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mercredi 4 janvier 2023

En sortir 23 pour l'année 2023


 Malgré l'objectif non atteint pour mon premier défi d'allègement de PAL, je ne me décourage pas pour autant et récidive pour 2023.

Pour En sortir 22 pour 2022 le bilan aurait pu être plus catastrophique: 8 lectures chroniquées sur les 14 lues. 14 sur 22 c'est plus de la moitié.

Cette année, j'ai remis dans ma liste des 23, quatre des romans sélectionnés l'an dernier car ils me tenaient à coeur de les lire.

Les heureux élus sont:



1. « Toute passion abolie » de Vita Sackville-West


2. « Les Grâciées » de Kiran Millwood Hargrave


3. « Saules aveugles, femme endormie » d'Haruki Murakami


4. « Dernière nuit à Twisted River » de John Irving


5. « Moi, Tituba sorcière... » de Maryse Condé


6. « De beaux lendemains » de Russel Banks


7. « Le mystère Croatoan » de José Carlos Somoza


8. «  Le temps où nous chantions » Richard Powers


9. « La couleur de l'eau » de James McBride


10. « L'échappée » de Valentine Goby


11. « La Rose » de Louise Erdrich


12. « L'oiseau canadèche » de Jim Dodge


13. « Mille femmes blanches » de Jim Fergus


14. « La belle lumière » d'Angélique Villeneuve


15. « Célestopole 1922 » d'Emmanuel Chastellière


16. « Les Seigneurs de Bohen » d'Estelle Faye


17. « Les Révoltés de Bohen » d'Estelle Faye


18. « Premières neiges sur Pondichéry » de Hubert Haddad


19. « La belle amour humaine » de Lyonel Trouillot


20. « Les grenouilles » de Mo Yan


21. « Contes curieux des quatre coins du monde » de Praline Gay-Para


22. « Le livre de Gould » de Richard Flanagan


23. « La nuit des béguines » d'Aline Kiner


Je ne suis pas seule à participer à ce défi: les PAL 2023 de Maghily, instigatrice depuis 2020 de ce défi, de Moka Milla.





vendredi 29 juillet 2022

L'intimité

 

Quatrième de couverture :

« Alexandre et Ada forment un couple heureux et s’apprêtent à accueillir un enfant. À l’heure de partir à la maternité, Ada confie son premier-né à leur voisine Sandra, une célibataire qui a décidé de longue date qu’elle ne serait pas mère. Après cette soirée décisive, la libraire féministe garde un attachement indéfectible au jeune garçon et à sa famille. Quelques années plus tard, sur un site de rencontres, Alexandre fait la connaissance d’Alba, enseignante qui l’impressionne par sa beauté lisse et sa volonté de fer… »



Alexandre est heureux avec Ada, il le serait encore plus si Ada portait son enfant, à lui. Alors qu'Ada ne semble pas enthousiaste à l'idée de devenir de nouveau mère, elle cède à l'insistance de son compagnon. La grossesse se déroule parfaitement, le départ pour la maternité une simple formalité.

Or, Ada a comme un mauvais pressentiment qu'elle tente de taire. Tout devrait bien se passer … sauf que … Ada fera partie de l'infime nombre, encore trop élevé, des femmes décédant lors de leur accouchement, entre cinquante et cent femmes par an. Alexandre revient seul de la maternité avec un nourrisson dans les bras, sa fille, son enfant tant désiré. Sophie grandit sans mère, entourée par Sandra, la voisine devenue amie intime, et son père devenu un « papa poule ».

Les mois passent, la solitude d'Alexandre le conduit, avec les encouragements de Sandra, à s'inscrire sur un site de rencontres. Après quelques soirées sans conséquence, Alexandre rencontre Alba, une brillante professeure de lettres, célibataire, attachée à son indépendance jusqu'au jour où son père lui fait comprendre qu'être seule ne mène à rien.

Alexandre et Alba se plaisent, aiment prendre leur temps au point que le premier respecte le désir de la seconde de ne pas « consommer » leur relation trop vite.

