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samedi 31 décembre 2022

L'oiseau moqueur

 


La quatrième de couverture n'en dévoile pas trop et met tout de suite dans l'ambiance

"Pas de questions, détends-toi". C’est le nouveau mot d’ordre des humains, obsédés par leur confort individuel et leur tranquillité d’esprit, déchargés de tout travail par les robots. Livres, films et sentiments sont interdits depuis des générations. Hommes et femmes se laissent ainsi vivre en ingurgitant les tranquillisants fournis par le gouvernement. Jusqu’au jour où Paul, jeune homme solitaire, apprend à lire grâce à un vieil enregistrement. Désorienté, il contacte le plus sophistiqué des robots jamais conçus : Spofforth, qui dirige le monde depuis l’université de New York. Le robot se servira-t-il de cette découverte pour aider l’humanité ou la perdre définitivement ?"


Le titre de la première traduction était « L'oiseau d'Amérique », moins porteur, il faut l'avouer. J'ai mis un peu de temps à comprendre ce changement, les indices se récupèrent tout au long de la lecture.

Walter Tevis imagine, en 1980, un monde sur lequel règne les robots, des plus sophistiqués aux plus basiques, un monde dystopique poussant à l'extrême la robotisation d'une société.

Souvenez-vous des années 80 ! La robotique, en plein essor, était le gage d'une société moins soumise au travail et plus portée vers les loisirs. L'avenir semblait radieux et, ma foi, heureusement que le monde merveilleux des robots prenant la place des humains n'a pas été créé. Quoique, maintenant, nous avons le courant transhumaniste surfant sur les progrès scientifiques et technologiques époustouflants, frôlant dangereusement la ligne rouge.

Revenons au roman « L'oiseau moqueur ».

Le monde de Paul Bentley est aseptisé, automatisé au plus haut point. Les êtres humains sont en voie d'extinction, ils ne savent plus communiquer entre eux ou penser ou encore s'intéresser à quoi que ce soit de dérangeant. La rengaine « Pas de questions, détends-toi » est la phrase magique intimant à l'humanité de ne pas faire de pas de côté. Aussi, a-t-il été nécessaire de proposer des dérivatifs chimiques et naturels aux hommes : calmants, haschich et stérilisation massive des populations. Ainsi annihile-t-on la curiosité d'esprit, l'envie d'apprendre inhérentes à l'être humain.

Nous sommes en 2400, même le dernier robot le plus sophistiqué, Spofforth, est au bord de la neurasthénie, cherchant, désespérément, à se suicider chaque année, sans y parvenir. En effet, les robots de sa classe craquaient à moyen terme et se suicidaient si bien qu'un léger changement dans la programmation fit de Spofforth une IA dépressif.

Au début de la lecture, le sourire me venait facilement aux lèvres puis très vite il disparut sous l'effet glaçant de la dystopie.

Les livres n'ont pas été brûlés comme dans Fahrenheit 451, ils ont été tout simplement retirés des bibliothèques pour être oubliés au fin fond des réserves, dans les sous-sols.

Plus de livres, plus de lecture, plus d'accès à l'imaginaire, plus de structuration de la pensée, plus d'échanges de points de vue, plus d'envie d'apprendre et de savoir, plus d'émulation, plus de projection dans le passé ou dans le futur. On assiste à l'appauvrissement de langage et donc à la disparition du libre-arbitre et des émotions. Pour que les êtres humains puissent supporter cela, il a fallu les rendre dépendants aux anti-dépresseurs et aux joints. Cependant, malgré cela, certains se rassemblent et s'immolent en place publique.

Bien entendu, Paul sera le grain de sable dans les rouages d'une société qui tourne à vide. Il apprendra à lire en tombant, par hasard, sur un manuel d'apprentissage de la lecture.

Bien entendu, accéder à la lecture lui ouvrira les portes de la réflexion et donc... des questionnements existentiels. Ce qui le conduira auprès de Spofforth, à New-York et lui permettra de rencontrer Mary Lou, jeune femme élevée en marge des pensionnats. Avec elle, Paul apprend à aimer, à partager, à éprouver d'innombrables émotions, sensations et sentiments. Les deux amants, les Adam et Eve d'un monde en devenir, recouvrent leur humanité et sont la clef d'un avenir rassurant : ils sont un bug dans le bug qui construisit le monde de 2400.


Ce qui m'a plu dans le roman c'est que l'auteur pousse jusqu'au bout le raisonnement du tout robotique en vogue dans les années 80. Le monde est sans odeur, sans saveur quand on n'a rien à faire pour gagner son pain, une alimentation d'ailleurs insipide puisque fabriquée à partir d'une plante, produite en monoculture, dont le nom est un numéro, garantie avec OGM.

Walter Tevis, avec une écriture des plus efficace, relate la remise en route d'un cerveau humain, celui de Paul Bentley. Il reconquiert sa liberté de penser, de créer, de réfléchir, d'inventer et de croire en une entité supérieure, celle de Dieu.

L'éveil à la conscience de Paul est faite d'obstacles, de peurs et surtout d'aventures parfois cocasses, parfois émouvantes. Il y a une scène édifiante : celle de l'usine de fabrication de grille-pain qui tourne en boucle stérile -assemblage des pièces, montage final, vérification … et mise au pilon pour défectuosité et enfin recyclage puis tout recommence- tout cela parce qu'un boulon est tombé dans un rouage de la chaîne. Ce que Paul remarque et répare en un seul geste. Depuis combien de temps durait le cycle infernal ? Aucun robot n'avait « pensé » à ce type de panne. L'oeil humain est irremplaçable, CQFD.

