dimanche 24 octobre 2010

La cuisine a une âme

Je sais que les mangas explorent tous les sujets mais je suis toujours étonnée lorsque je tombe sur des titres auxquels je ne m'attends pas du tout. Cette fois, j'ai été attirée par "Aya, conseillère culinaire" et embarquée la série sous le bras. Je m'attendais à tout, même (et surtout) au pire...et ce fut la déception: j'ai adoré l'argument narratif!!! Tout de suite, j'ai plongé dans l'univers, sans pitié, du monde de l'entreprise japonais; très vite, j'ai adhéré au concept de "conseiller culinaire": un restaurant qui ne tourne pas bien, hop! on fait appel au conseiller culinaire; un restaurant qui fait de l'ombre et qui est pris pour cible, hop! on klaxonne le conseiller culinaire...c'est un peu délirant mais pas du tout surréaliste (dans le quotidien des grandes administrations, on passe bien par un cabinet d'études pour déterminer les orientations à prendre...qui a dit que je persiflais??).
Diantre, va-t-elle nous expliquer, à la fin, en quoi consiste cet étrange métier de "conseiller culinaire": à redresser les restaurants proches de la faillite en mettant au service du client ses talents de cuisinier tout autant que ceux d'organisateur et d'architecte d'intérieur, sans omettre la pièce maîtresse du dispositif, l'arme absolue, le sens du goût, du mariage des saveurs et des couleurs.
C'est ainsi que le lecteur fait connaissance avec Aya, sévère et implacable executive women, flanquée de son apprenti Ippei Komaï passé expert en gaffes multiples et variées. Le tandem tient la route, fait rire, émeut et devient très vite des plus attachants. Grâce à lui, on découvre le monde extraordinaire du goût japonais, ses traditions culinaires, son art subtil du mariage des saveurs, son culte du raffinement au coeur de chaque plat, mais aussi le sens de l'honneur qui est loin d'être un vain mot.
Aya est une jeune femme déterminée, souvent implacable, parfois attendrie et surtout cachant une blessure derrière sa carapace de fille qui n'a jamais peur de l'affrontement et encore moins des tempêtes. Quelle peut être cette blessure qu'elle traîne avec elle, comme un carton bien encombrant malgré son invisibilité? Au fil des épisodes, l'auteur distille des éléments de la vie d'Aya, éléments qui éclairent sa personnalité et son caractère bien trempé...du coup, on lui pardonne beaucoup, surtout son talent indéniable pour pousser son apprenti dans ses ultimes retranchements, et on souhaite qu'elle trouve enfin la paix avec elle-même.
Quant à Ippei, il est attendrissant à souhait avec sa maladresse et surtout son grand coeur: il est prêt à aider, à écouter autrui et n'hésite pas à penser que sa chef est un vrai monstre....jusqu'à ce qu'elle débarque chez lui pour s'y installer, lui prenant son futon et le contraignant à déménager son matelas dans le placard. C'est qu'Aya dégage une aura certaine et exerce un magnétisme sur les représentants du sexe dit fort: ils l'aiment ou la haïssent, sentiments très proches et très ambivalents. Ippei n'échappe pas au béguin et se prend à éprouver de doux sentiments pour elle, sans oser se déclarer. Cependant, il est loin d'être l'insipide benêt de service: sa gentillesse, à la limite de la naïveté, apporte une bouffée d'oxygène au personnage, froid et altier, d'Aya qui s'ouvre aux autres et accepte sa sensibilité et son humanisme.
Sous des aspects qui pourraient paraître "gentillets", la série "Aya, conseillère culinaire" aborde des sujets de société intéressants: le combat, parfois inégal, contre les grandes multinationales prêtes à tout pour augmenter leurs pouvoirs, l'aide apportée à un jeune restaurateur pour qu'il devienne un grand spécialiste du udon (les méthodes d'Aya sont dignes de celles d'un sergent chef des Marines!), ou celle apportée à une starlette du petit écran afin qu'elle maîtrise l'art de la cuisine (le monde des média est tellement cruel que le moindre faux-pas entraîne la fin de la célébrité). Le lecteur a un aperçu de la tradition agricole (l'opposition des cultures maraîchères au naturel, goûteuse, avec celles de la production de masse, insipide) ou familiale (les mariages arrangés), mais aussi de la tradition culinaire (les multiples préparations de udon selon les régions) et la capacité étonnante des chefs japonais à intégrer la cuisine occidentale dans leur culture millénaire.
Le must de la série, à ne pas oublier: chaque épisode se conclue avec une recette dite "pour les nuls"....et cela donne vraiment envie de se lancer dans la cuisine japonaise!
"Aya, conseillère culinaire" est manga haut en couleur, foisonnant de saveurs, de flaveurs et d'odeurs...la sensualité de l'acte culinaire affleure à chaque page, le don de soi pour le plaisir de l'autre, la petite part de son âme que l'on offre pour un empire des sens jouant sur la gamme des couleurs et du goût. Une très belle découverte qui vaut toutes les émissions de cuisine!

Traduit et adapté du japonais par Julien Pouly




Les avis de krinein  bdgest



(3/6)

5 commentaires:

esmeraldae a dit…

je ne connaissais pas, je note

Marie a dit…

Cette série a séduit de nombreuses lectrices mais visiblement ne fait quand même pas l'unanimité...

En bout de table a dit…

C'est noté Katell !
Merci pour l'information, je vais relayer sur EBT avec des recettes si j'accroche, brigitte

skriban a dit…

Voilà qui donne envie... même à moi qui ne suis pas férue de mangas!

Choco a dit…

Coucou Katell ! Je suis en train de faire un bilan du challenge te je me rends compte que tu ne m'avais pas donné tes liens !
J'en profite donc pour te repréciser que les mangas ne sont pas inclus dans ce dernier...
Pas de triche ! :)