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mardi 9 août 2022

Les chiens et la charrue

 


Dans le troisième tome du Cycle de Syffe (qui devrait en compter sept!), « Les chiens et la charrue », j'ai retrouvé avec joie le jeune orphelin Syffe, meurtri par les pertes amicales et amoureuse subies lors des deux épisodes précédents.

Le monde est toujours aussi grouillant de méchancetés et de combines pour survivre depuis le jour où il a quitté, enfant, les bas-fonds de Corne-Brune, pour devenir un guerrier accompli, sans illusion sur les motivations des hommes.

Syffe s'est, tant bien que mal, remis de son expérience mystique dans la forêt des Ronces, et traîne sa peau de villages en manses, dans un état moral et physique déplorable. Sa rencontre avec deux contrebandiers lui permet de se reprendre et d'entrevoir un possible avenir bien qu'il ne soit guère confiant dans les événements et leurs tourbillons.

La course poursuite avec les sondiers de Bourre se terminera par un bain de sang et une issue inattendue : Syffe se souvient d'avoir sauvé Aidan Corjoug, des années plus tôt, et d'avoir reçu une chevalière en gage de reconnaissance. Ce bijou lui évitera la pendaison et fera de lui un bras armé du jeune Primat de Bourre.

La guerre fait toujours rage aux confins du pays, le siège de Puy-Rouge n'en finit pas et les assiégeant risquent d'être coupés de leur voie de ravitaillement si rien n'est tenté. Par le jeu, savamment cruel et cynique, des alliances, les guildes marchandes soutiennent les différents protagonistes tandis que les Epones, peuple de guerrières sans merci, harcèlent les convois de ravitaillement.

Avec la bénédiction d'Aidan Corjoug, Syffe, devenu Syffe Sans-Terre, devient le chef d'un petit groupe d'hommes, la coterie, dont la moitié des membres a été imposée par le jeune Primat. Dans quel but ? On ne le devinera que plus tard.

Syffe vivra de nombreuses situations inconfortables, notamment lorsqu'il est enlevé par un duo d'Epones. La vigne, en lui, se réveillera pour l'amener à rêver et ainsi permettre à la Déesse kétoï d'envoyer les Deïsi à sa recherche. Les retrouvailles avec Driche, fillette abandonnée devenue guerrière Epone, sont marquées par un bain de sang. Les Epones réalisent que quelque chose de bien plus inquiétant prend corps, à l'ouest, et avance sans pitié pour anéantir le monde connu. Ce ne sont pas des Marcheurs blancs, cependant il est difficile de ne pas y faire référence lors de la lecture.

L'enjeu de ce troisième volet est la renaissance de Syffe ainsi que la confirmation d'un danger d'une ampleur terrifiante qu'il est impératif de faire connaître aux seigneurs brunides.


J'ai apprécié le roman dont le souffle épique est indéniable. Cependant, certaines tournures de phrases alambiquées, quelques expressions employées avec inexactitude (« cessation de titre de propriété » au lieu de « cession ») m'ont trop souvent agacée. Sans doute me suis-je trop arrêtée sur cela que d'aucuns trouveraient n'être que broutilles.

Hormis ces désagréments, j'ai apprécié l'utilisation des marqueurs types classiques d'une certaine Fantasy : le héros prédestiné à changer le cours des choses et à changer la société, le groupe réduit d'hommes et de femmes pour accomplir une mission quasiment impossible, le héros qui choisit lui-même les gens qui feront partie du groupe, les rencontres bien à propos permettant de faire rebondir la dramatique de l'action tout en apportant un élément décisif pour la mission. Patrick K. Dewdney les agence avec habilité pour accompagner son talent, indéniable, de conteur.

Le personnage principal, Syffe, est toujours aussi attachant ce qui est important car porter un héros pendant sept tomes est un exercice périlleux.

Quant à la chute de cet épisode, elle offre un délicieux frisson de mystère, que l'on pense entrevoir, quand Syffe demande au primat de Louve-Baie le contenu du document arraché au primat de Puy-Rouge « Le primat de Louve-Baie esquissa un sourire redoutable. « Que le roi Bai a eu un fils », susurra-t-il. « Et surtout, comment le retrouver. » Cliffhanger réussi !


Quelques avis :

Babelio  Bibliocosme  Les pipelettes  Livraddict

Lu dans le cadre


Récapitulatif des participation

(644 pages)

mercredi 12 mai 2021

Esprits êtes-vous là?

 


« Quand nous sommes seuls longtemps, nous peuplons le vide de fantômes »
(in « Le Horla » de Guy de Maupassant)  peut-on lire en quatrième de couverture de ce splendide opus des éditions Soleil.

Le monde traditionnel japonais est peuplé d'esprits aussi gentils que méchamment farceurs ou franchement méchants. L'écriture de Lafcadio Hearn est merveilleusement servie par les illustrations poétiques ou inquiétantes de Benjamin Lacombe.

« Esprits et créatures du Japon » s'intéresse plus particulièrement à la nature et à la figure animale dans les contes et la mythologie japonais.

Le voyage exploratoire commence dans les eaux mystérieuse dans lesquelles évolue l'homme-requin pour se poursuivre en rencontrant le kappa ou génie des eaux un brin chapardeur. Il s'achève avec le conte « La mort d'un canard sauvage » où la cane est une jeune femme enchanteresse.

Les illustrations invoquent l'élément liquide de belle manière : les vagues rugissantes de la mer, la fausse tranquillité d'un marais, les berges dangereuses d'une rivière. Les couleurs passent du bleu à une gamme de verts et de jaunes, enveloppant le lecteur dans un étrange manteau liquide.

Puis, le voyage devient terrestre : les saule et cerisier content des légendes d'une beauté absolue, Benjamin Lacombe peint les arbres en une explosion de couleurs d'un même camaïeu, le lecteur est prisonnier consentant des bras tortueux et noueux du saule vert, du branchage lourd de fleurs du cerisier portant l'âme d'un valeureux samouraï.

