samedi 27 mars 2021

Moucheurs, taquinons le saumon en Ecosse

 


Je continue d'explorer le « Cosy mystery » , après les deux premières aventures d'Agatha Raisin l'an dernier, la première enquête du duo Loveday et Ryder, l'approche des mystères de Honey Church puis la découverte de l'incroyable Lady Gorgiana alias Son Espionne Royale, je suis partie en Ecosse faire la connaissance d'un certain Hamish Macbeth, policier municipal de son état dans une bourgade au cœur des Highlands, Lochdubh.


Une école de pêche à la mouche qui organise régulièrement des stages de pêche au saumon pour les mordus de la canne à pêche, des stagiaires plus étonnants les uns que les autres et une ambiance tendue entre eux devient le terreau idéal pour une intrigue mordante.

Hamish, gaillard rouquin, est dépourvu d'ambition professionnelle tout en étant doté d'une intuition naturelle, il aime déambuler dans le village, vaguement sermonner les braconniers dont le terrain de jeu est le domaine d'un riche propriétaire foncier du coin, Sir Halburton-Smythe ; il aime jouer au pique-assiette, l'air de rien, toujours à se faire offrir un café ou un repas. Il aime aussi, sans peu d'espoir de retour, la délicieuse Priscilla Halburton-Smythe qui le secondera dans son enquête. Ne pas oublier son chien baveux, compagnon indéfectible répondant au nom de Towser.


Chaque lundi le couple John et Heather Cartwright accueille un groupe de stagiaires pour leur apprendre les subtilités de la pêche à la mouche et ferrer ainsi saumons et truites dans les lochs des environs. Certains « moucheurs » reviennent régulièrement attirés par la beauté des lochs et des paysages et surtout intéressés par les tarifs très raisonnables appliqués par l'école.

Fait surprenant, l'ambiance entre les stagiaires est tout de suite tendue ce qui n'augure rien de bon aux yeux de John Cartwright : ces derniers se regardent en « chien de faïence » sans piper mot. La glace sera-t-elle difficile à briser ?

Le ton est rapidement donné par une des participantes, une dame à l'allure imposante et à l'air revêche, Lady Jane Winters, langue de vipère notoire du milieu journalistique londonien. Que vient-elle faire dans ce coin perdu des Highlands ? Un reportage incognito ? Toujours est-il qu'elle met mal à l'aise les participants par ses remarques cruelle et vipérines, agaçant sans cesse les uns et les autres. Seul est épargné le benjamin de la bande, le jeune Charlie âgé d'une douzaine d'années.

Les stagiaires forment une galerie de portraits hétéroclites : le couple new-yorkais, Jeremy le jeune homme riche et séduisant, Daphné une jeune femme issue d'un milieu aisé, un colonel vantard, Alice une jeune femme de milieu modeste, timide et d'une grande naïveté à la recherche du prince charmant et Lady Jane Winters artiste en matière de saupoudrage de givre dans les relations humaines.

Tout est réuni pour que la situation de délite lentement mais sûrement. L'intrigue s'installe doucement, tisse les liens possibles entre chaque personnage, elle orchestre les situations qui apporteront, subtilement, le chaos. Ce dernier survient lorsqu'on découvre le corps de Lady Jane lors d'une leçon de pêche. Qui a pu perpétrer ce crime épouvantable ? Le Colonel Moutarde, le Docteur Olive, Mademoiselle Rose, Madame Pervenche, Madame Leblanc ou le Professeur Violet ?

Quant à l'arme du crime...


Le pauvre Hamish est très vite mis sur la touche par l'équipe de détectives chevronnés d'Edimbourg et relégué au rôle de spectateur. Or, c'est sans compter son caractère bien trempé tapi sous une apparente désinvolture et oublier l'intuition qui le taraude et l'amène à enquêter de son côté et à son rythme.

Grâce à sa très grande famille dispersée aux quatre coins du monde, Hamish réussit à rassembler divers renseignements sur la victime et les stagiaires qui pourraient avoir tous une bonne raison de faire taire la très mordante Lady Jane, terreur des tabloïds et célèbre pour ses portraits au vitriol des gens rencontrés lors de ses reportages à sensation. Son domaine ? Découvrir les petits secrets que chacun garde bien cachés dans ses placards. En quelques coups de plume, Lady Jane peut ruiner la plus enviable des positions sociales.

Le dénouement aura lieu grâce à la perspicacité et à la sagacité d'Hamish qui ridiculise l'équipe de gros bras diligentée au village.

Ce qui fait le charme de ce « Cosy mystery » est l'art de dentellière de l'auteure, M.C Beaton, dans les interactions de ses personnages qui se croisent, s'éloignent pour de nouveau de rapprocher dans des concours de circonstances dictés par des motivations peu élégantes. Ainsi en est-il avec le beau gosse Jeremy, séducteur irritant, et ses conquêtes, Daphné et Alice. La première étant plus aguerrie que la seconde qui ne voit pas combien le bellâtre – vraiment ce personnage m'a agacée et je n'ai éprouvé aucune empathie envers lui – la manipule pour obtenir ce dont il a envie.

M.C Beaton décortique avec humour, teinté d'ironie, la nature humaine avec ce qu'elle a de pire et de meilleur en elle. Ainsi Alice comprendra-t-elle que la richesse appelle la richesse, que le Prince Charmant n'existe que dans les contes et qu'elle vaut mieux que tout le clinquant qui attire le misérable bourdon Jeremy.

