Les liens entre les personnages, au charisme envoûtant, ne cessent d’être dévoilés, de se distendre puis se resserrer. L’amour n’est jamais loin de la haine, l’amitié souvent en duo avec la rancœur, la nostalgie danse à jamais dans les bras des souvenirs heureux ou douloureux. Finlay est la somme de tout cela, de ces sentiments dont un homme est fait et de l’environnement natal dont il est issu.

Les drames côtoient les fugaces instants de grâce, les aveux de l’attachement ressenti difficiles à exprimer.

Quand l’impensable se déroule sous le soleil espagnol de Malaga, l’espoir que tout se termine bien s’accroche, ténu, pour être balayé par une bourrasque écossaise.

Malgré tout, l’espoir vacille tel le flambeau passé par Whistler à Finlay …. Prendre soin de l’orpheline comme l’arrière-grand-père Macaskill avait pris soin du grand-père de Fin. La boucle est bouclée, les héros rejoignent leur quotidien au cœur d’une Ecosse insulaire aux âpres et durs accents dissimulant une chaleur que l’on diffuse auprès de ceux auxquels on tient.

Finlay pourra-t-il se reconstruire une vie heureuse ? La lectrice que je suis, l’espère de tout son cœur et continuera à faire vivre ce personnage si attachant au gré des souvenirs de cette lecture.

Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue

Quelques avis :


Babelio  Eva  Livraddict  Sens critique  Critiques libres  Charlotte

Lu dans le cadre



samedi 6 novembre 2021

Qui va à la chasse rencontre bien des ennuis

 


Deuxième opus des enquêtes de Hamish Macbeth, le flegmatique agent de police campagnard écossais, « Qui va à la chasse » explore un autre passe-temps de la gentry britannique : la chasse à la grouse.

Nous retrouvons non seulement Hamish mais aussi l'incroyable Priscilla Halburton-Smythe affublée d'un fiancé pour la plus grande joie de ses parents. Le fiancé est un auteur de théâtre londonien célèbre, Henry Whithering, un tantinet imbu de sa personne.

Pour célébrer les fiançailles, Mr et Mrs Halburton-Smythe, organisent des festivités dont une chasse à la grouse, gibier à plumes très prisé dans les Highlands.

Dans le parterre d'invités locaux nous retrouvons le détestable Capitaine Barlett, séducteur et buveur notoire ainsi qu'une brochette de personnes qui ne le portent pas dans leur cœur.

Au matin de la partie de chasse, Barlett est retrouvé sans vie, la poitrine déchirée par un tir à bout portant. Accident ou assassinat ?


Hamish inspecte les lieux, observe, doute avant de se faire évincer par Blair, l'inspecteur venu de la ville, qui campe sur la version de l'accident malheureux.

Sauf que... notre grand échalas d'Hamish Macbeth trouve rapidement les preuves qu'il n'en est rien au grand dam des hôtes et de leurs invités.


De fil en aiguille, Hamish rassemble les pièces du puzzle, sans en avoir l'air, en activant sa logique implacable et son réseau familial dispersé aux quatre coins du monde.

Quand les masques tombent, on relie une bonne partie des indices semés par l'auteure.


« Qui va à la chasse » apporte de l'épaisseur au personnage d'Hamish dont le côté benêt est loin d'être son vrai visage. Hamish est un jeune homme intelligent, empreint d'humour et d'autodérision, éternel amoureux transi de la jolie Priscilla, à l'éthique gentiment arrangeante, les scènes au restaurant « The laughing Trout » et l'aveu de la vente de deux grouses sont d'anthologie.

M.C Beaton sait faire vivre le village de Lochdubh et ses alentours, elle décrit si bien les paysages et les gens que j'avais l'impression d'y être. Elle sait également gentiment étriller la condescendance londonienne envers le milieu rural. La scène au cours de laquelle Henry Whithering provoque une gêne en exagérant son enthousiasme lors d'une visite dans une ferme est délicieusement acidulée.


