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mercredi 10 août 2022

L'île des âmes

 


La Sardaigne, son identité bien ancrée, ses beautés paysagères, son soleil, son maquis sauvage, ses villages isolés et ses mystères.

Depuis des décennies, l'île est au cœur de meurtres rituels, sur des sites ancestraux d'une civilisation très ancienne, de jeunes filles dont personne ne réclame le corps. Qui sont-elles ? Pourquoi ce silence sur leur disparition ? Le mystère demeure total, les affaires classées sans suite. Jusqu'au jour où un nouveau meurtre, rituel, est commis. Les événements s'accélèrent d'autant plus qu'une nouvelle inspectrice, venue de Gênes, a débarqué, entourée d'un halo d'interrogations.


« L'île des âmes », roman de l'auteur sarde Piergiorgio Pulixi, m'a entraînée dans un voyage presque lyrique tant les descriptions des paysages sardes, des maquis éloignés de tout, évoquent des images enchanteresses et inquiétantes, tant des mots émanent les fragrances particulières d'un maquis sauvage et authentique.

Cependant le roman n'est pas qu'une contemplation extraordinaire de paysages sublimes et préservés, il est aussi l'histoire d'une enquête tumultueuse et une traversée d'un monde rural attaché à ses traditions et à sa culture nuragique. Un monde rural qui règle son devoir de protection et de prospérité à coup de tradition très violente.


Le roman suit deux événements, a priori sans lien entre eux : l'enquête du duo d'enquêtrices, Mara Rais, la sarde, et Eva Croce, la génoise, placardisées aux affaires criminelles non résolues du commissariat de Cagliari qu'elles doivent trier avant de les classer définitivement aux archives ; le quotidien d'une famille paysanne, vivant dans les montagnes de Barbagia, semble entretenir d'étranges relations avec la tradition millénaire nuragique. La jeune génération a soif d'émancipation et d'ouverture sur le monde extérieur au maquis de Bargagia. Elle est avide d'ailleurs à ses risques et périls.

Ces deux voies sardes donnent du corps à l'histoire policière et aux secrets de famille des uns et des autres.

Nos deux inspectrices seront confrontées à de nombreuses horreurs, à des situations dangereuses et sanglantes. Elles seront moquées, ridiculisées, vilipendées même, sans qu'elles baissent pavillon. Elles rebondiront de fausses pistes en aveux inattendus pour réussir à boucler une enquête des plus glauques.


Je ne souhaite pas divulgâcher l'essence de ce polar, aux accents ethnologiques, en parlant trop de l'intrigue, car se serait annihiler le plaisir de la découverte et de la lecture. L'auteur parle de sa Sardaigne à partir d'un prisme différent que celui utilisé par Milena Agus.

J'ai aimé le duo féminin dont la réussite, comme souvent dans les duos policiers, réside dans ses différences viscérales : la coquette très féminine et l'austérité presque garçonne et asexué, le feu et la glace, la pétillance et la froideur, le verbe haut et la pondération. Chaque héroïne dissimule des blessures sous la carapace qu'elles ont choisie. Ces deux femmes affrontent le machisme ambiant d'une Italie patriarcale qui a du mal à accepter l'émancipation féminine au cœur de la société moderne.

Et puis … il y a la sublime Sardaigne dont l'auteur dévoile, avec une lenteur majestueuse, l'histoire millénaire inscrite dans ses paysages somptueux. Piergiorgio Pulixi instille dans chaque mot une force d'évocation extraordinaire : ses descriptions sont tellement ciselées et belles que je ne pouvais qu'inspirer les senteurs salines sublimant les fragrances du maquis et des montagnes. En quelques mots, j'étais au pied des vestiges d'un nuraghe, monument funéraire dont la tour, en forme de cône, est tronquée, observant les allées et venues nocturnes de paysans sardes mutiques et fiers sous leurs masques rituels terrifiants. Une description suffit pour être transportée hors du temps et parcourir, en quelques battements de cils, des millénaires.


« L'île des âmes » est une lecture prenante et jubilatoire au cœur d'une atmosphère qui m'a happée dès les premières lignes.

Mille et un mercis aux éditions Gallmeister qui élargissent leur catalogue à la littérature italienne. J'espère que d'autres pays auront leur place.

Traduit de l'italien par Anatole Pons-Reumaux


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mercredi 15 juin 2022

L'écarlate de Venise

 


La semaine italienne invitait à voyager du nord au sud aussi ai-je commencé par Londres, Rome et Venise avec trois auteurs différents.

« L'écarlate de Venise » est un roman policier historique dont l'action se situe à Venise, au XVIIIè siècle, et est le premier tome des « Mystères de Venise ». Tout pour me plaire.


« Venise, 1752. Lors d’une nuit glaciale de décembre, un homme est retrouvé assassiné dans une ruelle. La victime, un noble ruiné, a été étranglé. Dettes de jeu  ? Affaire d’escroquerie ou de mœurs ayant mal tourné  ? Pour Marco Pisani, le magistrat chargé de l’enquête, l’affaire s’annonce complexe. Elle le devient encore plus quand on découvre d’autres victimes, assassinées de la même manière. Un tueur sévit dans les rues et une vague de terreur déferle sur la Sérénissime. »


Marco Pisani, advocateur (procureur) vénitien aux méthodes originales, rappelant que le siècle des Lumières débutera sous peur, d'enquêteur, mène l'enquête de terrain avec l'aide de son ami Zen, avocat, et de Nani, le jeune gondolier à son service, pipelette et efficace dans le collationnement d'informations en tout genre.

