Affichage des articles dont le libellé est séries. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est séries. Afficher tous les articles

mercredi 27 avril 2022

Un mois au Japon: visionnages

 


Ce qui est formidable dans les défis littéraires auxquels je participe, c'est qu'en plus des livres il y a des films et des séries.

En avril, j'ai pu regarder plusieurs séries et deux films d'animation, tout en lisant les romans prévus. Je dois avouer qu'être en vacances de Pâques du 8 avril au soir au 24 au soir, ça aide beaucoup.




Les séries sont au nombre de quatre:




* "Midnight diner: histoires de Tokyo" adaptée du manga "La Cantine de minuit" de Yaro Aba. J'ai tout de suite entrée dans l'histoire de cette gargote, ou izakaya, du quartier de Shinjuku, fondé en même temps que 22 autres arrondissements en remplacement de la municipalité de Tokyo, en 1947. L'ambiance de l'izakaya est chaleureuse et conviviale, les habitués s'y retrouvent autour de soupes miso, de ramens ou autres délices de la cuisine simple et traditionnelle du Japon. Les personnages gravitent autour du patron, appelé "Maître" par les clients. Sur la carte affichée à l'extérieur, peu de plats: le tonjiru, soupe miso au porc, du saké, de la bière et shochu, une liqueur japonaise. Cependant, pourvu qu'il ait les ingrédients en cuisine ou qu'on les lui apporte, le Maître peut tout cuisiner avec calme et sérénité. Le Maître est peu disert, il écoute, cuisine et fume entre deux services. Quand il prend la parole c'est pour dispenser un conseil plein de sagesse et de bon sens.

J'ai aimé que chaque épisode soit centré sur un personnage, sa relation à un plat et un conflit personnel à résoudre: tout est délicat, précis et permet d'approcher l'intimité des personnages et d'apprendre beaucoup de choses sur le quotidien des Tokyoïtes. Cerise sur le gâteau, si j'ose dire, la recette du plat en fin d'épisode suivi du "Bonne nuit" des personnages principaux de l'histoire. Le téléspectateur est impliqué par cet aparté. 

De minuit à 7h du matin, c'est la diversité sociologique extraordinaire du quartier de Shinjuku qui vient se restaurer à la Cantine de minuit. On croise des hommes d'affaires, d'anciens acteurs, des danseurs, des jeunes gens en quête de travail, des marchands du coin et même des drag-queens. L'ambiance est bon enfant, joyeuse souvent, triste parfois. J'ai savouré les deux saisons qui ont un goût évident de "revenez-y".



* "Samouraï gourmet". On fait connaissance avec le héros,Takeshi Kasumi, au premier matin de sa vie de retraité. Il ne sait pas à quoi occuper son temps libre aussi son épouse, femme au foyer fort occupée par ses multiples activités, dont la chorale, lui suggère de faire de la marche. Takeshi découvre peu à peu son quartier qu'il ne faisait que traverser rapidement pour se rendre à son travail.

Le personnage se retrouve toujours dans une gargote ou un restaurant huppé... au Japon, la nourriture est un sujet important. Ainsi, ai-je accompagné Takeshi dans ses nombreuses dégustations qui lui font souvent revivre des moments précieux de sa jeunesse. Comme il est encore timoré face à l'adversité, un ami imaginaire l'accompagne pour lui redonner foi et courage: un samouraï errant. 

On assiste à des situations cocasses et amusantes, on sourit et on salive beaucoup devant les plats appétissants savourés par Takeshi. Il n'y a qu'une seule saison, hélas.



* "The journalist". On change de registre: on suit l'affaire d'un scandale politico-financier dans lequel sont impliqués le Premier Ministre et son épouse. Une journaliste du Toto Newspaper, Anna Matsuda, enquête sans relâche sur l'affaire afin que le peuple japonais prenne conscience du degré de corruption des élites. L'action se déroule quelque temps avant la pandémie liée au COVID-19 qui retarda d'un an les JO de Tokyo.

"Qui servons-nous?" demande un fonctionnaire lorsqu'on contraint une équipe du Bureau des Finances à falsifier les minutes des séances de la Diète et les archives d'un projet immobilier, afin que les archives concordent avec les propos, malheureux, du Premier Ministre assurant que s'il était lié, ou sa femme, au scandale, il démissionnerait immédiatement. Au nom de la stabilité politique, des fonctionnaires doivent faire disparaître des documents sans que le pouvoir prenne en compte leur moralité et leur foi en leur mission. Le drame est inévitable: un fonctionnaire se suicide. Son épouse et sa soeur, aidées par la journaliste Anna Matsuda, décident d'intenter un procès. Ce qui ravit un procureur désireux de mettre fin aux magouilles d'un proche du pouvoir.