Alba fait partie d'un courant de pensée affirmant que le sexe n'est pas indispensable pour vivre une vie de couple épanouie. Aussi, quand Alexandre souhaite un enfant avec elle, Alba cherchera toutes les échappatoires possibles pour éviter de concrétiser l'envie masculine. Un terrain d'entente est trouvé, après moult négociations : la gestation pour autrui par une mère porteuse. Mais où la trouver ? Un site internet conduit Alba chez une avocate spécialisée dans ce domaine juridique, Maître Caroline Marchand.


« L'intimité » d'Alice Ferney est le roman de la féminité ou exactement des féminités auxquelles peuvent être confrontés les hommes, mais aussi celui du rapport à la maternité que peuvent entretenir les femmes.

Le roman est construit autour de Sandra, la libraire féministe, célibataire par conviction et sans enfant par choix, d'Alexandre, veuf éploré tentant de reconstruire une cellule familiale pour sa fille Sophie, et Alba, femme intransigeante avec ses principes.

L'autrice explore les différentes façons de devenir mère, d'accepter sa féminité, de la faire vivre ou d'y renoncer. Alice Ferney ne porte aucun jugement sur les actes de ses personnages et encore moins sur leurs choix : elle instaure, plutôt, un dialogue philosophique entre le lecteur et les personnages. Les réflexions émises au cours du roman concourent à montrer combien notre société actuelle repousse, sans cesse, les limites de la nature. Elles soulignent, également, les questions autour des limites de l'éthique pour satisfaire la demande d'un bonheur individuel et familial. J'ai été très touchée par les scènes avec l'avocate et les arguments en faveur, et en défaveur, de la gestation pour autrui. L'ombre tenace des intérêts économiques de certaines entreprises, méprisant bien-être, bienveillance et respect de l'autre, plane sans cesse dès la moitié du roman. Je n'ai pu m'empêcher de penser au roman d'anticipation d'Aldous Huxley « Le meilleur des mondes » soulevant le problème éthique et philosophique de la procréation artificielle. A trop repousser les limites de Dame Nature, l'Humanité n'est-elle pas en passe de paver l'Enfer avec les meilleures intentions du monde ? L'ombre de Nietzsche plane également : à vouloir choisir le mieux, le meilleur, ne s'éloigne-t-on pas de ce qui construit l'homme ? Atteindre la perfection pour égaler le divin n'est-il pas mortifère ? Que reste-t-il d'humain en soi quand les frontières entre possible et impossible sont de plus en plus ténues ? Que reste-t-il de l'intimité féminine, du pouvoir de donner la vie grâce à son corps ? J'avoue que la lecture de « L'intimité » m'a conduite à me poser toutes ces questions, parfois l'émotion se disputait à l'effarement … mais n'est-ce pas ce que l'on demande aux auteurs, savoir bousculer les idées reçues, faire bouger les lignes et provoquer interrogations et réflexions ?

« L'intimité » est un roman qui aurait pu explorer, ausculter encore plus profondément cet aspect de notre société moderne. Ce qui est certain : les problématiques abordées ont eu le mérite de l'être et ouvrent d'autres pistes à suivre car le sujet est tellement vaste qu'il ne peut être traité en un seul roman.

Le roman est servi par la plume délicate, subtile et merveilleuse d'Alice Ferney.


Quelques avis :

Babelio  Carobookine Sens critique

Lu dans le cadre

  



mercredi 13 avril 2022

Azami

 


Depuis la lecture émouvante de la série du « Poids des secrets », je suis devenue une inconditionnelle d'Aki Shimazaki. Lorsque je relis les billets de lecture consacrée à mes lectures de ses romans (du moins ceux que j'ai chroniqués), je constate que les mots poésie, souvenir, intime, intimité, subtil, subtilité, délicatesse, entre autres, reviennent à chaque fois. Ils sont un peu, beaucoup, les marqueurs du style de l'auteure.

Dans le cadre du Challenge « Un Mois au Japon », j'ai commencé le premier volet de la troisième pentalogie écrite par Aki Shimazaki, « L'ombre du chardon », « Azami ».