« Qui va à la chasse » est un cosy mystery agréable à lire et a la saveur envoûtante des landes perdues, des laisses de mer et des ciels changeants.


Traduit de l'anglais par Marina Boraso


Quelques avis:

Babelio  Sens critique  L'heure de lire  Isabelle

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lundi 25 octobre 2021

Dans la famille Holmes, je demande la soeur

 


En septembre j'ai fait la connaissance d'une nouvelle série de romans jeunesse, « Les enquêtes d'Enola Holmes » de Nancy Springer. J'avais vu sur les blogs de nombreux billets de lecture sur cette série, notamment depuis qu'elle a été éditée en BD.


Enola, ou « alone » si on lit le prénom à l'envers ce qui pose rapidement le décor, vit seule avec sa mère dans un manoir campagnard. D'ailleurs pourquoi Lady Eunoria a-t-elle appelé sa fille Enola qui, lu à l'envers signifie Alone, seul ? Cette question taraude la jeune fille qui se la pose tout au long du roman.

Tout est pour le mieux, loin des soucis d'étiquette, pour la jeune Enola qui vit sa vie de jeune fille, un peu garçonne, sans contrainte. Jusqu'au jour où Madame Holmes mère, Lady Eudoria, disparaît sans mot dire laissant Enola, le jour de ses quatorze ans, seule et à la merci d'un monde patriarcal peu tolérant.

Débarquent alors les deux frères aînés d'Enola, Mycroft, bien établi socialement et très strict, et Sherlock, le célèbre détective aux addictions mystérieuses. Les deux frères se mêlent de la vie de leur sœur et décident de l'envoyer en pension dans une institution pour jeunes filles de bonne famille. Sauf qu'Enola ne veut absolument pas perdre la liberté de penser, de courir, de découvrir inculquée par sa mère.

Elle s'échappe puis s'enfuit pour rejoindre Londres, ville de tous les dangers où elle pourra enquêter sur la disparition de sa mère. En chemin, elle tombe sur la cachette d'un jeune lord dont la disparition fait la une des journaux.

Déguisée en veuve, Enola arrive à Londres pour enquêter sur la disparition du jeune homme. Commencent pour elle des aventures angoissantes voire dangereuses dont elle triomphe grâce à sa vivacité d'esprit, sa faculté d'entreprendre et d'aller de l'avant, son goût des messages à décoder laissés par sa mère dans un précieux carnet.


L'intrigue est simple mais prenante. Je me suis laissée porter par l'histoire et surtout je me suis attachée à la jeune héroïne prenant son destin en main. En cette fin de XIXè siècle où être une femme signifie se résigner à ne vivre que pour procréer et trimer, Enola est un petit bout féministe qui ne craint pas d'être hors la norme. Indépendante, élevée par sa mère pour ne pas avoir à dépendre de la figure paternelle ou fraternelle, elle estime qu'elle seule doit décider ce qui est bon pour elle.

« La double disparition » est le premier épisode d'une série de romans policiers et met en place le personnage principal, ses qualités et ses défauts, ses peurs et ses espoirs, son caractère bien trempé et son envie d'aider autrui, au point qu'elle décide d'ouvrir une agence de détective.

A la fin du roman, le secret de la disparition de la mère n'est pas percé, quelques avancées sont faites mais sont-elles de vraies pistes ou des chemins de traverses pour perdre ses poursuivants ? Madame Holmes souhaite-t-elle être retrouvée ? Parfois, on en doute.


Enola Holmes est une héroïne dont on a envie de suivre les aventures et ne peut que séduire un jeune lectorat appréciant les histoires mystérieuses à rebondissements.

Pour les jeunes lecteurs moins aguerris, la version BD semble être une excellente entrée en matière pour découvrir Enola Holmes.

Traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassalo-Villaneau


Quelques avis :

Babelio  Ricochet  Ma petite médiathèque  Bulle de Manou  Sens critique


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mercredi 15 septembre 2021

Vacances anglaises

 


Difficile d'écrire un billet de lecture quand ladite lecture n'a pas été enthousiasmante. J'ai l'impression d'être passée à côté du sel de l'histoire en raison d'un sentiment de déjà vu.

Pourtant le sujet abordé me plaisait par son parti pris de comédie estivale au cours de laquelle on peut disséquer les comportements humains.


Quatrième de couverture

« Howard est marié à Elizabeth, il ne pense qu'à téter son whisky douze ans d'âge et à sa maîtresse Zouzou. Le reste du temps, il donne le change avec une humeur toujours égale. Leur fille Katie, 17 ans, montre avantageusement ses seins à qui veut les voir. Des voisins, Brian et Dotty, émergent à peine de la classe ouvrière et sont en admiration devant le faste de leurs amis. Sans oublier qu'ils ont un fils, Colin, 15 ans, dégénéré notoire, qui fantasme sans arrêt sur Katie et sur sa mère, Elizabeth.

Les vacances s'annoncent, on va partir ensemble, les uns dans une suite d'hôtel, les autres dans une caravane… »


Le décor est planté, les personnages prennent rapidement corps et certains m'ont très vite agacée au plus haut point, en l'occurrence Katie, la fille un peu trop perverse à mon gré. Petite fille gâtée-pourrie par ses parents, très aisés, qui lui offrent tout ce qu'elle souhaite au point qu'elle ne se rend plus compte du prix des choses : je vois, ça me fait envie, j'achète sans regarder à la dépense puisque papa-chéri versera de quoi combler mon compte en banque. Dès ses premières entrées en scène, j'ai eu une folle envie de la gifler. Sans doute était-ce l'effet recherché par l'auteur : grossir tellement les traits des personnages qu'ils en deviennent énervants de ridicule.

Joseph Connolly a une écriture pleine de verve, son humour est décapant, le sexe est aussi joyeux que triste, insécure ou doux, tous ces atouts n'ont pas éloigné l'ennui.

La comédie de mœurs est réussie, il y a du rythme, les rivalités entre voisins sont bien vues, lorsque les masques tombent l'empathie n'est pas absente de la part de la lectrice que je suis.

« Sea, sex and sun » … la vie de couple est malgré tout regardée avec désenchantement, l'usure du quotidien écorne les désirs, les envies. Les douleurs incurables dressent des montagnes d'objets collectionnés pour combler un vide sans fond.

Colin, l'ado écartelé entre son snobisme social et scolaire, ses obsessions des poitrines de Katie et d'Elizabeth, tire malgré tout son épingle du jeu : finalement, tomber tout simplement amoureux d'une jeune fille normale est ce qui lui arrive de mieux.

Je mens, tu mens, nous mentons à tout le monde et surtout à soi-même.

Je suis allée au bout de ma lecture sans vibrer.

Traduit de l'anglais par Alain Defossé


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Babelio  Le tourne page  RTS CH culture  Sens critique  Critiques libres


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dimanche 8 août 2021

Ca décoiffe à Balmoral pour Son Espionne Royale

 


« Son espionne royale et la partie de chasse » de Rhys Bowen est le troisième opus des aventures de Lady Georgiana de Rannoch et je l'ai autant apprécié que les deux précédents.

Eté 1932, Londres, le Londres de la haute société, est déserté par la noblesse et la haute bourgeoise anglaise, en quête de fraîcheur dans une des campagnes du royaume. Notre Georgie a toujours autant de difficultés à tenir son budget, les rentrées d'argent se faisant rares, et est esseulée dans un Londres désert, elle ne peut même pas sortir avec sa meilleure amie Belinda partie en Italie faire la fête.