La police locale préférant la facilité à aux recherches d'indices plus élaborées, met rapidement le grappin sur un jeune apprenti tailleur oeuvrant chez la belle Chiara, femme d'affaires indépendante et très perspicace. Très vite, Marco est convaincu que le pauvre hère est innocent et fait en sorte qu'il ne soit pas maltraité en prison. La suite des événements lui donne raison puisqu'un autre meurtre est perpétré dans la ville, portant la même signature que l'assassinat précédent.


L'auteure, Maria Luisa Minarelli, entraîne son lecteur dans une Venise mystérieuse et sombrement belle. Les intrigues, les luttes de pouvoir, les familles nobles ruinées d'avoir raté le tournant économique de la Sérénissime, tentent de survivre et de sauver les apparences coûte que coûte, la riche société allant de réception en bal masqué au gré des canaux et des palazzi.

Bien que l'intrigue ne soit pas des plus complexes, j'ai pris plaisir à suivre les divers personnages dans leurs déplacements au cœur de la ville. Complètement happée par l'ambiance, j'ai lu le roman sans m'ennuyer un seul instant tant l'atmosphère de l'action est bien installée.

J'ai eu un gros faible pour Nani, le gondolier de Marco, jeune homme impétueux, rusé, finaud et plein de ressources.

Quant aux descriptions des fastueux palais, elles m'ont ravie, j'y étais, je suivais Marco et Zen, je m'inquiétais aux côtés de la belle Chiara hésitant à se laisser aller au sentiment amoureux.

J'ai passé un excellent moment et c'est ce m'importait le plus.

Traduit de l'italien par Marie-José Theriault


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lundi 6 juin 2022

Le colibri

 


« Marco Carrera est le « colibri ». Comme l’oiseau, il emploie toute son énergie à rester au même endroit, à tenir bon malgré les drames qui ponctuent son existence. Alors que s’ouvre le roman, toutes les certitudes de cet ophtalmologue renommé, père et heureux en ménage, vont être balayées par une étrange visite au sujet de son épouse, et les événements de l’été 1981 ne cesseront d’être ravivés à sa mémoire. [...] »


Marco Carrera a été surnommé le « colibri » par sa mère en raison de sa petite taille et sa frêle carrure lors de son enfance dues à un retard de croissance. Cependant, il partage d'autres caractéristiques avec l'oiseau en question : il dépense une énergie folle à rester au même endroit.

Le roman s'ouvre en 1999, avec un échange improbable entre lui et le psychiatre de son épouse, le dialogue est savoureux et permet au lecteur de cerner, un peu, le héros qui éprouve une aversion consommée à l'encontre de cette profession.

Marco est ophtalmologue réputé et reconnu, à Rome. Sa réussite est évidente or les zones d'ombre l'entourent comme les lettres qu'il reçoit ou envoie, les courriels envoyés, tels une bouteille à la mer, à son frère parti vivre aux Etats Unis, ou encore l'histoire du fil imaginaire dans le dos de sa fille.

Les méandres de sa vie sont loin d'être limpides tant les fils de son histoire s'entremêlent au point de risquer la perdre en route.

Sandro Veronesi joue avec la destructuration du roman et de sa chronologie ce qui est déroutant en début de lecture. Puis, comme devant un tableau d'art contemporain, le plus simple est de se laisser porter par l'écriture, par la personnalité des personnages, par l'incroyable capacité de résilience du Colibri, Marco Carrera résistant aux événements les plus difficiles de sa vie pour en faire un réceptacle d'expériences positives. On ouvre son esprit aux résonnances que le roman provoque lors de la lecture libérée des contingences narratives.

J'ai suivi le rythme particulier du colibri dont le surplace est incroyable de volonté et de force, reproduit par celui de l'écriture qui n'est qu'un éternel aller-retour entre moment présent et scènes marquantes du passé.


Sandro Veronesi offre de très beaux moments dans son roman, des moments d'émotion intense, d'intimité empreinte d'amour et de tendresse. Je me suis laissée emporter dans le sillon particulier de la vie du héros, ophtalmologue au regard aveugle parfois, perçant souvent lorsqu'il observe les siens.

J'ai aimé la variété des supports de communication utilisés par les personnages : entre les conversations téléphoniques, les lettres et les courriels, la gamme des émotions se joue avec harmonie. Les petits riens comme les faits marquants se conjuguent pour peindre une vie morne en apparence alors que Marco entretient un amour intense pour son amour d'adolescence, la belle Luisa. J'ai aimé la relation père-fille entre Adèle et Marco, leur complicité et leur tendresse l'un envers l'autre.

« Le Colibri » est une succession de moments intimes, du quotidien, de l'enfance revécue par la grâce des souvenirs, de l'amitié Marco-Durrio, deux pôles éloignés qui se rencontrent et bâtissent de solides liens. J'ai souri et ris, j'ai ressenti beaucoup d'émotion par moment au point d'en avoir la gorge serrée. J'ai apprécié l'écriture tantôt malicieuse tantôt mélancolique de l'auteur qui dans la construction confuse, du moins en apparence, de son roman, sait magnifier les errances, les peurs, les tragédies comme les bonheurs, les espérances, les déceptions qui forgent une vie ordinaire et parfois extraordinaire. Il relate cette vie dense ou clairsemée de ses personnages, désespérés dotés d'une grande candeur attachante, avec tendresse et nostalgie ce qui m'a touchée en tant que lectrice.