L'absurdité de ce monde dystopique est que les robots ne parviennent même plus à se réparer, entraînant une série de dysfonctionnements et amenant le monde au bord du chaos.

Les robots remplaceront-ils l'homme en le transformant en être dénué de bon sens et d'intelligence ? Derrière l'horreur de la disparition de la Culture, de la lecture, de l'écriture, de tous les objets véhiculant le savoir et la connaissance, l'espoir est toujours présent : il est nécessaire de faire confiance à l'être humain car il y en aura toujours un qui ouvrira les yeux, par hasard ou pas, et qui se redressera et partira à la reconquête de son humanité.

La fin du roman est absolument magnifique : le geste d'amour, de Paul et Mary Lou, envers Spofforth m'a émue au plus haut point.


« L'oiseau moqueur » est un très beau roman sur ce qui fait la beauté de l'humanité, capable du pire comme du meilleur.

Traduit de l'anglais (USA) par Michel Lederer

Un extrait:

"Pourquoi ne nous parlons-nous pas ? Pourquoi ne nous blottissons-nous pas les uns contre les autres pour nous protéger du vent glacial qui balaye les rues désertes ? Autrefois, il y a très longtemps, il existait des téléphones privés à New York. Les gens se parlaient alors, peut-être à distance, de façon étrange, avec des voix rendues ténues et artificielles par l'électronique, mais ils se parlaient. Des prix des produits alimentaires, des élections présidentielles, du comportement sexuel de leurs enfants, de leur peur de la météo et de leur peur de la mort. Et ils lisaient, ils écoutaient les voix des vivants et des morts leur parler dans un silence plein d'éloquence, connectés à cette rumeur du discours humain qui devait s'enfler dans leur esprit pour dire : Je suis humain. Je parle. J'écoute. Je lis."

Quelques avis :

Babelio  Yvan Sens critique Yuyine  Critiques libres  Geneviève  Cathoon

Lu dans le cadre:




lundi 25 juillet 2022

Vingt mille lieues sous les mers

 


En ce beau mois de juillet, les « classiques, c'est fantastique » ont pour thème le grand large. Aussi, ai-je opté pour l'exploration des grands fonds sous marins en compagnie du mythique Capitaine Némo.


« Vingt mille lieues sous les mers » de Jules Verne est un immense roman d'aventure, que j'ai trop négligé à l'adolescence, époque où lire cet auteur m'ennuyait profondément.

Il relate les aventures de trois naufragés, le professeur Aronnax, son fidèle serviteur Conseil et un chasseur de baleine canadien Ned Land, recueillis par le mystérieux Capitaine Némo, propriétaire et inventeur d'un sous-marin extraordinaire, le Nautilus, très en avance sur les technologies de l'époque (Jules Verne écrit ce roman entre 1869 et 1870).

Commence alors un périple merveilleux au fond des océans et mers du globe.


Tout cela n'aurait pas eu lieu si depuis 1866, l'apparition régulière d'une bête monstrueuse n'avait pas défrayé les chroniques partout en Europe et aux Etats-Unis. Ce sera à qui harponnera et mettra hors de nuire le monstre marin. Ce dernier provoque de nombreux naufrages et la colère des armateurs comme des compagnies d'assurance menaçant d'augmenter leurs taux devant la menace terrifiante en Atlantique.

Les Etats-Unis décident d'affréter une frégate, moderne et bien armée, pour poursuivre et tuer le monstre. Aronnax, revenant d'une expédition scientifique dans l'ouest américain, reçoit une lettre du ministère de la Marine afin qu'il rejoigne l'expédition et ainsi représenter la France. Le médecin et professeur au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, ne peut refuser l'offre et s'engage allègrement dans l'aventure aux côtés de son serviteur, l'imperturbable Conseil, grand classificateur des espèces marines.

Lorsque la rencontre entre le supposé nerval géant et la frégate Abraham Lincoln a lieu, Aronnax, Conseil et Ned Land se retrouvent dans les flots, sans possibilité de rejoindre la frégate. C'est Ned qui hèle les deux autres, épuisés par leur nage chaotique, depuis un étrange support en fer. Ce support s'avère être le Nautilus où nos naufragés feront un très long séjour.


Tout est étrange, mystérieux et extraordinaire à bord du Nautilus agencé comme une luxueux appartement, doté des dernières nouveautés et alimenté par la fée électricité. La langue utilisée par le Capitaine Némo et ses hommes est un idiome inconnu des trois naufragés, cependant Némo peut s'exprimer aussi bien en français, en anglais, en allemand qu'en latin.

Alors que Aronnax est subjugué par les technologies utilisées à bord et la possibilité d'observer les mondes sous marins, Ned Land ne pense qu'à s'échapper pour rejoindre la terre ferme et retrouver les siens. Il en est d'autant plus obsédé que Némo, dès leurs premiers échanges, est explicite : « Vous êtes venus surprendre un secret que nul homme au monde ne doit pénétrer, le secret de toute mon existence ! Et vous croyez que je vais vous renvoyer sur cette terre qui ne doit plus me connaître ! Jamais ! En vous retenant, ce n’est pas vous que je garde, c’est moi-même ! » (Chapitre X) Tout au long du roman, le narrateur, Aronnax, se demande si jamais il reverra un jour son bureau au Muséum. Il s'interroge, également, sur ce qui a pu pousser le Capitaine Némo à se retrancher de la vie parmi les hommes : une absence de reconnaissance de ses compétences et savoirs d'ingénieur et de savant ? Un terrible malheur personnel ? Ce n'est qu'à la fin qu'Aronnax aura un élément de réponse, la partie émergée de l'iceberg.