[ Aparté : fin mai 2022, le dernier tome de « L'ombre du chardon » paraîtra chez Babel-Actes Sud ainsi pourrai-je lire le cycle entier.]


Le héros, Mitsuo Kawano, est un jeune trentenaire, rédacteur pour une publication culturelle connue. Il est marié à Atsuko qui lui a donné deux enfants, une fille et un garçon. Le quotidien s'écoule au rythme des journées de travail, des soirées et des séjours en famille dans la maison de campagne. La routine s'est également installée au sein du couple qui est « sexless » depuis la naissance du petit garçon. Rien ne transparaît dans la vie sociale du couple. Cependant Mitsuo, comme bon nombre de ses pairs, fréquente les salons érotiques pour compenser l'absence de relations conjugales intimes.

Quand on connaît les romans de Shimazaki, on sait que la lisse apparence de la vie sera rapidement bousculée par un élément perturbateur. Ce dernier apparaît rapidement dans le roman, dans les premières pages, en la personne d'un ancien camarade de classe de Mitsuo, Gorô Kida, organisateur zélé de réunions des anciens élèves de l'école. Mitsuo le rencontre, par hasard, mais en est-ce réellement un, alors qu'après avoir regardé la vitrine d'un magasin spécialisé dans les stylos-plumes haut de gamme, il passe devant un magasin de musique d'où sort la mélodie d'une chanson populaire des années 70. L'air lui rappelle la berceuse que lui chantait sa grand-mère, « Azami ». Il en est sorti par quelqu'un qui lui murmure son prénom derrière lui... Gorô, devenu président d'une importante compagnie.

Les retrouvailles, fortuites ou pas, auraient pu s'arrêter à la conversation tenue en pleine rue, or, après l'échange traditionnel des cartes professionnelles, Mitsuo a la surprise d'être invité par Gorô dans un club très chic et onéreux où, s'aperçoit-il, ébahi, travaille comme hôtesse, Mitsuko, belle et mystérieuse camarade de classe qui avait subjugué Mitsuo.

Un étrange sentiment s'empare de lui provoquant le souvenir, lancinant, des paroles de la berceuse de sa grand-mère : « Ce soir encore, ton oreiller est baigné de larmes./A qui rêves-tu ? Viens, viens avec moi./Je m'appelle Azami. Je suis la fleur qui berce la nuit./Pleure, pleure dans mes bras. L'aube est loin encore. »

L'azami sera le fil conducteur du roman, celui de l'enfance, des premiers chagrins, des rêves réaliser, des pleurs nocturnes, l'envie d'indépendance ou de vengeance. Elle signifie également « ne me touche pas », (ne me fais pas de mal?). On apprend également que la fleur de chardon ressemble beaucoup à celle de la bardane dont la signification est « ne me tourmente pas » ou ne m'importune pas. Les relations des personnages entre eux oscilleront entre ces deux symboles car Aki Shimazaki, avec une main de fer dans un gant de velours, les installe d'autorité au carrefour de leurs vies au moment où d'importants choix doivent être faits. Elle les place devant la multiplication des possibles et des éléments inconnus.

Ainsi, Mitsuo est-il placé devant le choix crucial : vivre pleinement une passion amoureuse avec son amie d'enfance, qui fut son premier grand amour secret ? Ou prendre en considération l'existence affirmée des sentiments amoureux envers son épouse et faire en sorte de reconquérir l'espace intime de leur couple ? La réponse est donnée mais... « Tiens ! Il y a une fleur d'azami...fanée. » dernière phrase du roman suggère que des possibles divergents pourraient être en latence...


Une fois encore, Aki Shimazaki aborde un sujet de société, ici le mariage et la durée des sentiments, malmenés par la vie moderne, le manque de temps pour communiquer au sein du couple et l'envie d'explorer le monde des passions. Peut-on se libérer des entraves de la routine sans que l'attirance de l'indépendance, azami, provoque le tourment, gobô, de son partenaire ?