La série m'a entraînée dans les sombres et glauques rouages du pouvoir japonais au sein duquel règne la corruption, les conflits d'intérêt et le mensonge. Lorsque les fonctionnaires tiraillés entre les injonctions impossibles de leur hiérarchie et leur sens du devoir, les remises en question foisonnent et libèrent, malgré la peur, la parole. L'image des élites politiques et économiques est malmenée sans vergogne dans ce thriller glaçant, mis en scène avec sobriété apportant une vraie justesse au jeu des acteurs. 



* "Kotaro en solo". Un manga animé, de dix épisodes, mettant en scène un enfant de 4 ans, Kotaro Sato. Il emménage seul dans un studio. Ses voisins sont intrigués et très vite s'attacheront à l'enfant.

Pourquoi est-il seul? Ses parents travaillent-ils tout le temps? Rapidement, on s'aperçoit de l'absence des parents de Kotaro. Le petit garçon s'inscrit  l'école du quartier, se fait des amis et admire un héros de manga animé Tonosaman, d'ailleurs il porte l'épée de Tonosaman sur le côté et parle de manière surannée. Son voisin, Karino, un auteur de manga en manque d'inspiration, s'érige en tuteur du garçonnet et l'accompagne dans ses déplacements quotidiens. Peu à peu, ils tissent des liens d'amitié et on les suit aux bains publics, à la supérette, à l'école, au cinéma ou au parc.

Kotaro reçoit chaque semaine une somme d'argent de la part d'une "gentille personne". L'argent est apporté par un avocat, chaque semaine Kotaro offre collation et chansons ainsi que son journal intime de la semaine. Qui est "la gentille personne"? Kotaro cherche à le savoir, comme le téléspectateur, sans succès. 

Au fil des épisodes, on en apprend plus sur le passé de Kotaro et cela donne lieu à des épisodes émouvants comme celui dans lequel Karino se rend compte que Kotaro mange des mouchoirs en papier, alors qu'il a de quoi acheter de la nourriture convenable, résurgence de l'époque où délaissé par ses parents il ne mange pas à sa faim. Il y a les épisodes au cours desquels il croise trois enfants affamés à la cueillette de plantes comestibles, ou lorsqu'il retrouve d'anciens compagnons d'orphelinat. 

"Kotaro en solo" est un maga animé tendre et cruel à la fois: il aborde un sujet sociétal particulier au Japon, l'abandon d'enfants par des parents débordés par leur travail et complètement dépassés par la tâche éducative qui leur incombe. La scène des gants en caoutchouc est d'une intense émotion car on constate qu'il y a des mères incapables de toucher leur enfant. J'ai ri et versé ma petite larme en visionnant l'unique saison des aventures de Kotaro, je me suis attachée aux personnages qui portent, tous, leurs fêlures et qui vivent leur quotidien en composant avec elles. 

Visionnés dans le cadre:




samedi 12 juin 2021

The Crown: une série addictive

 


« The Crown » est une série que nombreux sont ceux à l'avoir vue. J'avoue avoir été dubitative puis le Mois Anglais arrivant à grands pas, j'ai franchi le cap et me suis lancée dans le visionnage de la série.

Et …. ce fut …. une excellente surprise. Je me suis laissée prendre au rythme particulier des épisodes, je me suis laissée charmée par l'ambiance et la narration d'une vie particulièrement étonnante : celle du règne de la Reine d'Angleterre Elizabeth II. J'en suis à la troisième saison et je ne me lasse pas du sujet.

J'ai choisi d'écrire mon billet sur la première saison, saison qui pose doucement la stature d'une jeune reine qui aura, elle ne le sait pas encore, le plus long règne de l'histoire anglaise, plus long que celui de la Reine Victoria (soixante-trois années).

La saison 1 couvre la période du mariage, en 1947, de la jeune Elizabeth d'York de la Maison Royale de Windsor avec le jeune Philip de Grèce, Prince de Grèce et de Danemark, qui adopte le nom de famille de ses grands-parents maternels, Mountbatten ainsi que la nationalité britannique, à la rupture de sa sœur Margareth avec le Capitaine Peter Townsend,en 1955.


Le jeune lieutenant, autorisé après cinq mois de cour assidue à épouser la princesse Elizabeth, héritière du trône d'Angleterre, reçoit, le jour de son mariage, par son beau-père, le Roi Georges VI, le prédicat d'Altesse Royale et le titre de Duc d'Edimbourg.

La scène est forte de symbole : le Roi Georges VI fait jurer au jeune Duc d'être toujours un conseiller et un époux fidèle pour Elizabeth. « Vous ne serez là que pour elle » lui dit-il en substance.