Au cours de leur expédition au fond des mers, Némo offre à Aronnax et ses compagnons, le spectacle époustouflant de la diversité biologique, des profondeurs apaisantes. Il leur offre des parties de chasse dans les forêts sous marines grâce à des scaphandres de haute technologie, encore inconnue. Il leur permet de découvrir des trésors engloutis, des espaces inimaginables tel que celui offert par un volcan sous marin dont le cratère émergé a vu une faune et une flore investir ses profondeurs. Il emmène Aronnax et Conseil découvrir le continent disparu, l'Atlantide : le mythe rejoint la réalité romanesque pour le plus grand plaisir du lecteur. Ce qui est jubilatoire, c'est que tout se tient, comme si Jules Verne avait eu la prescience des progrès fulgutants de la technologie.

Le Nautilus, piloté par Némo, fait une escale au pôle sud, que ce dernier découvre réellement, embarque ses passagers dans un passage, presque secret ?, entre la Mer Rouge et la Mer Méditerranée, un canal de Suez naturel, il les fait naviguer au cœur des « fleuves marins » tel que le Gulf Stream, véritables climatiseurs de la planète.

Némo fait l'apologie des richesses marines lui permettant de ne plus avoir à utiliser les produits de la terre : nourriture, vêtements, ustensiles divers proviennent des éléments sous marins.

Lors des observations réalisées par Aronnax, le lecteur est transporté dans un élan pour l'écologie : les fonds marins sont aussi les poumons de la planète qu'il est important de protéger. D'ailleurs, à plusieurs reprises, Jules Verne, par le truchement du narrateur, souligne combien les richesses marines peuvent être fragilisées par la cupidité des hommes.... Verne est-il un visionnaire ? Bien qu'il n'ait jamais quitté la France, il connaît bien la nature humaine ce qui lui permet d'émettre ses suppositions.


« Vingt mille lieues sous les mers » est, je l'ai écrit plus haut, un roman d'aventure palpitant agrémenté de passages pédagogiques sur les classifications de la flore et de la faune des mondes marins du globe. Il ne faut pas se laisser décourager par les descriptions techniques et scientifiques, elles ont leur intérêt et leur parfum d'aventure.

Le récit est servi par de très belles gravures et par quelques cartes établies par Jules Verne lui-même.


Une fois encore, Jules Verne m'a emportée dans un monde pittoresque et extraordinaire dans lequel les merveilles s'allient avec maestria aux mythes et légendes avec lesquels l'humanité s'est façonnée.

Le « deus ex machina » final est absolument génial : la fuite en chaloupe dans les eaux nordiques alors qu'un maëlstrom sévit, dantesque. Nos trois naufragés se retrouvent saufs sur une île des Lofoten. Quant au Nautilus (et son équipage) il disparaît sans laisser de trace. Le mystère demeure malgré quelques indices... ce qui donne envie de mettre le cap sur une certaine « Ile mystérieuse ».


Quelques avis :

Babelio Futura sciences Radio France Critiques libres Hélène

Lu dans le cadre


(616 pages)

dimanche 20 février 2022

Le Cercle de Farthing

 


Huit années se sont écoulées depuis la signature de la « paix dans l'honneur » entre le Royaume d'Angleterre et le Troisième Reich, Churchill a été évincé et remisé aux oubliettes, les échos des atrocités commises au nom de la politique d'Hitler parviennent outre-Manche sans pour autant susciter colère ou incompréhension.

Les membres du Cercle de Farthing se réunissent au domaine Eversley pour le week-end afin de peaufiner leur ligne politique. Un vote important doit se tenir à Londres la semaine suivante.

Etrangement tenue à l'écart par ses parents, Lucy Khan et son époux, juif, sont invités à participer aux festivités.

Le week-end est rapidement troublé par la mort violente de Sir James Thirkie dont le cadavre arbore une étoile jaune. Qui souhaitait la disparition du principal artisan de la paix avec Hitler ? Les soupçons se portent aussitôt sur David Khan, l'époux de Lucy. Cette dernière sait que David est innocent et espère trouver un allié chez le policier chargé de l'enquête, Peter Carmichael.

Les indices sont trop évidents pour être pris pour argent comptant par Carmichael.


Une lente enquête se met en place, fouillant le passé des uns et des autres, Lucy tente, de son côté, d'éclaircir quelques points jusqu'au moment où elle se rend compte de l'inextricable machination mise en œuvre. Une machination orchestrée par une vieille aristocratie anglaise au mépris du plus élémentaire humanisme... pourvu que cela passe.


« Le Cercle de Farthing » est le premier volet de la trilogie « Le subtil changement », une trilogie s'appuyant sur le fameux « si les Anglais avaient accepté la main tendue d'Hitler que ce serait-il passé ? » Jo Walton choisit donc l'uchronie pour apporter des éléments de réponse.

L'auteure n'est pas la première à s'interroger sur ce détail essentiel de la Seconde Guerre Mondiale : si Sir Halifax était parvenu à convaincre le Conseil de guerre britannique, Christofer Priest dans « La séparation » y fait allusion.

Il est vrai que cet épisode historique fascine car le cours de la guerre aurait pu basculer et le Troisième Reich durer mille ans.

Dans ce premier volet, on constate que le Royaume Uni est prêt à appliquer des lois raciales et à renforcer la force publique. On réalise combien les enquêteurs peuvent subir des pressions politiques par intimidation : Peter Carmichael est menacé d'emprisonnement pour homosexualité, entre la vérité à mettre au jour et sauver sa peau et celle de son compagnon, son choix est rapidement fait malgré la douleur idéologique.

