
Je connaissais la verve ironique et dévastatrice de Serge Joncour dans "Vu", court roman que j'avais dévoré et adoré, aussi quand Goelen a proposé de faire circuler "Carton" je me suis laissée tenter sans barguiner!
L'action se déroule dans le rayon livres d'un hypermarché où officie un libraire qui vaque parmi ses cartons. De temps en temps il admire la femme du boucher, toute en rondeurs appétissantes. La monotonie le ronge: réceptionner des cartons, les ouvrir, mettre en rayon les livres, les classer, les valoriser pour qu'ils partent dans un caddy, recevoir Marino, le commercial d'un grand groupe d'édition, un groupe qui regroupe nombre d'éditeurs et édite la plupart de la production littéraire. Comme la clientèle est rare et le mouvement rarissime, notre libraire à force d'inactivité et d'inertie se transforme peu à peu. Cela commence par une difficulté à mouvoir les doigts, les mains puis le reste du corps. Tiens, cela me rappelle une autre transformation, une métamorphose kafkaïenne! Dans "Carton" il n'est pas question de métamorphose en cancrelat mais en...carton ondulé, vous savez, les images grandeur nature d'hommes ou de femmes vantant tel ou tel produit! Voilà en quoi se métamorphose progressivement notre libraire...qui a dit que libraire était un métier sans risque?
De fil en aiguille, notre libraire cartonné acquiert une renommée puis une vraie célébrité: le monde se l'arrache, la grande maison d'édition le loge dans un palace où défile le gratin du showbiz, de la littérature et de la politique....gratins plus pitoyables les uns que les autres.
On retrouve l'ironie mordante de "Vu", qui s'attaquait au monde de l'info et du "JT", dans cette allégorie du monde marchand et littéraire. C'est l'occasion pour Joncour de mettre au jour un certain dévoiement du monde de l'édition: le regroupement en trust, l'uniformisation de la création littéraire, l'uniformisation du produit livre (d'ailleurs la dérive est nette: le livre devient un produit et non plus un objet à respirer, ouvrir, caresser, feuilleter avant d'acheter). Il y a une scène amusante: un carton destiné à la boucherie atterrit au rayon librairie et l'employé commence à classer les barquettes parmi les livres, sans s'en émouvoir plus que cela!
Joncour éreinte, avec une plume acérée et jubilatoire, les campagnes promotionnelles des romans ou récits choisis par les trusts éditoriaux pour devenir des blokbusters et des têtes de gondoles. Les coups "marketings" peuvent mener loin dans l'engrenage infernal de la gloire fulgurante et la chute du roman est d'une noire et mordante ironie!
Le style choisi par l'auteur est déroutant, quasiment de bout en bout, ce qui peut gêner la lecture et la lisibilité du propos. Cependant, le plaisir pris en lisant ces aventures rocambolesques, surréalistes au possible, fait oublier ces petits désagréments.
"Carton" est un roman subversif, incisif et d'une drôlerie acidulée! Il déconcerte mais aussi interpelle le lecteur sur les pratiques modernes de lignes éditoriale de certaines maisons d'édition.
L'action se déroule dans le rayon livres d'un hypermarché où officie un libraire qui vaque parmi ses cartons. De temps en temps il admire la femme du boucher, toute en rondeurs appétissantes. La monotonie le ronge: réceptionner des cartons, les ouvrir, mettre en rayon les livres, les classer, les valoriser pour qu'ils partent dans un caddy, recevoir Marino, le commercial d'un grand groupe d'édition, un groupe qui regroupe nombre d'éditeurs et édite la plupart de la production littéraire. Comme la clientèle est rare et le mouvement rarissime, notre libraire à force d'inactivité et d'inertie se transforme peu à peu. Cela commence par une difficulté à mouvoir les doigts, les mains puis le reste du corps. Tiens, cela me rappelle une autre transformation, une métamorphose kafkaïenne! Dans "Carton" il n'est pas question de métamorphose en cancrelat mais en...carton ondulé, vous savez, les images grandeur nature d'hommes ou de femmes vantant tel ou tel produit! Voilà en quoi se métamorphose progressivement notre libraire...qui a dit que libraire était un métier sans risque?
De fil en aiguille, notre libraire cartonné acquiert une renommée puis une vraie célébrité: le monde se l'arrache, la grande maison d'édition le loge dans un palace où défile le gratin du showbiz, de la littérature et de la politique....gratins plus pitoyables les uns que les autres.
On retrouve l'ironie mordante de "Vu", qui s'attaquait au monde de l'info et du "JT", dans cette allégorie du monde marchand et littéraire. C'est l'occasion pour Joncour de mettre au jour un certain dévoiement du monde de l'édition: le regroupement en trust, l'uniformisation de la création littéraire, l'uniformisation du produit livre (d'ailleurs la dérive est nette: le livre devient un produit et non plus un objet à respirer, ouvrir, caresser, feuilleter avant d'acheter). Il y a une scène amusante: un carton destiné à la boucherie atterrit au rayon librairie et l'employé commence à classer les barquettes parmi les livres, sans s'en émouvoir plus que cela!
Joncour éreinte, avec une plume acérée et jubilatoire, les campagnes promotionnelles des romans ou récits choisis par les trusts éditoriaux pour devenir des blokbusters et des têtes de gondoles. Les coups "marketings" peuvent mener loin dans l'engrenage infernal de la gloire fulgurante et la chute du roman est d'une noire et mordante ironie!
Le style choisi par l'auteur est déroutant, quasiment de bout en bout, ce qui peut gêner la lecture et la lisibilité du propos. Cependant, le plaisir pris en lisant ces aventures rocambolesques, surréalistes au possible, fait oublier ces petits désagréments.
"Carton" est un roman subversif, incisif et d'une drôlerie acidulée! Il déconcerte mais aussi interpelle le lecteur sur les pratiques modernes de lignes éditoriale de certaines maisons d'édition.
Merci Goelen de faire voyager ce roman curieux et drôle!
Les avis de Goelen émeraude caro[line] pascal