Quelques avis :

Babelio  Nathalie France info Sens Critique  Manou  Libération  Magali

Lu dans le cadre:



   


 




mardi 12 avril 2022

Meurtres pour tuer le temps

 


Ce roman policier attendait depuis trop longtemps sur un rayon de la bibliothèque, le Challenge Un mois au Japon m'a donné l'occasion de le sortir de l'oubli.

Bien m'en a pris.


Les Hayakawa forment une famille bien étrange, ses membres sont soudés, unis, ont des occupations professionnelles honorables sauf que, très vite dans le roman, on apprend qu'au moins trois d'entre eux cachent une part d'ombre à l'insu de tous.

L'annonce de l'arrivée au Japon d'un roi du pétrole connu, un certain Ichiro Tachibanagen vient rebattre les cartes au sein de la famille Hayakawa : il exposera sa collection de diamants légendaires.

La mère, Kayoko, trafiquante d'oeuvres d'art volées souvent par ses soins, ne pense qu'à faire main basse sur les pierres précieuses. Le fils aîné, Katsumi, journaliste indépendant, est tueur à gages à ses heures perdues, acceptant uniquement des contrats sur la tête de mafieux coupables de trahison, aura la lourde charge d'éliminer le roi du pétrole. Mika, la seule fille de la fratrie, est décoratrice d'intérieur côté ville, et arnaqueuse de première dans l'ombre.

Keisuke, le cadet, est avocat stagiaire, afin de pouvoir sortir d'affaire les membres cachotiers de la famille, tandis que le benjamin, Mazami est depuis peu inspecteur de police et a en charge la sécurité des diamants.


La famille se retrouvera, au complet, l'Hôtel VIP, de grand standing, situé sur les rives d'un lac, lieu de villégiature du milliardaire japonais de retour au pays. Bien entendu, aucun Hayakawa ne sait qu'il tombera, à un moment du séjour, sur un des siens.

« Meurtres pour tuer le temps » est un roman policier dans lequel le burlesque cède sans cesse au vaudeville. Les personnages sont confrontés à de nombreux quiproquos les mettant dans des situations désespérément comiques.

L'Hôtel VIP sera le théâtre de manipulations, de mensonges, de meurtres, de rencontres insolites, d'un vol orchestré de main de maître, un commissaire célèbre, Hamamoto, pour être impitoyable avec les malfrats et de multiples révélations qui, parfois, feront vaciller l'équilibre familial des Hayakawa.


Jiro Akagawa mène une danse endiablée entre fausses pistes et vrais indices, perdant avec facétie son lecteur qui en sait plus qui fait quoi, qui arnaque qui, qui veut assassiner qui.

Je me suis attachée au personnage de Keisuke qui, ayant découvert les doubles vies de sa mère, de son frère aîné et de sa sœur, met tout en œuvre pour leur éviter les pires ennuis et, ce, au risque de sa vie. Keisuke est désarmant de gentillesse, de probité et de maladresse tout en étant prêt à enfreindre la loi pour protéger les siens.

L'auteur ne semble pas avoir privilégié la qualité de l'intrigue pour s'attacher au côté humoristique de l'histoire. Ce parti pris ne m'a pas gênée, au contraire il est reposant de lire des polars drôles, fantasques et burlesques. Parfois, j'avais l'impression d'être au milieu d'un film de Buster Keaton tant les situations sont incroyablement cocasses.


« Meurtres pour tuer le temps » est un roman, sans prétention certes, plaisant à lire. Les auteurs japonais de polars peuvent aussi écrire du Cosy mysterie.

Attention, la chute, inattendue, vous fera tomber de votre chaise !

Traduit du japonais par Aude Bellenger-Sugai


Quelques avis :

Babelio  Livraddict  La Littérature japonaise  Fiorile

Lu dans le cadre:




  


 


mardi 15 février 2022

Tribulations d'un "Chinoir" provençal en Chine

 


La littérature est formidable car elle propose toujours une solution quand j'en ai assez du tintamarre ambiant. Elle est pour moi une consolation et un inépuisable dérivatif. Certes les lectures sérieuses ne sont pas absentes, néanmoins un peu de légèreté ne fait jamais de mal.

