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dimanche 13 septembre 2015

L'odeur ineffable de l'iode

"Le goût de la mer", recueil d'extraits de textes en relations avec l'élément marin, édité chez Mercure de France, attendait depuis plusieurs années que je l'ouvre et que je le lise. 
Il faisait partie du colis SWAP que m'avait envoyé Mirontaine, juste avant ma traversée du désert et ma disparition de la blogosphère.
Il m'a accompagnée en fin d'année scolaire: il était ma respiration pendant la pause du midi, ma séance de relaxation. Moment privilégié où j'oubliais les contingences professionnelles, ma souffrance au travail: grâce aux mots des auteurs, connus, moins connus et parfois anonymes, l'évasion était garantie, le temps s'arrêtait le temps d'un chapitre. 
Pourquoi tout ce temps pour le chroniquer? Parce qu'il est resté tout l'été dans le tiroir de mon bureau et que j'en ai achevé la lecture la semaine dernière, en buvant un thé, seule, au calme, dans ma classe.

"Le goût de la mer" est un ouvrage idéal pour les pauses lecture, entre deux rendez-vous, entre deux cours, entre deux arrêts sur la route. 
On pourrait reprocher le côté "Reader Digest" de l'opuscule mais il n'en est rien, bien au contraire. C'est un véritable piège, non à guêpes, mais à livrovores: on redécouvre les classiques, on en découvre d'autres, les voyages rêvés ou immobiles sont à portée de main. Comme nous sommes sous le charme des "extraits", on ne se lasse pas d'en relire et de faire traîner en longueur le moment de refermer la page.
Résultat de la lecture une LAL conséquente.

J'ai aimé les chapeaux des thématiques:

- Depuis la terre
- En pleine mer
- Dans les profondeurs

Elles guident le lecteur vers une nage prometteuse où il fait bon barboter, s'élancer ou se mouvoir en apnée, yeux ouverts devant le spectacle sous marin. La plage, le bord de mer et enfin l'espace où l'on peut nager en toute liberté, sans avoir pied, le ventre parfois caressé par les algues, provoquant un soubresaut inquiet du nageur.
Je n'ai jamais lu "Vingt mille lieues sous les mers" ni "Moby Dick". Ce dernier est dans la liste du défi "10 romans pour 10 ans de mariage". Je me suis rendue compte que la plupart des romans ou recueils de poèmes dont sont extraits les passages, se trouvaient dans ma bibliothèque ou accessibles à la médiathèque. On passe souvent à côté de pépites, "Le goût de la mer" m'en a fait prendre conscience et donné l'envie de rattraper mon "retard".

J'ai également apprécié le petit plus ajouté en commentaire, à la fin de l'extrait reproduit: entre didactisme et pédagogie, il offre un argument supplémentaire pour décider de prendre en main le roman présenté.

La mer est chantée, maudite, crainte et aimée au fil des "morceaux choisis", le lecteur consomme, avec ravissement, cette mise en bouche, ouvrant son appétit pour les divers voyages que cette carte littéraire lui propose sans vergogne.

Lisez sans hésiter la carte de ce restaurant pas comme les autres: vous y reviendrez souvent, le temps d'épuiser ce "Goût de la mer" à travers les romans, plats proposés avec appellation alléchante: "L'appel du large" pour choisir "Moby Dick" de Herman Melville, "Quai ouest" pour se dire que, la prochaine fois, on prendra la route avec Céline et "Le voyage au bout de la nuit".

La marée n'attend pas, goûtez aux fruits marins, joliment écrits par des auteurs savoureux.

Extrait de la quatrième de couverture:

"Entre ouragans et tempêtes, leurs récits transportent le lecteur immobile à travers l'Atlantique, l'océan Indien, le Pacifique, la Mer de Chine, l'Antarctique, la multitude des mers intérieures, du pôle Nord au pôle Sud, et jusque dans leurs plus inaccessibles profondeurs. Mais la mer n'est pas seulement géographique, elle atteint aussi une dimension proprement métaphysique: mer des fantasmes, des ténèbres et de la folie, mais aussi mer du calme retrouvé, de l'aventure introspective et de la connaissance de soi." 

