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mercredi 24 juin 2020

Aaahhh les beautés du subjonctif imparfait!



Les réseaux sociaux regorgent de pépites à glaner ce que je m'empresse de faire ici pour ne pas oublier ce joli texte d'Alphonse Allais.








Complainte amoureuse
Oui, dès l'instant que je vous vis,

Beauté féroce, vous me plûtes ;
De l'amour qu'en vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes ;
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que pour vous je pris !
Combien de soupirs je rendis !
De quelle cruauté vous fûtes !
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous offris !
En vain je priai, je gémis :
Dans votre dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis.
Même un jour je vous écrivis
Un billet tendre que vous lûtes,
Et je ne sais comment vous pûtes
De sang-froid voir ce que j'y mis.
Ah! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu'ingénument je vous le disse,
Qu'avec orgueil vous vous tussiez !
Fallait-il que je vous aimasse,
Que vous me désespérassiez,
Et qu'en vain je m'opiniâtrasse,
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m'assassinassiez !

Alphonse Allais

dimanche 15 novembre 2009

Dimanche poétique # 1



Je rejoins avec plaisir l'initiative de Celsmoon: dimanche rime avec poésie!
Comme je suis friande de haïkus, je ne peux résister à l'appel si particulier de ces poèmes courts qui en disent si long sur le monde.
Ce soir, un poème de Boshô

Une châtaigne tombe
les insectes font silence
parmi les herbes

mercredi 4 mars 2009

Le Printemps des Poètes


Il a débuté lundi 2 mars et s'achèvera (hélas!) le 15 mars. Entre temps, des lectures et encore des lectures pour se délecter du rythme si pariculier de la poésie.

Cet article aurait du être publié lundi, or les alea du quotidien en ont décidé autrement!


Il n'est guère facile d'écrire de la poésie: la vie, le monde, les autres, les choses, les êtres, l'intime ne semblent pas pouvoir être déclinés en vers, en prosodie, en langage insolite....celui des rimes ou des rythmes qui scandent l'éphémère, l'écume des instants magiques ou tragiques, ou la permanence ses sentiments, des idées, des amours, des chants pour l'aimé.
Et pourtant, lire un poème, classique ou contemporain, est un moment de douce solitude peuplée de nos désirs secrets, des sensations vécues et tues mises au jour par un autre qui sait sans le savoir. Magie des mots, magie d'une image, magie d'une musique intime qui lentement se dévoile, au fil des vers, au fil des rimes, au fil des rêves issus de l'impalpable devenu mots.
Matthias Vincenot entraîne son lecteur dans le dédale des émotions, souvenirs que tout un chacun peut avoir: un peu de lui, un peu de soi, un peu de nous se déroule au coeur de la prosodie poétique. Des émois adolescents au coeur de l'adulte épris d'une chimère ou d'un corps à peine dévoilé, de la révolte devant l'inanité du monde qui nous entoure aux douces rêveries de l'introspection, le poète fait voyager dans un périple où la modernité est présente, parfois habillée d'humour, parfois vêtue de tragiques accents. Une modernité du texte, de la langue qui n'oublie pas, cependant, d'adresser des clins d'oeil aux illustres prédécesseurs, dans "une discordance des temps" aux accents d'éternité.
"Le sang de la vie s'écoule dans tes poèmes, en illuminant tes mots d'une intensité immédiate et charnelle, contre la boue qui nous entoure. (...) Ta beauté idéale est dans la contemplation du normal, qui te donne le ressort du sublime." écrit Giovanni Dotoli, professeur d'université et poète, dans sa lettre post-face....et c'est, pour l'essentiel, le ressenti de ma lecture de ce recueil. La poésie puise dans le normal pour nous extraire de la boue de notre quotidien, celle qui nous englue dans la minante répétition des jours: n'est-ce pas le rôle de la poésie?
Finalement...."nous ne sommes à l'abri de rien"....surtout pas d'aimer les promenades impromptues offertes par la poésie!