Les animaux pointent le bout de leur museau, les kitsune entrent dans la danse grâce à un long chapitre, extrêmement bien documenté, dans lequel on apprend pourquoi nombreuses sont les statues de kitsune a être amputée de leur museau. Je vous mets sur la piste : les enfants auraient quelque chose à y voir mais chuuuut...

Les renardes croisées lors des nuits gorgées de brume sont à éviter car seuls les esprits savent jusqu'où elles peuvent mener les hommes. La magie est latente prête à envelopper le monde d'illusions.

Enfin, l'apogée du voyage se déroule dans les airs lorsqu'un papillon croise la route d'une fourmi. La grâce du pinceau de l'illustrateur apporte une féérie à laquelle on succombe avec enchantement.


« Esprits et créatures du Japon » est un recueil enchanteur tant par son texte que par ses illustrations dont les détails occupent le lecteur tout au long de ses pérégrinations au cœur des légendes japonaises.

La lecture procure de doux moments d'abandon et de rêves éveillés. Une respiration bienvenue après une journée de travail. Ne pas oublier la tasse de thé vert pour accompagner le voyage au pays des esprits et créatures japonais.

Une certitude reste : le désir de replonger dans le recueil sans modération.

Traduit de l'anglais par Marc Logé


Quelques avis :

Babelio  Journal du Japon

Lu dans le cadre



mardi 14 juillet 2020

Rencontre avec Stephen King


Il y a cinq ans j'ai lu mon premier Stephen King « 22/11/63 » , roman de SF où la part du fantastique est omniprésente. Je m'étais régalée de bout en bout.
Cet été, la médiathèque de Guingamp a de nouveau proposé aux adhérents les sacs mystères dont le principe est le suivant « Chaque sac contient un livre, un CD ainsi qu'un DVD ayant un point commun. Un seul indice est donné à l'emprunteur, la surprise de la découverte a lieu une fois arrivé à la maison ! », le seul indice étant l'appellation dudit sac. Celui que j'ai emprunté, il y a quinze jours, avait pour indice « Etranges hôtels ». J'aurais du me méfier : hôtel … étrange … quand j'ai ouvert le sac en question, j'ai sorti le DVD « The grand Budapest Hotel » de Wes Anderson accompagné du CD audio de la BO. Jusque là tout allait bien. Quand je sortis le roman, j'ai cru à une mauvaise plaisanterie, une erreur de casting : « Shining » de Stephen King, roman mis en images par Stanley Kubrik. Je n'ai jamais pu regarder plus de vingt minutes du film tant l'angoisse me tétanisait.
Que faire ? Retourner illico à la médiathèque pour changer le sac ? C'est que le DVD me plaisait bien. Regarder le DVD, écouter le CD et laisser tomber le roman ? C'était une solution.
Sauf que.... je me suis dit qu'après tout je pouvais prendre le risque de lire « Shining » sachant qu'à tout moment le geste simple de fermer le livre mettrait fin à d'éventuels tourments.

Abandonnant le cycle de « Dune » pour « Shining », j'ai quitté l'aride Arrakis afin de me rendre dans le Colorado pour y passer un hiver pas comme les autres.
Autant vous dire que je n'étais pas très fière en m'attaquant au premier chapitre car en compulsant divers articles « Shining, l'enfant lumière est un roman d'horreur écrit par Stephen King et publié en 1977. Cet ouvrage, le troisième qu’il publie, l’établit comme une figure importante du genre fantastique. » (source Wikipedia) ce qui ne me disait rien de bon : horreur pour moi c'est éprouver une peur sans nom, une terreur éprouvante pour les nerfs.

J'ai donc pris mon courage à deux mains et entrepris de suivre le parcours de Jack Torrance, sa femme Wendy et son fils, « l'enfant lumière » Danny dont le don de médium provoquera la convoitise de ce qui se terre dans la mémoire de l'hôtel Overlook au cœur du Colorado.
D'emblée, King, instaure une ambiance particulière à laquelle le lecteur ne peut échapper : la mise en place des personnages, de leurs caractères, de ce qu'ils sont, est tellement bien réalisée qu'on ne lâche pas le récit car on veut savoir ce qui se passe après.
L'Overlook Hotel devient un lieu d'isolement dans lequel est confinée une famille dont les parents sont au bord du divorce en raison de l'alcoolisme du père.
L'immense bâtisse au passé sulfureux de règlements de comptes mafieux, de crimes passionnels, devient un personnage à part entière dès que …. « winter is coming ».
L'auteur place son lecteur face à ses angoisses les plus profondes : comment réagirions-nous si nous étions bloqués un hiver entier dans un hôtel vide, craquant sous le souffle effrayant des tempêtes hivernales ?
Les personnages sont placés dans des situations extrêmement angoissantes, terrifiantes parfois, mais est-ce la présence de forces maléfiques ou l'expression de leur propre délire  d'alcoolique repenti, mais pas tant que cela, pour le père, l'angoisse permanente de la possible violence paternelle pour la mère ou la peur viscérale de perdre ses parents pour le garçonnet hyper sensible ? Le monstre est-il tapi dans le passé d'une bâtisse ou en soi ce qui le rend d'autant plus horrible ?