Tout est en place pour qu'un gouvernement à la poigne de fer soit mis en place. Il ne reste qu'une échappatoire pour les Khan, la fuite aux Etats-Unis. Prévenus par Carmichael, ils organisent leur départ en déployant moult ruses pour prendre de vitesse les sbires du Cercle.

Lucy et David sont aidés par l'ancienne gouvernante de Lucy, quaker impliquée dans la fuite de juifs vers l'Amérique du nord, dernière terre libre pouvant les accueillir.

Ils ressentent leur départ comme une défaite cependant une lueur, faible mais réelle, est présente : le vrai visage d'une aristocratie anglaise se dévoile, des fêlures apparaissent tout comme les implications scabreuses du Cercle … et si l'avenir n'était-il pas aussi noir qu'il ne le paraît ?

Tôt ou tard, face à l'ignominie et la cruauté aveugle, une résistance se lève et ce quelle que soit l'époque

J'ai passé un très agréable moment de lecture avec « Le Cercle de Farthing » et lirai bientôt la suite de la trilogie. Commencer le roman dans une ambiance "Downton Abbey" entre thés et réceptions aussi policées que chics et le continuer dans une atmosphère à la Agatha Christie fut un régal.


Traduit de l'anglais par Luc Carissimo


Quelques avis :

Babelio  Dragon galactique Bélial  Sens Critique  Livraddict  Les lectures du Maki  Syl Rachel

Lu dans le cadre

  


mercredi 19 janvier 2022

Célestopol

 


« Célestopol, cité lunaire de l’empire de Russie, est la ville de toutes les magnificences et de toutes les démesures. Dominée par un duc lui-même extravagant, mégalomane et ambitieux, elle représente, face à une Terre en pleine décadence, le renouveau des arts et la pointe du progrès technologique. »


Telle est l'alléchante quatrième de couverture qui n'en dit ni trop ni pas assez.

En quinze chapitres ou nouvelles, Emmanuel Chastellière brosse un portrait des habitants de l'astre lunaire, de leurs fêlures, de leurs espoirs, de leurs colères exprimées ou muettes, de leurs pensées intimes. Une histoire courant sur plusieurs décennies montrant combien une cité florissante peut être fragile.

A Célestopol, seule l'industrie des loisirs et des plaisirs est visible, l'autre industrie, celle qui construit les bâtiments, celle qui approvisionne en énergie, celle qui fait vivre les habitants, est souterraine et invisible. Même les ouvriers se font discrets puisque leurs logements sont édifiés en sous-sol, histoire de ne pas gâcher la vue de ceux qui possèdent de quoi profiter de la folie clinquante de la cité sélène.

Célestopol est un peu la Venise lunaire avec ses canaux de sélenium, des fééries architecturales, ses richesses infinies, ses fêtes, son Doge-Duc, Nikolaï, délirant et ses complots. Célestopol, la cité-état qui tente de s'affranchir de l'autorité impériale russe comme celle de la Terre, la ville qui ne dort jamais et vit à cent à l'heure chaque heure qui passe. Elle est aussi la ville Lumière, le phare de la modernité et de l'innovation, le phare de la créativité et de l'inventivité de l'homme.


« Célestopol » sous l'excellente plume d'Emmanuel Chastellière, m'a embarquée dans un voyage étonnant et surtout inattendu aux couleurs originales du Steampunk, le mouvement littéraire apparu en 1980 dont « les intrigues se déroulent dans un XIXè siècle dominé par la première révolution industrielle du charbon et de la vapeur – steam en anglais - » L'uchronie « Célestopol » utilise la référence l'usage massif des machines à vapeur du début de la révolution industrielle puis de l'époque victorienne. La domination économique n'est pas anglaise mais russe ce qui permet de mettre en valeur tout le romantisme slave dans ses exubérances et ses outrances.

On ne peut s'empêcher de penser à l'univers de Jules Verne et à celui de la littérature russe du XIXè avec les héros torturés par le remords, plein de fièvre romanesque et d'envolée lyrique.

« Célestopol » est aussi le roman, mis en nouvelles, d'un peuple qui apprend, peu peu, à penser par lui-même...un peuple pas comme les autres puisque nous sommes sur la Lune. Les robots ont pris de plus en plus de place au sein de la société sélène : ils sont affectés aux tâches répétitives de la domesticité, aux tâches dangereuses hors de la ville, dans le désert froid et silencieux des espaces lunaires. Petits pas après petits pas, ils acquièrent une première conscience, celle de leur servitude, donc de leur malheur : la vie est loin d'être merveilleuse pour ces « damnés de la Lune » qui forent, qui extraient, qui transportent, qui ajustent, qui servent les puissants jusque dans leurs déviances sexuelles au point de désirer la mort. Ce désir mortifère preuve s'il en est d'un état d'humanité.

Aussi lorsque les robots souhaitent se libérer de leurs chaînes, ai-je pensé à l'oeuvre de Philip K. Dick, notamment son Blade Runner.

Or dès qu'un peuple apprend à penser par lui-même, le soulèvement n'est jamais loin ainsi que la remise en cause de l'assise politico-sociale. Le dénouement est à la hauteur de ce qui est attendu au cours de la lecture jubilatoire.


La suite « Célestopol 1922 » m'attend sagement sur les étagères de la bibliothèque.