Chez Biblioblog on a aussi beaucoup aimé la lecture de ce recueil


Je vous propose deux poèmes, le premier peut paraître doux-amer avec une pointe d'humour un tantinet féroce, le second m'a émue sans que je sois capable d'en expliquer la raison: cela m'arrive très souvent lorsque je lis de la poésie.



Chassez le Prince Charmant


Chassez le prince charmant, il revient au galop
Les filles libérées ont coeur de midinette
Elles ont seules la clé des aimables bluettes
Où les garçons du monde s'appellent Roméo
Dans leur coeur d'artichaut naissent quelques
audaces
Pour un garçon qui passe
Une histoire de trop
Ce ne sont bien souvent que des rêves faciles
Dans le regard des filles
Rien n'a vraiment changé
Faisant négligemment dépasser leurs bretelles
Sourient du romantisme qu'elles veulent à foison
Parfois entre-deux, les arrières saisons
Donnent quelques espoirs aux pauvres imbéciles
Qui trébuchent souvent en s'avançant vers elles


Chassez le prince charmant, et j'accours aussitôt



Accrocher le regard


Il faudrait pouvoir accrocher le regard
Au moment où il faut
Dans l'éclair incroyable
L'interstice où la vie prend sa source parfois
Le destin n'est souvent rien moins qu'une seconde
Il faudrait pouvoir approcher le hasard


Un autre très beau poème extrait du recueil ICI

samedi 27 décembre 2008

La poésie venue du froid

Dernièrement, un recueil de poèmes choisis trônait sur la table des nouveautés de la médiathèque. Je me suis alors approchée et après feuilletage et manipulation dudit recueil, je l'ai embarqué, très curieuse de découvrir la poésie finlandaise!

Pentti Holappa est un des grands poètes finlandais contemporains, sinon le plus grand. Je ne connaissais absolument pas ce poète aussi me suis-je promenée au gré de mes lectures picorées du recueil dans un univers parfois sombre mais d'une grande beauté, dans une langue parfois crue mais d'une fulgurance poignante, dans un monde où la pudeur côtoie la sensualité et la sensibilité.
Une belle découverte au souffle tumultueux et rude comme un voyage inattendu dans une contrée qui se dévoile.

Trois poèmes m'ont particulièrement touchée...


Les Racines

(1977, in poèmes choisis)


Le filet cuirassé des racines couvre la terre. Rampantes, jointures puissantes et nuques luisantes, elles jaillissent de la tourbe puis plongent dans la fissure du rocher, dans les failles de l'éboulis. Depuis le rivage du Sud jusqu'à la limite boréale des arbres, en Laponie, elles lient la fine couche de terre au socle rocheux. La mer suce de son côté la matière flottante. La pluie, la brume même séduisent la vase, la boue et le sable, mais les racines de l'arbre enserrent la terre et la forcent de rester fidèle. Et la forêt est fichée par-dessus.

Il y a bien peu de temps les animaux se sont levés de leurs racines, ils se sont mis à ramper, à voler, à nager. Certains marchent même.

Je lève un pied, puis l'autre sur le sentier, je regarde. Les pieds sont faits pour l'arrêt. Les pieds tâtent le sol qui fourmille d'évènements immobiles. Les pieds comprennent. Je les glisse entre les racines, je les arrache d'un seul coup.

Un quart d'heure est passé, voici l'avion. Ils sont assis, liés par leur ceinture de sécurié, je suis parmi les autres. je bâtis consciencieusement mes inexpériences. Ainsi je me rejette et je reste au coeur de la brume, parmi les arbres. L'eau coule en moi, elle remonte, elle ruisselle. Une pensée s'enracine dans la chair, l'existence.