« Qui prend la mouche » est un roman dont l'intrigue se déroule un peu à la manière de la pêche à la mouche : on lance la ligne avec une délicatesse alliée à une maîtrise du poignet pour effleurer l'eau avec la mouche et attirer peu à peu sa proie. Le lecteur se laisse attirer par les petits détails, les trouvailles au bon moment ce qui le fait avancer et surtout ne pas lâcher le livre.

« Qui prend la mouche » est aussi ce qui arrive aux personnages : qui prend la mouche peut perdre beaucoup plus qu'il n'y a à gagner. Aussi est-il plus sage d'ignorer les piques venimeuses de Lady Jane à moins qu'on ne soit trop impulsif comme un saumon ne pouvant résister à l'appel scintillant d'une mouche au ras de l'eau.

J'avoue avoir craqué pour la nonchalance teintée de fausse désinvolture d'Hamish Macbeth : il est drôle, il est intuitif, il est amoureux d'une étoile hors d'atteinte, il aime sa vie et surtout il aime les gens.

Il a un goût de revenez-y auquel je succomberai avec joie parce que Hamish Macbeth est un peu l'inspecteur Colombo écossais : il semble un peu niais, lent à agir et joue avec subtilité sur ce qui paraît et le faux-semblant. Il joue à être benêt alors qu'il est loin de l'être... comme Colombo.


Roman traduit de l'anglais par Karine Guerre


Quelques avis :

Babelio  Polar zone livre  L'heure de lire  Elodie  Pativore  The cannibal lecteur  Sens critique  Clarabel  A livre ouvert Les lectures d'Alexielle

Lu dans le cadre



vendredi 26 mars 2021

Printemps des poètes

 Nature morte



Des coucous l'Angelus funèbre

A fait sursauter, à ténèbre,

Le coucou, pendule du vieux,

Et le chat-huant, sentinelle,

Dans sa carcasse à la chandelle

Qui flamboie à travers ses yeux.

-Ecoute se taire la chouette...

-Un cri de bois: c'est la brouette

De la Mort, le long du chemin...

Et d'un vol joyeux, la corneille

Fait le tour du toit où l'on veille

Le défunt qui s'en va demain.


Tristan Corbière in "Les amours jaunes"

jeudi 25 mars 2021

Printemps des poètes


 Courtisane au sein dur, à l'oeil opaque et brun

S'ouvrant avec lenteur comme celui d'un boeuf,
Ton grand torse reluit ainsi qu'un marbre neuf.

Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun
Arôme, et la beauté sereine de ton corps
Déroule, mate, ses impeccables accords.

Tu ne sens même pas la chair, ce goût qu'au moins
Exhalent celles-là qui vont fanant les foins,
Et tu trônes, Idole insensible à l'encens.

— Ainsi le Dahlia, roi vêtu de splendeur,
Elève sans orgueil sa tête sans odeur,
Irritant au milieu des jasmins agaçants !

Paul Verlaine in Poèmes saturniens




mercredi 24 mars 2021

Tourbière tombale sur l'île de Lewis

 


J'ai retrouvé avec joie Finley Macleod et son île écossaise. Fin a divorcé de sa femme et a quitté la police d'Edimbourg pour revenir sur Lewis. Son projet ? Se reconstruire et remettre en état la ferme de ses parents.

 

Un cadavre momifié est retrouvé dans une tourbière sur l’île de Lewis, George Gunn, avec lequel Fin avait travaillé, est chargé de l’enquête. Il n’est pas rare que des corps momifiés soient retrouvés par les ramasseurs de tourbe, aussi pense-t-on immédiatement que le corps mis au jour date de quelques centaines d’années. Or il n’en est rien : il s’avère que la date de la mort remonte à une bonne cinquantaine d’années, autant dire hier, une mort violente puisqu’il a eu la gorge tranchée. George Gunn fait appel à Fin Macleod pour l’aider.

Qui est ce mort ? D’où vient-il ? Personne ne le reconnaît malgré l’extraordinaire conservation du visage donc il n’est pas du coin.

Lors de l’autopsie, un tatouage représentant Elvis Presley et le titre d’une de ses chansons est remarqué ainsi que les traces laissées par un vêtement ou une couverture de laine. L’affaire devient épineuse quand l’analyse de l’ADN du mort présente de grande similitude avec l’ADN du père de Marsaili Macdonald, Tormod. Comment se fait-il que le vieux Tormod ait des liens de sang donc familiaux avec l’inconnu  de la tourbière ? Quel secret dissimule-t-il ? Est-il le meurtrier ?

 

Très vite, le lecteur sait que Tormod est atteint de la maladie d’Alzheimer puisque le roman se partage entre les événements du présent et ceux du passé relatés à la première personne par Tormod. Comme dans « L’île des chasseurs d’oiseaux » il collationne avec patience les bribes d’indices dans le récit pour reconstituer le puzzle et ainsi trouver réponses aux questions posées par l’enquête. Il suit la progression de Fin dans le passé du vieil homme qui ne peut se défendre, perdu dans les béances de sa mémoire qui part en lambeaux. Tel un saumon, Fin – avec à ses côtés le lecteur – remonte la rivière du temps pour découvrir peu à peu un véritable drame social et humain, facette sombre d’un épisode de l’histoire des îles écossaises : le sort réservé à des milliers d’orphelins et d’enfants abandonnés par l’église catholique qui les  plaçaient dans des structures plus ou moins accueillantes avant de les envoyer comme main d’œuvre très bon marché dans les îles Hébrides extérieures… dont fait partie l’île de Lewis et de Harris.