J'ai sursauté à chaque grincement de porte, à chaque bruit étrange ressemblant à des voix. J'ai regardé avec circonspection l'extincteur d'incendie lorsque Jack ou Danny avaient l'impression qu'il avait bougé. J'ai frémi quand je les ai suivis dans le parc des animaux de buis, j'ai frissonné quand Jack est resté près de la chaudière et s'est pris d'intérêt pour les vieux papiers oubliés. La peur, l'angoisse, le mal-être, le picotement désagréable sur la nuque, tout cela je l'ai ressenti sans pour autant être terrorisée au point d'arrêter brutalement ma lecture.
Bien au contraire, j'ai apprécié l'installation du décor, la construction de l'ambiance fantastique par la seule force d'évocation du langage écrit, simple, juste et épouvantablement efficace.
Stephen King a l'art de mettre son lecteur face à ses peurs intimes, ses angoisses avec des situations du quotidien. Le lecteur est confronté à lui-même et à ce qu'il ressent dans l'ombre des méandres de l'intime. King maîtrise ce qu'il peut avoir de fantastique au sein du réel anodin et il l'exprime avec brio dans ce roman haletant.

Une deuxième rencontre réussie qui en provoquera d'autres à plus ou moins longue échéance.
Merci le sac mystère « Etranges hôtels » pour avoir permis à la lectrice que je suis de franchir un pas important dans la découverte d'un auteur important de la littérature contemporaine.



mercredi 5 août 2015

Quand les voleurs ont des lettres de noblesse.

La trilogie de Scott Lynch fut une découverte inattendue. J'avais été subjuguée par le monument « Gagner la guerre » de Jean-Philippe Jaworski, aussi, quand mon Bibliomane, au moment où je me suis aperçue que j'avais oublié d'enregistrer le tome 10 de la saga « La Compagnie des glaces » bloquant mon avancée dans cette lecture de longue haleine, me proposa d'entamer ce cycle mêlant roman de cape et d'épée et roman maritime, je me suis laissée convaincre.

Je me suis laissée emporter, toute amarre larguée, par les aventures rocambolesques, au parfum de roman picaresque, du voleur Locke Lamora et ses amis, attachants et agaçants parfois, Jean, le colosse calme et réfléchi, les jumeaux facétieux et la mystérieuse Sabetha dont l'ombre plane de bout en bout.

Le premier tome, « Les mensonges de Locke Lamora », a comme décor une cité lacustre, aux airs à peine voilés de Venise, entre Moyen-Age et Science-Fiction. Locke dict La Rose de Camorr – on ne peut que traduire par Camorra napolitaine – écume les ruelles de Camorr, ville où les cloaques soumis à la domination du Capa Barsavi côtoient les beaux quartiers où les intrigues foisonnent. La puanteur et le parfum des roses, deux visages d'une société sans pitié.
Les retours en arrière, expliquant l'enfance, l'adolescence de Locke, sont la pierre angulaire de cette mise en bouche. Ils font le récit, en sont son assise afin que le lecteur s'imprègne jusqu'au bout des ongles, de ce qui fait que Locke Lamora devient La Ronce de Camorr.
Les rapines du groupuscule sont de haute volée : les riches sont gentiment plumés, les richesses entassées dans l'antre refuge où règne leur Maître, Chains, un religieux faussement aveugle.
Ce dernier a acheté à celui qui éduquent les enfants des rues à voler, tuer, ses protégés, mis à l'index par leurs pairs parce que jugés irrécupérables. Cette vente vaut mieux que la punition extrême : la mort.
Chains leur apprend à lire, à écrire, les instruit en les plongeant dans la culture tant littéraire de leur monde qu'historique, rhétorique ou religieuse.
Chacun leur tour, ils seront plongés dans l'univers de monastères dédiés à certains dieux, au nombre de douze, le treizième, auquel Chains rend un culte, est innommé – cela ne vous rappelle-t-il pas un autre monument de la littérature uchronique ? « Le trône de fer » ! - ils y passent une période donnée à la fin de laquelle ils doivent avoir acquis le maximum de connaissances ainsi que les « tours » de passe-passe inhérents à ces univers.
Ils apprennent les langues étrangères, les us et coutumes des diverses classes sociales des régions et pays environnants, ils apprennent la comptabilité et l'art de la truquer. Ils apprennent à cuisiner avec raffinement, à connaître les usages de la bonne société, à utiliser de la vaisselle délicate, à connaître les étoffes des plus grossières au plus raffinées.
Il en fait des « salauds gentilshommes », esthètes et artistes dans tous les domaines : ils se glissent dans la peau de n'importe quel personnage, ils deviennent nobles, bourgeois, négociants, en un tour de main.
Ce premier opus enchante l'imaginaire du lecteur, l'entraîne dans de multiples directions, lui promettant les joies ineffables des rebondissements en cascade.

Camorr est rutilante et immonde, joyeux et cruelle, cité sur pilotis au-dessus de laquelle plane des ombres inquiétantes : celles d'un certain Roi Gris accompagné d'un Mage-esclave, secte ou plus exactement société spécialisée dans les intrigues en tout genre et versée dans l'art du poison subtil comme celui de la sorcellerie.

« Les mensonges de Locke Lamora » s'achève dans l'horreur absolue d'une vengeance destructrice, ruinant le cloaque du Capa, renversé par un de ses seconds, provoquant la mort des jumeaux, du Maître Chains, d'un jeune apprenti « salaud gentilhomme », dévastant leur repaire, ruinant la petite société secrète dépossédée des richesses accumulées.
Seuls, Locke, devenu presque une loque sanglante après un combat à mort avec le Roi Gris assisté de son Mage-esclave auquel il inflige une blessure qui l'amoindrira, et Jean survivent et sont contraints de quitter leur berceau pour s'exiler.