En rangeant quelques rayons de la bibliothèque, je suis tombée sur un petit roman voyageur qui, hélas, arrêta son voyage chez moi : « Made in China » de J.M. Erre. J’ai donc dérangé la tranquillité de sa retraite pour me plonger dans sa lecture.

 

Toussaint Legoupil a toujours été préoccupé par ses origines : adopté en Chine, le mystère de sa naissance a de quoi provoquer ses questionnements car Toussaint est un enfant chinois… noir. C’est pourquoi, il veut connaître le fin mot de l’histoire, comment Léon et Mado ont pu ramener un « Chinoir » à Croquefigue, village paisible de Provence. C’est pourquoi, un jour, tout juste trentenaire, Toussaint s’enfuit pour Chengdu au grand désarroi de ses parents.

Toussaint trouvera-t-il son Graal ? C’est ce que l’on se demande tout au long du récit.

 

Tout est rocambolesque dans ce roman dans lequel l’auteur, J.M. Erre intègre son lecteur par des questions, des renvois en bas de page ou aux pages « bonus », comme dans un DVD offrant scènes coupées ou bêtisier pour les esprits curieux.

J’avais beaucoup entendu parler du roman « Prenez soin du chien » et j’avais donc, à l’époque, postulé pour être étape de « Made in China » afin de me confronter avec l’univers délirant de l’auteur.

Je n’ai pas été déçue, J.M. Erre n’épargne en rien son lecteur et encore moins son héros. Toussaint est confronté à une mafia chinoise, des voleurs de pandas, à la concupiscence de Sue Ellen, dame panda merveilleuse ; il est livré aux folies du sexe et de l’alcool, à l’étrangeté du couvent en charge de l’orphelinat où il avait été abandonné et doit mener une enquête à la limite de l’absurde, croiser la route d’artistes en démembrement humain, les inquiétants frères Zhou, d’une entreprise de « goodies » de la secte du Mouvement International pour le Nouvel Ordre Universel, dont l’acronyme est MINOU, si si.

Le parcours chaotique de Toussaint est entrecoupé par les souvenirs de ses séances chez son psy au cours desquelles il a puisé la force de partir à la quête de soi. Il brosse un portrait de ses parents adoptifs des plus hilarants tant l’excès en devient comique.

 

Tout est drôle, loufoque, proche de la pure dinguerie littéraire, mais diantre que cela ravigote et rend joyeux. La chauve-souris de compagnie faisant des siennes dans l’avion est un amusement qui se savoure.

Les rebondissements sont légion et l’histoire très bien construite car elle se tient parfaitement et ce jusqu’à l’ultime phrase.

« Made in China » est un court roman désopilant dans lequel l’auteur joue avec nombre de codes littéraires rendant sa lecture absolument jubilatoire.

Si tous les romans de J.M. Erre sont à l’aune de « Made in China », ils sont à consommer sans modération en cas de sinistrose prononcée.


Quelques avis :

Babelio  Auprès des livres

Lu dans le cadre:



vendredi 11 février 2022

Les Variations Goldberg

 


« Les variations Goldberg » est le premier roman de Nancy Huston écrit directement en français, langue parfaitement maîtrisée par l'auteure.

Elle a mis sa narration au diapason de l'oeuvre de Bach, chaque variation donnant la parole à un des personnages du roman.


Un soir d'été, Liliane Kulainn, jeune virtuose, pianiste et claveciniste, invite un cercle d'amis pour un concert de musique de chambre où elle jouera les Variations Goldberg créées par Bach pour tenter de vaincre les insomnies du comte Hermann Carl von Keyserlingk , riche mécène.

Chaque variation est l'occasion pour Nancy Huston d'entrer dans les pensées intimes des personnages, avec délicatesse et finesse.

Liliane réussit-elle la gageure de faire frémir chaque auditeur chacun à un diapason différent ? Elle doit d'abord maîtriser ses peurs que l'on suit au rythme de la danse des doigts sur le clavier.

Chacun est touché, selon sa sensibilité, par un morceau de musique et laisse divaguer sa pensée, son introspection pour se découvrir lentement devant le lecteur.