La torche
(in Une ville illuminée dans la nuit artique, 1985)


La nuit vint, puis la neige aussi,
Sous la cape de neige une montagne.
A mille mètres de profondeur
sous la montagne il y a une torche,
qui brûle. Je la veux
en soleil pour ma nuit,
je veux l'impossible,
absolument.


Le parfum de ta peau
(in traces de doigts dans le vide, 1991)


La feuille de papier blanc et le parfum de ta peau sont assez de matière pour un poème immortel.
La feuille de papier blanc, le parfum de ta peau sans crier gare se dissipent dans le ciel.


Les poèmes du recueil "Les mots longs" sont traduits du finnois par Gabriel Rebourcet

dimanche 13 juillet 2008

Les mots du désert

Lorsque je suis allée au Festival des Etonnants Voyageurs, au détour d'un stand, je suis tombée sur une anthologie de la Poésie Arabe. J'ai succombé d'une part à la couverture que je trouve très belle et d'autre part à la quatrième de couverture, très alléchante:
"Fille du désert et du manque, sans cesse alertée par la solitude et l'absence, telle est la poésie arabe, cultivée quinze siècles durant par une succession de génies remuants, iconoclastes, gourmands des mille et une saveurs du verbe - et ces mille et une images (licites ou illicites) qu'éveille dans le coeur de l'homme l'aiguillon du désir.Fontaines destinées à réjouir les coeurs altérés, jardins parfumés, filles offertes, tendres éphèbes aux yeux de gazelle, nuits éclairées de lune où circule la coupe de vin ambrée: le poète nous murmure que cela est tout...et rien - puisque la seule richesse vraiment désirable, pour l'homme bien né, est celle des mots...."

Je picore, au gré des envies et des musiques naissant de la lecture...parfois c'est cru, parfois d'une beauté à couper le souffle, toujours désarçonnant car je n'ai pas l'habitude de ce rythme, de cette scansion.

Une très belle découverte transformée en livre, non de chevet, mais en recueil à saisir entre la poire et le fromage (il est sur la table de la cuisine), entre une sortie dans le jardin et un retour sur le canapé, avec un thé à portée de main.

jeudi 29 mars 2007

La cérémonie du thé


Je suis une buveuse de thé et j'aime tout ce qui se rapporte à mon breuvage préféré. Et voilà que je tombe sur ce petit livre, agréable à l'oeil et au toucher: "Poèmes du thé".


Présentation de l'éditeur:

"A travers le rituel sobre de la cérémonie du thé, se transmet depuis plus de six cents ans au Japon, un véritable art de vivre où le partage du breuvage, fait selon des règles très élaborées, est avant tout un moment de communion, comparable avecl'eucharistie chrétienne dont l'apparition, en Extrême-Orient, est étrangement concomitante avec la formalisation de cette cérémonie. Rituel de vie, rituel de mort, en interaction profonde avec le zen et le taoïsme, l'art du thé développe une esthétique dans laquelle toutes les autres disciplines ont un rôle à jouer - arrangement floral, peinture, architecture, calligraphie, et bien sûr, poésie, art majeur pour les Japonais. Les poèmes présentés ici, écrits par Sen no Rikyu, l'un des plus grands maîtres du thé, déclinent l'essentiel de cet art, mettant ainsi, comme c'est souvent le cas dans l'Empire du Soleil Levant, la poésie au service de la pédagogie."


Ce recueil est illustré par les calligraphies, superbes, de Keiko Yokoyama. Les textes sont extraits des "Cent poèmes" de Sen no Rikyu, un des plus grands maîtres du thé, et déclinent l'essentiel de cet art qu'est la cérémonie du thé.

Les poèmes sont des tanka (rythme fixe de 31 syllabes découpées en formules alternant 5/7/5 et 7/7 syllabes)...une écriture très classique.

Chaque poème met en scène un aspect de la cérémonie du thé, il est en japonais, puis en phonétique et enfin traduit en français. Ce qui permet non seulement d'apprécier l'esthétique, à nos yeux d'occidentaux, de l'écriture japonaise, mais aussi d'essayer de prononcer les mots deu poème.