Commencent alors de nouvelles pérégrinations, sur mer cette fois, où les batailles seront dantesques, les traquenards mortels, les victoires belles et sanglantes.
« Des horizons rouge sang », opus maritime où les courses entre les bateaux corsaires sont extraordinaires, où les rebondissement sont nombreux et tiennent en haleine le lecteur, entraîné à la suite de ce Locke immortel.
Après Camorr, nous accostons aux Sept Essences où l'enjeu est de dévaliser « L'aiguille du péché », maison de jeux réputée imprenable, tenue d'une poigne de fer par Requin, sobriquet éloquent quant à la personnalité du maître des lieux, secondé par sa féale Selendri.
Locke et Jean sont victimes d'un empoisonnement sophistiqué dont, seul, leur commanditaire, l'Archon, dictateur de cette île-état, détient l'antidote.
La psychologie des personnages prend une autre ampleur, l'amour inconsolable de Locke pour Sabetha lui barre le chemin de toute aventure suivie avec une autre femme. Au fil des pages, la présence, invisible, de la jeune fille, se ressent, resserre son étau sur Locke.
Requin, l'Archon, deux marionnettistes usant des qualités de Locke pour parvenir à leurs fins. Le jeu de poker menteur prend, de temps à autre, des allures de mascarade, maintenant à flot l'intérêt du lecteur. Ce dernier cherche sa respiration dans les passages calmes, mais angoissants, du récit, avant de replonger dans le rythme infernal des poursuites navales.
Dans ce deuxième roman, on a devant soi un Locke, certes toujours persuadé de sa chance et des réussites de ses ruses, affaibli par la douleur de la perte de ses amis, son sentiment de culpabilité, le deuil de l'amour de sa vie, la souffrance du poison insidieux qui lentement le mène à la mort. Décrépitude et dépression que combat, inlassable, Jean, son acolyte de toujours. Locke a des faiblesses l'engageant sur une pente mortifère.
S'en sortira-t-il ? Si oui, à quel prix ? Car la vie a un prix, terrible et douloureux... tout comme la vengeance.

Un début de réponse est donné dans l'ultime opus « La République des voleurs » où d'entrée, Locke est aux portes de la mort. Un pacte lui est proposé : un Mage le délivrera de son empoisonnement – au cours de scènes d'anthologie – à condition qu'il aide une faction rivale des maîtres en place à remporter les élections.
De trahisons en victoires, la politique provoque l'impensable : Sabetha est son adversaire dans la campagne électorale, façade d'une lutte de pouvoir entre les Mages.
Le combat ou la séduction pour reconquérir celle qui a marqué sa vie amoureuse, celle pour laquelle son cœur bat.
Le rythme est plus lent, les aventures moins fantasques, l'auteur emmenant son lecteur dans l'observation d'un duel entre deux virtuoses de l'arnaque, de la dissimulation et du mensonge. Les regrets deviennent plus présent malgré les bouffées de haine submergeant les âmes meurtries.
On tremble pour Locke que l'on ne peut pas voir perdre et mourir... c'est sans compter sur une vérité, simple et évidente depuis le début, un enfant de Camorr, éduqué pour devenir le Roi des voleurs, être subtil et d'une intelligence aiguë, ne se laisse jamais mettre à bas. La Ronce possède encore bien des épines... certaines sont vénéneuses.

La trilogie est un souvenir de lecture puisque je la commençai mi février pour l'achever un mois plus tard. Partager les bons moments, offerts par la plume de l'auteur que je ne connaissais pas, me taraudait, j'y pensais puis oubliais avant que je ne prenne un crayon pour amorcer une ossature de commentaire, ossature qui ne prenait jamais corps...jusqu'à aujourd'hui.
L'ambiance ne pourra que plaire aux amateurs de littérature « fantasy », d'uchronie et de héros ne sombrant pas dans le manichéisme simpliste. J'en garde un souvenir rempli d'embruns, de miasmes lacustres, de masques plus fous les uns que les autres, de beauté et de laideur incommensurables, de trahisons sordides et de vengeances amères : le tumulte d'une histoire plaisante servie par une traduction qui ne saccage pas l'esprit voulu par l'auteur.


Ils en parlent chez eux :