Tormod revit dans la douleur ce passé tapi depuis si longtemps au plus profond de son être et grâce à ses fulgurances, Fin remonte, inlassablement, la piste ténue du destin tragique des « homers ».

Cinquante ans plus tôt, deux frères devenus orphelins sont admis dans un orphelinat : l’aîné, Johnny, a juré sur le lit de mort de sa mère de toujours veiller sur son cadet, Peter, diminué intellectuellement depuis son accident. Ils rencontrent une jeune fille, joyeusement délurée, dont ils font leur amie, elle est aussi catholique. Quelques années passent, au cours d’une fête nocturne sur le toit de l’institution qui les a recueillis, The Dean Residence, un différent se produit entre Peter et un des gars de l’école du village. Pour réparer l’outrage, Johnny se mesure avec lui sur un pont. Il réussit à franchir les obstacles sans encombres, plus rapide que son adversaire. Ce dernier est trop près de la rambarde, Peter veut le retenir… sans succès. Le garçon tombe dans le vide et se tue. Or ce dernier appartient à une famille de délinquants notoires.

Suite à cet accident, Johnny, Peter et la jeune fille sont envoyés sur une des Hébrides extérieures, non loin de Lewis, chez des paysans. C’est là que quelques années plus tard, les frères du garçon tombé du pont retrouvent leur piste et exercent leur vengeance. Johnny et Peter disparaissent à jamais… jusqu’à ce que la tourbe de Lewis libère un corps.

 

Les paysages sont somptueux, leur description extraordinaire, l’auteur envoûte son lecteur et le tient en haleine de bout en bout.

Le tragique, le sombre et le sordide côtoient la lumière et la beauté des âmes et de la nature sauvage et écorchée des Hébrides. En plein été l’Arctique se rappelle au bon souvenir des habitants de ces îles battues par les vents et les vagues d’un océan sans pitié.

Peter May invite son lecteur à pénétrer au cœur des traditions insulaires : la récolte de la tourbe et la confection de lainages huilés et tissés de manière tellement serrée qu’ils en deviennent imperméables. Chaque famille de pêcheurs avait ses motifs et ses couleurs ce qui permettait de connaître l’identité des marins trépassés lors des campagnes de pêche.

Il dévoile également, dans "L'homme de Lewis", une période peu glorieuse de l’histoire écossaise : le destin cruel et poignant des orphelins déportés, les  « Homers » dans les îles Hébrides extérieures ou en Australie. Ils furent exploités sans vergogne, soumis aux pires sévices, abandonnés par l’Eglise catholique qui aurait du les protéger. Cette pratique a perduré en Ecosse jusque dans les années 1970. Bien entendu, le but de l’Eglise n’était pas d’en faire des esclaves sauf que l’on sait, hélas, que l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions, à savoir ici, la volonté de contribuer au repeuplement de ces îles lointaines et isolées d’obédience catholique et de limiter les effets des mariages consanguins, fréquents dans des sociétés évoluant sur un territoire limité avec peu d’échanges avec l’extérieur.

 

Peter May orchestre le suspense jusqu’à la fin avec brio pour le plus grand plaisir du lecteur.

 

Traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue

 

Quelques avis :

 Babelio  Sens critique  Eva  Livraddict  Critiques libres  Hannibal le lecteur  Clé de l'intrigue  Anais  

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Printemps des poètes

 


La brise du printemps sur le visage de la rose: c'est charmant!

Parmi les fleurs le visage de la jolie qu'on chérit: c'est charmant!

Parler du jour qui est parti: ce n'est pas charmant!

Fais la fête! Tais-toi sur le jour passé! le jour qui est: c'est charmant!


Omar Khayam in "Rubayat"

Traduction d'Armand Robin


dimanche 21 mars 2021

Noces indiennes

 


« A Madras, Savitri la fille du cuisinier de la famille Lyndsay, et David, le fils Lyndsay, se jurent un amour éternel. Dans le Tamil Nadu, Nat est adopté par un médecin blanc et quitte son orphelinat. En Guyane britannique, Saroj, jeune fille rebelle se rebiffe et refuse le mariage arrangé par son père. »

Trois personnages dont les destins croisés sont relatés avec sensibilité par la plume émouvante de Sharon Maas.

Trois histoires d'amour se déroulant à trois époques différentes et sur trois continents. Trois histoires aux méandres plus surprenants les uns que les autres.

Savitri possède une sensibilité extrême au point de savoir «parler» avec les animaux, les comprendre et communiquer avec eux, elle saisit la part de Dieu dans les prières musulmanes et prie, chaque matin, avec les muezzins : le message divin est partout quelle que soit la religion à laquelle il appartient. Aussi, rien ne peut-il être impur aux yeux de cette jeune brahmane.

Elle apporte une touche subtile à chaque chose passant entre ses mains, elle apporte une dimension particulière aux aliments et donc à la saveur de ces derniers quand ils sont cuisinés. Dans ses mains court une énergie spéciale, un fluide peu commun, elle guérit et apaise les âmes comme les corps. Elle a le Don qui se transmet de génération en génération au sein de sa famille, ce don qui fait qu'elle a une aura invisible et pourtant prégnante : à son contact, tout prend une autre dimension ; la rencontre avec le serpent dans le jardin est un moment extraordinaire, le temps s'arrête pour que deux mondes se côtoient dans un respect mutuel ; le jour où David la surprend en train de danser la danse du paon, instant sublime quand l'harmonie du monde se mêle à celle de l'âme et du corps.     

