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mardi 22 mars 2022

Meurtre d'un baron allemand: les Enquêtes de Miss Merkel

 


Vous connaissiez le "cosy mystery" anglais et une Reine d'Angleterre enquêtrice mais saviez-vous que l'Allemagne s'y mettait aussi ? Non ? Ouvrez grands vos oreilles et vos yeux car je vous emmène en ex RDA dans le petit village coquet où la célèbre Chancelière Angela Merkel a décidé de passer sa retraite.

Souvenez-vous, il y a quelques mois, Angela Merkel faisait ses adieux à la politique pour prendre une retraite bien méritée, loin de l'agitation médiatique.

Si vous ne vous êtes pas souciés, à juste titre d'ailleurs, de la vie de retraitée d'Angela Merkel, un auteur allemand, David Safier, a imaginé la femme politique allemande la plus connue et la plus coriace dans une villégiature calme, insignifiante comme l'aurait apprécié la vraie Angela.

Imaginez un coin perdu, dans une région de l'ancienne Allemagne de l'Est, répondant au doux nom de Klein-Freudenstadt. Hé hé hé, je vois vos yeux briller de curiosité, si si je les vois ! Imaginez une maison confortable mais pas clinquante, un joli jardin avec une dépendance pour le garde du corps, une cuisine diffusant des odeurs appétissantes de pâtisserie – Angela s'est mise à la pâtisserie avec succès – un mari ravi de profiter de la compagnie de son épouse, un carlin gourmand adopté dans un refuge afin de guérir Angela de sa phobie des chiens. A noter que le carlin s'appelle Poutine... ceux qui ont suivi quelques reportages sur la carrière du Président Poutine saisiront le sel du clin d'oeil.


Angela Merkel passe ses journées à randonner en pleine nature accompagnée de son mari Joachim dict Achim ou Puffel, son garde du corps Mike et de son Carlin Poutine en aussi bonne condition physique que sa maîtresse. Au cours d'une ballade, le trio (et demi) croise le baron Philipp Von Baugenwitz à cheval et en armure. Ce dernier les invite à la fête du vin organisée au château. Quoi de mieux qu'une fête locale pour s'intégrer dans sa nouvelle communauté !

Angela se rendra donc à cette fête.

C'est alors que le drame survient : le baron est retrouvé mort dans sa cave. Suicide ou assassinat ? Dame Merkel, forte de son savoir historique local, pense à un meurtre tandis que le commissaire, dépressif au possible, espère classer l'affaire rapidement et penche pour le suicide.

Angela Merkel ne lâche pas le morceau et avec opiniâtreté mènera l'enquête pour prouver qu'il y a eu assassinat.


« Meurtre d'un baron allemand » est une agréable fantaisie policière : c'est un plaisir que de suivre une Angela Merkel, retraitée active, sur la piste du meurtrier, escortée par un immense Mike sur le qui-vive ou au volant d'une petite voiture électrique, prêt à protéger l'ex-Chancelière au moindre incident, accompagnée de son époux, tendre complice rempli d'admiration amoureuse et d'implacable logique de chercheur en physique quantique, et flanquée d'un Poutine aux flatulences meurtrières pour les nez.

Angela Merkel, sous la plume de David Safier, oscille entre Miss Marple, Sherlock Holmes et Hercule Poirot et m'a entraînée



dans une partie de Cluedo d'outre-Rhin. On rit beaucoup, on s'amuse énormément et on apprécie cette lecture légère qui sait maintenir l'intérêt du lecteur : on veut connaître l'identité du meurtrier et comme dans les romans d'Agatha Christie, tout se dévoile en une scène mémorable. Scène au cours de laquelle Poutine aura du chien !

Maintenant, j'attends avec intérêt la prochaine enquête de Miss Merkel.

Traduit de l'allemand par Jocelyne Barsse

Quelques avis :

Babelio  Livraddict  The cannibal lecteur

Lu dans le cadre





dimanche 26 janvier 2020

Entre le Nouveau Roman et moi il y a incompatibilité.


D'ordinaire je ne commence pas un commentaire par la copie du résumé. Les circonstances font que je déroge à la règle.
« Un ancien gardien de but se croit licencié de l'entreprise où il travaille et il quitte tout. Son errance finit par se transformer en vraie fuite après qu'il a étranglé une caissière de cinéma. Il va se livrer à de gratuites et dangereuses extravagances, jusqu'au jour où il assiste à un match de football au cours duquel le gardien de but réussit à arrêter un penalty : sa peur va alors être jugulée. Cet itinéraire intérieur, aux fausses allures de roman policier, permet à Peter Handke de démontrer sa maîtrise. »

Par où commencer ?
Dire que le résumé s'emballe un peu trop ? Sans doute.
Dire que le quiproquo se transforme en road movie dans une Allemagne des années cinquante-soixante encore meurtrie par la guerre et l'horreur qui fut révélée ? Certainement.

Bloch, ancien footballeur, devenu monteur dans une entreprise, interprète le regard du contremaître comme l'affirmation de son licenciement. D'emblée une dichotomie se fait jour entre le réel et la compréhension du réel qu'en a Bloch. Cette dichotomie ne fera que s'accentuer au fil du roman construit, certes habilement, comme une intrigue policière, ce qui permettra à l'auteur de jouer à écrire un roman qui n'en est pas un.
Dès la première page, la patte du mouvement littéraire du « Nouveau roman » se sent avant de se dévoiler et ôter toute envie de s'investir au lecteur.
Je me suis forcée à lire jusqu'au bout « L'angoisse du gardien de but au moment du pénalty » par pur masochisme. Je suis retombée dans mon défaut de lectrice qui ne s'autorise pas à fermer un roman qui l'ennuie, pour rester polie.
Bloch est la petite fourmi que le lecteur, captif de sa peur de fermer le livre, suit l'oeil rivé à la loupe, une loupe qui n'encourage pas à l'empathie. De toute façon, aucun des personnages ne fait naître une once de ce sentiment si important dans l'écriture romanesque. Bloch est un élément d'expérience littéraire et non un véritable personnage.
Tout est froid, linéaire et irritant. Irritant, j'insiste, car j'ai longtemps attendu l'étincelle qui apporterait la magie romanesque. Le roman n'est pas une thèse, n'est pas un récit factuel, objectif, neutre ni un rapport clinique sinon il n'y aurait que des essais ou des rapports légistes à lire.
Irritant dis-je ? C'est qu'il y a une émotion à se dégager du roman et des personnages ! Oui mais... non.
Je suis passée complètement à côté de la maîtrise de l'auteur, je ne comprends même pas où elle se situe. Dans la technique d'une narration clinique digne d'un extra-terrestre observant la vie sur terre ? Peut-être. Je savais que le Nouveau Roman était un mouvement littéraire qui ne me parlait pas, j'en ai une nouvelle fois la preuve trente ans après mon passage en fac de lettres.
Avant de vouer aux gémonies Peter Handke et son style littéraire, j'ai replacé le « roman » dans son contexte socio-historique : première édition en 1970... CQFD. Voilà pourquoi je ne ferme pas la porte à l'envie de lire un autre roman de l'auteur pour peu qu'il ne soit pas resté englué dans le naufrage du Nouveau Roman qui aurait pu tuer le roman.
Je veux voyager, vivre mille et une vie en lisant des romans et non me faire suer à lire une expérience sur des fourmis appelées pompeusement personnages au nom de la linguistique.