samedi 3 janvier 2009

Embarquement pour les terres lointaines des rêves


La famille Guérindel semble poursuivie par une étrange malédiction: chaque nuit, les quatre garçons de la famille sont la proie, depuis leur plus tendre enfance, de terribles cauchemars. Jamais, ils n'en parlent à leurs parents, toujours ils leur taisent leur angoisse à l'approche de la nuit, leur peur à l'idée de sombrer dans le sommeil, porte ouverte aux hallucinations nocturnes plus vraies que nature. Chaque matin, les garçons reviennent de leur périple les cernes palpitant encore du repos sans cesse en fuite.
Benoît, chaque nuit, suit une femme, une veuve de terreneuva, qui, lestée de galets, emporte sa fillette inanimée avec elle dans les flots d'une mer qui lui a tout pris. Chaque nuit, il tente d'arrêter son geste fatal; chaque nuit, il échoue et retourne vers le rivage des fins de rêves plus lourd et plus angoissé que jamais. Lunaire, lui, chaque soir, se retrouve l'hôte d'un vaisseau fantôme où règne sans partage un géant roux à la cruauté à peine voilée; chaque soir, Lunaire revit la même scène, entend les mêmes gémissements, qui n'ont rien d'humain, venant du fond d'une cale; chaque soir, Lunaire tente d'avertir un des marins et chaque soir, il chute, lentement, au fond de cette abominable cale pour se réveiller, en sueur, poisseux de peur et d'iode, effrayé et soulagé de s'en être sorti. Guinoux vit, chaque nuit, l'envol d'un petit garçon, qui lui ressemble, la tristesse indicible d'une maison devenue muette et aveugle au chagrin d'une fillette devenue solitaire, et la fureur d'une charge infernale de chevaux devenus fous de douleur et de rage, sous le feu assourdissant de la Grande Guerre.
Chaque jour, ils poursuivront leur petit bonhomme de chemin entre l'école, le collège, les devoirs et leurs interrogations: pourquoi ces rêves étranges et angoissants? Pourquoi cet appel lancinant chaque nuit? Ces songes dérangeants doivent certainement signifier quelque chose! Ont-ils un rapport avec l'interdiction maternelle d'aller en bord de mer, un comble lorsque l'on vit sur une côte en Bretagne?
Mais Lunaire ne souhaite plus être la victime de son cauchemar récurrent et peu à peu, au fil de ses recherches loin des bancs du lycée, déroule l'écheveau de la pelote des secrets familiaux et des racines profondément oubliées.
C'est alors que rentrent en scènes les passeurs de toute bonne histoire du monde fantastique: un vieux marin à la retraite, gardeur de mémoire des terreneuvas, et une vieille dame auréolée de mystère et nimbée d'une odeur de bon feu de cheminée et de gâteau à l'orange. Grâce à leurs narrations, Lunaire affrontera chaque nuit son rêve nanti de multiples petits cailloux rassurants malgré la peur inamovible qui l'accompagne à chaque fois. Les après-midi d'automne passés au coin de feu en compagnie d'Ardélia et d'Ebenezer apportent leur lot de révélations à Lunaire qui repart, seul mais plus aguerri, affronter les rigueurs de la joute nocturne. Lorsque Lunaire aura déroulé jusqu'au bout la pelote du temps, les éléments retrouveront leur place, libérant enfin les enfants de l'emprise sombre des racines des origines de la malédiction.
Gaëlle Nohant amarre son "Ancre des rêves" aux mythes celtes, aux croyances bretonnes venues du fond des âges, roman bercé par le clapotis délicieusement angoissant de l'errance d'un sommeil où le subconscient collectif et intergénérationnel joue parfois une étrange partition. Elle fait vivre à son passager clandestin des moments saisissants, poétiques et épouvantables, merveilleux et sombres, lumineux et sauvages. Les bois bretons regorgent d'habitants invisibles aux grands pouvoirs d'évocation, la mer abrite en son sein moult histoires où l'épouvante se dispute au merveilleux: entre la branche d'arbre cognant contre la vitre et le grincement d'un cordage invisible, le voyage dans les contes fantastiques est d'une douce et rêveuse agitation.
"L'ancre des rêves" est un premier roman dans lequel toute la sensibilité, la musicalité intime de l'auteur affleurent à chaque page, à chaque image. Une promenade nocturne où la contemplation est loin d'exclure les sensations fortes, un roman où le fantastique arbore des couleurs d'une grande poésie.

A découvrir et savourer sans modération!






jeudi 7 août 2008

Une porte sur le Royaume enchanté


Voici un livre qui est un adorable petit objet: par sa taille, il est pratique de le glisser dans son sac à main; par son contenu, il est idéal pour les petites pauses de la journée et distille un rayon de soleil magique à chaque page.
Il est joliment illustré par les peintures et dessins d'artistes inspirés par le monde de la féérie, de ses contes, légendes et autres mystères, ses pages sont agréablement colorées de tons pastels (verts, bleus, mauves ou ocres) ce qui attire l'oeil et attise l'envie de lire les histoires qui y sont rapportées.
En effet, "Démons et merveilles" est un livre de spécialiste en elficologie et autre monde féérique: Edouard Brasey est le barde des elfes et autres membres du Petit Peuple et sait à merveille nous conter leurs histoires millénaires.
Comment apercevoir, rencontrer une fée? Plusieurs solutions existent: la première et la plus facile est d'ouvrir un livre de contes de fées. C'est sympathique, dépaysant mais cela ne calme pas la faim de connaître le Petit Peuple. La deuxième solution est le rêve éveillé, pratiqué assidûment la nuit; la troisième est la "fréquentation de la nature, si possible sauvage et préservée des nuisances humaines" qui offre au promeneur rêveur et contemplatif des chemins à suivre vers le monde de l'imaginaire.
Cependant, la prudence est de mise car dans le monde des fées il y a des rencontres agréables et d'autres bien dangereuses. Parfois des portes secrètes s'ouvrent sur des géographies inconnues et c'est alors qu'on risque de s'y perdre à jamais.

"Comment se rend-on au royaume des fées?
Ma foi, c'est fort simple, écoutez.
Attendez que la lune jaune paraisse
Au-dessus de la mer empourprée
Et qu'elle trace sur les eaux
Un sillage de lumière
Plus brillant que le diamant.
Et nulle force occulte n'est là
Pour vous éconduire
Et si vous connaissez la formule magique
Capable de jeter un sort,
Enfourchez la tige d'un chardon
Et si le vent est bon
Laissez-vous transporter
Au royaume des fées
Sur ce rayon de lumière"

(Ernest Thompson Seton, in La route du pays de Féérie)