Nat, orphelin au teint clair, est adopté par un médecin anglais dont un pied est en bois. Sur cette particularité rien ne transpirera jusqu’à la fin du roman. Le lecteur ne connaît pas le nom du père adoptif de Nat, il sait seulement que Nat l’appelle « papa » ou « docteur ». Nat grandit dans un village reculé et devient vite réputé pour sa « main d’or » car il porte chance à ceux qu’il touche. Il est éduqué pour succéder à son père et consacrer sa vie aux plus démunis, aux oubliés de l’éveil indien.

Il doit quitter l’Inde pour poursuivre ses études à Londres. Là, c’est le choc culturel : Nat apprend la volupté, le sens de la fête, à conquérir les filles jusqu’à en oublier d’étudier. Puis, il se réveille en s’apercevant qu’il est passé à côté de l’essentiel, qu’il n’a pas revu son père depuis trop d’années. Il veut retourner en Inde, hésite, se décide pour ne pas décevoir l’ami de son père venu le convaincre de rentrer. Nat escompte fausser compagnie lors de l’étape ceylanaise, il ne peut le faire et revient dans son village perdu près de Madras… en pleine mousson. Il prend conscience qu’il a fait fausse route toutes ces années, qu’il doit devenir médecin.

Saroj, la rebelle qui hait son père depuis qu’il a chassé sa nounou parce qu’elle l’avait laissée jouer avec le petit voisin noir. Baba est un indien traditionnaliste et rigoriste alors qu’on pourrait s’attendre à ce que le poids des traditions s’estompe à l’autre bout du monde. Baba a décidé que Saroj épousera le jeune homme qu’il lui a choisi. La chape de plomb du mariage arrangé fait exploser le cocon familial dans une cacophonie de pleurs et de chagrin. Ma, la mère si consensuelle, si indienne, disparaît dans les flammes de l’incendie qui ravage la maison familiale et anéantit le jardin magnifique qu’elle a créé, elle qui sait si bien marier les saveurs, qui a la main verte, qui sait comprendre les cœurs, qui sait manœuvrer son époux, Baba.

C’est en Angleterre, à Londres et ses environs, que le dénouement aura en partie lieu, où les colères s’apaiseront, où les blessures cicatriseront. Les fils du maillage du récit font alors sens : le lecteur rassemble les indices dispersés tout au long du roman pour apprendre ce qui se cache sous ces destins croisés.

 

Sharon Maas orchestre plusieurs tableaux représentatifs de l’Inde qu’elle aime malgré les zones d’ombre : la pauvreté, l’insalubrité des demeures des indigents, la rigidité du système des castes qui perdure jusqu’en Guyane britannique, les femmes soumises à la décision des hommes et/ou à leur cruauté.

Le lecteur est transporté dans un rythme bollywoodien, les rebondissements sont nombreux ainsi que les scènes plus sentimentales sans que cela ne sombre dans le pathos ou le sirupeux.

J’ai aimé les couleurs, les saveurs qui imprègnent le roman ainsi que la manière de dérouler une partie de l’histoire moderne de l’Inde tiraillée entre les idées nouvelles et les croyances, les traditions ancestrales et les non-dits des pratiques millénaires. Le carcan se fissure puis craque dans la douleur et le chagrin parfois.

Cependant, le dénouement apporte une note optimiste et insuffle l’espoir de voir évoluer tant le système des castes que la condition féminine que ce soit celle des femmes éduquées et celle des femmes les plus démunies.

Je ne connaissais pas cette auteure et j’ai envie de continuer à la lire, notamment son autre roman « La danse des paons ».

Je remercie Hilde pour l’organisation de cette lecture commune dans le cadre des Etapes indiennes.


Roman traduit de l’anglais par Martine Leroy-Battistelli

 

Quelques avis :

 Rachel  Babelio  Sens critique  Livraddict  La livrophile  Critiques libres  Noisette  Bienvenue du côté de chez Cyan  

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lundi 15 mars 2021

La glace peut être votre pire cauchemar



 

The Terror

Il y a 2 saisons d'une dizaine d'épisodes chacune.

La première saison est consacrée à l'expédition britannique en arctique pour découvrir le passage du Grand Nord reliant l'Atlantique au Pacifique.

« The Terror » est une série américaine de David Kajganich et Soo Hugh. La première saison est l'adaptation du roman « Terreur » de Dan Simmons qui revient sur l'expédition Franklin, un désastre humain. Personne n'a su ce que ces hommes sont devenus et aujourd'hui le mystère est intact.

Dan Simmons imagine dans son roman ce qui a pu arriver aux deux équipages.

Je n'ai pas lu le roman, le visionnage de la série m'a donné envie de m'y plonger quand le moment sera venu.

En 1845, Sir John Franklin est à la tête d'une expédition dans le but de découvrir le Passage Nord-Ouest. L'expédition est composée de deux navires britanniques : le HMS (Her Majesty's Ship) Erebus et le HMS The Terror. Le premier est commandé par James Fitzjames et le second par Francis Crozier, commandant en second. L'hiver leur tombe dessus plus tôt que prévu les bloquant dans les glaces non loin de l'île du Roi-Guillaume suite à une erreur de pilotage. Les 134 hommes doivent survivre dans le froid extrême malgré les maladies, dont une qui les rongent, et les attaques d'une inquiétante créature.