Le lecteur trouve une note en bas de page lorsqu'un aspect particulier de la cérémonie doit être explicité.

"Comme on apprend à ajouter spontanément un habit/C'est en faisant fréquemment le thé que vous saurez le faire." Sen no Rikyu

Le lecteur y trouve tout ce qui fait la délicatesse et la finesse de la culture spirituelle japonaise...c'est une promenade délicieusement parfumée qui lui est proposée ici.

Les ustensiles deviennent poétiques, les gestes sont sublimés et justement pesés. Une harmonie se dégage de la lecture et apaise l'esprit du lecteur....telle une parenthèse temporelle.

samedi 24 février 2007

Le monde de Bashô


Ce recueil de haïku a attiré mon attention par sa couleur rouge au un liseré noir, puis par les phrases d'un poème disposées "à la manière de" l'écriture japonaise (verticalement): "Ah le vieil étang/une grenouille plonge/et le bruit du silence". Ni une, ni deux, voilà le recueil dans ma besace et ainsi commence ma rencontre avec un poète et les diférentes facettes de son oeuvre: Bashô (1644-1694).

Le format est idéal pour une lecture impromptue de ces haïkus, selon l'humeur du lecteur ou celle du ciel.

On apprend que Bashô n'est que le nom de plume (ou de pinceau) du poète (de son vrai nom Matsuo Kinsaku) et qu'il est issu d'une famille de samouarï. Ce nom de "plume" lui vient du don d'un bananier par un de ses disciples!

Il a une devise qui lui est chère: "Il faut du coeur même faire un haïkaï" . Très vite il sera reconnu comme un maître du haïkaï. Grâce à son école, qui va être de plus en plus florissante, il est le créateur du haïkaï moderne. Au fil de la lecture, on approche les différences entre les tanka, renga , waka, poèmes un peu obscurs pour nos yeux et nos oreilles d'occidentaux.

Les haïkus de Bashô sont souvent inclus dans ses textes en proses (lettres, pensées...)

Dans ce recueil, ils sont classés selon les saisons, les lieux géographiques, les animaux et sont de la main de ses multiples disciples.

....Un délice de théorie, un soupçon, et de poésie pure à savourer à son rythme et selon ses envies. On s'en imprègne doucement, délicatement, suavement au gré des rêveries et des tasses de thé!

dimanche 21 janvier 2007

Poésie japonaise


Comme vous avez pu le remarquer, j'ai un sérieux penchant pour les littératures asiatiques, notamment japonaise.
J'ai découvert également la volupté des Haïkus et n'ai pu résister à l'achat de cette anthologie.
note de l'éditeur:

"Le haïku, admirablement mis en lumière par Yves Bonnefoy dans sa préface, est un poème en trois vers dont l'origine est presque aussi ancienne que la poésie japonaise traditionnelle. Parmi les nombreux auteurs présents dans ces pages, quatre grands noms, qui ont ponctué l'histoire du haïku, se détachent : Bashô (1644-1694), Buson (1715-1783), Issa (1763-1827) et Shiki (1866-1902). A l'égal des autres arts du Japon, tels que l'arrangement des fleurs, l'art des jardins, le tir à l'arc ou le théâtre Nô, le haïku est beaucoup plus qu'un poème sur un instant privilégié. Ce qu'il propose est une expérience proche du satori ou de l'illumination."

Ce recueil n'est pas à lire d'une traite, loin de là: il est à ouvrir au gré des instants, des sentiments, du temps qui passe, qu'il fait ou à toute autre occasion.
Turquoise m'a donné l'idée de la rubrique "Haïku de la semaine", elle qui nous dispense presque chaque jour une lecture ad hoc de haïkus délicieux.
Pour les lire cliquer sur le lien suivant:
les lectures de Turquoise

Merci Pascale pour ton aide précieuse...