Embarquement immédiat pour Cythère? Oh bien plus que cela, bien plus loin... pour une longue croisière.

mardi 4 mai 2010

Impressions tokyoïtes

Lors du festival 2009 des Etonnants Voyageurs, à St-Malo, j'étais tombée sur le carnet de voyage d'un jeune dessinateur revenant d'un séjour à Tokyo: le graphisme, l'utilisation du pastel et surtout l'humour tendre des images ont mis à mal mes sages résolutions et j'ai fait la queue pour une dédicace, fort sympathique.
Florent Chavouet se retrouve à Tokyo, à la suite de sa compagne, pour six mois, durée du stage de cette dernière. Dans son introduction, il explique pourquoi il s'est mis à dessiner ce qu'il voyait, au gré de ses promenades, on se prend à être piqué par la curiosité et, vite, on se cale, confortablement installé, dans un fauteuil pour suivre le séjour du narrateur. Il paraîtrait que Tokyo soit "la plus belle ville moche du monde" et, ma foi, c'est ce que Florent Chavouet fait découvrir à son lecteur: l'architecture est épouvantable, les petits quartiers typiques, portions congrues, les buildings foisonnent, la circulation est pénible, les gens pressés, les rues éclairées par les multiples vitrines et cependant, le narrateur trouve toujours le petit détail qui fait oublier la grisaille de l'environnement, le petit détail émouvant, amusant, étonnant, parfois surréaliste, offrant une touche de Beau dans la mocheté généralisée. Un policeman arrosant une plante en pot ou aidant une mamie à traverser la rue, un building illuminé la nuit, une façade de maison collective disparaissant derrière la verdure d'un balcon, une minuscule échoppe perdue au pied d'un immense immeuble, des passants aux looks impossibles, une discussion improvisée avec des passants curieux de voir un européen croquer ce qu'il voit....tous les instants minuscules, insignifiants qui font que la vie urbaine possède ses couleurs si particulières. La vie quotidienne d'un Tokyo se déroule sous le crayons de Florent Chavouet qui sait "éterniser" les vélos, les mères de familles, les policemen placés à chaque carrefour, parfois devant chaque immeuble d'affaires. Ces photos de crayons de couleurs sont des diapositives où l'humour se cache sous chaque traits: on ne peut s'empêcher de sourire devant les portraits croqués de passants anonymes (tant japonais qu'occidentaux) et on est loin d'une impression "Lost in translation", le narrateur, même s'il ne comprend pas la langue, parvient à tisser des liens, éphémères certes, avec les gens qu'il croise. Du coup, Tokyo apparaît comme une réunion de multitudes de petits villages perdus dans l'immensité une mégapole où l'urbanisation moderne se voit démentie par les câbles innombrables pendouillant le long des maisons et immeubles, détail surréaliste au coeur d'une modernité japonaise toujours en avance sur son temps. C'est ce décalage savoureux, fil (c'est le cas de le dire) conducteur, avec le policier de base incontournable, de ce carnet de voyage souriant, joyeux, même si c'est une véritable aventure que de trouver un toit pour dormir, et poétique: en effet, la poésie est présente au détour d'un parc, d'une rue, sur une publicité ou un ticket de caisse.
J'ai aimé les croquis des objets hallucinants tels que la peluche en forme de tranche de pain de mie, le kitsh des décorations ou des affichages, le tout saupoudré de l'actualité d'alors, les essais nucléaires coréens. J'ai ri en lisant l'expédition à la plage....lieu couru où l'eau est plus que trouble, où on peut parader dans des tenues excentriques, où la pollution urbaine gangrène les désirs de côtoyer une nature dont on est sevré. Rires, aussi, lors de la balade à vélo d'une bonne centaine de kilomètres autour de Tokyo où les pissenlits retiennent l'attention du narrateur, ainsi que le séchage du riz, sans compter les traîtrises d'une route qui grimpe sans en avoir l'air...le tout relaté sur un croquis, drôlatique à souhait.
"Tokyo sanpo" est le journal de bord d'un occidental, pérégrin urbain, décalé, des quartiers, peu connus des touristes, où il a habité et qu'il a "écumés" au fil des jours...une lecture réjouissante.



Le site de l'auteur ici (où vous aurez un aperçu du séjour à Tokyo)  son blog  
Une interview ici
Les avis de Gilles Fumey   Essel   Marion Dumand  Bel Gazou  Joëlle   
Un aperçu du carnet de voyage ;-)