Les navires bénéficient de matériel moderne et performant : un moteur à vapeur, du chauffage. Les équipages bénéficient d'une importante bibliothèque et dans les cales sont entreposés trois ans de nourriture.

Ces 134 hommes se retrouvent soumis aux conditions climatiques extrêmes, aux privations alimentaires, aux longues ténèbres arctiques agrémentées de tempêtes d'une violence inouïe. Or, la cerise sur le gâteau est la présence d'une créature meurtrière empreinte de mystère : qu'est-elle ? Un esprit esquimau ? Un monstre sanguinaire ?

Les embarcations disparaîtront corps et bien, plus personne n'aura de leurs nouvelles. Alors...que s'est-il passé?

La force de Dan Simmons est de tisser son histoire à partir des zones d'ombre et de faire apparaître aux côtés des éléments réels des éléments fantastiques.


La série est très bien réalisée, les acteurs jouent juste, sans en faire trop. Le point important est qu'ils ne sont pas tous de « beaux gosses » à l'américaine. Non, ils ont des « trognes », ils apportent du caractère et de l'épaisseur à leur personnage.

La photographie est parfaite : les décors, qui ne sont pas naturels, nous emportent dans cet enfer blanc et glacial. Les visages sont tannés par le froid et les gifles des bourrasques. Les costumes réalistes.

J'ai eu la joie de retrouver Tobias Menzies qui tint le rôle, difficile et fascinant, de Frank Randall/capitaine John Randall dans "Outlander". J'ai toujours beaucoup apprécié son jeu et dans « The Terror » il est d'une perfection toute britannique : collet monté, un brin de morgue, doté d'une discipline irréprochable. Le masque s'effrite à mesure que la catastrophe devient inévitable, que le seuil de la mort est proche. L'homme se révèle tel qu'il est : rongé par la peur et la honte d'avoir failli en tant que fils illégitime.


Comme dans tout récit, il y a des personnages qui sortent du lot : l'anatomiste Henry Goodsir, humaniste hors pair, curieux des autres et d'une immense tolérance. L'inquiétant quartier-maître Cornélius Hickey, sournois à souhait, manipulateur et imposteur. Le commandant en second Francis Croizier, alcoolique, réaliste quant à la dangerosité de la situation, vétéran d'une précédente expédition dans la même zone.

La présence de la créature provoque la terreur irrationnelle au sein des équipages mais aussi chez le téléspectateur sensible tel que moi. Peu à peu, éclairé par les révélations muettes de Lady Silence, la fille d'un chamane inuit, la créature n'est pas la plus monstrueuse : l'homme peut se révéler être un véritable monstre pour ses semblables. L'exploration de cette zone d'ombre par Dan Simmons et reprise avec brio par les réalisateurs de la série, apporte ce qu'il faut de sueurs froides et de sidération devant l'inhumanité et l'absence d'empathie d'un des personnages.

La créature permet de scruter les abysses sombres et détestables de l'âme humaine.


« The Terror » est une expérience extraordinaire au cœur d'une immensité blanche, glaciale et minérale. J'ai plongé dans cet univers cruel et beau sans regret malgré mes nerfs mis à rude épreuve.

Quand on sait qu'elle a été produite par Ridley Scott... on ne peut s'attendre qu'à du bon.

Ah, j'oubliais... le générique est, aussi, excellent.


Un avis dithyrambique chez : Cliffhanger

D'autres avis:

Le Point  Close upmag  Critictoo  Le mag du ciné  Les Inrocks

Lu dans le cadre:



dimanche 14 mars 2021

Anne avec un E

 


J'ai été charmée par la série « Anne withe an E », aussi quand le premier tome des aventures d'Anne  de Green Gables est sorti aux éditions « Monsieur Toussaint Louverture », je me suis promis de le lire.

 

« Anne de Green Gables » est un roman foisonnant, vivifiant, drôle, comique, émouvant et plein de fraîcheur, celle d'une fillette, Anne Shirley de onze ans adoptée par un couple de célibataires, un frère et sa sœur, Matthew et Marilla Cuthbert, d'Avonlea petit village sur l'île du Prince Edouard.

Nous suivons les aventures de cette fillette rousse au visage constellé de taches de rousseur. Anne est tout en jambes, maladroite et espiègle. Elle apporte dans son sillage une tempête de vie au cœur du quotidien des Cuthbert qui n’en reviennent pas du bien qu’elle leur fait.

Anne leur fait du bien et a su trouver sa place à Green Gables malgré la rudesse, apparente, de Marilla qui n’a de cesse d’en faire une jeune fille « comme il faut ». Elle bouleverse la quiétude d’Avonlea par son romantisme échevelé, son amour des « grands mots », des expressions alambiquées, son éternel désespoir de ne pas être jolie car rousse. Elle est la fraîcheur de la fin de l’enfance, celle qui regarde, émerveillée, la nature flamboyante qu’elle a sous les yeux.

Son imagination peut être sans limite car nourrie par un imaginaire riche et inventif. Elle sait manier les mots, les agencer en phrases pour en faire des histoires à rebondissements. Elle est impulsive car sensible comme peuvent l’être les créatifs.

Anne rêvasse souvent et pas toujours au bon moment : l’épisode du gâteau est d’une grande saveur, elle confond la vanille avec une autre épice ce qui pimente la dégustation.