Il y a deux périodes essentielles dans le monde de la Féérie: le printemps et la fin de l'automne...la lumière et l'ombre, la chaleur et le froid.
L'équinoxe de printemps, le jour et la nuit s'équilibrent en une parfaite harmonie, est le moment où les fées se réveillent et si on ne veut pas être piégé, à faire les curieux, mieux vaut connaître leurs coutumes et leur façon de vivre afin de ne pas les froisser. Le 1er mai, ou fête de Beltaine, est la date où elles déménagent pour s'installer sur les tilleuls et se rassasier de rosée et de hannetons (eh oui, les fées mangent des hannetons!). Cette fête, chez les Celtes, célébrait la venue de la "saison claire" ainsi que le culte de la fécondité et du renouveau...la coutume voulait que l'on déposât des offrandes de fruits et de lait, dont elles sont friandes, pour concilier les bonnes grâces des fées pour de belles et opulentes récoltes. Elles sont associées aux fleurs et protègent les arbres tels que l'aubépine, le frêne, le hêtre, le tilleul, le sorbier, les épineux ou encore l'aulne, le chêne et le sureau.
On sait que les fées peuvent être bienveillantes comme être malveillantes: ce sont des amoureuses entières et jalouses, souvent victimes de l'inconstance des hommes (la Petite Sirène en sait quelque chose tout comme Mélusine) qui leur préfèrent, très vite après les serments, les amours humaines plus conventionnelles et "gérables". Parfois, les fées enlèvent les nourrissons pour les remplacer, au berceau, par des changelins: les femmes utilisaient des amulettes, des formulettes afin d'éloigner de leur enfant (surtout quand c'était un garçon) les appétits maternels féériques.
On raconte aussi que les champignons qui poussent tout en rond dans les près, les ronds de fées, sont les tabourets sur lesquels elles s'asseoient pour se reposer lors de leurs bals nocturnes. On raconte beaucoup de choses sur les fées, qu'elles sont capricieuses, qu'elles peuvent emporter à jamais le malheureux qui n'a pas su leur résister, que le temps elfique s'écoule autrement...on raconte beaucoup de choses qu'Edouard Brasey développe au travers de narration de contes ou de précis elfiques.
Le monde féérique a aussi sa part d'ombre: la nuit d'Halloween marque le début de la saison sombre, celle où les jours s'amenuisent pour laisser la nuit s'allonger. Le monde des fées devient plus inquiétant et les figures dominantes sont celles des sorcières, des revenants et des spectres; les feux follets virevoltent à la nuit tombée. C'est l'époque où l'on voit les nains (créateurs d'objets magiques comme le marteau de Thor) qui n'apprécient pas la lumière du jour. Edouard Brasey en profite pour donner au lecteur de multiples renseignements sur les métiers des nains, leur habitat, leurs us et coutumes, leurs dons divinatoires. La saison sombre est celle où les ogres et autres croques-mitaines prenennt encore plus d'ampleur et font encore plus peur! C'est pourquoi, la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre, il est de coutume de laisser allumer des lanternes creusées dans les betteraves ou les citrouilles afin de tenir éloigner les esprits malins des vivants. Puis arrive un autre moment, au cours de cette période sombre: celui de la nuit des Merveilles, la nuit de la lumière sur laquelle s'est calquée la fête chrétienne célébrant la naissance de Christ. En effet, les hommes ont toujours eu peur du noir et cette nuit de la lumière, au solstice d'hiver, conjure cette peur et annonce le rallongement des jours et l'approche du renouveau. On fait des offrandes aux fées et autres personnages magiques en garnissant le sapin, symbole du renouveau éternel, de guirlandes de lumière: Babouchka en Russie et Befana en Italie distribuent des cadeaux aux enfants sages au moment de l'Epiphanie, sont des figures féériques récupérées par la religion chrétienne....on assoit une nouvelle religion en synchrétisme avec les croyances déjà installées.
Le Petit Peuple devient au fil des siècles de plus en plus invisible mais survit dans les contes et légendes de toutes les civilisations ainsi que dans les traditions dites immémoriales. Edouard Brasey avec "Démons et merveilles" nous livre quelques secrets de ce monde mystérieux et passionnant, il souligne aussi combien la Féérie a inspiré les peintres et les poètes de Shakespeare ("Le songe d'une nuit d'été") à Victor Hugo ("La ronde du sabbat").
Ce petit livre, objet agréable à manupiler, à lire et à relire, est une mine de renseignements sur les fées et un assortiments de contes entendus mille et une fois que l'on redécouvre avec un plaisir infini, le temps d'une respiration hors du temps, l'espace d'un battement de cil du temps féérique permettant un voyage, à tire d'aile, loin du quotidien et cela tout au long de l'année. Peut-être qu'alors, en cheminant, ce petit livre deviendra un passeport pour le Royaume Enchanté...

"Voilà que de partout, des eaux, des monts, des bois,
Les larves, les dragons, les vampires, les gnomes,
Des monstres dont l'enfer rêve seul les fantômes,
La sorcière échappée aux sépulcres déserts,
Volant sur le bouleau qui siffle dans les airs [...]

(Victor Hugo "La Ronde du sabbat")

Je remercie les édition du chêne de m'avoir fait découvrir ce monde de la Féérie

Le blog d'Edouard Brasey ICI

mardi 18 décembre 2007

Le Fantastique et les chats

quatrième de couverture:

"Ces 14 histoires anglo-sxonnes dont quelques unes sont particulièrement célèbres comme celle de Lovecraft, Saki et Le Fanu, les autres étant inédites - proposent effectivement une vision énigmatique, imprévisible et parfois sauvage de ce petit félin, prouvant que sa domesticité dissimule une âme de lion sous des yeux de velours et une intelligence de renard derrière un sourire vertical. Le titre de cette anthologie donne d'évidence l'orientation de l'ouvrage. Chaque auteur a installé son histoire dans un monde contemporain, banal où la trivialité du quotidien d'efface devant l'apparition du chat..."