Alors qu'elle se rend chez Belinda au cas où elle serait rentrée, Georgie manque de se faire renverser par une moto lancée à vive allure. Surprise, Belinda est passagère du bolide conduit par un mordu de la vitesse, le Comte Paolo di Marola e Martini, amant du moment. Notre Lady de Rannoch se retrouve le lendemain à remplacer Belinda à un dîner en tête à tête avec un américain du Kansas, censée lui tenir compagnie. A l'issue de la soirée, agréable et conviviale, Georgie a l'idée de laisser tomber son agence de nettoyage des résidences de standing pour lancer une agence d'hôtesses destinées à accompagner les messieurs esseulés au théâtre, au restaurant ou à des soirées. et diffuse une annonce dans le London Times

Bien entendu, notre Lady, un rien naïve, se met dans une situation impossible en rejoignant son premier client dans une boîte de nuit, un peu glauque. Ce dernier avait en tête une tout autre notion du terme « hôtesse ». Surgi de nulle part, Darcy, évaporé depuis des mois, arrive à point nommé pour sauver l'inconséquente Gerogiana. Le lendemain matin, Scotland Yard, en la personne de Sir Jeremy, sonne à la résidence londonienne de la famille Rannoch, pour faire comprendre à Lady Georgiana que son entreprise tombe à l'eau. Il en profite pour l'envoyer en Ecosse sur le champ en mission pour découvrir qui tente d'attenter à la vie de David Windsor, héritier du trône d'Angleterre.


Pour Son Espionne royale commence une enquête folle au cours de laquelle elle aura fort à faire pour trouver qui en veut autant à la famille royale d'autant plus que son frère Binky, le Duc de Rannoch, a eu sa jambe abîmée par un piège posé sur le domaine à un endroit improbable.

Une autre surprise de taille l'attend à Rannoch : Wallis Simpson, la célèbre maîtresse de l'héritier du trône, est accueillie au château sis non loin de Balmoral, résidence estivale de la famille royale. Elle est accompagnée d'un groupe d'amis américains, bruyants et exigeants acculant Fig, Duchesse de Rannoch, à la possible dépression nerveuse.

Les scènes sont savoureuses et irrésistibles d'humour comme la description des commodités ornées de papier peint aux motifs inspirés des tartans écossais ou comme celle de la tuyauterie du château. Les invités américains auront droit au réveil au son de la cornemuse, à l'apparition d'une Dame blanche, aux cousins de la famille, au monstre du loch et au haggis. De quoi faire décamper le plus brave des touristes.

Je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement avec la série « The Crown », notamment lors de la scène du pique-nique au bord du lac sous un vent à décorner les bœufs, Georgiana savoure ses sandwiches avec un flegme tout écossais. Ou encore lorsque l'enquête de Georgie, épaulée par son grand-père maternel, la mène dans un asile haut de gamme où sont relégués les moutons noirs des grandes familles nobles.

L'histoire est pleine de rebondissements au cours desquels Georgie croise la route d'une aviatrice célèbre, Veronica Padgett dite Ronny, éprise de liberté et se moquant des conventions, retrouve le prince Siegfried, toujours aussi décalé, est confrontée à l'enlèvement de son neveu Podge, à plusieurs tentatives d'assassinat dont une en compagnie d'Elizabeth de Windsor, future Elizabeth II.

Les indices se croisent, s'emmêlent pour un dénouement incroyable que je ne divulgâcherai pas.

Cependant, une question demeure : qui en a après David, le futur Edouard VIII ? Tente-t-on de lui faire peur afin qu'il prenne, enfin !, son rôle d'héritier du trône au sérieux ? Tente-t-on de lui faire passer le goût des aventures amoureuses avec des femmes mariées ? En ces années trente, la santé du Roi George V est déclinante ce qui rend les frasques mondaines de David dangereuse pour l'équilibre politique, subtil, entre la Royauté et le Parlement. Les mouvements séparatistes ébranlent la Couronne et tentent d'en affaiblir le rayonnement.


« Son espionne royale et la chasse royale » est une fois de plus un régal à lire et son héroïne toujours aussi délicieusement naïve et imprégnée par les principes inculqués par son éducation. Cependant, au fil de ses aventures, la jeune Lady tente de prendre son destin en main et de frayer son chemin dans le monde. En quelque sorte, elle acquiert, peu à peu, un esprit indépendant et parvient à s'émanciper dans le cadre de la bienséance malgré ses bourdes et nombreuses maladresses. C'est ce qui la rend si attachante.