Anne virevolte, invente, aime, déteste, s’entiche, s’enflamme et est obnubilée par sa rousseur qui la désespère. Au point qu’elle achète, en l’absence de Marilla, une teinture noire pour devenir brune. La catastrophe est à la hauteur du personnage : ses cheveux deviennent verts et c’est tellement irrécupérable qu’une seule solution s’impose, les couper.

Son amie de cœur, « -vous savez, une amie intime- quelqu’un de très proche, une âme sœur à qui je pourrai tout dire. J’ai rêvé de la rencontrer toute ma vie. Jamais je n’ai pensé que ça pourrait arriver, mais puisque tant de mes plus beaux rêves sont devenus réalité d’un seul coup, peut-être que celui-ci va se réaliser aussi. » Diana Barry est aussi brune qu’Anne est rousse, petite dotée de rondeurs alors qu’Anne est grande er mince. Et pourtant, les deux fillettes façonneront une amitié forte et indéfectible : la sagesse de Diana tempérant les élans d’Anne, les engouements d’Anne révélant l’audace tapie en Diana.

Diana appartient à la bourgeoisie aisée d’Avonlea, ancrée dans l’éducation britannique, Anne est une fleur sauvage prête à s’émanciper, à l’image du Canada.

Je passe sur les multiples rebondissements dont le parcours d’Anne est jalonné. La fillette dégingandée s’épanouit au fil des années en une belle adolescente, avide de savoirs, enflammée et rebelle. Elle devient la fille de coeur des Cuthbert, celle dont ils n’avaient jamais osé rêver si la vie leur avait apporté une épouse ou un mari. D’ailleurs, je ne sais pas si cela a été voulu par la traductrice, le lecteur perçoit l’adoption lorsque Anne et Marilla commencent à se tutoyer : le glissement s’effectue en subtile douceur.

Que l’on aime Anne et ses exubérances (j’ai adoré une de ses expressions : « mon oreiller de solitude »), que son attachement à son apparence (ne pas oublier, du moins à mon sens, que la vie des personnes rousses n’a jamais été facile car toujours associées au Malin) agace ou amuse, je trouve le personnage des plus attachants non seulement parce que Anne m’a ramenée à mon enfance et ses préoccupations sont celles de chaque petite fille, mais aussi parce qu’à travers son regard émerveillé sur le monde qui l’entoure, elle nous fait redécouvrir les beautés simples et si belles de la nature ainsi que ses mystères, ceux qui font grandir et s’affermir.

Regarder la série avant de lire le roman n’a pas du tout étiolé ni affadi les images mentales que j’ai construites au cours de ma lecture, la voix d’Anne n’était pas celle de l’actrice mais celle que j’ai imaginée. Lire le roman apporte un immense supplément d’âme à la série ce qui fait que l’on dévore les pages en riant, pleurant ou souriant au gré des scènes de vie.

« Anne de Green Gables » est un roman jeunesse tout sauf fade, insipide ou ennuyeux. Bien au contraire : il est écrit avec tendresse et subtilité. Il y a des descriptions, essentielles pour comprendre la quintessence de l’héroïne et de son environnement, que le lecteur savoure sans bouder son plaisir.

 

Traduit de l’anglais (Canada) par Hélène Charrier

Le site de l'éditeur ici

Quelques avis

Babelio  La Croix  Eva  Sens critique  Le Monde




samedi 6 mars 2021

Coup de Trafalgar à Buckingham!

 


Nous sommes toujours en 1932, à Londres, en compagnie de Lady Victoria Georgiana Charlotte Eugénie.

Notre Lady Georgiana a toujours autant de difficulté à boucler ses fins de mois, elle loue ses services aux propriétaires de résidence chic afin de la préparer avant leur arrivée.

Deux mois après ses mésaventures, Georgie est de nouveau appelée à Buckingham par la Reine Mary. Une nouvelle mission se profite-t-elle pour Lady de Rannoch ?

David, le Prince de Galles et héritier du trône anglais, est toujours et encore sous le charme de Mme Simpson, l'américaine qui fait trembler la Reine Mary désespérée de voir son fils, un jour, rentrer dans le rang.

La Reine ne s'avoue pas vaincue et a invité la jeune Hannelore, Princesse de Bavière, à passer quelques semaines à Londres. Elle espère ainsi détourner David de la dame Simpson. Lady Georgina se voit confier le chaperonnage de la Princesse et avant de dire ouf se retrouve avec une invitée à Rannoch House …. sans domesticité, sans argent, sans chauffeur, sans aucune commodité pour ce genre d'accueil. Bien entendu, ces détails matériels ne sont pas le souci de la Reine d'autant que l'activité professionnelle de sa parente reste un secret.

Pour corser le tout, la princesse bavaroise débarque du train accompagnée de sa femme de chambre revêche et de son chaperon-dame de compagnie, la Baronne Rottenmeister de fort méchante humeur.

Commence alors pour Lady Georgiana un vrai casse-tête pour parvenir à juguler les extravagances de la jeune fille à peine sortie du couvent où elle vient de passer dix années à étudier.

La Princesse Hannelore de Bavière s'exprime dans un anglais très cru, aux accents américains, la faute aux films de gangsters qu'elle dit avoir vus et revus. La Princesse Hannelore de Bavière est une dépensière dotée d'aucune limite mais d'une fâcheuse tendance à quitter un grand magasin avec un article sous le bras. La Princesse Hannelore de Bavière est à l'image d'un jeune chien en pleine crise d'adolescence refusant d'être astreinte à l'Etiquette et désirant arpenter Londres de long, en large et en travers. En un mot comme en mille, la Princesse Hannelore de Bavière est une épine dans le pied de notre charmante Lady de Rannoch d'autant plus que son obsession est de rencontrer des hommes jeunes et sexy.