Vous l'aurez compris, je n'ai pas adhéré à l'histoire ni à la manière de la mettre en scène. Je ne fais pas partie des téméraires qui auront eu la révélation après cette expérience des plus dérangeante et décevante.

jeudi 10 septembre 2015

La citation du jeudi # 5

Quand j'ai commencé "Le goût des pépins de pomme" et que j'ai lu ce passage, j'ai revécu, avec douleur, mon désert de lecture et d'écriture. Ce fut violent, j'en ai pleuré. C'était il y a un an: j'ai renoué avec la lecture, peu à peu je suis revenue sur mon blog, sans pour autant poster d'article. Ces phrases m'ont remuée et ont distillé, au fil des jours, l'envie de revenir ici. 

"J'écrivais encore des lettres à l'époque, je croyais encore à ce qui est écrit, à ce qui est imprimé, à ce qui peut être lu. Cela ne devait pas durer. Entre-temps, j'étais devenue bibliothécaire à l'université de Fribourg, je travaillais avec les livres, j'achetais des livres, il m'arrivait même d'en emprunter. Mais lire? Non. Autrefois, oui, et même plus qu'il n'eût fallu, je lisais tout le temps, au lit, en mangeant, à bicyclette aussi. Fini, terminé. Lire signifie collectionner, et collectionner signifie conserver, et conserver signifie se souvenir, et se souvenir signifie ne pas savoir exactement, et ne pas savoir exactement signifie avoir oublié, et oublier signifie tomber, et tomber doit être rayé du programme. [...] Mais je prenais plaisir à mon travail de bibliothécaire. Et pour les mêmes raisons, je ne prenais plus plaisir à lire." in "Le Goût des pépins de pomme" de Katharina Hagena (p 21 et 22)

samedi 29 août 2015

La vie ne tient qu'à un fil

La littérature de SF recèle mille et un trésors dont le bijou qu'est ce roman. J'ai longuement hésité avant d'écrire mon ressenti sans dévoiler la quintessence de l'histoire... Qu'il est difficile de trouver les mots justes sans déflorer le plaisir de la découverte du lecteur, aussi tenterai-je de ne point trop en raconter tout en souhaitant donner l'envie de plonger dans l'univers étonnant « Des milliards de tapis de cheveux ».

L'Empire est infini, l'Empire est une vaste étendue de galaxies peuplées de mondes inimaginables. L'Empereur serait immortel, depuis plus de cent mille ans, il règne sur ses mondes. Il converse avec le bibliothécaire, gardien de l'Histoire de l'Empire : dans le dédale des Archives se nichent les petits riens et les grandes choses réalisés par les monarques omnipotents et omniscients.

Quelque part dans une lointaine galaxie... non, ce n'est pas Star Wars.... donc dans une lointaine galaxie, Gheera, une planète, balayée par les vents, rabotée la sécheresse, sur laquelle les hommes vivent tant bien que mal. Parmi eux, une Guilde, celle des Tisseurs. Depuis la nuit des Temps, de père en fils, les Tisseurs réalisent un seul et unique chef d'oeuvre : leur tapis de cheveux, l'oeuvre d'une vie. Ils peuvent avoir plusieurs épouses, des filles mais un seul et unique fils. L'angoisse est indicible lors de la grossesse des épouses : fille, l'enfant vit, garçon, l'enfant meurt. Les épouses comme les filles, lorsqu'elles se brossent, laissent tomber quelques cheveux que ramasse précieusement le Tisseur. Le cheveu doit être souple, résistant et long. Une épouse ou une fille au cheveu sec et cassant devient un calvaire pour le tisseur qui ne peut achever dans les temps, celui de sa vie, SON œuvre. Cette œuvre qui est le paiement de la dette contractée envers le père et une offrande, un hommage, pour l'Empereur, leur père à tous.
Le marchand de tapis de cheveux verse une somme énorme pour le tapis, somme qui permettra au fils de vivre aisément et de se vouer au tissage de son tapis et au maintien des traditions.
C'est alors que d'étranges rumeurs bruissent, murmurant la chute de l'Empire...

« Des milliards de tapis de cheveux » est un écheveau qui déroule son fil sur les nœuds de l'histoire. Chaque nœud, autrement dit chaque chapitre, apporte un élément qui tissera un motif de la fresque romanesque. L'écriture est habile, l'orchestration irréprochable et l'attention du lecteur est captée avec art. Il s'interroge sans cesse sur l'usage des tapis par l'Empereur : orne-t-il les murs de son merveilleux palais-planète ? Où partent les vaisseaux impériaux remplis de montagnes de tapis de cheveux ?
Les « noeuds » sont les points de départ des motifs qui, une fois réalisés, dévoilent le dessin initial, complexe et simple à la fois. Peu à peu, le lecteur perçoit une cohérence dans les infimes informations distillées par l'auteur. Le récit devient pure magie à l'image de la tapisserie achevée.

Le lecteur pressent le drame de la finalité des tapis de cheveux, drame atténué ou amplifié, selon les sentiments éprouvés, par la chute de l'histoire quand le mystère de l'utilisation des tapis de cheveux est levé.

Même achevé, le tapis qu'est le récit ne serait rien sans les Archives qui n'ont libéré qu'une infime partie de l'histoire de l'Empire, le mystère révélé des tapis de cheveux n'est qu'une risée à la surface de l'empire inter-galactique.


Le lecteur referme le roman, heureux d'avoir vécu un moment hors du temps grâce à une histoire menée de main de maître par un auteur pensant son histoire comme un puzzle ou une tapisserie complexe. En un mot comme en mille, le lecteur sort conquis de sa lecture et ravi des émotions qu'elle a suscitées de la première à la dernière phrase.

Ils en parlent aussi:


dimanche 17 octobre 2010

Le temps des contes retrouvé

Il a quatorze ans, il s'est enfui de sa famille d'accueil où il avait trouvé refuge après la mort de ses parents, il est vagabond, déguisé en roi mage avec deux autres compagnons d'infortune. Il parcourt les routes de Saxe, pauvre comme Job, libre comme le vent et avide d'aventure. Il s'appelle Krabat et il entend une nuit, au cours d'un rêve à la lisière du cauchemar, un appel étrange lui demandant de venir au moulin de Koselbruch. Après un moment d'angoisse devant la vision de onze corbeaux, Krabat reprend le cours de son errance. Seulement, l'appel revient, toujours plus insistant, toujours plus déroutant, et distille l'envie d'en savoir plus dans le coeur de Krabat. Après tout, il n'est pas une mauviette et que risque-t-il, lui qui ne possède rien?
Aussi, prenant son courage et sa curiosité à deux mains, se rend-t-il au fameux moulin de Koselbruch, traversant une forêt sombre, un marais mélancolique et inquiétant pour arriver dans une clairière écrasée par l'imposant moulin.
Krabat est confronté à l'accueil déroutant du maître, répond à ses questions et se retrouve seul dans un dortoir, des vêtements au pied du lit, vêtements qui semblent faits pour lui, ce qui ne provoque en lui que de plus grandes interrogations. Le comble de la peur lui est offert, dans la nuit, par onze visages blancs de farine, le jaugeant puis l'acceptant comme des leurs. Les onze apprentis l'accueillent, alors commence pour Krabat un apprentissage oscillant entre lumière et ombre, entre pratique d'un métier et approche de la magie. Un engrenage embarque, alors, Krabat entre l'aide précieuse et amicale de Tonda, la malignité et la méchanceté de Lyschko, la gentillesse et la malice de Juro, le benêt qui cache son jeu, et l'amour d'une jolie jeune fille du village voisin, dans un duel avec le maître, un duel pour la liberté et le libre-arbitre.
Otfried Preussler raconte les affres de Krabat, ses expériences et ses combats, dans la langue des contes traditionnels, immergeant son lecteur dans l'atmosphère sombre, angoissante et pourtant lumineuse des récit dans lesquels légendes et initiation se mêlent pour sublimer les peurs enfantines et adolescentes. Les ingrédients utilisés rappellent les sombres et mystérieuses forêts des Frères Grimm: on y entre encore enfant et on en sort grandi d'avoir vaincu des créatures effrayantes et réussi les épreuves. Otfried Preussler souffle à la perfection le chaud et le froid sur le lecteur qui suit, avec émotion, les tribulations de Krabat, son évolution et sa marche vers l'âge adulte: l'apprentissage difficile sous les coups et la douleur des fardeaux à porter, les leçons dispensées par le Maître meunier, à la frontière de la magie et des rites initiatiques des corporations du Moyen-Age, les épreuves initiatiques de la nuit de Pâques ou du marché annuel, la chappe de plomb de la nuit du Nouvel An, qui voit les rivalités entre garçons-meunier poussées à leur paroxysme, paroxysme du à la frayeur d'un tribut à payer, tribut de sang et de mort, ou encore les tentatives désespérées pour échapper à l'enchantement du moulin.
"Krabat" est un conte, aux accents modernes, qui se déroule au coeur d'une Saxe déchirée par la Guerre de Trente ans, sombre et parfois cruel qui met en valeur la résistance à l'oppression et au mal, à l'appât tellement factice des honneurs, de la gloire et du pouvoir, car obtenus par la magie noire. Il est aussi le chemin initiatique d'un jeune garçon qui découvre le sens de l'honneur, de l'amitié et surtout la force et la beauté pures du sentiment amoureux, ce sentiment si doux, si précieux qu'il permet de vaincre un Maître cruel et redonner la liberté à ceux qui en ont été privés.
Je me suis régalée à lire "Krabat" qui m'a replongée dans les délices des contes, des rites et rituels issus des croyances enfouies au plus profond d'un patrimoine culturel qui lentement se perd dans les limbes d'une modernité où la superficialité engendre la perte de la mémoire collective. Lire "Krabat" avec des yeux d'adultes permet un retour sur soi, sur ses rêves et ses angoisses d'antan qui jamais ne meurent, qui seulement sont juste un peu oubliés.
A souligner le fait, non négligeable, que ce roman jeunesse allemand, longtemps attendu en langue française, a été traduit par Jean-Claude Mourlevat, autre grand nom de la littérature jeunesse.

Roman traduit de l'allemand par Jean-Claude Mourlevat

les avis de bibliobloguons  marylène
 

mercredi 14 avril 2010

Le poisson mouillé

Berlin, 1929: entre l'effervescence de la construction et l'ébullition sociale et politique, la République de Weimar tremble sous les émeutes communistes et les coups de mains des chemises brunes, les SA. Berlin, ville cosmopolite où les réfugiés russes hantent les boîtes de nuits et les coins d'ombre, ville où les plaisirs illicites attirent les nantis des quartiers ouest, histoire de s'offrir quelques frissons en côtoyant les malfrats et els professionnelles. Berlin où la police tente de lutter contre le crime, Berlin désireuse de concurrencer New York, Berlin à la pointe du progrès et des explorations artistiques; Berlin ville de tous les possibles même les plus sordides, ville phare d'une Mittel Europa qui lentement se dessine dans le paysage européen de l'entre deux guerre, ville où, en l'espace de quelques mois, les "poissons mouillés", ces affaires criminelles classées sans suite, deviennent un peu trop nombreux.
Un corps est retrouvé dans une voiture au fond d'un canal: l'homme, non identifié, a été torturé et mutilé. A priori personne ne semble le reconnaître, sauf Gereon Rath, jeune commissaire, de l'inspection E (les Moeurs), originaire de Cologne muté à Berlin en raison d'une affaire embarassante, qui l'a croisé quelques jours auparavant chez sa logeuse: en effet, cet homme, venait, tapageusement, voir le précédent locataire, un russe. Commence alors, pour Rath, une enquête longue et délicate au cours de laquelle sa carrière se jouera de nombreuses fois. Très vite, il comprend que la police est infiltrée par les anciens de 14/18 qui barbotent des armes à l'armurerie, qui entretiennent des relations dangereuses avec des russes tsaristes, et qu'autour du cadavre du canal se greffent moults intérêts divergents, intérêts portés sur le mythique or d'une famille russe, l'or des Sorokine. Rath mettra tout en oeuvre pour élucider le meurtre, comprendre le pourquoi et le comment, car loin de se plaire aux Moeurs, il ne rêve qu'à une seule chose, revenir aux affaires criminelles et faire oublier la bavure de Cologne.
"Le poisson mouillé" est le premier volet des enquêtes du commissaire Gereon Rath et je dois avouer que j'ai été agréablement surprise par la qualité du récit, le déroulement de l'enquête et surtout l'ambiance berlinoise de cette fin des années folles. Volker Kutscher croque avec justesse le monde interlope des nuits de la capitale prussienne, il embarque son lecteur dans une quête difficile d'une vérité, ou plutôt de vérités qui ne seront pas toujours très agréables à dire: les groupuscules paramilitaires encadrés par les nostalgiques de l'Empire et ceux qui n'ont pas accepté les conditions draconniennes de l'Armistice de 1918, les groupes révolutionnaires communistes prônant une véritable révolution du peuple conspuant, comme leurs antagonistes SA, la République de Weimar qui se perd à vouloir mettre de l'ordre dans le chaos des aspirations allemandes. Les prémices d'un coups d'état sont en place (dans 4 ans, Hitler arrivera au pouvoir sans que lui soit opposée une grande résistance, avec une armée de l'ombre qui s'est lentement constituée sous la houlette d'anciens soldats de l'Empire) : stigmatisation de la mollesse socialiste ou du nombre de juifs dans les couloirs du pouvoir, rancoeur due à la défaite ou difficultés économiques des classes populaires. Au fil de l'enquête qui se déroule d'avril à juin 1929, la tension due à la montée en puissance du National Socialisme (à un moment, Rath appelle "nazis" les membres des SA), donnant à Berlin une atmosphère de fin d'époque et le lecteur pressent que plus rien ne sera comme avant.
Ce pavé se lit avec plaisir, malgré le foisonnement de personnages et d'histoires s'imbriquant les unes dans les autres (ce qui ne m'a guère gênée mais je suis une amatrice de l'enchevêtrement des personnages) qui pourrait freiner certains lecteurs: on s'attache très vite au personnage principal, à sa personnalité, à sa vision du monde et à sa fragilité, et on se promène avec bonheur dans un Berlin mythique et pittoresque (celui décrit par Albert Döblin dans Berlin Alexanderplatz: le monde de la nuit, celui des vendeurs à la sauvette, celui des combines louches et minables, celui d'un petit peuple trimant pour tenter de s'en sortir) à la suite d'un Rath infatigable mais faillible, tentant avec l'énergie du désespoir de réparer ses erreurs. La suite de ses aventures est en cours de traduction et c'est avec impatience que j'attends le retour de Gereon Rath.

Je remercie Suzanne de Chez les Filles et les éditions du Seuil pour cette plongée dans une période historique fascinante de l'Allemagne .

Roman traduit de l'allemand par Magali Girault



Les avis de Yv  Véronique  
 

dimanche 22 novembre 2009

dimanche poétique # 2


Ce dimanche, je choisis de vous emmener sur les bords du Rhin...."am Rhein" en compagnie de Heinrich Heine (1797-1856) et de sa Lorelei (1823)!

Mon coeur, pourquoi ces noirs présages?

Je suis triste à mourir.
Une histoire des anciens âges
Hante mon souvenir.



Ich weiß nicht, was soll es beteuten,

Dass ich so traurig bin ;
Ein Märchen aus alten Zeiten,
Das kommt mir aus dem Simm.



Déjà l'air fraîchit, le soir tombe,

Sur le Rhin, flot grondant;
Seul, un haut rocher qui surplombe
Brille aux feux du couchant.

Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein ;
Der Gipfel des Berges funkelt
Im Abendsonnenschein.

Là-haut, des nymphes la plus belle,  
Assise, rêve encore;
Sa main, où la bague étincelle,
Peigne ses cheveux d'or.

Die schöne Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar :
Ihr goldnes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Harr.



Le peigne est magique. Elle chante,
Timbre étrange et vainqueur,
Tremblez fuyez! la voix touchante
Ensorcelle le coeur.

Sie kämmt es mit goldenem Kamme,
Und singt ein Lied dabei ;
Das hat eine wundersame,
Gewaltige Melodei.



Dans sa barque, l'homme qui passe,
Pris d'un soudain transport,
Sans le voir, les yeux dans l´espace,
Vient sur l'écueil de mort.

Den Schiffer im kleinen Schiffe
Ergreift es mit wildem Weh ;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh.



 L'écueil brise, le gouffre enserre,
La nacelle est noyée,
Et voila le mal que peut faire
Lorelei sur son rocher.


Ich glaube, die Welten verschlingen

Am Ende Schiffer und Kahn ;
Und das hat mit ihren Singen
Die Lore-lei getan.



 "La sirène" de John William Waterhouse (vers 1900)

jeudi 16 juillet 2009

Berlin underground


Franz Biberkopf vient de sortir de prison où il a purgé une peine pour le meurtre de sa compagne Ida, et est bien décidé à ne pas replonger dans le sordide. Libre comme l'air, le voilà dans le Berlin de la fin des années 20 début des années 30, errant aux alentours de la place essentielle de la ville, la célèbre Alexanderplatz! Cet endroit, mythique, tient une place de choix dans l'oeuvre romaesque de Döblin qui après avoir fréquenté assidûment les cercles expressionnisme s'en détache pour ne jurer que par le naturalisme, moteur romanesque où l'observation brute des faits réels prend le pas sur l'imagination pure.
Berlin, ville de plus que quatre millions d'âmes, ville culturelle et de lumière, ville d'architecture et de vie grouillante entre les lieux de plaisirs sordides, les abattoirs ronflants, les bistrots selects comme malfamés, les ruelles sombres et les immeubles délabrés, voit Franz Biberkopf arpenter les rues en vendeur de journaux, en distributeur de tracts nationalistes, terrassier ou déménageur, autant de petits métiers lui permettant de vivoter. Le lecteur suit ce héros aux aspirations honnêtes de fin 1927 au début 1929 dans une cité où monte, lentement et sournoisement une idéologie nauséabonde qui enverra au pouvoir un certain Hitler. Mais peut-on lutter contre la fatalité? Peut-on s'écarter définitivement des cercles de l'illégalité lorsque l'on croise, chaque seconde, les membres d'une bande de malfrats? La loi de la rue est dure, sans concession et sans sentiment.
Dès le début du roman, le niveau de langage, l'écriture et l'ambiance berlinoise m'ont fait pensé à Céline et son "Voyage au bout de la nuit". Il existe des similitudes entre les deux auteurs: ils ont exercés en tant que médecins et se sont intéressés aux petites gens, aux humbles, aux bas-fonds de Berlin ou de Paris. Döblin propose un voyage au bout d'une nuit, au bout d'une vie, une vie que le personnage voudrait pouvoir changer malgré les contingences matérielles, une vie qui lui colle à la peau et qui ne semble guère lui offrir une autre voie, une échappatoire à sa route déjà tracée. D'ailleurs, ce voyage aux côtés du héros est balisé par les incipits de chaque livre, incipits annonçant à chaque fois les grandes lignes de l'étape de l'Odyssée berlinoise. Détail donnant une dimension épique à l'oeuvre...une épopée des zones sombres, inquiétantes parfois, où se meut le petit peuple des précaires, des démunis et des voyous.
Franz Biberkopf apparaît comme étant écartelé entre sa liberté enfin recouvrée et une relative nostalgie de sa vie derrière les barreaux, vie réglée comme du papier à musique....très rassurante en fait: il hésite, il rase presque les murs berlinois, encore étourdi par la possibilité de marcher où il veut, comme il veut. Döblin imprime un rythme intense à son écriture afin de distiller la frénésie d'une capitale grouillante de vie et d'activité, à la limite de l'étourdissement: le lecteur est happé par le bruit des véhicules, par les chansons entendues parci parlà, par le tramway, par les cris des marchands, à la sauvette ou non, des vendeurs de journaux, le quotidien échevelé absorbe Franz biberkopf tout en l'effrayant un peu (la reprise de contact avec la vie libre est difficile à apréhender). Cependant, Döblin prend soin de placer des intermèdes descriptifs, ces petits riens qui permettent une pause et une respiration, en mettant en scène des petits bouts de vie. La sensualité de Berlin est à fleur de mots, exhalant une crudité dans les détails anatomiques, sa violence aussi et cette latence apporte aussi sa pierre à l'édifice épique du récit. Berlin est en perpétuelle construction, toujours changeante et pourtant éternelle et moderne. Le lecteur continue sa découverte de l'underground berlinois dans le livre deuxième au cours duquel notre Franz élargit le cercle de ses connaissances: entre piliers de tripots et amie peu farouche, récupérée pour aider un ami à butiner d'autres fleurs berinoises, il déambule pour mieux éprouver du remords au sujet de la mort d'Ida; les furies grecques auraient-elle investi Berlin? Toujours est-il que Franz semble de plus en plus désirer devenir un autre homme, un homme honnête et doux en vendant des journaux. Las, ces journaux sont des journaux d'extrême-droite, édités par des hommes au joli verbe, à la faconde facile et qui l'ont très vite influencé: Franz est de ceux qui se laissent mener par le bout du nez à partir du moment où on détient la puissance du verbe, il est le type même du parfait candidat au n'importe quoi, faisant siennes les thèses les plus outrancières! Le bruit de bottes et chemises à brassard se fait entendre derrière les mots de Döblin, un Döblin qui joue à merveille sur les différents registres de l'ironie et la distanciation avec les personnages: le caustique est toujours prêt à bondir....comme la violence larvée de Franz (le lecteur attend le moment où la violence diablesse du héros surgira hors de sa boîte). Une violence qui suinte derrière le long passage, plus que saisissant, sur les abattoirs de porcs: le lecteur ressent avec horreur tout ce qui se déroulera suite à l'accession d'Hitler au pouvoir...la mise en place d'une machine à broyer les hommes, les âmes est en route derrière la machine infernale que sont les abattoirs où on voit des hommes donner tranquillement et méthodiquement la mort.
Döblin place son héros devant une alternative difficile: être honnête et vivre pauvre, exploité par les uns et les autres et sans être un minimun respecté, ou céder aux tentations d'une vie plus facile en entrant dans une bande et bénéficiant ipso facto d'un réseau d'entraide contournant le système, quitte à laisser des hommes ou des femmes sur le bord de la route. Les relations douteuses de Franz lui font admettre que la société ne peut lui offrir de décence et que les soucis matériels ne pourront pas être résolus par la voie des urnes (et on entend le bruit des bottes claquer le pavé berlinois). Aussi, notre naïf Franz pense-t-il qu'il pourra se faire une petite place au soleil en tissant des liens, même légers, avec les voyous patentés et cela sans s'engager outre mesure et en se coulant dans la peau d'un proxénète en vivant aux côtés de Mimi, la jeune et gentille Mimi peu avare de ses faveurs. Le lecteur voit se profiler une funeste répétition de vie dans la descente aux enfers de Franz. Cependant, ce dernier accepte son destin que Döblin ne rend en aucun cas tragique: il apporte une dimension optimiste à ce triste chemin de vie en offrant la rédemption à son héros...une épopée citadine, moderne, aux accents que notre société ne pourrait renier, s'achève dans une apothéose libératrice.
Certes, il est difficile de quitter son chemin de vie quand la prédestination colle aux basques, cependant, Berlin Alexanderplazt est loin d'être un roman sur le fatalisme ou sur le pessimisme: il décrit tout simplement la vie des humbles que les rouages de la société écrasent, aveugles et sourds à la détresse et au désir de rompre les chaînes du déterminisme social. Döblin par son écriture qui mêle différents styles, plusieurs niveaux de langue, peint une toile sociale et humaine où les appétits féroces des uns croquent les espoirs des autres, où les petites frappes musclées et gouailleuses se pavanent, coqs en basse-cour, devant un parterre d'admiratrices subjuguées. Elles peuvent être malmenées, maltraitées par leur "jules" sans pour autant cesser de l'aimer. Döblin tisse sans fin des ramifications dans son récit, renvoyant à de multiples interprétations, à de multiples niveaux de lecture au fil desquels le lecteur se perd et se retrouve avec délectation et gourmandise. Un roman épique aux accents tragiques derrière une façade parfois grotesque dans le sens où l'ambiance frise avec le carnavalesque, le burlesque, le caricatural, le bouffon et le comique. Une force romanesque qui emporte le lecteur d'un bout à l'autre des 623 pages, sans que l'ennui ne lui vienne une seule fois; une lecture étonnante et jubilatoire!

Roman traduit de l'allemand par Zoya Motchane










Roman lu dans le cadre des lectures communes de Parfum de livres

dimanche 18 janvier 2009

Que sont nos vertes années devenues?


Jörg, un ancien terroriste d'extrême gauche, sort de prison après avoir passé vingt ans derrière les barreaux. Sa soeur Christiane, organise dans sa maison de campagne, un week-end de retrouvailles entre Jörg et ses anciens compagnons de lutte. Très rapidement, ces retrouvailles s'avèrent moins paisibles que prévu: les uns et les autres ont un vécu, des vies professionnelles et sentimentales à des lieues de la vie d'ancien déténu politique de Jörg. Tout le monde ressent la difficulté de faire table rase du passé, de regarder en face Jörg, celui qui est tombé pour ses idées, tombé pour le combat idéologique mené contre un capitalisme dévoreur, celui qui est tombé pour les crimes commis lors de ses combats. Le sentiment de culpabilité est le petit grain de sable dans les rouages du week-end entre vieux amis. La cause politique d'il y a vingt ans est loin de certains: le temps a passé, les révoltés estudiantins se sont assagis et adoucis...reste l'interrogation sur la manière d'affronter son passé, de le regarder en face et de l'accepter. Faut-il renier ses engagements? Faut-il renoncer aux valeurs défendues et vivre en paix avec le quotidien, le monde? Faut-il renier son passé ou lui rester fidèle?
Bernhard Schlink montre un héros fatigué, sombre, avare de ses paroles, mal à l'aise avec ses anciens amis: Jörg apparaît comme un homme de conviction perdu dans l'immensité d'une vie qui a continué son bonhomme de chemin pendant que la sienne s'arrêtait entre quatre murs d'une prison. Son combat a priori perdu contre un système économique et un type de société l'a-t-il rendu amer? Lentement, Jörg réapprivoise la vie en société, lentement il pose un regard enfin libre sur les autres et pose abruptement une douloureuse question: qui a trahi? Qui l'a donné aux policiers? Qui l'a envoyé pendant vingt ans derrière les barreaux? Ses amis se sont intégrés dans la société et ont composé avec les valeurs proposées par cette dernière: l'un, Ulrich, est devenu un important directeur de laboratoires, marié, père d'une jeune fille qui n'hésitera pas à jouer les lolitas avec le vieux héros usé, Jörg, l'autre, Karin, est devenue pasteur puis évêquesse et tente désespérement de semer la concorde sur la rencontre puis par ses prières d'amener l'assistance à regarder autrement, d'amener faire admettre aux tenants de la violence que l'on n'a pas le droit d'imposer sa vérité aux autres. Un autre, Henner, est devenu un célèbre journaliste au Spiegel et à Stern tandis qu'une autre, Isle est devenue enseignante et analyse les faits du passé en se lançant dans l'écriture où Jan, un camarade disparu, tient le rôle de l'électron libre qui a franchi la ligne rouge: elle lui invente une histoire post-mortem, une vie invisible où il devient un terroriste sans état d'âme jusqu'à ce qu'il disparaisse dans l'embrasement des tours jumelles de Manhattan, un certain 11 Septembre.
Au milieu des amis d'hier, un jeune homme détonne: Marko, révolutionnaire pur et dur qui souhaite ardemment que Jörg reprenne la lutte, soit le flambeau d'un mouvement protestataire jusqu'auboutiste s'alliant aux "camarades musulmans" et frappant le système au coeur de ses points sensibles. Puis, impromptue l'arrivée d'un jeune étudiant qui s'avère être le fils de Jörg: le week-end touche à sa fin et l'enfant qui a grandit aux côtés de ses grands-parents devient l'accusateur sans concession d'un père devenu l'ombre de lui-même.
Sous la frondaison des arbres du vieux parc mal entretenu de la maison de campagne, se nouent idylles nouvelles et se racontent les souvenirs d'amours anciennes....la nostalgie d'une jeunesse presque lointaine s'égraine au fil des mots et rend l'écriture particulièrement attachante. Le souvenir des évènements d'hier teintent le passé du sépia de la compassion: celle éprouvée tant envers l'ancien terroriste qu'envers la douleur d'un fils qui ne peut encore pardonner. L'amitié peut-elle réparer les erreurs passées? Peut-on encore tourner la page lorsqu'il y a eu beaucoup de tragédies humaines?
Dans "Le liseur", Schlink abordait le passé nazi de son pays, dans "Le week-end" il aborde, subtilement, les années terribles où la Faction Armée Rouge répandait la peur et le sang. Les années Bader tout comme les années de plomb en Italie et les combats d'Action Directe en France ont laissé une trace dans la société contemporaine. Une trace qui lentement refait surface au gré des libérations anticipées suscitant des remous plus ou moins exacerbés dans la presse...le passé récent porte trop souvent les stigmates des douleurs et des peurs pour pouvoir être ressenti sereinement par ceux qui l'on vécu.
Dans ce huis-clos à la campagne, Schlink met les souvenirs et les actes à plat sans accabler aucun des protagonistes et tout en signalant que le couple violence et politique est toujours un sujet dont toute société, toute démocratie doit se soucier sérieusement. Doucement mais sûrement, il monte l'intensité de la confrontation jusqu'au dénouement habile.
"Le week-end" est à placer dans la lignée du "Liseur": c'est un regard sur des passés qui dérangent et font mal, mais un regard qui n'accable pas et offre un espace de tendre compassion (sans pour autant dédouaner les actes les plus atroces). En un mot comme en mille, un excellent roman, photographie de l'actuelle société allemande avec ses peurs et ses envies de savoir même si cela est douloureux.

Roman traduit de l'allemand par Bernard Lortholary





Frédéric Ferney en parle ICI





samedi 10 janvier 2009

Les orages de la guerre


"Oeuvre sans doute la plus célèbre et la plus lue d'Ernst jünger, ce récit scrupuleux ne se borne pas seulement au témoignage; il est encore et plus peut-être un roman d'apprentissage où nous voyons un jeune engagé volontaire se découvrir dans sa réalité spirituelle à travers l'expérience sanglante et atroce de la Première Guerre mondiale." Ainsi commence le préambule à l'avant-propos et à la lecture de "Orages d'acier".
Et tout est dit, enfin presque, dans ces quelques lignes, sur ce qu'est ce récit extraordinaire écrit, à l'aide de son journal de guerre, après la Grande Guerre par un écrivain qui connut le goût de la poudre et du sang d'un des plus horrible conflit armé.
Ernst Jünger retrace quatre ans de conflit où les belligérants se trouvaient de part et d'autre d'une ligne de combat ravinée par les tranchées, proches les unes des autres, par la boue, par les cratères creusés par le tir incessant de bombes. Ce sont quatre années rythmées par les stratégies élaborées par les états majors: les batailles qui laminent sauvagement les régiments, la fameuse guerre de position, puis la grande offensive, point d'orgue d'un combat sans merci qui a laissé exangues les deux armées.
Ce qui est intéressant et formidable c'est de lire un récit écrit par un soldat allemand, de lire une guerre par le prisme de l'autre, complétant ainsi l'aperçu d'un conflit abordé dans la lecture d'une part de Erich-Maria Remarque, "A l'ouest rien de nouveau" et d'autre part celle de Barbusse, "Le feu", et de Dorgelès, "Les croix de bois". La boucle est bouclée, cercle parfait de boue, de sueur, de peur, de courage, d'exaltation, de sang, d'horreurs....et d'infernal bruit d'un perpétuel feu d'acier mortifère.
Ce qui peut être déroutant c'est cette réécriture romanesque à partir d'un journal de guerre, rendant difficile la différence entre le vécu réel et celui reconstruit par la fiction, la sublimation du souvenir. Entre ce qui relève du témoignage général au sujet d'évènements ou perceptions vécus par n'importe quel soldat et ce qui relève du propre ressenti de cette guerre par Jünger comme élément d'une initiation ou d'un apprentissage lui permettant de construire son intériorité, le lecteur se perd dans ce méandre du non-dit, dans l'entrelac du diffus et du sensible. En effet, le courage enthousiaste et exalté des soldats fut-il réel ou enjolivé par le travail insconscient de la mémoire et de l'écriture? Jünger ne parle pas de la lassitude du soldat, de cette dépression létale parfois devant un combat qui dure au point d'en perdre son sens: y a-t-il eu des mutineries côté allemand comme il y en eut côté français lors de l'année charnière du conflit, l'année 1917? Le lecteur ne le sait pas hormis quelques fugaces allusions à l'apathie et au désenchantement de certains soldats revenant du feu. Jünger n'insiste pas sur la déshumanisation des soldats face à l'atrocité des combats, l'horreur indicible des blessures et des agonies solitaires dans le no man's land. Par contre, si le lecteur se met à lire entre les lignes des extraordinaires descriptions des pilonnages ou des champs de bataille, l'aspect traumatique de la Grande Guerre, machine infernale à broyer l'âme humaine, se devine puis s'entend.
Ce qui est passionnant dans la succession des chapitres, portant chacun un nom de bataille, c'est la description du quotidien d'un soldat, d'un officier, sur le front. Les tâches d'entretien de la tranchée, des casemates, de l'armement, le ravitaillement, les pauses, les gardes ou les reconnaissances mettent le lecteur dans l'ambiance tantôt sereine, tantôt angoissée, d'un régiment éparpillé sur une ligne de front. Ces gestes banals sont vitals pour la sauvegarde de la discipline mais surtout celle du moral des troupes...un soldat occupé ne pense pas à la peur qui lui tenaille les entrailles ou à la perte de compagnons d'armes. Le lent et étrange déplacement des lignes de front de la Somme à Verdun montre un paysage déchiqueté par l'enfer d'acier qui tombe sans relâche, un paysage redessiné par la puissance dévastatrice de l'artillerie....et comble du surréalisme, les galeries des vers de terre serpentent dans les tranchées, les trottinements des souris tintent dans la terre, les couinement des rats se font entendre tout comme le gazouilli entre deux séries de fureur tonitruante des oiseaux, musique improbable dans ce monde où la brutalité est de mise.
Ce qui est d'une absolue horreur, c'est le pouvoir évocateur du champ lexical choisi par l'auteur, lors de la réécriture, pour donner à entendre et à sentir à son lecteur le bruit infernal d'une guerre de l'immobilité (ou de la lente avancée), ogre à l'appétit inextinguible de chair humaine. "Orages d'acier" est écrit dans une langue splendide, léchée, traduite magnifiquement: le passé simple, temps de la narration par excellence, est un vrai miel à lire! Les mots possèdent la musicalité des bombardements, des sifflements des balles, des explosions ouvrant des crevasses, pièges mortels, et déchiquetant les corps: le lecteur est au coeur des combats, il sent l'odeur et l'exitation perverse de la poudre, celle âcre et suave des morts; il est en compagnie de ces hommes qui éprouvent en un étrange mélange plaisir suprême et paroxysme de la souffrance. Il y a de l'épopée dans ce récit, il y a la mémoire de toutes les grandioses (?) batailles des hommes des murs de Troie aux rives de la Bérézina, il y a du lyrisme dans l'extase de l'exploit du lieutenant Jünger lors de l'ultime bataille, la plus terrible car sonnant le glas de la défaite.
Ce qui est à souligner, c'est que ce récit est écrit du point de vue d'un officier allemand, engagé volontaire, éduqué et cultivé, parlant et comprenant l'anglais et le français. Le regard porté sur les combats engagés n'est pas celui du soldat de base, mais celui d'un chef qui doit montrer l'exemple et gagner le respect de ses hommes par ses actes de courage et ses décisions précises et salutaires.
"Orages d'acier" est un regard exceptionnel porté sur la Grande Guerre, un incontournable de la littérature du XXè siècle, un classique de la littérature allemande. C'est aussi une lecture poignante, parfois cruelle, souvent épouvantable mais toujours intense!

Extraits:

"Il flottait au-dessus des ruines, comme de toutes zones dangereuses du secteur, une épaisse odeur de cadavres, car le tir était si violent que personne ne se souciait des morts. On y avait littéralement la mort à ses trousses - et lorsque je perçus, tout en courant, cette exhalaison, j'en fus à peine surpris - elle était accordée au lieu. Du reste ce fumet lourd et douceâtre n'était pas seulement nauséeux: il suscitait, mêlé aux âcres buées des explosifs, une exaltation presque visionnaire, telle que seule la présence de la mort toute proche peut la produire.
C'est là, et au fond, de toute la guerre, c'est là seulement que j'observais l'existence d'une sorte d'horreur, étrangère comme une contrée vierge. Ainsi, en ces instants, je ne ressentais pas de crainte, mais une aisance supérieure et presque démoniaque; et aussi de surprenants accès de fou rire, que je n'arrivais pas à contenir. "
(p 143)

"La Grande bataille marqua aussi un tournant dans ma vie intérieure, et non pas seulement parce que désormais je tins notre défaite pour possible.
La formidable concentration des forces, à l'heure du destin où s'engageait la lutte pour un lointain avenir, et le déchaînement qui la suivait de façon si surprenante, si écrasante, m'avaient conduit pour la première fois jusqu'aux abîmes de forces étrangères, supérieures à l'individu. C'était autre chose que mes expériences précédentes; c'était une initiation, qui n'ouvrait pas seulement les repaires brûlants de l'épouvante. Là, comme du haut d'un char qui laboure le sol de ses roues, on voyait aussi monter de la terre des énergies spirituelles.
J'y vis longtemps une manifestation secondaire de la volonté de puissance, à une heure décisive pour l'histoire du monde. Pourtant, le bénéfice m'en resta, même après que j'y eus discerné plus encore. Il semblait qu'on se frayât ici un passage en faisant fondre une paroi de verre - passage qui menait le long de terribles gardiens."
(p 388)


Récit traduit de l'allemand par Henri Plard




L'avis d'Alfred Teckel ici




samedi 22 novembre 2008

La déchirure

Un jeune garçon, Aleksandar, raconte la vie en Yougoslavie avant le déferlement des bombes et de la folie des hommes. Nous sommes dans une petite ville, Visegrad,où les Serbes et les Bosniaques vivent en voisin, où ils se disputent joyeusement, où ils s'unissent par les liens sacrés du mariage, où ils ont des enfants, où ils travaillent et bâtissent un avenir sous la houlette invisible du portrait de Tito.
Visegrad, une petite ville qu'un pont relie, un pont sur lequel des milliers de pas ont marché (et usé les pierres) ou se sont arrêtés pour regarder les poissons, ces étranges silures qui gobent avec gourmandise les crachats des enfants.
La vie s'écoule tranquillement, paisiblement à l'image de la Drina qui glisse entre les piliers du pont. La vie d'Aleksandar se partage entre l'école, la pêche, les promenades aux côtés de son grand-père Slavko, les sorties avec les Pionniers, les discours de Slavko devant les membres du Parti, les balades avec Edin, son alter ego, dans un silence où tout se dit.
Puis, un jour l'incompréhensible survient: le bruit de la fureur et des armes des hommes retentit dans le lointain, s'approchant de jour en jour de Visegrad; ils s'entredéchirent alors que récemment encore ils travaillaient, vivaient et aimaient ensemble. Voilà venu le temps de la terreur des séjours prlongés à la cave, là où les noms n'ont pas d'importance, là où les noms ne font pas disparaître les personnes qui les portent.
Il y a l'arrivée des bombes, de la violence, des soldats qui terrorisent, arrêtent, torturent, mutilent, tuent ou exécutent celui ou celle dont le nom n'a pas la bonne consonnance. Il y a une fillette, perdue sans ses parents, égarée dans ce tableau sombre et rougeoyant: elle a des boucles et des yeux clairs, elle s'appelle Asija et porte un nom musulman. Il y a la musique glaçante de l'interrupteur des escaliers et des fusils mitrailleurs dansant sur les rampes; elle sonne le glas du vivre ensemble, craquèle le vernis de civilisation qui enrobe l'être humain. Mais les jeux d'enfants sont plus forts que la peur: la grille de la cave laisse échapper les intrépides le temps d'aller récupérer un journal au kiosque abandonné...les mères n'en n'ont rien su, les galopins deviennent adultes avant l'heure.
La famille d'Aleksandar est à l'image de l'ex-Yougoslavie: une myriade de visages, de personnalités, de caractères plus trempés les uns que les autres, d'ethnies, d'insouciance, d'amour de la vie et de ses beautés derrière le labeur quotidien. Les grands-mères sont joyeuses même si le silence, personnage important du roman, est devenu l'expression d'une d'entre elles. Elles sont la chaleur des racines véhiculant la sève des souvenirs familiaux; avec les grands-pères et les arrière-grands-parents, elles sont la mémoire d'un pays morcelé qui a su aussi bien s'unir que se déchirer. On déguste, en leur compagnie et aux côtés d'Aleksandar, les prunes dans le jardin fleurant bon l'été finissant. On goûte le vin sucré, les poivrons farcis, les boulettes de viande hachée, on entend presque le son des musiques endiablées qui marient les notes slaves et méditerranéennes...comme dans un film d'Emir Kusturica.
L'écriture de Sasa Stanisic virevolte, sautille entre audace, humour noir, émotion et profonde nostalgie (presque cri de douleur). La guerre civile, ravageuse, apparaît entre deux souvenirs du monde d'avant qui, malgré la baguette et le chapeau de "magicien du possible et de l'impossible" offert par grand-père Slavko, ne peut revivre hormis dans le souvenir et dans l'inlassable narration, récit qui ne doit pas s'éteindre afin que rien ne tombe dans l'oubli. La guerre et ses pieds de nez oscillant entre rires et larmes: la scène, poignante et édifiante, de la partie de football entre miliciens serbs et bosniaques où l'enjeu est la survie si l'on gagne, la mort si l'on perd. Le cadre magnifique d'une forêt séculaire, truffée de mines, apporte la dimension ubuesque et tragique digne de figurer dans un film de Kusturica: le surréalisme atteint son paroxysme. Puis, c'est la scène où dansent des soldats autour d'un gramophone, egrenant les notes d'une chanson traditionnelle, d'avant la déchirure, chantée et dansée par un pays qui n'est plus. La magie, hélas n'existe pas, seul le souvenir garde vivant ceux qui ne sont plus. Les plaies cicatrisent, les survivants se reconstruisent au pays ou à l'étranger, la nostalgie étreint Aleksandar, devenu jeune adulte, à travers un nom, celui d'Asija la petite fille perdue qui versait des larmes à chaque cacophonie.
J'ai aimé me perdre dans le dédale de la narration déroutante car protéiforme: les lettres se mêlent aux listes et aux écrits jetés au gré des souvenirs sur le papier. Le tout relevé par la maîtrise de la recréation des ambiances et la transmission des émotions. Ce qui peut étonner est l'absence de description des personnages: on sait ce qu'ils éprouvent, ce qu'ils font mais on ignore à quoi ils ressemblent. Ce flou, savamment entretenu, donne plus de poids au propos, plus de vigueur et de force au récit.
Un premier roman très réussi où l'émotion est sans cesse présente et où le plaisir de lire est à chaque page renouvelé.


Roman traduit de l'allemand par Françoise Toraille




Les avis de kathel sylire

Un article sur l'auteur de Télérama

samedi 18 octobre 2008

Derrière le masque

Mittel Europa, début du XVIIIè siècle, les souverains suédois, russe et autrichien guerroient sans relâche. Un gentilhomme suédois et un pauvre hère, brigand à ses heures perdues, cheminent ensemble dans la campagne recouverte de neige et froide comme un linceul. Le premier est à bout de forces tandis que le second, plus rompus aux privations et pérégrinations aléatoires, résiste tant bien que mal au vent glacial. Cahin caha, ils parviennent à trouver refuge dans un moulin apparemment abandonné et réputé pour être hanté par feu le meunier. Cette nuit glaciale n'est pas comme les autres, elle sonne le retour annuel du fantôme du meunier, venant prendre les corps perdus pour les soumettre au joug de l'évêque. Le brigand le sait bien, lui qui a donné ses plus belles années aux forges du prélat!
Pour échapper au meunier, de l'argent est nécessaire...le cavalier suédois n'en possède guère et dépêche son compagnon d'infortune chez son parrain, ami de son son père, en guise de papier d'identité, il lui donne une bible, clef qui lui ouvrira le logis dudit parrain. Le logis lui sera ouvert, par une jolie jeune fille, follement éprise de son compagnon d'enfance, le fameux cavalier suédois, et pathétiquement triste car harcelée par son créancier qui souhaiterait l'épouser. Les sens du messager sont en émoi, les beaux yeux de la belle sont irrésistibles et surtout il ne supporte pas de constater combien sa maisonnée la pille et la dépouille afin qu'elle tombe dans les rets amoureux du créancier! Seulement, il ne possède aucun bien, aucune richesse pour aider le jeune fille. Heureusement, il apprend qu'une troupe de malandrins sera bientôt encerclée et il se hâte d'aller les avertir et d'utiliser son esprit rusé pour parvenir à déjouer le traquenard.
C'est ainsi que commence l'incroyable histoire d'un cavalier suédois bien versé dans l'agriculture, la gestion d'un noble domaine, le brigandage de haut vol avec doigté et l'usurpation d'identité!
Avec humour et une écriture romanesque délicieusement picaresque parfois, l'auteur joue avec les comportements et les sentiments humains avec une ironie subtile et un bonheur indéniable. Il embarque son héros dans une aventure de brigandage digne d'un Robin des Bois: prendre aux nantis, sans violence et avec humour, afin de se constituer un trésor qui lui permettra d'acquérir le domaine et conquérir l'amour de la jeune fille.
Tout au long du roman, l'ambiance créée par Perutz montre combien le cavalier suédois tremble que le pot aux roses soit un jour découvert. L'usurpation d'identité est un acte qui demande cohérence et doigté et entraîne forcément angoisse et soupçon envers autrui....surtout lorsqu'enfin la vie vous sourit, devient confortable et douce à l'ombre d'une épouse aimante et d'une fillette adorable. Cependant la culpabilité vient hanter le sommeil de l'imposteur qui se voit arriver, en rêve, au Jugement Dernier. La statue du Commandeur n'est guère loin, bien que le personnage ne soit pas, loin s'en faut, du même tonneau que Dom Juan: le mensonge laisse s'épanouir le sentiment de honte et la peur d'une juste et divine punition. Et pourtant, le lecteur se dit souvent que la tendre jeune fille n'a rien perdu au change dans l'usurpation d'identité, bien au contraire!
Ce qui est intéressant c'est de voir combien Leo Perutz a su intégrer les codes du roman fantastique avec ceux du roman policier tout en parsemant l'ensemble de touches picaresques grâce à d'incroyables rebondissements, inattendus, surprenants et jubilatoires. Et, en douceur, par le rire, les scènes émouvantes ou l'atmosphère guerrière, des questions importantes, essentielles sont posées: peut-on échapper à son destin? L'usurpateur, qui a tâté des chaînes de l'évêque, saura-t-il détourner la route de sa destinée ou ne vivra-t-il qu'une parenthèse avant d'être renvoyé à la case départ?
Les rencontres nombreuses avec des fantômes (celui du meunier est particulièrement intéressant: on ne sait jamais s'il est réel ou seulement esprit malin ce qui ajoute à l'angoisse et l'atmosphère inquiétante du roman), les remèdes mâtinés de sorcellerie, sont fabuleuses. Il en ressort un souffle typiquement "Mittel Europa", celui du bouillonnement des pensées et de la créativité, des combats et des conflits qui ont secoué et marqué cette partie de l'Europe...l'odeur de souffre n'est jamais bien loin (brr, les hauts fourneaux des forges de l'évêque sont l'antre des Enfers!).
L'identité est un moyen de s'interroger sur l'être humain: les personnages de "Le cavalier suédois" ne sont pas vraiment dans les normes, se déplacent et surtout cherchent leur place au coeur des moments de crises de l'Histoire, instants décisifs de leur histoire personnelle. Les choix de routes se font, certes, dans la violence et la douleur mais ils montrent combien l'être humain est loin d'être un bloc immuable: un gentilhomme peut s'avérer être bravache et lâche au point de préférer déserter que d'affronter les violences de la guerre; un voleur peut souhaiter revenir dans le droit chemin en utilisant ses armes, celles un peu tortueuses de la ruse et du mensonge.
La lecture est envoûtante: une fois commencée, il est difficile de l'arrêter car le suspense est intense et la construction extraordinaire. Le bateau mené par l'auteur emporte le lecteur dans une aventure dont il ressort époustouflé et heu-reux!



Roman traduit de l'allemand par Martine Keyser