Traduit de l'italien par Dominique Vittoz


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mardi 31 mai 2022

Sherlock, Lupin et moi: dernier acte à l'opéra

 


J'ai retrouvé le trio d'adolescents friands de mystère et d'aventure avec plaisir. Après Saint-Malo en période estivale, nos jeunes amis m'ont entraînée à Londres pour admirer, Covent Garden, la diva Ophélia Merrodew , vedette du nouvel opéra du maestro Giuseppe Barzini.

Irène Adler, en septembre 1870, alors que les canons prussiens sonnent le glas pour les armées françaises, et que Paris devient dangereux, part avec son père et Horacio Nelson, l'homme de confiance de la famille, pour Londres.

Irène est heureuse de retrouver Sherlock Holmes, incognito, et Lupin qui, part le plus pur des hasards, se trouve à Londres, son père se produisant dans un cirque en tournée londonienne.

Le soir même, Irène et son père assistent, émerveillés, à la représentation donnée par la grande cantatrice Ophélia Merrodew.

La magie de l'instant ne résiste pas à l'annonce d'un meurtre perpétré à l'hôtel Albion, où logent Arsène et son père Théophraste. Ce dernier est accusé d'avoir assassiné le secrétaire particulier du grand Giuseppe Barzani. Les trois amis enquêtent pour innocenter le père d'Arsène, accusé trop évident pour qu'il soit le véritable meurtrier. Or, un malheur ne venant jamais seul, Ophélia Merrodew disparaît à son tour.


L'enquête m'a entraînée dans les bas-fonds de Londres comme dans les beaux quartiers et les grands magasins. Il y a même l'entrée en scène du fameux brouillard londonien plongeant la ville dans une dangereuse purée de poix. Le quartier miteux de Bethnal Green, dont est originaire la cantatrice, est sordide au possible et inquiétant : des tripots malsains, des mines patibulaires, une vieille femme dérangée, des ruelles sombres et gluantes tels les tentacules d'une pieuvre …. de quoi engendrer angoisse et ambiance horrifique.

Les jeunes héros prendront de nombreux risques pour découvrir la vérité et éviter, ainsi, la pendaison à Théophraste Lupin.


Comme pour le premier volet de leurs aventures, j'ai apprécié les informations distillées (j'ai souri, amusée, quand le jeune Sherlock trouve la maison du 221B Baker Street, intéressante et pas mal du tout) par la jeune narratrice, permettant de mieux appréhender les personnalités des adolescents : leurs caractères deviennent plus marqués et ils laissent deviner leurs futures personnalités.

L'intrigue est menée tambour battant dans un contexte historico-scientifique très bien documenté : le XIXè siècle est bien esquissé, sans être ennuyant, tout comme le Londres victorien et les avancées scientifiques et technologiques.

Le récit est distrayant et bien construit. J'y prends goût !

Traduit de l'italien par Béatrice Didiot

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Babelio  Bianca  Sens Critique  PatiVore

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samedi 7 mai 2022

Quand les pensées gelaient dans l'air

 


Je ne savais pas qu'Alberto Moravia avait écrit des nouvelles pour la littérature jeunesse. C'est pourquoi, intriguée, j'ai emprunté ce recueil de huit nouvelles.


Qu'en dire ?


Le recueil est recommandé pour les jeunes lecteurs à partir de dix ans ; les histoires sont faciles à comprendre et amusantes.

Le parti pris de Moravia rappelle celui des fables de la Fontaine : les animaux sont doués de paroles et de pensées afin de mettre en scène les comportements et les désirs humains. Il n'y a pas forcément de morale explicite à la fin de chaque nouvelle, cependant le texte apporte quelques clefs au lecteur comme ne pas être ancrés dans ses certitudes comme le Pin Gouin professeur de géographie soutenant, mordicus, que la glace ne peut pas fondre car elle est aussi solide que la pierre. La force des lois de la nature lui démontreront que voyager, même contre son gré, est source de confrontation avec l'altérité et la nouveauté.

Moravia met en scène les interrogations enfantines, avec la Gi Rafe qui ignore qu'elle est girafe parce que devenue orpheline trop tôt : pour se construire, on a besoin du miroir que sont nos parents, on a besoin de leurs enseignements, de leur expérience pour grandir et savoir qui on est. Grandit-on seul ? On aimerait bien parfois or c'est entouré de sa famille, de ses amis que l'on acquiert expérience et maturité.


Par petites touches, Alberto Moravia, par le biais de l'humour, apporte quelques réponses aux nombreuses interrogations des adultes en devenir. Ohhhh, ce délectable espace-temps dans lequel les jeunes lecteurs peuvent se reconnaître : tout ce qui est plus vieux qu'eux date d'au moins un milliard d'années, le temps ne passe pas aussi vite qu'ils le souhaiteraient, surtout lors des activités obligatoires. L'époque des parents c'est de la préhistoire quant à celui des grands-parents il remonte, au moins, à l'époque des dinosaures.

Ahhhh, l'histoire du pauvre morse qui s'interdisait de penser car au Pôle Nord, il fait tellement froid que les pensées gèlent et ne restent dans l'air … donc tout le monde peut savoir que chacun pense ce qui est loin d'être une vie tranquille.