Les arias de Georgie s'enchaînent : une échauffourée au Speaker's Corner à Hyde Park entre orateur et sympathisants socialistes et chemises noires ; une fête branchée dans un appartement huppé au cours de laquelle un invité chute après que la rembarde du balcon ait cédé ; la découverte, dans une librairie de livres anciens, du corps du jeune homme rencontré à Speaker's Corner, par la Princesse Hannelore ; la mort de la Baronne Rottenmeister au cours d'un séjour à la campagne, non loin de Cambridge. L'incident diplomatique entre l'Angleterre et l'Allemagne pourrait être prêt à éclater.

Heureusement, son grand-père et sa voisine viendront lui prêter main-forte en cuisine, son frère lui allouera une somme pour la logistique – Georgie a usé d'un zeste de chantage – et ce cher Darcy sortira de nulle part pour la tirer d'affaire à chaque moment crucial.


Une fois encore, Rhys Bowen dresse une galerie de portraits plus truculents les uns que les autres. Elle fait monter en puissance le mystère, organise autour de son héroïne de multiples situations allant du cocasse à l'angoisse extrême.

Lady Georgiana acquiert une épaisseur dans son rôle d'enquêtrice discrète au service de Sa Majesté, elle est de plus en plus perspicace tout en conservant une certaine candeur.

Le contexte historique est présent par petites touches savamment réparties : le Speaker's Corner ou « Coin des orateurs » est un « espace réservé au nord-est de Hyde Park où chacun peut prendre la parole librement et assumer un rôle temporaire d'orateur devant l'assistance du moment. Il fallut attendre 1872 pour que le gouvernement reconnaisse le besoin ressenti par la population de se réunir en public pour donner libre cours à des discussions. » (source Wikipédia), les Chemises noires ont participé à plusieurs coups de force, les complots socialistes instigués par les activistes soviétiques ne devaient pas être inexistants.

1932, un an avant l'accession d'Hitler au pouvoir en Allemagne, est une année où tout peut basculer, où les équilibres peuvent être rompus.


D'aucuns estimeront que l'auteure affleure la situation des femmes sans véritablement creuser. Dans « Son Espionne royale et le mystère bavarois », une scène de tentative de viol est décrite ainsi que de nombreux gestes déplacés à l'encontre de jeunes filles de la part de l'hôte accueillant la partie de campagne. En quelques lignes, l'héroïne montre sa gêne lorsque son hôte la « pelote » car elle ne sait pas comment réagir tout en restant une Lady.

Georgie se retrouve, lorsqu'elle est sur le point de se faire violer, face à la quadrature du cercle : flirter gentiment sans pour autant être libertine. Bélinda est l'antithèse de Georgie : elle assume sa liberté sexuelle, ses choix masculins et son langage cru. La première ne recule devant aucun plaisir tandis que la seconde ne souhaite perdre sa virginité qu'avec un homme dont elle sera amoureuse. En effet, Georgie ne veut pas devenir comme sa mère allant de mari en mari.


La chute du roman est un petit régal et distille un élément qui pourrait donner un élément de réponse quant à la propension de Darcy à tomber à pic dans de nombreux moments difficiles pour Georgie.

Traduit de l'anglais par Blandine Longre

Quelques avis :

Babelio   Félinana  

A la page des livres  Violaine  Pativore  Sélectrice Laety  Ramettes  Maeve


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mardi 2 mars 2021

Entrée en matière ou mise en bouche

 


Je retrouve avec plaisir mes lectures policières de jeunesse : les « Miss Marple ».

Chaque mardi Miss Marple rejoint le Club du mardi, réunion bon enfant au cours de laquelle chaque participant relate une affaire mystérieuse dont la résolution est compliquée et défiant parfois la logique. Du moins en apparence.

Au rythme des aiguilles à tricoter de notre discrète et sagace Miss Marple, les questions trouvent leurs réponses. L'ambiance est feutrée, les membres du Club distingués, le thé est servi dans des tasses délicieusement décorées. Il ne manque plus qu'un chat pour que la perfection soit atteinte.

Qui a assassiné la dame de compagnie de la dame anglaise « bien comme il faut » ? Une fois le « qui ? » trouvé, le pourquoi invite notre aimable assemblée à deviner, avec les éléments donnés, le mobile.

Il en va de même pour le testament escamoté par un vrai tour de passe-passe, pour le meurtre d'un empêcheur de groupe criminel de tourner en rond ou pour une noyade.


"Le Club du mardi continue" est un recueil de nouvelles écrites avec une concision extraordinaire, les indices sont semés avec un art consommé de la dissimulation. C'est un délice et je m'y laisse toujours prendre avec enthousiasme. Tout est dans l'observation et la connaissance aiguë de la nature humaine. Pour ce faire il n'est point nécessaire d'avoir vécu mille et une vies dans mille et uns endroits du monde connu.

J'ai beau lire avec attention le texte, revenir en arrière et être vigilante, je me fais coiffée au poteau par Miss Marple qui sait interpréter chaque infime nuance dans les gestes, les paroles ou le positionnement des objets.


Ce qui est plaisant dans cette mise en bouche des romans d'Agatha Christie, c'est qu'en peu de mots, l'auteure créé une atmosphère et met en place des situations à énigme.