Certains se demandent ce qu'ils font là, si c'est bien leur place, d'autres s'évertuent à traquer les défauts de leurs voisins ou ceux de la concertiste. On imagine la pièce aménagée pour la prestation, les fenêtres ouvertes sur le monde nocturne de la ville, les intrusions sonores des voitures, des passants, ce qui rend encore plus vivant le concert privé. L'art et la vie se répondent avec harmonie quoique peut en penser un des invités.


Les retours sur soi sont légion : regrets, souvenirs heureux, rage de vivre et rage d'être, souffrances vécues lors de l'apprentissage de l'instrument de musique, éducation sentimentale, fringale de nouveautés et des beautés du monde, perfidies et admirations … sentiments humains déroulés avec une justesse de ton par le style enlevé de Nancy Huston. La magie opère et m'a emportée au gré des Variations qui furent une bande son des plus agréables.


« Les Variations Goldberg » une romance, ainsi le qualifie l'auteure, qui apporte de la douceur dans un monde qui en a grandement besoin. Une romance dont la lecture fait un bien immense quand on se laisse bercer par les mots si bien choisis par Nancy Huston pour peindre la nature humaine avec tendresse et sans complaisance.

Trente Variations pour trente amis, pour trente perceptions uniques et trente portraits intimes.

Et dire que ce magnifique roman attendait depuis six ans sur une étagère de la bibliothèque que je m'en empare et que je m'y plonge avec délice.


Quelques avis :

Babelio  Critiques libres FMarmotte5 Sens critique  Pasion de la Lectura

Lu dans le cadre


  




 


 

mercredi 19 janvier 2022

Célestopol

 


« Célestopol, cité lunaire de l’empire de Russie, est la ville de toutes les magnificences et de toutes les démesures. Dominée par un duc lui-même extravagant, mégalomane et ambitieux, elle représente, face à une Terre en pleine décadence, le renouveau des arts et la pointe du progrès technologique. »


Telle est l'alléchante quatrième de couverture qui n'en dit ni trop ni pas assez.

En quinze chapitres ou nouvelles, Emmanuel Chastellière brosse un portrait des habitants de l'astre lunaire, de leurs fêlures, de leurs espoirs, de leurs colères exprimées ou muettes, de leurs pensées intimes. Une histoire courant sur plusieurs décennies montrant combien une cité florissante peut être fragile.

A Célestopol, seule l'industrie des loisirs et des plaisirs est visible, l'autre industrie, celle qui construit les bâtiments, celle qui approvisionne en énergie, celle qui fait vivre les habitants, est souterraine et invisible. Même les ouvriers se font discrets puisque leurs logements sont édifiés en sous-sol, histoire de ne pas gâcher la vue de ceux qui possèdent de quoi profiter de la folie clinquante de la cité sélène.

Célestopol est un peu la Venise lunaire avec ses canaux de sélenium, des fééries architecturales, ses richesses infinies, ses fêtes, son Doge-Duc, Nikolaï, délirant et ses complots. Célestopol, la cité-état qui tente de s'affranchir de l'autorité impériale russe comme celle de la Terre, la ville qui ne dort jamais et vit à cent à l'heure chaque heure qui passe. Elle est aussi la ville Lumière, le phare de la modernité et de l'innovation, le phare de la créativité et de l'inventivité de l'homme.


« Célestopol » sous l'excellente plume d'Emmanuel Chastellière, m'a embarquée dans un voyage étonnant et surtout inattendu aux couleurs originales du Steampunk, le mouvement littéraire apparu en 1980 dont « les intrigues se déroulent dans un XIXè siècle dominé par la première révolution industrielle du charbon et de la vapeur – steam en anglais - » L'uchronie « Célestopol » utilise la référence l'usage massif des machines à vapeur du début de la révolution industrielle puis de l'époque victorienne. La domination économique n'est pas anglaise mais russe ce qui permet de mettre en valeur tout le romantisme slave dans ses exubérances et ses outrances.

On ne peut s'empêcher de penser à l'univers de Jules Verne et à celui de la littérature russe du XIXè avec les héros torturés par le remords, plein de fièvre romanesque et d'envolée lyrique.

« Célestopol » est aussi le roman, mis en nouvelles, d'un peuple qui apprend, peu peu, à penser par lui-même...un peuple pas comme les autres puisque nous sommes sur la Lune. Les robots ont pris de plus en plus de place au sein de la société sélène : ils sont affectés aux tâches répétitives de la domesticité, aux tâches dangereuses hors de la ville, dans le désert froid et silencieux des espaces lunaires. Petits pas après petits pas, ils acquièrent une première conscience, celle de leur servitude, donc de leur malheur : la vie est loin d'être merveilleuse pour ces « damnés de la Lune » qui forent, qui extraient, qui transportent, qui ajustent, qui servent les puissants jusque dans leurs déviances sexuelles au point de désirer la mort. Ce désir mortifère preuve s'il en est d'un état d'humanité.

Aussi lorsque les robots souhaitent se libérer de leurs chaînes, ai-je pensé à l'oeuvre de Philip K. Dick, notamment son Blade Runner.

Or dès qu'un peuple apprend à penser par lui-même, le soulèvement n'est jamais loin ainsi que la remise en cause de l'assise politico-sociale. Le dénouement est à la hauteur de ce qui est attendu au cours de la lecture jubilatoire.


La suite « Célestopol 1922 » m'attend sagement sur les étagères de la bibliothèque.


Quelques avis :

Babelio  Bélial  Livraddict  Les chroniques du Chroniqueur  French Steampunk

Le chien critique

Lu dans le cadre


 


samedi 8 janvier 2022

PAL en souffrance: en sortir 22 pour 2022!?

 


Maghily est la pionnière, Moka Milla en a diffusé l'idée, JosteinHélénia Gas la suivent et comme je trouve l'idée excellente et pratique, je me suis concoctée une liste de romans à lire pour diminuer ma PAL en mal d'équilibre. Ce ne sera qu'une goutte d'eau dans l'océan de mes bibliothèques.

Il est vrai que pour bien faire il faudrait que je ne franchisse plus, en 2022, le seuil d'une librairie, voeu pieux que je n'ai aucune intention de tenir. Autant j'ai banni le Nutella et les bonbons Haribo et autres horreurs du même acabit, autant il est hors de question de bannir les livres, les librairies et les médiathèques. Toute cette digression pour expliquer la liste ci-dessous.

1 - "La belle amour humaine" de Lyonel Trouillot

2 - "La Mâle-mort entre les dents" de Fabienne Juhel

3 - "Soixante-dix-neuf tiroirs" de Goran Petrovic (lu mais pas chroniqué)

4 - "L'échelle de Jacob" de Ludmila Oulitskaïa (lu mais pas chroniqué)

5 - "Mes seuls dieux" d'Anjana Appachana (en cours de lecture)

6 -  d'Angela Huth "L'invitation à la vie conjugale"

7 - "Une saison  Hydra" d'Elizbeth Jane Howard (lu mais pas chroniqué)

8 - "A la mesure de l'univers" de Jon Kalman Stefansson (en cours de lecture)

9 - "Les recettes de la vie" de Jack Durand

10 - "Saules aveugles, femme endormie" d'Haruki Murakami

11 - "Meurtres pour tuer le temps" de Jiro Akagawa

12 - "Ce qu'il faut de nuit" de Laurent Petitmangin

13 - "Célestopol" d'Emmanuel Chastellière 

14 - "L' Oeuvre au Noir" de Marguerite Yourcenar

15 - "Le premier quartier de la lune" de Michel Tremblay (lu mais pas chroniqué)

16 - "L'intimité" d'Alice Ferney 

17 - "Les grenouilles" de Mo Yan

18 - "Le château blanc" d'Orhan Pamuk (lu mais pas chroniqué)

19 - "Anne d'Avonlea" de Lucy Maud Montgomery (lu mais pas chroniqué)

20 - "Les Variations Goldberg" de Nancy Houston

21 - "Le livre de Gould" de Richard Flanagan

22 - "Bons baisers de Lénine" de Lianke Yan 




8/22 chroniqués
14/22 lus