Tout est idyllique (naissances de Charles et d'Anne) jusqu'au jour où le roi meurt dans la nuit de Noël, en Ecosse, tandis qu'Elizabeth et Philip sont en « tournée » Commonwealth. Le jeune couple a passé quelques jours en pleine savane pour observer la faune sauvage.

Commence alors, l'apprentissage d'Elizabeth aux dures réalités de la fonction de souveraine.

Peu à peu, le poids du protocole et celui des responsabilités, symboliques, de sa fonction, forment une gangue autour de la jeune femme : elle devient cheffe de la famille Windsor et chef d'état.

Certes, elle a été éduquée pour succéder un jour à son père, certes elle connaît l'Etiquette sur le bout des doigts, elle sait qu'elle devra renoncer à être elle-même pour devenir Elizabeth Regina.

« Tu es la Couronne d'Angleterre » lui dit sa grand-mère. Elle devra cacher son être sensible, ses larmes, ses émotions car la Couronne doit rester debout, solide et au-dessus des contingences ordinaires. Malgré son attachement à certaines personnes de son entourage, elle doit privilégier, au nom des coutumes en vigueur, les serviteurs les plus anciens.

Les secrétaires particuliers de la jeune Reine, sont extraordinaires de componction et d'impassibilité bureaucratique, un vrai régal à voir.

Bien entendu tout ne se déroule pas de manière lisse : Margareth, la cadette, est amoureuse de l'écuyer, fidèle et loyal, du Roi Georges. Elle est aussi une jeune femme avide de liberté, aimant la fête, le champagne et être anticonformiste. Le Prince consort, Philip, a du mal à ne pas exister, à être toujours à trois pas derrière son épouse : il s'ennuie depuis qu'il n'est plus actif dans la Royal Navy.


« The Crown », ce sont aussi des intrigues de palais, des influences de l'ombre, des pressions sur la jeune Reine qui doit oublier ce que lui dicte son cœur.

On voit un Churchill vieillissant, épouvantable tyran auréolé de la résistance britannique face à Hitler, et fin politique : il réussit à rehausser sa cote de popularité mise à mal depuis son nouveau mandat de Premier Ministre, en utilisant sa visite au chevet d'une de ses secrétaires décédée après avoir été renversée par un bus lors du fameux smog, brouillard de pollution, qui immobilisa Londres pendant une semaine.

On constate que la Reine n'a guère de prise sur les événements qu'elle subit plus qu'elle ne vit : il y a un moment affreux, celui où elle se rend compte qu'elle ne connaît absolument rien hormis la Constitution. Elle s'aperçoit qu'elle a reçu une moins bonne éducation qu'une jeune fille de moindre condition, que ce manque de connaissances et de culture générale ne lui permettent pas d'exprimer un avis circonstancié. Elle a conscience que « le savoir c'est le pouvoir » et fera en sorte de combler quelques lacunes. Elle se laisse malmener par un Churchill qui se mêle de tout, même de sa vie privée : il lui fera comprendre qu'il est nécessaire de mettre fin à l'idylle entre Margareth et le Capitaine Townsend. Comme il lui fera comprendre qu'il faut donner une occupation officielle au Prince Philip... comme une visite de cinq mois autour du monde, avec une inauguration des Jeux Olympiques de Sydney.

Parfois, elle regimbe et on peut discerner la future grande Elizabeth qui, quand elle dit « No », est inflexible.


J'ai aimé la précision historique, les gestes repris dans leur moindre détail par les acteurs qui jouent juste et incarnent pleinement leur personnage.

La réussite de la saison, et de la série entière, tient au fait que tout est au plus proche de la réalité des faits sans pour autant occulter les atermoiements et souffrances des membres de la famille royale. Ils vivent dans des châteaux ou des palais, ils n'ont pas de souci pécuniers, ils possèdent la renommée, cependant ils ne peuvent vivre une vie ordinaire car ils ne sont pas des gens ordinaires et ne le seront jamais. Sinon... où serait la magie de la Royauté britannique ?

Elizabeth Regina aime ses enfants sans pouvoir leur montrer une affection débordante : Charles doit s'endurcir pour se confronter, plus tard, aux dures réalités qui l'attendent.

On ressent de l'empathie pour chacun d'eux, on ressent leurs peines, leurs espoirs, leurs déceptions, tout ce qui les rend humains.

La réalisation et la photographie de chaque épisode sont de très grande qualité et servent de manière magistrale le récit.

Une réussite, d'ailleurs la série est addictive en ce qui me concerne et j'en redemande !

Série américano-britannique créée par Peter Morgan.

Quelques avis:

Avoir à lire Just a word  Marvell  

Visionné dans le cadre:






lundi 15 mars 2021

La glace peut être votre pire cauchemar



 

The Terror

Il y a 2 saisons d'une dizaine d'épisodes chacune.