Traduit de l'anglais par Sylvie Durastanti

Quelques avis

Babelio  Sens critique  Livraddict  Le monde de Mara 2  Des livres et Sharon  Bienvenue du côté d chez Cyan  Critiques libres

Lu dans le cadre



lundi 1 mars 2021

Le Mois British Mysteries: la PAL


 Soyons fous, n'hésitons plus et lançons-nous! Chatperlipopette participera au Mois British Mysteries 2021 organisé par Lou et Hilde, dans la mesure de ses moyens.

- "Le club du mardi continue" d'Agatha Christie

- "Baker Street: Sherlock Holmes n'a peur de rien" de Veys et Barral

- "V pour Vendetta" d'Alan Moore et David Lloyd

- "Son espionne royale et le mystère bavarois" de Rhys Bowen

- "Meurtre dans un jardin anglais" film de Peter Greenaway (1982)

- "The Terror" série produite par Ridley Scott, raconte une expédition de la Marine Royale à la recherche du Passage du Nord dans les années 1850

- "L'homme de Lewis" de Peter May

N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures

 


Printemps 1940, le 6 avril, un décret du gouvernement de Vichy interdit tout mouvement aux nomades. Une occasion comme une autre d'assigner à résidence les Manouches : en temps de guerre tout ce qui ne se fonde pas dans la norme est suspect.

"La circulation des nomades est interdite sur la totalité du territoire.
Les nomades, c'est-à-dire toutes personnes réputées telles dans les conditions prévues à l'article 3 de la loi du 16 juillet 19121, sont astreints à se présenter sous les quinze jours qui suivent la publication du présent décret, à la brigade de gendarmerie ou au commissariat de police le plus voisin du lieu où ils se trouvent. Il leur sera enjoint de se rendre dans une localité où ils seront tenus à résider sous surveillance de la police. Cette localité sera fixée pour chaque département par arrêté du Préfet".

Il y a une précision dans le rapport concernant ce décret, une précision qui fait froid dans le dos :

"En période de guerre, la circulation des nomades, individus errant généralement sans domicile, ni patrie, ni profession effective, constitue, pour la défense nationale et la sauvegarde du secret, un danger qui doit être écarté".

Le décor est planté, l'histoire peut commencer.

Alba a 14 ans en ce printemps 1940, elle est depuis des années les yeux de sa mère, elle est l'aînée, la grande sœur, la seconde maman. Elle ne comprend pas ce qui leur arrive quand ils reçoivent l'ordre de quitter les lieux, de faire leurs bagages et de suivre le détachement de gendarmes jusqu'au camp des Alliers, non loin d'Angoulême.

L'assignation à résidence, dans un camp entouré de barbelés, est une condamnation à l'exil intérieur pour les nomades dont l'essence vitale est de parcourir les chemins en louant leurs bras aux paysans en fonction des saisons. Abandonner les roulottes et les chevaux pour prendre domicile dans des baraquements est le premier pas vers l'étiolement et la neurasthénie.

Il n'y aura plus de feux à la nuit tombée, il n'y aura plus de grands rassemblements, il n'y aura plus la joie de goûter à la liberté sur les chemins, il n'y aura plus de porte à porte, il n'y aura plus rien hormis la douleur de l'enfermement dans des conditions déplorables, hormis la litanie des appels.

Il y a ceux qui rêvent de partir, ceux qui ont choisi de rester, ceux qui se languissent, ceux qui se meurent, ceux qui naissent, ceux qui veulent vivre.

« N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures » est un roman tout en finesse et sensibilité : l'auteure entre avec délicatesse dans un pan d'histoire de l'Occupation méconnu et tout aussi détestable. Le décret du 6 avril 1940 est entré sans permission dans les roulottes, l'âme du peuple Manouche, Tzigane, pour fouler du pied un peuple que le pouvoir a toujours voulu sédentariser.

Paola Pigani relate à travers Alba la noirceur des jours passés dans le camp, la noirceur de l'impétigo et de la gale, la beauté de la moindre miette de couleur, de la moindre parcelle de vie, la magnificence d'une fierté âpre et sauvage, l'éclat somptueux des amours naissants.

On rit, on grince des dents, on pleure, on serre les dents et les poings, on retient son souffle et on danse envers et contre tout. Le violon perd des cordes, qu'à cela ne tienne, les chants demeurent et enflent !

Les roulottes et les chevaux deviennent caravanes et voitures, les chemins deviennent routes d'asphalte, le voyage continuera pour certains, pour d'autres il s'arrêtera dans un pavillon ou un appartement HLM car « Alba sent bien qu'il faudrait pas les pousser trop ses enfants pour ressembler aux gadjés. Ca leur plaît d'avoir la télévision, une machine à laver et une carte nationale d'identité. Pour certains, la caravane dans la cour avec des murs tout autour et toujours le même horizon. Ca peut se comprendre la fatigue de voyager, de ne rien laisser derrière soi, de ne jamais savoir pour le temps qui reste. »

 

« N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures », un roman qui rend hommage à ceux qu'il est trop facile d'effacer de la mémoire collective, un hommage qui évité l'écueil du pathos et du misérabilisme. Une lecture touchante et belle.

 

Quelques avis

Babelio  Bulle de Manou  Bouquivore  A propos de livres  Liliba  Mes belles lectures  Mademoiselle Maeve 

Le roman était dans ma PAL depuis le confinement de mars dernier.