La dernière nouvelle est un peu plus triste que les autres, du moins l'ai-je perçue ainsi. Cha Calot est amoureux de la belle Gi Raffine, un tantinet bêcheuse, et aimerait l'épouser. Or l'odeur de Cha Calot est difficilement supportable pour Gi Raffine qui préfère celle des plantes à celle des charognes. C'est l'éternelle histoire d'amour impossible du ver de terre amoureux d'une étoile. C'est aussi une manière de montrer qu'il est important d'aller au-delà des différences pour réaliser quelque chose. Cha Calot épousera une jeune fille de sa condition, une demoiselle Hyè Ne, mais aura toujours le cœur serré lorsqu'il croisera son premier amour, son étoile jamais atteinte.


Un recueil agréable à lire et intéressant car Moravia soulève nombre de questions que se posent les jeunes enfants. Le texte est judicieusement servi par les illustrations d'Anaïs Vaugelade.


Traduit de l'italien par Diane Ménard et illustré par Anaïs Vaugelade


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jeudi 3 février 2022

Sherlock, Lupin et moi: le mystère de la dame en noir

 


« Le mystère de la Dame en noir »
est le premier volet d'une série policière destinée aux jeunes lecteurs (à partir de 10 ans). L'intérêt de cette dernière est qu'elle met en scène Sherlock Holmes et Arsène Lupin âgés d'une dizaine d'années, deux maîtres inégalés en devenir.

Ils rencontrent, Irène Adler, du même âge qu'eux, et deviendront inséparables jusqu'à ce que leurs chemins d'adulte les séparent.

Bien entendu cette rencontre improbable d'un été 1870 à Saint-Malo entre les adolescents Sherlock Holmes et Arsène Lupin est une pure invention mais l'idée est excellente et permet de montrer combien les qualités de détective pour le premier et de gentleman cambrioleur pour le second sont déjà présentes et bien ancrées.

Quant au troisième membre du trio de détectives en herbe, il est extraordinaire en la personne d'Irène Adler qui deviendra une célèbre aventurière. L'adolescente est une graine de féministe avant l'heure qui ne laisse pas sa part aux garçons.


Eté 1870, sur une plage de St-Malo (celle qui se trouve non loin du Grand Bé), le trio d'adolescents curieux et fermement décidé à passer des vacances amusantes, trouve un corps échoué. Alors que Sherlock se lance dans l'observation du noyé, Irène remarque une ombre noire au loin. Qui est-ce ? Le meurtrier ?

Nos trois amis se lancent dans une enquête parallèle à celle de la police pour se retrouver dans des situations souvent dangereuses. Leur mise est sauvée par des intervenants toujours plus inattendus les uns que les autres.


Le mystère n'est pas exceptionnel mais ce que n'est pas le plus important. Ce qui est plaisant c'est de suivre, grâce au postulat ingénieux des auteurs, trois fameux personnages littéraires au moment de leur adolescence. La perspicacité et le flegme de Sherlock accompagne à merveille la joie de vivre et l'art de l'escalade de Lupin.

Lupin comme Irène ont des zones d'ombre : le père d'Arsène est un acrobate d'une habilité incroyable et pourrait être le voleur « de la pleine lune », le mystère accompagne tout le récit, Irène dévoile quelques uns de ses petits secrets au fil des événements.


J'ai volontiers suivi cette première aventure, pleine de fraîcheur, des trois détectives en herbe, appréciant son déroulement et son style. Il est simple mais efficace et permet de s'identifier rapidement aux jeunes héros.

Le roman est distrayant et c'est le principal d'autant plus que l'histoire est tout sauf mièvre.

Traduit de l'italien par Béatrice Didiot.

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The Cannibal Lecteur  Babelio  Ricochet  Sens Critique  Fondant Griotte  Bianca Alexielle^

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mercredi 7 juillet 2021

Honni "peau" qui mal y pense

 

« Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » tel pourrait être mon crédo en fin d'année scolaire pour l'écriture de mes billets de lecture.

Autant j'ai lu les romans sélectionnés pour le Mois italien, autant je n'ai pu boucler l'ultime billet dans les temps.


« La peau » de Curzio Malaparte est un roman autobiographique de l'auteur qui raconte l'Italie à la fin de Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement la ville de Naples avant et pendant l'éruption du Vésuve qui eut lieu entre les 12 et 21 mars 1944.

Autant dire que je n'ai pu m'empêcher de penser que « La peau » faisait écho à « Ce soir, on soupe chez Pétrone ».


« La peau » est un roman dont la lecture est difficile dans le sens où le style particulier de l'auteur ne permet pas un rythme rapide tant les informations sont foisonnantes et l'univers décrit très particulier.

Le lecteur se retrouve confronté à un décorticage des relations entre les soldats américains et la population italienne : les premiers, empreints d'une grande naïveté, si sûrs d'eux-mêmes et pleinement conscient de la supériorité morale et économique de leur pays, arrivent dans un pays exsangue, à bout de souffle et de forces, qu'ils ne peuvent d'autant plus ne pas comprendre qu'il s'agit de la ville de Naples, ville européenne aux accents d'Inde. Les seconds, épuisés, désespérés au point que le recours à la corruption devient plus criant qu'en période ordinaire. L'auteur assiste à un vrai choc des cultures. Le roman rappelle parfois l'époque néronienne : tout se vend ou s'achète pour survivre ou pour satisfaire une envie de débauche, les élites donnent des dîners alors que la plèbe n'en peut plus de mourir d'inanition.