Traduit de l'anglais par Blandine Longre


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samedi 31 juillet 2021

Il était un fleuve


 

Pour illustrer le thème du mois de juillet pour le challenge « Une année en Angleterre », après bien des tergiversations, j'ai choisi, grâce à une participante, de lire « Il était un fleuve » de Diane Stetterfield dont j'avais lu, il y a quelques années, « Le treizième conte ».

 

Juillet et son thème « voyage en Angleterre », m'a emmenée sur les rives de la Tamise, en amont de Londres, pour suivre quelques méandres de secrets, de fables et de mystères.

Il y a le Swan, auberge au bord de la Tamise, tenue par une famille nombreuse dont le pater familias, Joe, a un don pour raconter les histoires.

« Aux frontières de ce monde, existent d’autres mondes. Il est des gués que l’on peut traverser. En voici un. » L’incipit est, à lui seul, déjà un voyage. Puis le roman s’ouvre sur ces mots « Il était une fois une auberge paisiblement installée sur les berges de la Tamise à Radcot, à une journée de marche de la source. Les auberges étaient nombreuses en amont du fleuve à cette époque, et partout on pouvait s’y soûler, mais outre le cidre et la bière qu’il convenait d’y trouver, chacune présentait une spécificité.[…] Le Swan, à Radcot, possédait aussi sa spécialité. On s’y rendait pour écouter des histoires. » Le décor est planté par l’auteure dans cette belle ouverture romanesque, le fleuve charrie autant de marchandises, d’hommes que de mystères.

Par une nuit du solstice d’hiver, les histoires vont bon train au Swan, notamment celle issue de la bataille du Radcot Bridge au cours de laquelle, en 1387, deux grandes armées se confrontèrent provoquant la perte de huit cent soldats. Seuls, trois hommes en réchappèrent, un chevalier, un valet et un jeune garçon. Depuis cinq cents ans, le sort des pauvres âmes perdues est revisité par les conteurs du Swan. Les histoires se déroulent, sans fin, quand un inconnu arrive, gravement blessé, portant dans ses bras une espèce de mannequin.

L’homme tombe, inconscient, il est transporté dans une salle à coté pendant qu’un commensal court quérir Rita Sunday, l’infirmière de la région. Cette dernière prend en charge le blessé et apprend que le mannequin s’est révélé être une fillette. Elle l’examine et constate qu’elle ne donne aucun signe de vie. La petite est installée dans la pièce la plus froide de l’auberge tandis que l’inconnu reçoit les soins appropriés. Plus tard, dans la nuit, Rita se rend auprès du corps de la fillette, lui prend la main, tâte son poul et…miracle le cœur bat doucement, tout doucement.

La fillette, revenue d’entre les morts, d’où vient-elle ? Qui sont ses parents ? Les gens se souviennent de la disparition, deux ans plus tôt, d’une fillette, Amélia Vaughan. Serait-ce elle ?

Commence alors un récit haletant, empreint de mystères et de merveilleux aux côtés du sordide et du misérable. On oscille entre le roman victorien et les références aux œuvres de Dickens, le tout servi par des rebondissements plus incroyables les uns que les autres, comme dans un roman policier.

 

« Il était un fleuve » est l’histoire trépidante d’hommes et de femmes, quelque part au milieu du XIXè siècle, sur les berges de la Tamise, en butte avec leurs chagrins, leurs espoirs, leurs illusions perdues, leurs croyances, leur mode et leurs choix de vie. Diane Setterfield met en scène une galerie de personnages dont l’épaisseur donne corps au roman.