Que dire au sujet de ce recueil, bien fait au demeurant, de nouvelles consacrées aux félins que j'aime par-dessus tout? Que dire, sinon que beaucoup de nouvelles m'ont agacée par l'entrée choisie: celle du côté obscur de la gente féline, celle de son appartenance au folklore cabalistique et au monde de la sorcellerie. Pourquoi associer le chat à la noirceur et à la duplicité? J'avoue que ce bout de la lorgnette m'a énervé au plus haut point, d'ailleurs, bien que je sois allée au bout de la lecture de chaque nouvelle (l'écriture est agréable malgré tout), j'ai pu compter les héros félins positifs sur les doigts d'une seule main! Pourtant, je suis quelqu'un que l'on peut étiquetter "bon public"...donc quand je rouspète c'est que la coupe est pleine!
D'accord, nous sommes dans un univers fantastique donc un peu étrange et trouble, d'accord les images traditionnelles ont la vie dure, d'accord c'est bien écrit, d'accord mais flûte, zut et cr..., je n'en puis plus de lire des histoires où les chats sont mis à mal.
Il y a quelques nouvelles qui ont eu l'heur de me plaire, malgré certaines connotations peu glorieuses (mais je ne vais pas passer mon temps à chipoter).
"Le roi des chats" est une nouvelle "clin d'oeil" à une histoire relatée par Nodier et G.de Nerval et j'ai bien aimé l'idée de vie antérieure féline pour les deux héros de l'histoire. D'emblée les doutes sont permis sur la nature véritable du chef d'orchestre à l'appendice caudal étrange et la princesse Vivrakanarda: "Elle se mouvait avec une grâce aisée, féline; sa peau semblait saupoudrée d'imperceptibles grains d'or, et ses yeux légèrement bridés avaient les reflets du flot des profondeurs. Ses cheveux lui tombaient aux genoux (...). Descendant en vagues sur ses épaules comme une cascade sur de bruns rochers, ils répandaient un doux parfum de santal et d'épices, et leurs ondes paraissaient avoir capturé quelques rayons du soleil. Elle parlait peu - à quoi bon parler? Mais sa voix contenait une sorte d'âpreté mélodieuse, étrange, inoubliable. Elle vivait seule. On lui faisait la réputation d'être nonchalante; elle dormait, disait-on, presque toute la journée. Mais le soir, elle s'épanouissait comme une belle de nuit et ses yeux brillaient d'un bleu plus profond." (p 10)
Un amoureux transi de la belle princesse doute de l'appartenance du chef d'orchestre à l'espèce humaine et sur les conseils d'un ami l'histoire fatidique, confondant l'imposteur qui crie "Mais alors, je suis le roi des chats!" et disparaît dans un nuage de fumée âcre.
Si la jalousie permet de confondre des impostures, permet-elle pour autant de séduire la femme convoitée? Rien n'est moins sûr!
"Le Chat Blanc de Drumgunniol" inspiré du fond traditionnel anglo-saxon, histoire où l'apparition d'un chat blanc est signe de malheur prochain pour la personne qui croise son chemin. Une malédiction qui accable une famille depuis qu'un de ses aïeux abandonna une jeune fille après l'avoir séduite. Ce chat blanc ne serait-il pas l'expression de la culpabilité et en même temps l'instrument de la vengeance? Une histoire étrange, belle et émouvante à la fois.
"L'homme à la table voisine" est un texte drôle et à atmosphère fantastique, à la limite de la Science-Fiction. On y parle de tranmigration des âmes, de voyages éclairs dans l'espace, de diamant célèbre et de valériane attirante. Et si parfois, la mission de certaines personnes était de faire aimer les chats par des proches qui ne les aiment pas? Que se passe-t-il quand on a une tante, amoureuse de la gente féline, qui vient de décéder, et dont le diamant a disparu, que l'on rencontre un père et sa fille, personnages hauts en couleurs et farfelus appartenant à l'étrange société des chercheurs pythagoriciens et de paradoxes abstrus? Tout d'abord, on est désarçonné et incrédule, puis on tombe amoureux de la jeune fille et enfin on accepte de voir en la chatte blanche d'Anvers une réincarnation de sa chère tantine....
Les situtaions sont cocasses, amusantes et rythmées. Les personnages sont attachants et bien croqués....bref un joyeux moment de lecture!
"Sortilèges et Métamorphoses", la dernière nouvelle à me plaire, se déroule dans un étrange village du Nord de la France, en Flandres, réputé pour avoir été le lieu de nombreux bûchers où périrent sorciers et sorcières. Un homme, retournant chez lui à Londres, s'y arrête. Il y rencontre des habitants qui semblent faire mine de vivre une vie humaine. Il s'avère qu'il existe un Mont des Cats dans la région de Bailleul ("cats" = chats en chtimi; en néerlandais ce mont est appelé "Katzberg"), est-ce une allusion à cette région?
Au fil des jours, le narrateur a le sentiment d'avoir déjà vécu ce style de vie, d'avoir des accointances avec les lieux et les gens. A-t-il été chat, attribut du sorcier, dans une autre vie? Ou est-ce une hallucination due à un psychisme un peu fragile?
Toujours est-il que l'ambiance est inquiétante à mesure que le narrateur perçoit la véritable nature des habitants qui à ses yeux ont tous des attitudes plus félines les unes que les autres, et le lecteur attend, en haleine, une chute aussi étrange qu'irréelle, et, ma foi, il n'est pas déçu!
Un traitement particulier pour la nouvelle "Les chats d'Ulthar" de Lovecraft: un texte poétique et sombre avec juste ce qu'il faut de suspense et d'angoisse. Ulthar, un village où il est interdit de tuer les chats...chat fait rêver, n'est-ce pas!
"On dit qu'à Ulthar, qui se trouve au-delà de la rivière Skai, nul n'a le droit de tuer un chat; ce que je comprends, en vérité, quand j'en observe un qui ronronne, couché devant le feu. Car le chat est un animal mystérieux, familier de choses étranges que les hommes ne peuvent pas voir. Il est l'âme de l'ancienne Egypte, le détenteur de récits venus des cités perdues d'Ophir et de Méroé; le parent des seigneurs de la jungle, l'héritier des secrets de la séculaire et sinistre Afrique, et le cousin du Sphinx, dont il parle la langue; mais, plus vieux que lui, il se souvient de choses que le Sphinx a oubliées." (p 343).
A Ulthar, vivait un couple qui détestait les chats et qui était soupçonné de faire disparaître les minets qui avait la mauvaise idée de venir miauler sous leurs fenêtres. Un jour, s'installe pour peu de temps une caravane de nomades. Parmi eux, un jeune garçon, orphelin, n'a qu'un chaton noir comme ami proche. Or, ce dernier disparaît. Les cieux accompagnent le désespoir du jeune garçon et tous les chats du village disparaissent. Bien entendu, on accuse les nomades d'avoir emmené les chats pour se venger bien que le couple ennemi des chats soit aussi soupçonné. Mais, prodige, le lendemain matin, tous les chats du village réintègrent leur foyer, repus, se léchant les babines et refusant plusieurs jours de rang toute pâtée! Pendant ce temps, on s'aperçoit qu'il n'y a plus de lumière à briller chez le couple....que l'on découvre bien mal en point. Depuis ce jour, à Ulthar, les chats sont protégés: "Et pour finir les notables édictèrent cette loi dont parlent les marchands d'Hatheg et qu'évoquent les voyageurs de Nir, à savoir qu'à Ulthar nul n'a le droit de tuer un chat." (p 346)