« Lost in translation » pour les officiers américains pris au dépourvu devant des scènes ahurissantes où les mères vendent leurs enfants pour un pain. Ils ne conçoivent pas un tel spectacle aussi ne peuvent-ils comprendre le fonctionnement de l'économie souterraine napolitaine... ou comment un soldat noir est vendu et revendu à de multiples reprises sans qu'il s'en aperçoivent … ou comment la roublardise dotée d'un zeste de mafia entourloupe le quotidien.

Ils ne conçoivent pas, non plus, l'humour, certes noir et ironique, du plat servi lors d'un dîner donné par le Général Cork aux officiers et officiels américains : une sirène. Ou plus exactement un lamentin, ou un dugong, prélevé dans l'aquarium de Naples, suscitant l'horreur des convives aux portes du cannibalisme : dans une ville où les mères vendent leur progéniture, tout est possible surtout le pire et l'horrifique. Exagération, sens de l'action et du décor, tout y est dans « La peau » de Malaparte et à chaque fois, on se demande où se situe la frontière entre réalité et délire luxuriant du récit.

Malaparte entraîne son lecteur dans un récit rocambolesque, picaresque et fantasmagorique dans lequel l'Enfer de Dante est au coin de chaque ruelle napolitaine, dans lequel le pyromane néronien côtoie la délicatesse de l'art Renaissance, dans lequel une cérémonie imaginaire, la figliata, tourne en orgie.

Naples est une Cour des miracles moderne, un lieu de perdition et d'élévation, une image de l'Italie rongée par le despotisme mussolinien, le désespoir des vaincus. Naples est une allégorie de l'Europe qui s'est perdue dans les illusions du fascisme, qui se perd dans une bacchanale échevelée dans laquelle la morale n'a plus lieu d'être.

Au cours de ma lecture, fastidieuse parfois en raison d'un déluge de mots et d'images emmêlées, j'ai eu souvent l'impression d'évoluer dans un tableau de Cranach ou de Brueghel fourmillant de détails lugubres et surréalistes.

Malaparte peut déconcerter quand on le lit avec nos filtres contemporains, sa lecture en deviendrait presque subversive car l'auteur ne connaît pas les mouvements de libération de la femme, ceux des droits LGBT ni ceux de lutte contre le racisme. Il peut déconcerter et pourtant sa verve est sublime, son écriture joyeusement outrancière et magnifique quand il décrit la chute d'un monde dans tout son panache mortifère et lugubre.

Le lecteur doit trier, seul, le vrai du fantasmé, le réel du rocambolesque, la vérité de l'allégorie.

Traduit de l'italien par René Novella

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vendredi 28 mai 2021

La forme de l'eau

 


Le Giro littéraire organisé par Martine Galati me fait poser les valises en Sicile et découvrir la première enquête du commissaire Montalbano.


Vigata (bourgade imaginaire), Sicile orientale, est une petite ville dotée de friches industrielles, vestiges d'un temps où les gens pouvaient trouver du travail. Aux alentours d'une ancienne fabrique, il y a le Bercail, lieu de tous les trafics allant de la prostitution au trafic de drogues. Entre terrain devenu vague et décharge à ciel ouvert, les affaires glauques se concluent à toute heure, cependant la nuit attire les couples en mal de sensations fortes... à leur risque et péril.


Un matin, à l'aube, deux éboueurs, géomètres de métier, viennent ramasser les ordures abandonnées au cours de la journée et de la nuit. Ils tombent sur un cadavre dans une voiture et l'un d'entre eux récupère un collier valant son pesant d'or.

Ils ont reconnu le mort : Luparello, un politicien en vue ce qui corse l'affaire. Leur première réaction est d'appeler le secrétaire du défunt avant d'être invités, laconiquement, à alerter les autorités.

La disparition de Luparello met sur les dents aussi bien la police que la mafia, ainsi commence l'enquête de Montalbano, l'enfant du pays.

Ce dernier devra manoeuvrer entre mensonges et demies vérités pour tenter de démêler l'écheveau du mystère : comment la voiture est-elle arrivée au Bercail, la mort de cause naturelle de Luparello cache-t-elle autre chose ? D'autant que découvrir son cadavre dans le lieu de perdition célèbre dénote avec sa personnalité.

Montalbano ne s'en laissera pas conter, conservera calme et flegme lui qui sait si bien naviguer dans les eaux troubles, là où la loi et l'illégalité tissent des liens. En effet quoi de plus intriguant que ce qui est formellement établi ? Aussi Montalbano gratte-t-il partout pour comprendre le pourquoi du comment de la disparition de la victime.

Une mort accidentelle de cause naturelle (mort par extase sexuelle) a autant de formes que l'eau quand on la met dans différents récipients et elle peut dire tout et son contraire. Montalbano s'accroche aux détails de l'ombre pour raccorder, à mesure qu'il avance dans son enquête, les morceaux et terminer le puzzle.

Des petites manies plus ou moins glauques des gens biens aux calculs politiciens bien orchestrés, le chemin menant à la vérité est difficile sans faire de vagues.


Le commissaire Montalbano, que je découvrais, m'a bien plu : son caractère grognon, sa pugnacité, sa probité et l'amitié indéfectible avec son copain d'enfance, Gégé, trafiquant et à l'occasion indic du commissaire.

Il est humain et cette dimension apporte une aura au personnage : il arrange la vérité autour du collier, retrouvé non loin du lieu de l'accident, pour aider un couple à soigner son enfant à l'étranger. L'occasion est donnée pour souligner les travers d'une époque et d'une région qui a des difficultés à prendre ses distances avec le système mafieux. Le marigot est loin d'être asséché et sécurisé.

L'intrigue est bien menée, on ne s'ennuie pas une seconde grâce à l'humour et au don d'observation du héros.

Ah... ne pas oublier les plats siciliens traditionnels préparés par la femme de ménage du commissaire qui n'est autre que la mère d'un malfrat qu'il a envoyé derrière les barreaux pour quelques années.

Traduit de l'italien par Serge Quadruppani et Maruzza Loria


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lundi 24 mai 2021

Un palazzo et trois soeurs

 


J'avais beaucoup aimé « Mal de pierres », ce beau souvenir restait en moi et m'a amenée à renouer avec la prose de Milena Agus.

« La comtesse de ricotta » nous conte, dans une atmosphère remplie de nostalgie mélancolique, avec délicatesse la splendeur passée d'une grande famille de Cagliari dont le palazzo se délabre.

Les trois sœurs vivent différemment la perte de la splendeur familiale, les appartements ont été vendus pour ne pas sombre financièrement, elles vivent dans les trois appartements dont elles sont toujours propriétaires.

Noémi, avocate de renom, s'accroche à l'idée de renouer avec le passé et espère pouvoir racheter ce qui a été vendu. Elle vit seule, célibataire, avec l'espoir de rencontrer l'amour de sa vie.

Maddalena est mariée, coud merveilleusement bien et ne vit que pour enfanter un jour. Les plaisirs charnels n'ont qu'un seul but : être enceinte. Elle ne ménage pas ses efforts et entoure de sensualité son époux.

Puis on rencontre la benjamine dite la comtesse de Ricotta, si fragile qu'elle ne va jamais au bout de ses projets. Tout lui échappe des mains, la catastrophe n'est jamais bien loin. Elle élève seule son petit garçon Carlino, avec lequel personne ne veut jouer parce qu'il est décalé et étrange. On pourrait le croire simplet mais on sait qu'il ne l'est pas. Il est simplement différent comme sa maman la Comtesse de Ricotta. Toute petite elle s'intéressait aux misérables, aux contrefaits, à ceux qui vivent aux lisières du monde. Plus tard elle gardait les enfants des femmes pauvres pour qu'elles puissent travailler, la Comtesse de Ricotta devenait alors nounou gratuite au grand désespoir de ses sœurs. Fragile, maladroite, empathique et désespérée de n'arriver à rien.

Pourtant l'espoir demeure : de l'autre côté du mur le voisin, sans se montrer, communique avec Carlino et sa mère. L'amour se trouve-t-il derrière ce mur ?


Milena Agus nous fait glisser, mine de rien, dans un récit au charme incroyable : en quelques phrases, nous sommes dans un autre monde, celui d'un palazzo nobiliaire qui s'effrite dans la mélancolie. La Sardaigne est flamboyante dans les descriptions des paysages que l'on peut admirer depuis la colline du Castello, quartier médiéval où se dresse le palazzo des comtesses. La Sardaigne revêt le voile nostalgie d'un passé révolu quand nous suivons les méandres des sentiments et pensées des trois sœurs.

Leur quête est identique bien qu'elle emprunte des chemins différents, accordant autant de désillusions que d'espoirs. Parfois la tentation est forte de tout laisser tomber et de disparaître dans le bleu de la mer ou le vide de l'oubli. Souvent la vie et ses inattendus redonnent des couleurs au récit, à cette histoire désarmante qu'il nous est impossible de voir triste.

L'idéal n'existe pas sauf dans les contes. Sa quête ne peut apporter de plénitude puisque jamais la satisfaction n'est au rendez-vous. L'amour idéal est un leurre dont le voile obstrue le champ de vision : tant que nous sommes à sa recherche, nous errons sans fin, nous accommodant, peu ou prou, de petits arrangements avec la réalité. Noemi se retrouve confrontée à cela lorsqu'elle rencontre le neveu de leur ancienne gouvernante qui restaurera la façade de la cour intérieure du palazzo.


« La comtesse de Ricotta » se lit et se découvre entre les mots, dans ces espaces silencieux où la rêverie du lecteur est accueillie à bras ouverts. Chacun a une part « ricotta » en soi, une fragilité intrinsèque à assumer ou à dissimuler.

La poésie est présente, elle rythme le récit et lui apporte une lumière tendre et émouvante. Nous naviguons sur cette part merveilleuse laissée au rêve et ce n'est que joie en ces temps qui en manquent beaucoup.


Traduit de l'italien par Françoise Brun


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jeudi 13 mai 2021

Belle est la montagne

 


Mon Giro lecture commence dans le nord de l'Italie, entre Milan et Grana, petit village de montagne où la mère du narrateur loue une maison- résidence secondaire pour s'éloigner de la ville bruyante et polluée et renouer avec la nature montagnarde.

Pietro rencontre Bruno lors d'un séjour estival à Grana : après une période où les deux jeunes garçons se jaugeront, une solide amitié naîtra entre eux.

Tandis que le père de Pietro, coureur de sommets à épingler sur sa carte, essaie de lui faire aimer la course en haute montagne, Bruno l'initie aux secrets de la montagne en parcourant, inlassablement, les alpages, les berges des torrents, la forêt et les glaciers. Pietro découvre une nature sauvage, âpre qui ne fait pas de cadeau à ceux qui s'y accrochent et tentent d'y vivre. Les baines sont à l'abandon, là-haut, dans les pâturages d'altitude, et les hommes taiseux.

Chaque séjour les lie profondément, chaque séjour fait découvrir au jeune Pietro une facette inconnu de son père, homme peu expansif et taciturne : quand le père pose le pied en montagne, il se relâche et n'a de cesse de gravir les pentes pour atteindre un des sommets de la chaîne alpine. Gravir, marcher et ce sans s'arrêter pour profiter des paysages grandioses : seule compte l'arrivée au sommet. Bien plus tard, une fois adulte, Pietro découvrira les « traces » laissées par les coureurs de sommet, dans une petite boîte en fer, dont celles de son père. Pietro ne parvient pas à adhérer à l'enthousiasme montagnard de son père et un jour il refusera de l'accompagner marquant la rupture avec l'enfance. Le tout sous le regard parfois goguenard de la mère, le lien entre le père et le fils, elle qui sait si bien jouer la partition du couple pour désamorcer les conflits. Elle s'accommode de son époux pour mieux vivre sa vie.

La vie séparera les deux amis, Pietro ira à la fac puis deviendra réalisateur, Bruno sera maçon, comme son paternel, et construira des maisons. Pietro quittera une montagne pour une autre qui lui en redonnera le goût : les Alpes italiennes laissent place au Népal et à l'Hymalaya. Etre loin recentre Pietro, le réconcilie avec lui-même mais pas avec son père.

Le cercle enchâssant la symbolique des huit montagnes fera que Pietro reviendra dans son Val d'Aoste à la mort de son père. Ce dernier lui lègue une cahute brinquebalante, une barma qu'il remontera avec Bruno, créant ainsi un point d'ancrage, un refuge, au cœur d'une montagne aussi grandiose que dangereuse.


« Les huit montagnes » est un roman envoûtant par la tristesse ineffable qui s'en dégage malgré les beautés que la nature offre généreusement à celui qui sait être à son écoute. On peut passer sa vie à ne pas comprendre celui qui vous a engendré, on peut passer le reste de sa vie à le regretter sans pouvoir y remédier. On ne revient jamais en arrière, on atteint, dans le cycle de la roue, le point que l'on a quitté des années auparavant, le regard changé et apaisé.

Paolo Cognetti écrit l'intime et le grandiose avec authenticité, avec une magnifique simplicité dans les mots, dans les propos des héros. La simplicité apporte une force narrative dont on ne se lasse pas. On est dans la montagne, à la suite des deux galopins, on suffoque lorsqu'on gravit, derrière le pas alerte du père, on s'extasie devant les scènes vivantes offertes par une montagne fière, lumineuse, chafouine et parfois sombre. On participe à cette ode à la nature qui nous rappelle combien elle est précieuse.

La montagne, univers mystérieux, dépaysant et terrifiant, pour celui, et j'en fais partie, qui n'y est pas né, qui ne la connaît pas et qui ne sait pas l'apprivoiser. Elle peut achever les plus coriaces et les avaler sans qu'ils laissent aucune trace avant le printemps suivant ou conserve à jamais le mystère d'une disparition.

J'ai été charmée par le roman de Paolo Cognetti, auteur que je ne connaissais pas : l'histoire d'une amitié intense que l'éloignement n'entame en rien. Dix ans peuvent passer sans pour autant rendre deux amis étrangers l'un à l'autre. J'ai également apprécié la justesse des mots et des émotions, notamment la tristesse, fil conducteur silencieux et discret du roman. 

Traduit de l'italien par Anita Rochedy

Une citation :

« Peut-être ma mère avait-elle raison, chacun en montagne a une altitude de prédilection, un paysage qui lui ressemble et dans lequel il se sent bien. La sienne était décidément la forêt des mille cinq cents mètres, celle des sapins et des mélèzes, à l’ombre desquels poussent les buissons de myrtilles, les genévriers et les rhododendrons, et se cachent les chevreuils. Moi, j’étais plus attiré par la montagne qui venait après : prairie alpine, torrents, tourbières, herbes de haute altitude, bêtes en pâture. Plus haut encore, la végétation disparaît, la neige recouvre tout jusqu’à l’été et la couleur dominante reste le gris de la roche, veiné de quartz et tissé du jaune des lichens. C’est là que commençait le monde de mon père. »

Quelques avis :

Babelio  Hachette  Tu vas t'abîmer les yeux  La bulle de Manou  Sens critique  La Croix  Hélène  Mots pour mots  Mes échappées livresques

Lu dans le cadre



dimanche 2 mai 2021

Week-end à Rome... non! un voyage en Italie

 

(crédit photo: internet)


Je trouvais étrange qu'il n'y ait rien en mai. J'ai vite appris que le mois de mai était celui de l'Italie et de sa littérature.

Je ne sais pas si je parviendrai à réaliser un Giro littéraire, toujours est-il que je compte lire quelques romans et nouvelles. L'essentiel étant de participer et d'actualiser mes lectures italiennes. Les derniers auteurs lus furent Luigi Da Porto "Romeo et Juliette" (2018) et Stefano Benni "Le bar sous la mer" (2015).

Martine organise donc le Mois italien sur FB et sur les blogs participants. Elle l'a placé sous le signe du voyage, un voyage à travers les vingt provinces italiennes. 