La première saison est consacrée à l'expédition britannique en arctique pour découvrir le passage du Grand Nord reliant l'Atlantique au Pacifique.

« The Terror » est une série américaine de David Kajganich et Soo Hugh. La première saison est l'adaptation du roman « Terreur » de Dan Simmons qui revient sur l'expédition Franklin, un désastre humain. Personne n'a su ce que ces hommes sont devenus et aujourd'hui le mystère est intact.

Dan Simmons imagine dans son roman ce qui a pu arriver aux deux équipages.

Je n'ai pas lu le roman, le visionnage de la série m'a donné envie de m'y plonger quand le moment sera venu.

En 1845, Sir John Franklin est à la tête d'une expédition dans le but de découvrir le Passage Nord-Ouest. L'expédition est composée de deux navires britanniques : le HMS (Her Majesty's Ship) Erebus et le HMS The Terror. Le premier est commandé par James Fitzjames et le second par Francis Crozier, commandant en second. L'hiver leur tombe dessus plus tôt que prévu les bloquant dans les glaces non loin de l'île du Roi-Guillaume suite à une erreur de pilotage. Les 134 hommes doivent survivre dans le froid extrême malgré les maladies, dont une qui les rongent, et les attaques d'une inquiétante créature.

Les navires bénéficient de matériel moderne et performant : un moteur à vapeur, du chauffage. Les équipages bénéficient d'une importante bibliothèque et dans les cales sont entreposés trois ans de nourriture.

Ces 134 hommes se retrouvent soumis aux conditions climatiques extrêmes, aux privations alimentaires, aux longues ténèbres arctiques agrémentées de tempêtes d'une violence inouïe. Or, la cerise sur le gâteau est la présence d'une créature meurtrière empreinte de mystère : qu'est-elle ? Un esprit esquimau ? Un monstre sanguinaire ?

Les embarcations disparaîtront corps et bien, plus personne n'aura de leurs nouvelles. Alors...que s'est-il passé?

La force de Dan Simmons est de tisser son histoire à partir des zones d'ombre et de faire apparaître aux côtés des éléments réels des éléments fantastiques.


La série est très bien réalisée, les acteurs jouent juste, sans en faire trop. Le point important est qu'ils ne sont pas tous de « beaux gosses » à l'américaine. Non, ils ont des « trognes », ils apportent du caractère et de l'épaisseur à leur personnage.

La photographie est parfaite : les décors, qui ne sont pas naturels, nous emportent dans cet enfer blanc et glacial. Les visages sont tannés par le froid et les gifles des bourrasques. Les costumes réalistes.

J'ai eu la joie de retrouver Tobias Menzies qui tint le rôle, difficile et fascinant, de Frank Randall/capitaine John Randall dans "Outlander". J'ai toujours beaucoup apprécié son jeu et dans « The Terror » il est d'une perfection toute britannique : collet monté, un brin de morgue, doté d'une discipline irréprochable. Le masque s'effrite à mesure que la catastrophe devient inévitable, que le seuil de la mort est proche. L'homme se révèle tel qu'il est : rongé par la peur et la honte d'avoir failli en tant que fils illégitime.


Comme dans tout récit, il y a des personnages qui sortent du lot : l'anatomiste Henry Goodsir, humaniste hors pair, curieux des autres et d'une immense tolérance. L'inquiétant quartier-maître Cornélius Hickey, sournois à souhait, manipulateur et imposteur. Le commandant en second Francis Croizier, alcoolique, réaliste quant à la dangerosité de la situation, vétéran d'une précédente expédition dans la même zone.

La présence de la créature provoque la terreur irrationnelle au sein des équipages mais aussi chez le téléspectateur sensible tel que moi. Peu à peu, éclairé par les révélations muettes de Lady Silence, la fille d'un chamane inuit, la créature n'est pas la plus monstrueuse : l'homme peut se révéler être un véritable monstre pour ses semblables. L'exploration de cette zone d'ombre par Dan Simmons et reprise avec brio par les réalisateurs de la série, apporte ce qu'il faut de sueurs froides et de sidération devant l'inhumanité et l'absence d'empathie d'un des personnages.

La créature permet de scruter les abysses sombres et détestables de l'âme humaine.


« The Terror » est une expérience extraordinaire au cœur d'une immensité blanche, glaciale et minérale. J'ai plongé dans cet univers cruel et beau sans regret malgré mes nerfs mis à rude épreuve.

Quand on sait qu'elle a été produite par Ridley Scott... on ne peut s'attendre qu'à du bon.

Ah, j'oubliais... le générique est, aussi, excellent.


Un avis dithyrambique chez : Cliffhanger

D'autres avis:

Le Point  Close upmag  Critictoo  Le mag du ciné  Les Inrocks

Lu dans le cadre: