samedi 10 avril 2021

Chat-tittude chapitre 3

 


Le synopsis :

« Kensuke Fuji est un amoureux inconditionnel des chats, cet amour n'est cependant pas réciproque, les chats ayant tendance à le fuir comme la peste. Il fait un jour la rencontre de Jin Nekoya, un « maître-chat » prêt à lui enseigner ses techniques secrètes pour se faire aimer des félins. »


Que nous réserve le troisième opus de « Félin pour l’autre » ?

Kensuke continue son initiation en tant que padawan du Maître-chat Jin Nekoya, Koharu s’investit de plus en plus aux côtés de son ami et Tora grandit

Notre jeune héros s’améliore et connaît une grande partie des subtilités de la gente féline. La rentrée scolaire a eu lieu, il est temps pour lui de faire quelque chose en rapport avec sa passion : quoi de mieux que de créer un club consacré aux chats, un « cat-club ». Or, pour ouvrir un club au sein du lycée, il faut qu’il y ait au moins trois membres et il n’y en a que deux, Kensuke et Koharu. Comment trouver le dernier membre ?

Une fois encore, l’esprit soupçonneux de Koharu se met en branle. Un nouvel élève est arrivé au lycée, il porte l’uniforme de son ancien lycée et porte d’étranges cicatrices sur le visage. Un ancien loubard ? Toujours est-il qu’il n’inspire pas confiance tout en intriguant car il se murmure son surnom « le loubard à chats ». Ce qui intéresse beaucoup Kensuke qui se rend compte que c’est Ichijô qui a brossé tous les chats de gouttière du quartier. L’épisode du duel entre les deux garçons est autant surprenant qu’hilarant d’autant que la chute est inattendue. Ahhh, qui du sac plastique ou du carton aura la préférence du jury, en l’occurrence un chat ? Mon petit doigt me dit que ce sera un match nul..

 

Successivement, au cours de ce troisième tome, nous apprendrons pourquoi Kôtarô Ichijô porte autant de cicatrices sur le visage et sur les bras : c’est l’amour vache entre son chat angora noir, Schwartz, et lui. Les démonstrations sont impressionnantes et interpellent : pourquoi tant de violence ? Ichijô a aussi ce genre de relations d’amitié avec ses anciens comparses.

Nous apprenons ensuite que Tora a des sentiments d’autant qu’il est le narrateur de l’épisode. Avoir le point de vue d’un chat peut être riche d’enseignements.

Tora essaie de faire comprendre à son jeune maître que s’il a des mouvements d’impatience envers lui c’est uniquement parce qu’il a une mission de la plus haute importance : surveiller et défendre leur territoire, surtout quand le Maître est absent… le padawan manque encore d’envergure.

Si vous l’saviez ma brave dame qu’il est compliqué d’éduquer un humain ! Tora a beaucoup de patience, d’empathie et une gourmandise incroyable, excellente aide empathique s’il en est.

Enfin, la question des moyens de communication félins est posée. Une fillette s’inquiète de la disparition de son chat absent depuis une bonne semaine. De fil en aiguille, nous apprenons qu’elle culpabilise parce qu’elle a grondé son chat, Marimo, qu’elle adore, comme elle a été une fois rouspétée par ses parents suite à une grosse bêtise. Elle pense qu’il lui en a voulu et qu’il s’est enfui pour ne plus la voir. En désespoir de cause, elle a collé un rituel magique à hauteur de chat près de sa maison. Devinez quoi !!!! Les chats du quartier se sont passés l’information, le Maître une fois tous les éléments en main est allé récupérer Marimo à trois cents kilomètres de là : l’imprudent siestait dans la remorque d’un camion qui l’a fait voyager sans crier gare.

Le mode de communication félin est-il une légende ou existe-t-il vraiment ? Nous aurions envie d’y croire, un peu comme dans la scène du film « Les 101 dalmatiens » où les chiens diffusent l’avis de recherche de Pongo et Perdita. Le miaounet existe certainement sans pour autant être accessible au commun des humains. Nous apprenons qu’un seul miaulement correspond à 106 000 caractères du langage humain… comme Koharu je m’interroge : info ou intox de la part de l’auteur ?

Nous connaissons les chiens sauveteurs, nous connaissons peu de chats sauvant la vie de leur maître. Ginji est un énorme chat, un pacha trônant dans la boutique de sucreries tenue par une vieille dame. Par amour et reconnaissance pour elle, il endure les câlins et autres gratouilles énervantes de la clientèle enfantine. Un jour, peu après le départ de Kensuke et Koharu du magasin, la vieille dame tombe. Affolé, Ginji ne sait pas quoi faire, il doit se bouger mais est gêné par son poids. N’écoutant que son courage et son amour pour la vieille dame, il trottine à toute allure dans la rue pour rattraper les deux jeunes lycéens. Kensuke comprend rapidement que c’est un appel à l’aide et sent que quelque chose de grave est arrivé à la maîtresse de Ginji. Les secours arrivent à temps pour la sauver.

Moralité, il n’y a pas que les chiens à être fidèles !

A noter que les dessins représentant le grassouillet Genji en train de trottiner sont hilarants et vraiment réalistes.

Je suis irrémédiablement fan, voilà, c’est dit et écrit.

Traduit et adapté du japonais par Julien Pouly

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Chat-ittude chapitre 2

 


Le synopsis :

« Kensuke Fuji est un amoureux inconditionnel des chats, cet amour n'est cependant pas réciproque, les chats ayant tendance à le fuir comme la peste. Il fait un jour la rencontre de Jin Nekoya, un « maître-chat » prêt à lui enseigner ses techniques secrètes pour se faire aimer des félins. »


Le deuxième tome nous en apprend plus sur Jin Nekoya qui n’apparaîtra plus aussi louche que cela aux yeux de Koharu. Il dirige une organisation étonnante : la WWOP, ou Fédération Internationale de Protection des Chats. Ses membres sont persuadés que les chats ont beaucoup à apprendre à l’humanité. Ce qui ne pourrait pas être aussi incongru que cela, non ?

Il y a toujours autant d’humour un brin déjanté, les chats sont toujours aussi mignons et bien dessinés, Koharu est désopilante à vouloir en être sans trop s’impliquer, Kensuke est craquant dans son rôle de disciple que rien ne fera dévier du but qu’il s’est fixé.

Tout shonen rencontre un rival ou entre en rivalité que ce soit sur le plan personnel ou idéologique. Jin Nekoya n’a pas la même vision du mode de vie félin que sa rivale Yoneko Nekoyashiki propriétaire de nombreux bars à chats où les gens peuvent venir se détendre en prenant soin d’un ou plusieurs chats. Elle est absolument délirante avec son chapeau sur lequel se love un chat siamois.

Le premier prône la liberté de choix pour les chats des rues : le confort ou la liberté dans la rue, autrement dit le droit de disposer d’eux-mêmes.

La seconde estime que les chats des rues ne peuvent trouver le bonheur que dans la domestication afin de pouvoir être choyés, bien alimentés et soignés, et vivre plus longtemps. Raison pour laquelle elle a enlevé tous les chats errants du quartier.

Chacun, à leur manière, ne souhaite que le bonheur des chats. Et chacun alimente le débat, vieux comme le monde, de savoir si l’épanouissement personnel passe par le confort matériel ou le confort spirituel. Un chat « sauvage » est-il moins heureux ou plus heureux qu’un chat « domestique » ? Les contraintes de la domesticité entravent-elle le libre-arbitre des chats ? Ayant quatre chats à la maison, maison dotée d’un grand jardin, mes compagnons à pattes de velours sont libres d’aller et venir à leur guise. Une des chattes, il y a quelques années, avait fait le choix de « disparaître » quasiment deux mois car, je l’ai appris plus tard, elle accompagnait un voisin en fin de vie. Pour me rassurer elle faisait de brèves apparitions, mangeait quelques croquettes avant de filer.

Mais reprenons le fil du billet.

Un autre épisode aussi amusant qu’édifiant : celui de la rencontre entre Tora, le chaton qui ne peut sortir tant qu’il n’a pas atteint l’âge adulte, et Joe l’immense chien Saint-Bernard de Koharu. Les premiers instants de la rencontre sont agités et angoissants pour s’achever dans une atmosphère apaisante. L’épisode montre combien les chats et les chiens peuvent bien s’entendre, surtout quand le chat est jeune et le chien placide. Ils sont capables de s’entendre comme larrons en foire et faire les quatre cents coups ensemble.

Une épreuve sera imposée à Kensuke : travailler dans un bar à chats. Et qui verra-t-on entrer avec deux amies ? Koharu, bien entendu ! Notre jeune padawan sera confronté à la gestion de cinquante-et-un minets, gestion troublée par un geste maladroit d’une star qui doit se mettre dans la peau de son prochain rôle, une amoureuse des chats. Une bataille rangée impressionnante provoque la panique parmi les clients. Pourquoi les chats se sont-ils battus ? Kensuke, grâce à ses nombreuses notes prises sur le comportement des chats de l’établissement, remarquera qu’il y a trois types de caractères chez les chats et surtout cinq règles à respecter. Il réorganise le planning des chats en fonctions de leurs affinités.

Mais quels sont les fameux trois types de chats selon les observations de notre héros ? Il y a les chats qui aiment leur indépendance, ils aiment être seuls. Il y a les chats qui aiment les chats, ils apprécient vivre au contact de leurs congénères. Enfin, il y a les chats qui aiment les humains, ils préfèrent vivre avec les humains. S’ils sont contraints de cohabiter les uns avec les autres, la moindre étincelle peut provoquer un carnage.

Quant aux cinq règles, les voici : ne pas regarder un chat que l’on ne connaît pas dans les yeux, ne pas faire trop de bruit, ne pas le regarder d’en haut, ne pas faire de gestes brusques et ne pas trop se parfumer.

A bon entendeur….

Traduit et adapté du japonais par Julien Pouly

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Chat-ittude chapitre 1

 


Je n'avais pas lu de manga depuis une éternité, le challenge « Un mois au Japon » m'a donné l'occasion de regarder de plus près les rayons « mangas » jeunesse de ma médiathèque et mon œil a été attiré par un titre « Félin pour l’autre ». Un manga sur les chats ! Ni une ni deux, les trois premiers volumes ont atterri dans la besace de Chatperlipopette.

 

Le synopsis :

« Kensuke Fuji est un amoureux inconditionnel des chats, cet amour n'est cependant pas réciproque, les chats ayant tendance à le fuir comme la peste. Il fait un jour la rencontre de Jin Nekoya, un « maître-chat » prêt à lui enseigner ses techniques secrètes pour se faire aimer des félins. »

 

Le premier tome nous familiarise avec le jeune héros, Kensuke Fuji, lycéen souvent dans la lune. Il adore les chats sans pouvoir en avoir un chez lui car ses sœurs sont allergiques au poil de chat. Kensuke en est réduit à observer les chats des rues sans pouvoir les approcher pour les caresser. Notre jeune homme voudrait bien câliner les chats mais ne parvient pas à leur plaire ce qui le frustre d’autant plus. Il s’est attaché à une jeune chatte de gouttière qu’il a appelée Tamako. Un jour, elle disparaît, Kensuke part à sa recherche en compagnie d’une camarade de classe, Koharu Yamada.

Ils tombent sur un homme étrange, Jin Nekoya (en japonais, neko signifie chat) qui se présente comme un « Maître-chat ». Il étonne nos deux lycéens par sa connaissance aiguë des félins et sa facilité à dialoguer avec eux. Il n’en faut pas plus pour que Kensuke lui demande de devenir son disciple au grand dam de son amie Koharu.

Commence alors l’initiation de notre héros qui acceptera les défis les plus incroyables pour apprendre la Voie des Chats. Le tout sous le regard interloqué teinté de bienveillance de Koharu qui est un peu la « voix » de la raison.

Koharu est le personnage d’emblée méfiant : elle a envie de ne pas se laisser embarquer dans les aventures de Kensuke tout en ne souhaitant pas le laisser seul, persuadée qu’il a l’art de se fourrer dans les pires ennuis. Elle trouve Jin Nekoya très louche, elle ne lui fait pas confiance car les deux lycéens ne savent rien de lui.

Un des premiers défi que devra relever Kensuke sera celui de faire bouger un gros matou de gouttière, Yatarô. Bien entendu, le défi sera réussi sous le regard halluciné de Koharu qui n’en revient pas du caractère fantasque des amoureux des chats.

Le manga a la particularité de montrer les êtres humains dessinés à la manière des dessins animés japonais alors que les chats sont dessinés de manière très réaliste.

Autre élément intéressant à souligner, l’auteur utilise, en les détournant, les codes du shonen nekketsu, c’est-à-dire l’apprentissage, l’entraînement, les épreuves, le dépassement de soi, la force de l’espoir et l’amitié, pour amener un discours pédagogique quant aux relations à instaurer entre humains et chats. Kensuke a rempli de nombreux cahiers d’observation des chats de gouttière pour tenter de comprendre leur fonctionnement et parvenir à s’en approcher, d’abord sans succès puis avec réussite quand son Maître lui donne quelques éléments de compréhension.

Au fil des défis du jeune héros, le lecteur apprend de nombreuses choses sur le comportement des chats, les gestes à faire ou ne pas faire, et ce pour son plus grand plaisir même s’il connaît, ou croit connaître, les chats.

Le début du parcours de Kensuke peut commencer : le Maître-chat lui offre un chaton, Tora, à éduquer. 
La suite ne pourra qu’être croustillante.

Traduit et adapté du japonais par Julien Pouly

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mercredi 7 avril 2021

Les nuages de Magellan

 


Nous sommes au 27è siècle, l'Humanité a conquis les étoiles, colonisé des galaxies, accomplissant le rêve de l'ancienne Terre.

La nouvelle frontière sont les nuages de Magellan vers lesquels les yeux des explorateurs dans l'âme se tournent sans pouvoir partir en voyage d'exploration.

Les Compagnies ont abandonné l'esprit de conquête, trop aléatoire, trop coûteux et trop dangereux, pour se centrer sur les affaires à réaliser dans les multiples mondes annexés.

Pourtant, deux cents ans auparavant la mise au point et la maîtrise de l'énergie sombre, ressource illimitée, a permis l'arrêt des guerres pour les énergies fossiles. Une époque de liberté et d'exploration de l'espace s'ouvre … Rien n'aurait du freiner la conquête spatiale.

Or, peu à peu, les Compagnies prennent goût aux jeux de pouvoir et d'influence sur la politique, marginalisant les pionniers de l'espace, les contraignant à devenir des hors la loi.

La Piraterie devient un art de vivre pour les gens épris de liberté, pour les personnes dont l'esprit de conquête n'a pas été étouffé. Ils veulent aller toujours plus loin, faire reculer les frontières du possible, avancer, audacieusement, au plus profond de l'espace.

Lors d'une mémorable et ultime bataille, les Compagnies mettent en déroute la Piraterie dont quelques vaisseaux commandés par de valeureuses têtes brûlées, s'évanouissent dans le vide intersidéral. Il se murmure alors qu'ils ont trouvé refuge sur une planète bien cachée.... Carabe devenue mythique.

 

Quelques décennies plus tard, sur Ankou, Damian Sabre, leader des pilotes, souhaite renouer avec les anciens rêves de vie d'aventure offerts par l'immensité de l'espace à explorer.

Dans un combat acharné, il somme les Compagnies de rendre aux gens la liberté de mouvement au-delà de la frontière des mondes connus. La lutte est grandiose et vaine, l'argent musèle une nouvelle fois le souffle de liberté des aventuriers.

Au moment où Damian Sabre tombe sous le feu des Compagnie et qu'Ankou est transformée en enfer, Dan, aux confins de la la Voie Lactée, se met à chanter une complainte de l'ancienne Terre dans laquelle elle chante les héros massacrés par les Compagnies.

Elle est serveuse au Frontier, un bar miteux, sur une planète couleur rouille. Depuis toujours les étoiles inexplorées la font rêver, depuis toujours l'épopée de la grande Piraterie berce ses lectures.

Dan devient une célébrité interplanétaire parce sa prestation au Frontier a été enregistrée et mise sur les réseaux sociaux. Les sbires des Compagnies sont à ses trousses et Dan ne doit son salut qu’à Mary Reed et son vieux vaisseau.

Commence alors une course poursuite interstellaire au cours de laquelle le lecteur glanera informations plus incroyables les unes que les autres sur les différents protagonistes de l’histoire.

 

« Les nuages de Magellan » est un space opéra comme je les aime : du mystère, de l’aventure à n’en plus finir, des rencontres improbables et uniques, des machinations, du rêve, de l’audace et un soupçon de picaresque. On y croise les éléments traditionnels du genre : guerres dévastatrices qui ont usé la Terre des origines, fascination pour l’immensité spatiale, domination des cyborgs amenant à leur interdiction et à l’établissement de lois strictes sur la cybernétique, police religieuse, planète-prison, trahisons et rédemption.

L’écriture d’Estelle Faye est agréable et allie la verdeur du langage des pirates à une élégance dans les descriptions, un peu courtes à mon goût, amenées au bon moment.

Ses héroïnes sont de très beaux portraits de femme : on voit Dan prendre peu à peu son envol et acquérir une assurance qui fera d’elle une femme d’affaires qui ne s’en laisse pas conter. Ce qui est le plus vivifiant, c’est qu’Estelle Faye applique les codes de la SF habituellement destinés à des héros masculins à des personnages féminins et queers.

Je suis restée sur ma faim car il y avait matière à étoffer le roman. Cependant, cela n’enlève rien à son agréable lecture car il y a du Bordage en elle.

 

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samedi 3 avril 2021

Sommeil en fuite

 


Haruki Murakami
possède un art de l'écriture allant du roman fleuve à la nouvelle. « Sommeil » est un excellent morceau de choix. Il faut dire que le format choisi par les éditions 10/18 est de toute beauté : les illustrations noir, blanc et gris de Kat Menschik sont à couper le souffle et animent avec à propos le texte.


Que dire de l'histoire ? Est-ce celle d'une femme qui perd la faculté de dormir ou celle d'une allégorie d'une prise de conscience de soi ?

Avec Murakami tout événement banal peut basculer dans le fantastique ou l'étrange ainsi en va-t-il pour « Sommeil ».

Une jeune femme, trentenaire, perd soudain la faculté de dormir et plus encore la notion de fatigue physique. Elle a déjà subi des périodes d'insomnie, or ce qu'elle vit n'a rien de commun avec la difficulté de dormir.

Elle a tout pour être heureuse : un mari, dentiste doté d'une clientèle importante, un fils, un appartement et des revenus confortables lui permettant de ne pas travailler. Elle mène une vie ordinaire, sans événements extraordinaire, vie banale d'une femme au foyer banale. Jusqu'au jour où le sommeil la fuit et qu'elle ne ressente plus la fatigue : un cauchemar éveillé dans lequel elle voit un vieillard au visage inexpressif, aux vêtements ajustés tenant une carafe ancienne à la main, il la soulève pour en verser l'eau sur les pieds de la jeune femme, en panique « Je voyais qu'il y avait de l'eau sur mes pieds, je l'entendais couler et je ne sentais rien. » ; elle veut hurler, le fait sans qu'aucun son ne sorte de sa bouche, quand elle rouvre les yeux le vieillard a disparu tout comme le sommeil . Le jour est celui des tâches du quotidien, préparation des repas, rituel de l'au revoir du matin et des courses au supermarché, la séance de natation au club sportif, s'occuper de son fils et de son ménage. La nuit devient son espace de liberté de penser, l'espace dans lequel elle retrouve le goût de lire, de renouer avec cette passion abandonnée lorsqu'elle s'est mariée.

Un roman, « Anna Karénine » de Tolstoï, un verre de cognac, les heures nocturnes défilent à lire et redécouvrir l'écriture de l'auteur russe, à s'immerger dans le style au point d'en saisir la quintessence et de se dire qu'avant, elle n'avait rien compris de sa justesse à amener ses personnages, qu'il avait tout un cheminement nécessaire pour que Vronski et Anna puissent se rencontrer.

La fuite du sommeil semble avoir aiguisé sa faculté de comprendre la littérature la plus ardue, elle lui permet de ressentir la subtilité des textes.

Peu à peu, l'héroïne ne pense plus qu'à lire, elle se détache de ses tâches ménagères et familiale du quotidien qu'elle réalise mécaniquement pour s'en libérer. Après avoir retrouvé des vestiges de chocolat entre deux pages de son « Anna Karénine », elle court acheter des tablettes de chocolat pour accompagner ses lectures, comme elle le faisait quand elle suivait ses études.

Personne ne s'aperçoit de son « état » pas même son mari et encore moins son fils. Tous les deux dorment chaque nuit profondément, du sommeil du juste : rien ne peut les réveiller.


La nouvelle « Sommeil », très énigmatique, plonge le lecteur dans les dix-sept nuits sans sommeil de l'héroïne et le fait naviguer dans l'univers particulier de l'auteur qui oscille, ici, entre l'étrange et le fantastique.

On se demande, en quasi apnée, quand la jeune femme s'effondrera de fatigue et sombrera dans un sommeil réparateur. On se le demande tout au long du récit, porté jusqu'au bout par les constats et souvenirs du personnage principal : chaque bribe apporte un morceau du puzzle et pourtant il en manquera un... à charge pour le lecteur de l'imaginer ou de ne pas tenter de la chercher pour rester sous le charme étrange, parfois dérangeant, de l'histoire d'un sommeil en cavale : sa fuite apporte le goût de l'interdit chez la jeune femme, a priori comblée, mais aussi le goût d'une liberté trop longtemps étouffée par son quotidien d'épouse et de mère. Un souffle de révolte féminine écrit avec subtilité et justesse par un Murakami qui sait si bien décelé les méandres de la psyché sous l'absence de ride à la surface du lac imperturbable d'une « ménagère » japonaise accomplie. Le tsunami est en gestation, il n'éclate pas ….. quoique la chute de la nouvelle laisserait supposer le contraire.


« Sommeil » est une nouvelle envoûtante qu'on lit avec délectation.


Traduit du japonais par Corinne Atlan


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jeudi 1 avril 2021

Un mois au Japon, c'est à partir d'aujourd'hui

 


En attendant d'être en retraite pour m'offrir le voyage au Japon dont je rêve depuis de longues années, la Challenge "Un mois au Japon" organisé par Hilde et Lou tombe à pic pour une évasion immobile vers le pays du Soleil Levant. C'est la quatrième édition et j'y participe pour la première fois.

Dans ma PAL du Challenge:

"Sommeil" d'Haruki Murakami

"Le restaurant de l'amour retrouvé" d'Ito Ogawa

"Le dévouement du suspect X" de Keigo Higashino

"I love so mochi" de Sarah Kuhn

"Esprits et créatures du Japon" illustré par Benjamin Lacombe

"Pompoko" ou "Souvenirs goutte à goutte" (ou les deux!!) d’Isao Takahata

Recette de mochis au chocolat

Une aventure de l'adorable Famille Souris de Kazuo Iwamura

"20 ans avec mon chat" de Mayumi Inaba

"Felin pour l'autre" de Wataru Nadatani (tomes 1,2 et 3)

"Une drôle de famille" de Yumi Unita (tome 1)

"Zatoichi" de Takeshi Kitano

"Voyage à Yoshino" de Naomi Kawase


Quant aux mangas je verrai ce que je peux emprunter en médiathèque.


Mata ne!



mercredi 31 mars 2021

J'en rêvais depuis longtemps

 


Un petit garçon a eu un chien comme cadeau de Noël. L'histoire pourrait être banale or il n'en est rien car le récit est parsemé de faux indices repris par chaque illustration.

En effet, au fil et à mesure de la narration, on s'aperçoit que c'est le chien qui raconte son quotidien aux côtés de son jeune maître.

Les graines du doute sont semées grâce aux illustrations malgré la présence de quelques éléments étranges dans le récit, l'épisode des croquettes est à retenir.

L'album « J'en rêvais depuis longtemps » d'Olivier Tallec fait partie de la sélection du prix des Incorruptibles 2020-2021, le choix sera difficile comme chaque année puisque les albums sont tous plus beaux et intéressants les uns que les autres.

Le thème abordé par l'histoire est celui de la relation entre un enfant et son animal de compagnie, relation narrée avec humour et tendresse tant par les mots que par les dessins.

L'album est une vraie réussite non seulement par le format original et les très belles planches mais aussi parce que le contrepied narratif amène l'auditoire enfantin à prendre conscience que si le texte est important dans la compréhension d'une histoire, les illustrations le sont également surtout lorsqu'elles ne reflètent pas le contenu du texte. La joie de surprendre le pétillement de compréhension dans le regard des élèves est un absolu régal. Alors on laisse une petite voix dire « Moi, je sais que c'est le chien qui raconte l'histoire. »

Ce que j'ai apprécié et que je n'ai pas encore travaillé avec mes élèves, c'est la complémentarité entre la couverture et la quatrième de couverture.

La première montre le petit garçon et le chien adossés de part et d'autre d'un mur, clôturant un jardin. On remarque la présence d'une balle non loin. Le petit garçon est dans la zone d'ombre, le chien du côté ensoleillé. On imagine que le premier à prendre la balle gagne la partie. La réponse est-elle sur la quatrième de couverture ? On voit le petit garçon et le chien jouer ensemble ce qui augure la relation d'une belle histoire d'amitié entre un enfant et son chien ou entre un chien et son ami humain.

Une histoire qui fait du bien en ces temps moroses.

Quelques avis

Méli Mélo de livres  La licorne à lunettes  Littérature jeunesse




Huis-clos à Compton Anstey

 


« Meurtre dans un jardin anglais »
 est un film de Peter Greenaway que j'avais visionné il y a bien longtemps. Le Challenge British Mysteries spécial mois de mars m'a incitée à le revoir pour mon plus grand plaisir.


«Au XVIIe siècle, une aristocrate, profitant de l'absence de son mari, engage un peintre pour immortaliser son domaine. En dédommagement, elle lui offre la totale jouissance de son corps. L'artiste découvrira trop tard les buts secrets de cet agréable contrat. »


J'ai suivi le jeu de piste à travers les dessins avec délectation : les détails sont semés au fil des séances du peintre paysagiste, gorgé parfois de suffisance. Les changements sont subtils et comme Mr Neville ne veut en rien les occulter, les dessins deviennent des pièces à conviction.

L'intrigue est bien menée, n'en déplaise aux esprits chagrins qui éreintent régulièrement le film, elle apporte peu à peu les indices nécessaires au dénouement. On pense, forcément, aux « Les liaisons dangereuses » dont le machiavélisme était extraordinaire, l'ingénu, ici, se décline, de manière plus retorse, au masculin. Les tromperies, sarcasmes, duplicités et jeu de dupe emportent le spectateur dans moult spéculations : où est passé Mr Herbert ? A-t-il jamais quitté son domaine, Compton Anstey ? Mr Neville a-t-il réellement une emprise sexuelle sur Mrs Herbert ?


Le maniérisme de la fin du XVIIè siècle est bien mis en valeur dans des scènes-tableaux où tout est pensé et organisé avec soin. Et on suit, amusé, les déambulations d'un nu peint en doré, argent, cuivre ou en bronze, facétieux témoin des mensonges orchestrés par la charmante compagnie de Mrs Herbert. Ce nu m'a semblé être celui qui tente d'alerter le peintre-paysagiste quant aux faux-semblants dont il est l'objet. Or Neville ne voit rien hormis l'occasion de subjuguer une aristocrate délaissée par son mari et ainsi blesser une classe sociale qu'il n'aime pas et dont il dépend pour vivre de son art.


L'affaire prend de l'ampleur quand la fille de Mrs Herbert passe aussi un contrat sexuel avec Neville. Il faut dire qu'elle est bien mal mariée, que son époux ne semble guère enthousiaste à combler les appétits de sa jeune épouse. Aussi, quand on sait que selon le droit anglais, une femme ne peut hériter des titres et domaines de sa famille, la raison des contrats passés par ces dames devient évidente : conserver le patrimoine à tout prix quitte à être enceinte d'un autre que son mari.

C'est pourquoi Neville devient gênant quand il commence à saisir le jeu de dupe dont il fera les frais. Son sort est scellé lors d'une scène nocturne au cours de laquelle ses dessins seront, un à un, détruits par le feu. Il n'aura pas le temps d'achever son treizième dessin dans lequel il escomptait montrer qu'il avait deviné la machination imaginée par son hôtesse.


On peut regretter que l'intrigue policière ne soit pas aboutie alors qu'elle paraît calculée, dans une géométrie parfaite par les instruments de mesure du peintre-paysagiste pour évaluer la perspective.

Le spectateur se voit dans l'obligation de résoudre une charade complexe et déroutante en reconstruisant les nombreuses lignes de fuite d'un puzzle subtil. Les fulgurances de Neville lorsqu'il s'interroge en compagnie de Mrs Herbert sur les intrigues semblant se nouer dans les jardins surpeuplés et lui demandant si un meurtre ne serait pas en train d'être ourdi.


« Meurtre dans un jardin anglais » est un film maniériste où sont déroulées, avec efficacité, de nombreuses allégories renvoyant à de célèbres peintres tels que de La Tour ou Caravage avec le jeu des clair-obscur. La grenade pressée par Mrs Herbert en est une également : le jus rouge rappelle le sang, celui des grossesses non abouties et celui du meurtre à venir.

La bande originale est un élément non négligeable de la réussite du film : elle accompagne les tribulations du peintre et les recherches d'indices du spectateur.


Quelques avis :

Sens critique  Cinéclub de Caen

Visionné dans le cadre



dimanche 28 mars 2021

Quand Sherlock Holmes est revisité par un duo franco-belge

 


Il y a fort longtemps, dans une lointaine galaxie appelée adolescence, j'ai lu les aventures de Sherlock Holmes. Je me souviens du premier titre : « Le chien des Baskerville ».

Je savais qu'il y avait moult adaptations BD des aventures de notre détective opiomane mais je ne m'étais jamais donné le temps d'en lire quelques unes.

Le Challenge British Mysteries spécial mois de mars m'a donc poussée dans mes derniers retranchements pour me faire sauter le pas avec "Baker Street: Sherlock Holmes n'a peur de rien".


HOP !


Révélation ! Les aventures du célèbre détective sont issues du carnet secret du Dr Watson, l'éternel faire-valoir de l'artiste. Cerise sur le gâteau, c'est un duo franco-belge, Barral pour les dessins et Veys pour le texte, qui s'est emparé du mythe pour le relire avec l'autre bout de la lorgnette.

Pour annoncer chaque épisode, une illustration pleine d'humour décalé donne le « la » à ce qui va suivre : un Watson, sérieux et distingué, savourant sa tasse de thé pendant que Holmes met le doigt sur la solution d'une énigme, puis l'ombre chinoise des deux hommes montre Watson en train de faire un pied-de-nez à Holmes en pleine réflexion.


Quatre enquêtes mettent en scène nos deux célèbres détectives et font découvrir au lecteur une facette peu sympathique de Sherlock Holmes qui apparaît colérique, de mauvaise foi et surtout très mauvais joueur quand le bon sens de Watson lui vole la vedette. Les auteurs ravissent leur lecteur en parsemant les enquêtes de disputes mémorables entre les deux compères.

On apprend que Watson devient populaire grâce à une méduse, incroyable n'est-ce pas ! Sans compter qu'on s'aperçoit que Holmes a un côté cambrioleur.... pour la bonne cause, certes, mais quand même.

Les enquêtes écossaises sont d'un drôle extraordinaire notamment avec un inspecteur Lestrade des plus empotés ce qui a le don d'énerver Sherlock Holmes et de faire rire, sous cape, Watson.

Un personnage a une place loin d'être anodine : Madame Hudson la logeuse de nos deux héros, une écossaise aux recettes de cuisine …. très..... surprenantes et peu appétissantes. Une maîtresse femme qui ne s'en laisse pas compter et qui sait user d'arguments imparables.



Dans « Sherlock Holmes n'a peur de rien », le ridicule ne doit pas le rebuter puisqu'il est à chaque fois mis dans des situations où ses légendaires flair et logiques tournent court au profit d'un Watson, un peu entiché d'alcool, moins benêt qu'il n'y paraît. La sympathie du lecteur se porte sur le faire-valoir de Holmes, élément déterminant dans la résolution des énigmes.


Le graphisme est agréable, les textes percutants et les mises en situation des personnages hilarantes.

Nous sommes bien éloignés des enquêtes romanesques de Holmes et c'est ce qui en fait, justement, le sel. Rien de tel que de s'approprier un personnage, d'en faire une lecture décalée pour réinventer des aventures loufoques et efficaces.

D'aucuns pourraient ne pas apprécier le côté ridicule et un tantinet grotesque de Holmes, cependant l'hommage est évident de la part des auteurs bien que leur ambition ne soit pas de mettre en images les écrits de Sir Conan Doyle. Lorsqu'on a aimé les romans on ne peut que priser leur parti pris car l'univers romanesque se devine à demi-mot puisque Holmes est confronté à son pire ennemi, comme dans les romans, à savoir le professeur Moriarty « le Napoléon du crime », « L'ennemi personnel de Holmes, un terrible adversaire qui le persécutait avec une froide cruauté » in les carnets secrets de John H. Watson. D'ailleurs, la planche renvoie, avec humour, aux multiples interrogations à propos de la sexualité de Sherlock Holmes.



En un mot comme en mille, j'ai adhéré pleinement au travail de Barral et Veys qui apportent un regard plein de drôlerie sur un des mythiques personnages de la littérature policière.

Quelques avis :

Babelio  Sens critique  Critiques libres   The cannibal lecteur

Lu dans le cadre



Le printemps des poètes

 

(crédit photo: Dominique Verdier)


Après un poète breton méconnu, Tristan Corbière, honneur à une immense poétesse bretonne, Angela Duval.

Je ne suis pas brittophone, hélas, cependant je partage la version originale qui a été écrite en breton, langue maternelle d'Angela Duval.

Ce poème, écrit le 25 mars 1963, est touchant, émouvant pour les amoureux du bocage. Aujourd'hui la prise de conscience du saccage orchestré par Paris dans les années soixante sous le terme de "remembrement", amène les communes à reconstruire les talus. 


Le talus

Un frisson court
Dans mon dos plein d'épines
Sur ma tête ma chevelure
De ronces se raidit
Ma dernière heure a sonné
Fini mon malheur en ce monde
Le sol bouge. Les arbres tremblent
Mais que vois-je ? Ce n’est pas la Mort !
C’est un grand diable armé de griffes
Qui s’en vient me hacher, me dépecer
Le bulldozer rouge à l’énorme pelle
Vient m’ensevelir dans la fosse.
Ah, que l’acier de tes griffes
Trempe dans le sang pur de mes racines ;
Ainsi que les mains du bourreau
Dans celui du martyr !
Tandis que mon âme flottera légère
Dans le duvet de ma poussière
Nuage porté par le souffle
Très haut par-dessus les collines,
Vers un Paradis,
Le Paradis des vieux talus.

Traduction Paol Keineg


Ar c’hleuz

« Ur gridienn a red
Dre va c’hein spernennet
Sonnañ ‘ra war va fenn
Va blevad drez luziet
Sonet eo va eur diwezhañ
Echu eo va reuz er bed-mañ
An douar a stroñs. Ar gwez a gren
Met petra ‘welan ? N’eo ket an Ankoù !
Met un diaoul bras gant skilfoù
O tont d’am drailhañ, d’am dispenn
Ar bulldozer ruz gant e bal ramzel
D’am sebeliañ er fozell. »
« -A ! ra chomo merket dir da skilfoù
Gant gwad glan va gwrizioù ;
Evel dorn ur bourev
Gant gwad ar merzher !
Endra nijo skañv va ene
En dumenn va foultrenn :
Koumoulenn douget gant an aezhenn
Uhel-uhel dreist ar roz,
War-zu… ur Baradoz :
Paradoz ar c’hleuzioù kozh… »

25 a viz Meurzh 1963

samedi 27 mars 2021

Printemps des poètes


L'écriture de Charles Juliet m'a toujours profondément émue. Tout est justesse, subtilité, élégance dans la joie comme dans la douleur.

Sa poésie est d'une beauté poignante.


Une joie secrète

 immergés

tous deux
au plus reculé
d’un silence
qui efface
le monde

la calme
tension
de ton écoute

prends
prends
mes mots

donnons-nous
du vivant


Charles Juliet in la revue "Voix d'encre" 2002