Bien entendu, inutile de se dire qu'on n'y arrivera pas parce que "Le mois italien" a une organisation souple et no dirigiste: liberté totale pour les lectures et leur rythme. Il est essentiel de préserver l'envie de lire et de découvrir la bellissima Italia.

J'ai mis de côté quelques titres, je ne sais pas si je les lirai tous. Une seule certitude: l'évasion sera au rendez-vous côté nourritures livresques et terrestres. Mon cher Bibliomane d'époux réussit à la perfection les pasta a limone.

In viaggio per delle belle letture

Bonus: Lilicub et Nanni Moretti et son "Journal intime" ou ici

lundi 30 juillet 2018

Romeo et Juliette, l'origine


« Gentilhomme vicentin, homme de lettres et soldat, Luigi Da Porto (1485-1529) est le premier qui donna ses lettres de noblesse à un thème à l'origine d'une tradition littéraire dont la tragédie de Shakespeare est la plus haute expression. C'est à lui que l'on doit en 1530, la forme moderne de l'intrigue, que l'on retrouvera dans une nouvelle de Bandello en 1554, puis dans la pièce de Shakespeare vers 1595. S'inspirant d'une légende siennoise dont Masuccio de Salerne tira l'argument d'un de ses contes en 1476, Luigi Da Porto transporte le lieu de l'action à Vérone et change les prénoms des malheureux amants : Gianozza et Mariotto deviennent sous sa plume Juliette et Roméo. L'intrigue est située au temps de Bartolomeo Della Scala, podestat de Venise de 1300 à 1304. L'antagonisme entre les familles des deux amoureux fait ici seul obstacle à leur union. Da Porto élabore un canevas sommaire, concentrant son attention sur la seule passion amoureuse : les quelques autres personnages apparaissant au fil de ces pages ne servent qu'à mettre en relief cette passion, en particulier l'amour pudique et intrépide de la jeune fille. » (France culture – 10 janvier 2009)

D'ordinaire j'élabore un commentaire le plus construit possible, or pourquoi paraphraser ce qui a été dit avec talent ?
J'ai découvert ce récit qui tient plus de la nouvelle que du roman, en flânant au salon du livre des Etonnants Voyageurs 2018. La curiosité m'a conduite à sortir mes euros pour acquérir le livre et connaître la genèse de l'histoire qui inspira une des plus belles tragédies de Shakespeare.
La trame est là, fraîche et prenante : le lecteur tombe, sans résistance, dans les rets du récit fait à dos de cheval par le narrateur. L'histoire étire le temps, comble l'ennui du voyage et attise la curiosité de l'auditeur invisible que nous sommes.
Le récit est intéressant dans le sens où l'auteur s'attache plus à mettre en valeur les subterfuges pour faire triompher l'Amour entre deux jeunes gens, les personnages gravitant autour de nos jeunes héros n'étant qu'à peine évoqués.
Nous ne pouvons qu'être émus lors du quiproquo final, loin de la grandiloquence théâtrale, et regretter que les jeunes amants ne se rejoignent que dans la mort.

Une lecture pour compléter celle de Shakespeare.

« Il y a quelques jours que je vous parlais du désir que j'ai d'écrire une Nouvelle dont l'action s'est passée à Vérone. Quoique je vous l'aie racontée, cependant je regarde comme un devoir de vous la mettre ici sur le papier. Par ce moyen, je fixerai plus sûrement mon récit dans votre mémoire, et d'ailleurs, étant moi-même malheureux, il me convient assez de parler de deux infortunés amants dont les aventures font le sujet de cette histoire. C'est à vous que j'en fais la dédicace, afin que vous puissiez voir dans quels dangers, à quelles infortunes inattendues et enfin à quelle mort cruelle sont entraînés la plupart des amants. Je vous adresse cette Nouvelle d'autant plus volontiers que ce sera sans doute le dernier essai de ce genre qui sortira de ma plume, et que je désire vous consacrer mon dernier travail. Vous êtes comme le port où tout ce qui a quelque mérite et quelque talent cherche à aborder ; aussi après avoir navigué si longtemps sur l'océan poétique, c'est à vos rives que je viens abriter et lier ma frêle barque.

Recevez donc ma Nouvelle, madame, et lisez-la avec bienveillance, tant à cause du sujet intéressant qu'elle renferme, qu'en raison des liens de parenté et d'amitié qui nous lient.

Quoique j'aie éprouvé bien des chagrins en ma vie, cependant le ciel ne m'a pas toujours été rigoureux, comme vous le savez, puisque, dans ma jeunesse, ayant pris le parti des armes et m'étant trouvé dans la compagnie d'hommes braves et recommandables, je fus employé quelque temps dans votre belle patrie, le Frioul. Là, j'allais, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, selon que mon devoir l'exigeait. J'avais alors à mon service, lorsque je voyageais à cheval, un archer de Véronne, âgé d'environ cinquante ans, brave de sa personne et parlant très agréablement comme tous les gens de son pays. Il se nommait Pellegrino. Cet homme courageux, soldat consommé, était assez droit de corps et de plus toujours amoureux, disposition qui ne s'accordait peut-être pas trop bien avec son âge, mais qui doublait sa vivacité dans l'occasion. Il prenait ordinairement un grand plaisir à raconter (ce qu'il faisait avec beaucoup d'art et de grâce) les plus belles et les meilleures nouvelles, et choisissait de préférence celles où il est question d'amour. » (p 11-13)