Nouvelles traduites de l'anglais (GB et USA) par Pierre Javet, Norbert Gaulard, Annick Le Goyat, Anne-Sylvie Homassel, Jean-Daniel Brèque, Jean Rosenthal, Jean-Louis Degaudenzi, Jacques Parsons et Jean-Paul Mourlon


Un avis ICI

jeudi 10 mai 2007

Plongée dans les aventures d'un bâtard royal



La trilogie du Seigneur des Anneaux a enchanté des générations de lecteurs... cette double (et bientôt triple) trilogie pourrait bien convaincre les adeptes des aventures des Hobbits. Des personnages hauts en couleurs, avec leurs forces et leurs faiblesses, des trahisons, des guerres, des forfaits iniques, des quêtes, bref les ingrédients d'une épopée brillante sont réunis dans ces six romans. Le lecteur est transporté dans un pays de duchés (les six duchés) à la tête desquels se trouve la lignée royale qui a pour particularité de posséder un don : la maîtrise de l'Art, celle d'artiser (influencer l'esprit d'autrui par la pensée). Tout pourrait aller pour le mieux dans cette contrée atemporelle mais un grain de sable va arriver : la venue d'un bâtard royal, issu du prince héritier. Dès lors, tout sera fait pour l'écarter des sphères familiales. Mais son père le confie aux soins de son fidèle serviteur qui fera de cet enfant un homme.Cet enfant a un don, un double don : il possède l'Art mais aussi le Vif (capacité à se lier avec les animaux). Le Vif est considéré comme une tare et ceux qui le possèdent sont persécutés.Notre héros, Fitzchevalerie, va se lier par le Vif à un loup qui l'assistera dans toutes ses aventures. Aventures qui relèvent parfois du roman picaresque. Cette épopée est tellement dense, tellement riche qu'il est impossible de la résumer correctement. Pour les amoureux des aventures à rebondissement, de la belle écriture, des intrigues bien menées, de la psychologie fouillée des personnages, ce livre (ces livres) sont faits pour y sombrer à yeux perdus. On ne peut laisser Fitzchevalerie avant d'avoir fini les deux trilogies : on ne s'ennuie jamais !!!L'écriture est pleine de sensibilité, l'approche des personnages est très bien mise en forme, l'âme humaine y est mise à nu et finement explorée. Le plaisir de lire ne quitte pas le lecteur et l'emmène dans une belle jubilation. Le tome 7 est paru en collection de poche. A lire absolument !!!
Nota Bene:
Je me suis plongée avec délice dans ces aventures, il y a 3 ans: j'ai écrit ce billet à l'aide de mes anciennes notes de lecture.
Roman traduit de l'anglais par Arnaud Mousnier-Lompré

mardi 8 mai 2007

Une découverte sur zazieweb


Présentation de l'éditeur:


"Une vieille dame achète dans une boutique, sans le savoir, le Saint-Graal. Lorsque le chevalier Galaad vient le quémander croyant sa quête achevée, il ne se doute pas que la négociation sera âpre... Un écrivain anglais débarque à Hollywood pour adapter l'un de ses livres au cinéma. Il va faire une curieuse rencontre dans son hôtel jadis palace des starlettes... Miroirs d'un quotidien - le nôtre - en apparence banal mais glissant imperceptiblement vers le surnaturel ou l'absurde, voici trente textes surprenants, décalés, noirs, érotiques, souvent déroutants, toujours fascinants, qui proposent une réinterprétation brillante et moderne de tous les grands mythes de la littérature fantastique."


Mon avis:


Encore un conseil lecture de zazieweb qui m'ouvre des portes littéraires !!! Donc, me voilà plongée dans cet univers étrange décrit sous maintes déclinaisons par Gaiman. Charmée, déroutée, un peu étonnée. Je n'ai pas tout aimé dans ce recueil mais sans doute est-ce du au parti pris de la "compilation". Par contre, deux nouvelles m'ont littéralement envoûtée : "Le bassin aux poissons et autres contes" qui donne un aperçu européen de L.A et de ses affres cinématographiques. Ville où tout est à trente minutes : les distances comme la mémoire. Et j'ai hautement apprécié ce clin d'oeil délicieux et désopilant de la comparaison de la mémoire de la carpe japonaise (trente secondes) du bassin à la nouvelle mesure spatio-temporelle créee par et pour L.A, celle de trente minutes !!!
La deuxième nouvelle extraordinairement originale est la dernière du recueil "Neige, verre et pommes" ou l'histoire revisitée de Blanche Neige et les sept nains !
Par ailleurs le texte "Chevalerie" est aussi truculent : comment le St-Graal est retrouvé et comment il revient à Galaad. La chute est amusante... on se demande si cela ne va recommencer mais avec Aladin !
L'introduction ou préface de "Miroirs et fumée" est surprenante et bluffe le lecteur en clin d'oeil... toujours est-il, même si les nouvelles n'enthousiasment pas de manière systématique, elles donnent envie d'entrer dans l'univers de Gaiman et de lire ses autres oeuvres... et c'est ce qui est plus important, non ? Aller de l'autre côté du miroir...

Nouvelles traduites de l'anglais par Patrick Marcel