Quelques avis :

Babelio  Bélial  Livraddict  Les chroniques du Chroniqueur  French Steampunk

Le chien critique

Lu dans le cadre


 


mercredi 14 juillet 2021

Parler tue, se taire aussi

 


Quatrième de couverture :


« Jean McClellan est docteure en neurosciences. Elle a passé sa vie dans un laboratoire de recherches, loin des mouvements protestataires qui ont enflammé son pays. Mais, désormais, même si elle le voulait, impossible de s’exprimer : comme toutes les femmes, elle est condamnée à un silence forcé, limitée à un quota de 100 mots par jour. En effet, le nouveau gouvernement en place, constitué d’un groupe fondamentaliste, a décidé d’abattre la figure de la femme moderne. Pourtant, quand le frère du Président fait une attaque, Jean est appelée à la rescousse. La récompense ? La possibilité de s’affranchir – et sa fille avec elle – de son quota de mots. Mais ce qu’elle va découvrir alors qu’elle recouvre la parole pourrait bien la laisser définitivement sans voix… »


Quand on lit la quatrième de couverture on ne peut que penser aux romans de Margaret Atwood « La servante écarlate » et « Les testaments ».

Dans « Vox » il ne s'agit pas de la même violence faite aux femmes : quel que soit leur statut social et leur âge, elles sont soumises au même quota de mots journaliers, cent. Cent mots pour communiquer avec leur famille, pour exprimer des idées, soutenir des conversations … autant dire qu'elles sont réduites au silence. Quant aux petites filles... ne pas babiller, ne pas échanger longuement avec l'entourage c'est annihiler tout développement du langage et par voie de conséquence tout accès à l'abstraction et au monde des idées.

Le début de la dystopie est très prenant, on est pris dans l'histoire puis rapidement la baudruche se dégonfle : la dystopie devient thriller.

Tout n'est pas à jeter, loin de là, car je trouve intéressant d'aborder par la privation de mots, une violence intolérable envers les femmes. L'auteure, Christina Dalcher, montre très bien la perte de vivacité, de pétillance, de joie de vivre des personnages féminins : la first lady en est un exemple édifiant.

Le roman montre combien le langage est essentiel dans le développement cognitif de l'être humain, dans l'appropriation de sa culture et de ses codes, dans l'ouverture et son rapport aux autres. Sans langage il n'y a plus rien, uniquement une coquille vide et sèche. L'interdiction du langage assèche l'humanité en chacun de nous si bien que la manipulation psychologique n'en devient que plus aisée.

Il montre également combien les actes contestataires sont importants pour mettre en garde contre la suppression d'acquis. On se dit souvent « non, ils n'oseront pas » et au final, si, ils ont osé. Alors, on regrette de ne pas avoir pris au sérieux les lanceuses et lanceurs d'alerte au moment voulu.

Le début du roman insiste sur tous les menus faits qui furent autant d'attaques envers les droits durement acquis des femmes et que voter est un acte essentiel dans une démocratie.


Ensuite, quand le roman prend la direction du thriller, j'ai eu l'impression de perdre le petit quelque chose qui m'avait plu dans les premiers chapitres. La petite part d'âme du roman.

L'intérêt pour l'intrigue s'amoindrit quand elle tourne au complot politico-scientifique. Elle aurait pu rebondir si la partie consacrée aux recherches neurolinguistiques avaient été développées, il est vrai que le sujet étant très pointu, la vulgarisation n'était pas évidente. Le doigt est mis sur l'importance de ce qui produit le langage et ce qui peut l'affecter. Une protéine que l'on peut isoler et concocter avec d'autres peut guérir de l'aphasie ou de la mettre en place. Mieux qu'une arme bactériologique.

Bien que je n'ai pas été complètement convaincue par le roman, ce dernier se laisse lire et je suis allée au bout de ma lecture sans me sentir contrainte à le faire.


Traduit de l'anglais (USA) par Michael Belano


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mercredi 7 avril 2021

Les nuages de Magellan

 


Nous sommes au 27è siècle, l'Humanité a conquis les étoiles, colonisé des galaxies, accomplissant le rêve de l'ancienne Terre.

La nouvelle frontière sont les nuages de Magellan vers lesquels les yeux des explorateurs dans l'âme se tournent sans pouvoir partir en voyage d'exploration.

Les Compagnies ont abandonné l'esprit de conquête, trop aléatoire, trop coûteux et trop dangereux, pour se centrer sur les affaires à réaliser dans les multiples mondes annexés.

Pourtant, deux cents ans auparavant la mise au point et la maîtrise de l'énergie sombre, ressource illimitée, a permis l'arrêt des guerres pour les énergies fossiles. Une époque de liberté et d'exploration de l'espace s'ouvre … Rien n'aurait du freiner la conquête spatiale.

Or, peu à peu, les Compagnies prennent goût aux jeux de pouvoir et d'influence sur la politique, marginalisant les pionniers de l'espace, les contraignant à devenir des hors la loi.

La Piraterie devient un art de vivre pour les gens épris de liberté, pour les personnes dont l'esprit de conquête n'a pas été étouffé. Ils veulent aller toujours plus loin, faire reculer les frontières du possible, avancer, audacieusement, au plus profond de l'espace.

Lors d'une mémorable et ultime bataille, les Compagnies mettent en déroute la Piraterie dont quelques vaisseaux commandés par de valeureuses têtes brûlées, s'évanouissent dans le vide intersidéral. Il se murmure alors qu'ils ont trouvé refuge sur une planète bien cachée.... Carabe devenue mythique.

 

Quelques décennies plus tard, sur Ankou, Damian Sabre, leader des pilotes, souhaite renouer avec les anciens rêves de vie d'aventure offerts par l'immensité de l'espace à explorer.

Dans un combat acharné, il somme les Compagnies de rendre aux gens la liberté de mouvement au-delà de la frontière des mondes connus. La lutte est grandiose et vaine, l'argent musèle une nouvelle fois le souffle de liberté des aventuriers.

Au moment où Damian Sabre tombe sous le feu des Compagnie et qu'Ankou est transformée en enfer, Dan, aux confins de la la Voie Lactée, se met à chanter une complainte de l'ancienne Terre dans laquelle elle chante les héros massacrés par les Compagnies.

Elle est serveuse au Frontier, un bar miteux, sur une planète couleur rouille. Depuis toujours les étoiles inexplorées la font rêver, depuis toujours l'épopée de la grande Piraterie berce ses lectures.

Dan devient une célébrité interplanétaire parce sa prestation au Frontier a été enregistrée et mise sur les réseaux sociaux. Les sbires des Compagnies sont à ses trousses et Dan ne doit son salut qu’à Mary Reed et son vieux vaisseau.

Commence alors une course poursuite interstellaire au cours de laquelle le lecteur glanera informations plus incroyables les unes que les autres sur les différents protagonistes de l’histoire.

 

« Les nuages de Magellan » est un space opéra comme je les aime : du mystère, de l’aventure à n’en plus finir, des rencontres improbables et uniques, des machinations, du rêve, de l’audace et un soupçon de picaresque. On y croise les éléments traditionnels du genre : guerres dévastatrices qui ont usé la Terre des origines, fascination pour l’immensité spatiale, domination des cyborgs amenant à leur interdiction et à l’établissement de lois strictes sur la cybernétique, police religieuse, planète-prison, trahisons et rédemption.

L’écriture d’Estelle Faye est agréable et allie la verdeur du langage des pirates à une élégance dans les descriptions, un peu courtes à mon goût, amenées au bon moment.

Ses héroïnes sont de très beaux portraits de femme : on voit Dan prendre peu à peu son envol et acquérir une assurance qui fera d’elle une femme d’affaires qui ne s’en laisse pas conter. Ce qui est le plus vivifiant, c’est qu’Estelle Faye applique les codes de la SF habituellement destinés à des héros masculins à des personnages féminins et queers.

Je suis restée sur ma faim car il y avait matière à étoffer le roman. Cependant, cela n’enlève rien à son agréable lecture car il y a du Bordage en elle.

 

Quelques avis :

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jeudi 10 septembre 2020

De romans naissent des séries

 


Pour illustrer le thème des romans et séries télévision, j'ai choisi de me plonger dans le premier tome de la série romanesque et de Science-fiction « The expanse ».

« L'éveil du Léviathan » emporte le lecteur dans un futur non daté au cœur de la Ceinture d'astéroïdes colonisées par les humains pour ses ressources minières. Deux influences, au cœur du système solaire, se disputent le pouvoir : la Terre, la planète des origines, et Mars, planète historique de la conquête spatiale des êtres humains. La vie hors apesanteur terrestre modèle au fil des générations les corps humains : les Ceinturiens se démarquent physiquement des Terriens important, ipso facto, le concept de discrimination culturelle et physique. Peu à peu le désir d'indépendance des Ceinturiens prend de l'ampleur : la coalition Terre-Mars est vécue comme une chape de plomb bien encombrante pour les femmes et les hommes qui ne se considèrent plus Terriens depuis bien longtemps.

 

Cérès, principal astéroïde de la Ceinture, est une colonie terrienne aspirant à devenir une entité indépendante. Elle est son centre économique, en rotation sous l'effet de force centrifuge pour assurer une gravité artificielle. Elle est truffée de galeries sur plusieurs niveaux où vivent près de six millions d'individus. La richesse minière ne remplace pas celle que représentent l'air et l'eau : le premier est produit à partir de techniques de recyclage, la seconde est acheminée par des compagnies privées en charge de l'approvisionnement depuis les glaces des anneaux de Saturne. Qui dit richesse dit trafics en tous genres et Cérès n'y échappe pas : entre les mafias locales, tolérées par la police privée de l'astéroïde, et la Compagnie Hélice-Etoile, filiale d'une multinationale terrienne, les germes d'une catastrophe sont prêts à éclore.

 

Revenons à notre histoire. Imaginez le Canterbury, un transporteur de glace sur le chemin du retour, tirant derrière lui un iceberg aux proportions à la hauteur de l'immensité de l'espace. C'est presque un vieux coucou doté d'un équipage hétéroclite.

Un signal de détresse, venu d'un vaisseau ceinturien le Scopuli, est intercepté alors que l'arrivée après un voyage de longs mois se profile. Lorsque le commandant veut prendre contact avec le vaisseau en détresse aucune réponse ne parvient. Que faire ? Ignorer en raison du silence ou affreter un vaisseau-navette pour voir s'il y a des survivants ? Prendre en compte la raison économique ou porter assistance et se dérouter comme l'exige la solidarité spatiale ? Et si le SOS était un piège orchestré par des pirates de l'espace ?

Le commandant en second du Canterbury, Jim Holden, quitte le transporteur avec une équipe resserrée de techniciens et de médecin, à bord d'un vaisseau pour se rendre compte de la situation à bord du Scopuli.

Le vaisseau est désert et en émane une impression angoissante de danger mortel. C'est alors qu'une attaque est perpétrée contre le Canterbury à laquelle assistent impuissants Holden et son équipage. La destruction du transporteur par des attaquants non identifiés est le déclenchement d'événements qui feront peser la plus grande menace qu'ait jamais connue l'humanité.

Commence aussi pour Holden et son équipage une folle course pour sauver leurs vies : ils sont traqués par les attaquants du Canterbury et se retrouvent rapidement aux abois.

C'est ainsi que leur chemin croisera celui de Josephus Miller, inspecteur de police privée de Cérès, la fameuse compagnie Hélice-Etoile, à la recherche de Julie Mao, originaire de Luna et héritière des entreprises Mao-Kwikowski. Julie a fui sa fille et se serait trouvée sur le Scopuli. Que lui est-il arrivé ? Quel est le mal étrange dont elle parle dans son journal intime sur lequel a pu faire main basse Miller ? Quelles conséquences auront les actes de Miller et Holden sur le fragile équilibre des forces en présence ? La guerre semble inévitable jusqu'à ce qu'un élément déterminant fera comprendre aux coalitions belligérantes qu'une menace transcendant leurs divergences rendra caduque le conflit en gestation.

 

« The Expanse » est un space opéra dont le premier opus « L'éveil du Léviathan » est une très belle entrée en matière. Le lecteur se régale avec la narration, le suivi des personnages auxquels il s'attache et avec qui il angoisse, il hurle de peur ou de douleur, il s'engouffre dans les quartiers glauques de Cérès ou d'Eros.

Le décor est planté avec ses ombres inquiétantes, ses quêtes qui ne pourront qu'être nombreuses, ses interrogations dont la plus importante est : sommes-nous, humains, seuls dans l'univers ? La menace qui plane sur l'humanité est-elle une attaque ou un acte de défense exogène resté coincé dans la Ceinture pendant des millénaires ?

Tous les ingrédients sont présents pour que « The Expanse » devienne une belle référence de la littérature SF : les personnages, parfois caricaturaux, sont crédibles parce que bien ancrés dans leur « background » autrement dit le contexte historique et individuel sur lequel leur vie prend corps. Il faut ajouter qu'il n'y a pas de temps mort d'où le rythme effréné de l'action.

Je n'ai visionné que le trailer de la saison 1 de la série éponyme et j'ai du me faire violence pour ne pas céder à la tentation.

Certes, ce premier tome n’est pas le roman du siècle mais on prend plaisir à le lire, à entrer dans l’histoire et surtout on a envie de connaître la suite ce qui est le principal.

Quelque avis


Lu dans le cadre du Mois Américain




mercredi 22 juillet 2020

La soif, le pouvoir et la connaissance


La sortie prochaine du film « Dune » a motivé mes vacances littéraires sur Arrakis. J'étais restée sur le film de David Lynch ainsi que sur le premier tome du cycle imaginé par Frank Herbert. Il était temps de reprendre la saga depuis le début aussi l'été est-elle la saison propice aux longues lectures.

J'ai lu les trois premiers tomes, « Dune », « Le messie de Dune » et « Les enfants de Dune », une plongée dans un monde où intrigues, jeux de pouvoir, violence, philosophie, prophétie et prescience rythment la vie sur Arrakis et l'Impérium, issu du jihad butlerien, mouvement qui détruisit les ordinateurs afin que l'humanité reprenne le pouvoir de penser, de retenir, de réfléchir.
Nous sommes dans un monde où les humains ont quitté la planète mère depuis si longtemps qu'ils l'ont oubliée. Le monde, ou plus exactement les mondes sont sous la domination de l'Empire et la dépendance à l'Epice, denrée rare que l'on ne trouve que sur une seule planète : Arrakis. Celui qui saura en prendre le monopole deviendra le maître des mondes de l'Imperium.

« Dune », premier tome de ce space opéra, est le roman où les personnages principaux et leurs motivations sont installés par l'auteur et prennent corps sous les yeux du lecteur.
Les Harkonnens, les Atréides, l'ordre du Bene Gesserit, les Mentats, les Fremens, la CHOM et sa Guide des navigateurs, l'Empereur, l'ordre de Bene Tleilax qui maîtrise la génétique, les Ixiens, concepteurs et fabricants de machines de haute techonologie, les Maisons majeures et les Maisons mineures orchestrent une course au pouvoir des plus retorses et ce au beau milieu du Plan imaginé par les Soeurs Bene Gesserites. Ces dernières manipulent pour unir leurs élèves aux chefs des Maisons. Leur but ? Réussir à donner naissance à celui qui sera le Kwisatz Haderach, celui qui pourra voir le passé et le futur.

Paul, l'unique fils de Leto Atréides, éduqué par sa mère, Jessica, Soeur Bene Gesserite, pourrait être le Kwistz Haderah en raison de ses facultés exceptionnelles. Il devient l'objet de toutes les convoitises. C'est sans compter la rivalité entre Harkonnens et Atréides qui provoquera la mort du Duc Leto et la fuite de sa concubine, Jessica, et de son fils Paul.
Les tribus Fremens les recueilleront et les accepteront comme leurs après le rite de l'Epice. Jessica, enceinte de sa fille Alia, deviendra la Révérende Mère des Fremens. Paul accroît ses perceptions et ses capacités jusqu'à la prescience et deviendra le chef de la rébellion. Il comprend également combien est dangereux le rêve de rendre Arrakis verdoyante : c'est le désert et les vers qui produisent l'Epice. Sans elle et sans le Mélange, les humains ne peuvent développer leurs capacités mentales leur permettant de ne plus utiliser la haute technologie. Saura-t-il le faire comprendre et accepter à ceux qui rêvent de ne plus subir la dure existence dans le désert ?
Saura-t-il endiguer les effets du rite de l'Epice sur sa sœur qui le subit in-utero ? C'est l'enjeu du deuxième tome.

« Le messie de Dune » est l'opus qui montre combien le pouvoir peut être dangereux même pour les hommes de bien souhaitant améliorer le sort de leurs semblables.
La bataille d'Arakeen a vu les cohortes Fremens remporter une incroyable victoire que les forces impériales. Paul est reconnu Duc d'Arrakis, sa puissance politique et religieuse rayonne dans tout l'Imperium au point de supplanter l'Empereur Padishah Shaddam IV, de la Maison Corrino.
Une croisade furieuse et violente met à feu et à sang l'Empire, Paul constate le danger de devenir une déité sans qu'il puisse faire quoi que ce soit. Alia, sa sœur devient de plus en plus étrange au point de sembler être l'Abomination : saura-t-elle se sortir du joug des millions d'existences en elle, la pré-née ? Saura-t-elle faire les bons choix ? Et Paul, le « Madhi », trouvera-t-il sa voie ?

Frank Herbert joue avec délectation sur la gamme universelle des luttes de pouvoir, des ambitions, de la veulerie, du courage, de la fidélité, des compromissions qui font la grandeur et la petitesse de la nature humaine. Quand Paul constate qu'il est parvenu au bout de ce qu'il peut supporter, quand le poids de ses visions fait qu'il ne sait plus quelle voie choisir pour atteindre un futur acceptable pour tous, une seule issue s'offre à lui : la fuite du « Madhi » dans le désert pour s'y fondre et disparaître à jamais.
Peut-on maîtriser le Temps ? Connaître le futur est-il une voie pour façonner le présent, le maintenant ? Guider les peuples peut-il se faire sans perdre une partie de soi ? Qu'est-ce que guider les peuples ? Vouloir leur bien, leur bien-être ? Gommer les différences et abattre les murs ?
Quand Paul « Madhi » choisit de se perdre, devenu aveugle, dans le désert pour qu'un ver géant se repaisse de son eau et de sa chair, il laisse en héritage à ses jumeaux et à sa sœur un bien lourd fardeau. Les premiers parviendront à apprivoiser et dompter leurs pouvoirs de pré-nés tandis que la seconde sombrera dans l'obscurité des siens.

« Les enfants de Dune » est l'opus du rééquilibrage des forces.
L'Epice est devenue rare car la végétalisation de Dune provoque un déséquilibre écologique : l'humidité trop importante provoque la mort des vers et fissure leur symbiose avec les truites de sable. Certains expérimentent l'élévage des vers à des fins peu scrupuleuses. Or il n'y a que sur Arrakis que l'Epice peut être produite car tant qu'il reste du vrai désert la symbiose ver/truite des sables peut permettre l'existence de l'Epice.
Alia, devenue Régente, se perd dans les intrigues et l'absolutisme de son pouvoir. Peu à peu, la réalité la fuit et elle se laisse submerger par une de ses vies intérieures... et par n'importe laquelle : l'affreux et odieux Baron Vladimir Harkonnen. Ce dernier prend possession du libre-arbitre d'Alia et l'amène jusqu'à la folie destructrice.
Et les jumeaux dans tout cela ? Et « Madhi » ? Paul a-t-il réellement disparu ? Cet étrange Prêcheur pourrait-il être un avatar de Madhi/Paul ?
Les jumeaux ont grandi, leur âme vieille de millions d'années et de vies, a du mal à coïncider avec leur corps de jeunes adolescents. Leurs capacités prennent de l'ampleur au point d'inquiéter leur tante Alia. La raison d'Etat ne dicterait-elle pas leur disparition ? En effet, « on » tente de les annihiler sauf qu'ils mettent en échec le commanditaire : le jeune Leto est porté disparu, du moins le fait-on croire, tandis que sa sœur Ghanima le pleure grâce au pouvoir d'auto-suggestion qui saura la faire sortir gagnante d'une confrontation avec un Diseur de Vérité.
Les trahisons, les complots vont bon train tant à Arakeen, la capitale, qu'au fin fond des sietchs, villages troglodytes des Fremens.
Dame Jessica revient sur Arrakis pour mieux en partir, fausse captive, pour éduquer l'héritier de la Maison Corrino, le jeune Farad'n, dans l'art Bene Gesserit.
Leto affronte des innombrables vies dans un combat mortel dont il triomphera. Il accède alors à l'infini, à la compréhension de la complexité des fils du Temps. Il franchit un cap supérieur à celui franchi par son père.
Leto comprend l'équilibre écologique d'Arrakis, il sait ce qui créé l'Epice, il sait que le rêve de verdure et d'eau tombant du ciel ne peut être viable et qu'il doit être détruit.

Le lecteur se régale avec la pérégrinations, joyeuses, mystiques et tragiques des personnages. Les situations font frémir, espérer, pleurer ou sourire, elles rythment les pages, scandent le tempo du récit.
L'absolutisme du pouvoir politique ou religieux est voué à être combattu et abattu depuis que le monde est monde. Le cycle de « Dune » est une manière extraordinaire d'en explorer toutes les facettes grâce à un personnage à part entière qu'est la planète Arrakis.
« Dune » est protéiforme et pourrait être considéré comme le premier space opera. Toujours est-il que ce cycle est un incontournable pour le lecteur de SF et un plaisir de lecture sans cesse renouvelé.
Le cycle de « Dune », on peut le dire, est une saga culte ! Une pierre sur laquelle se sont appuyés bons nombres de romans. D'ailleurs, « Game of Thrones » a du se nourrir abondamment, et intelligemment, de « Dune ».

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