L’inconnu s’avère être Henry Daunt, photographe dont la passion est de prendre en photo la Tamise et ses berges dont il apprécie les changements de lumière au cours de la journée et des saisons. Ses clichés dégagent une âme qui parle à ceux qui les regardent avec attention. Il s’est retrouvé coincé dans les remous avec son bateau quand il a voulu accoster pour soigner la fillette récupérée dans l’eau.

Rita Sunday, orpheline élevée dans un couvent, a appris très vite à soigner les gens, à connaitre les remèdes et à apprendre les gestes pour réparer les corps et leurs tissus. Elle a choisi le célibat pour ne pas mourir un jour en couches et décidé de vouer sa vie à aider ses semblables. Elle est l’esprit éclairé, la scientifique du roman : elle ne croit que ce qu’elle voit et parfois ce qu’elle voit est si incompréhensible qu’elle se lance dans des recherches pour comprendre ce qui titille ses questionnements. Tout mystère a une explication rationnelle… parfois la théorie est bousculée par un élément appartenant au merveilleux. C’est ce qui arrive au Swan, lors de cette nuit du solstice d’hiver.

La petite fille noyée, source de mystère en revenant à la vie, est reconnue comme étant Amélia Vaughan, disparue depuis deux ans. Du moins, Mme Vaughan en est-elle persuadée. Nombreux sont les faisceaux qui se rejoignent pour le croire. Or, il y en a autant pour rejeter l’assertion, notamment l’hésitation de Mr Vaughan à chaque fois qu’il prononce le prénom de sa fille Amélia. Ne serait-elle pas plutôt Alice, la fillette disparue de Robin Amstrong, fils du propriétaire terrien prospère, bâtard d’un noble et d’une servante noire ? Ce Robin qui ressemble beaucoup aux personnages fourbes et prêts à tout que l’on trouve chez Dickens… sordide, immoral et insane.

Une course à la paternité prend corps au cours de laquelle le mystère de la disparition de la petite Amelia sera levé. Qui est le père : celui qui conçoit l’enfant ou celui qui l’élève et l’éduque ? L’inné peut-il être atténué par l’acquis dispensé par les valeurs et l’éducation reçues ? L’atavisme peut-il peser longtemps sur les enfants ?

Et le Silencieux, ce passeur qui aide les bateliers en perdition à rejoindre la rive : celle de la vie quand l’heure n’a pas encore sonné ou l’autre rive quand il est temps de rejoindre l’autre monde. Tel un Charon, il apparaît pour guider les âmes en péril. On dit qu’il est à la recherche de sa fille, on dit qu’il aide aussi à retrouver l’être cher. Il est l’élément du merveilleux qui offre le gué entre les mondes existants.

 

« Il était un fleuve » est un roman savamment construit fait de méandres, de remous, de multiples ramifications. Il m’a emportée dans son courant auquel il est difficile de résister : les mystères se nouent et se dénouent au prix de nombreuses souffrances et de deuils. Un voyage extraordinaire et enchanteur.

 

Traduit de l’anglais par Carine Chichereau

 

Quelques avis :

Babelio  Nicole  Nadège  Sens critique Cannetille  Diacritik  Auryn

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mercredi 28 juillet 2021

Les aventures de Cluny Brown

 


L'an dernier j'ai découvert, en participant au Mois Anglais, le charme ineffable des romans « vintage ». Après « Des femmes remarquables » de Barbara Pym, j'ai sorti de ma Pile A Lire « Les aventures de Cluny Brown » de Margery Sharp.


Hitler fait parler de lui en Europe, la menace d'un conflit armé gagne chaque de jour de l'ampleur. Cependant, l'Angleterre reste elle-même, engoncée dans son carcan moral, immuable comme un manoir à la campagne ou un hôtel particulier à Belgravia. Chaque chose a sa place dans le paysage ou une maison... les êtres humains ont également chacun leur place dans la société et tout le monde doit s'y tenir.

Or Cluny Brown, nièce d'un plombier londonien, bouscule, l'air de rien, les conventions en suivant ses idées et ses envies. A un point tel que l'oncle lui trouve rapidement une place de bonne dans le Devonshire, à Friars Carmel, résidence de Sir et Lady Carmel.

A peine débarquée du train, Cluny se fait remarquer en arrivant en Rolls Royce, celle du colonel voisin de ses employeurs, au domaine des Carmel : elle est parvenue à calmer le labrador, Roddy, du colonel qui pour la remercier l'accompagne en voiture.

Cluny sait-elle où se trouve sa place ? N'en fait-elle pas trop à vouloir toujours regarder plus loin que le bout de son nez, faisant fi des conventions ?

Ce que sait Cluny c'est qu'elle veut vivre des aventures, voir le monde et multiplier les expériences. Elle est grande, mince, a des cheveux attachés en queue de cheval rebelle. Personne ne lui trouve aucun charme et pourtant elle intrigue et pique la curiosité de celui ou celle qui l'observe.

Cluny possède une curiosité intellectuelle surprenante pour quelqu'un de sa condition sociale ce qui dérange l'ordre établi. Pourtant, personne ne peut lui en vouloir longtemps tant son caractère, fantasque mais franc, apporte un peu de fraîcheur dans l'immobilisme des jours.

Cluny est une jeune femme de chambre pétillante, décontractée, un brin délurée, honnête, s'appliquant à faire son travail consciencieusement, à comprendre le monde qui l'entoure. Ces qualités font qu'elle est très attachante : on l'aime bien, Cluny bien qu'elle ne fasse jamais ce qu'on attend d'elle!

Pour elle, c'est certain, la vie est ailleurs qu'à Londres ou dans le Devonshire, ailleurs oui mais où ? Dans les promenades aux alentours de Friars Carmel en compagnie de Roddy, le labrador énergique et joueur, et du pharmacien Mr Wilson qui s'éprend, peu à peu, de la jeune fille ? La vraie vie est-elle à écouter et observer la jeunesse aristocratique ou encore se trouve-t-elle dans les échanges, au débotté, avec le Professeur Belinski, intellectuel polonais fuyant le nazisme ?


Je me suis laissée charmée par ce roman délicieusement anglais tant par son humour de chaque instant que par l'atmosphère typiquement britannique : Lady Carmel, ses roses et son jardin, Sir Carmel et ses promenades équestres ou l'immuable tea time au charme indicible.

« Les aventures de Cluny Brown » offre au lecteur des personnages attachants qu'il a envie de suivre jusqu'au bout. Margery Sharp a réussi un coup de maître en mettant en scène deux héros aussi dissemblables l'un que l'autre et pourtant fantasques et imprévisibles. Cluny et Belinski forment un duo depuis leur rencontre, duo invisible dont personne, même pas eux, ne soupçonne l'existence. Ils sont tous les deux atypiques et surprenants : ils sont en quête, chacun à leur manière, du bonheur et de l'amour.

L'auteure les fait évoluer avec intelligence grâce à son style énergique, pétillant et empreint d'humour : elle aime ses personnages et les malmène juste ce qu'il faut pour ne pas sombrer dans la niaiserie. D'ailleurs, la chute est à l'image du roman... surprenante.... je n'ai rien vu venir et ce à ma plus grande joie.


« Les aventures de Cluny Brown » est un roman agréable à lire qui n'occulte pas les conventions sociales sclérosantes et étouffantes, pouvant tuer dans l'oeuf les plus louables aspirations – comme celles de s'élever dans l'échelle sociale – et parvient à les critiquer avec espièglerie : Betty Cream, délicieusement belle, est aussi délurée que Cluny et bouscule également les conventions de son milieu social en ne cherchant pas à s'établir avant d'avoir pu s'amuser comme bon lui semble.

Cluny et Betty représentent deux voies de l'émancipation féminine et apportent du rythme au roman avec leur conception de la vie.

Traduit de l'anglais par Yves-Gérard Dutton


Quelques avis :

Babelio  Plume de Cajou  Sens critique  PatiVore  Force Ouvrière  Les Inrocks  Délivrer les livres

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