dimanche 21 février 2021

Une mer pas aussi innocente que cela

 


Goa, ses plages, sa mer turquoise, ses hippies, ses touristes, ses marchands ambulants, ses trafics et ses mystères.

Goa, un coin de paradis pour les anciens hippies, un lieu à la mode pour la jeunesse d'aujourd'hui, un endroit agréable pour les hindous aisés souhaitant passer des vacances tranquilles.

Simran Singh espérait prendre du temps avec Durga, sa fille adoptive, or la réception impromptue d'une vidéo dans laquelle une adolescente européenne semble être abusée, change la donne et affecte les vacances tant espérées. Cerise sur le gâteau : son ami et vieux complice Amarjit, haut fonctionnaire de police, la rejoint pour lui demander d'enquêter sur la disparition d'une jeune anglaise, Liza.

Simran se lance dans une enquête troublante au cours de laquelle elle croisera le pire comme le meilleur, où elle côtoiera une légende hippie sur le retour, embrumée par la consommation sans modération de multiples drogues.

La plage et ses paillottes sont autant de pièges que de lieux où passer du bon temps. Sur la mer enchanteresse mouillent les casinos flottants dans lesquels se pressent touristes étrangers et locaux sous le regard impavide et las des hôtesses à la solde des puissants.


L'auteure, Kishwar Desai, a à cœur dans ses romans de parler de la condition féminine en Inde, des femmes malmenées, violentées, invisibles aux yeux de la loi.

« La mer d'innocence » aborde le sujet du viol : celui de la jeune anglaise disparue et celui d'une jeune fille, à New Dehli, dans un bus, sans que quiconque lève le petit doigt.

Parce que rien n'est anodin quand un homme pose son regard sur les formes d'une femme ou d'une jeune fille, parce que beaucoup d'entre eux se comportent comme des prédateurs sexuels, Simran ne peut que chercher à comprendre pourquoi « on » lui envoie des vidéos de la jeune disparue sur son portable. Que lui est-il arrivé ? Quelle mauvaise rencontre a-t-elle pu faire ?

Peu à peu, Simran, travailleuse sociale en vacances, déroule le fil des événements aux multiples rebondissements, elle le déroule si bien qu'elle comprend qu'elle a mis le doigt sur trafic de drogue agrémenté de concussion et de pots-de-vin pour acheter tout ce qui peut l'être.

Un portrait de l'envers du décor de Goa se dessine sous les touches colorées et chatoyantes des objets vendus par les marchandes ambulantes à la langue trop bien pendue ou sous celles des atermoiements mystérieux de Marian, la sœur de Liza.


La faune décrite ne paraît pas être pire à Goa qu'à New Dehli, du moins est-ce l'impression que le lecteur en a en lisant les rares remarques de l'héroïne. Sans doute parce que les habitants de Goa, les habitants de souche, ont, comme beaucoup d'autres ailleurs dans le monde internationalisé des loisirs exotiques, préféré mettre de côté leurs traditions pour récolter une part de la manne économique générée par les complexes touristiques. Ils profitent tout en regardant ailleurs quand l'emprise des hommes d'affaires, proches du pouvoir, assujettit les corps et les âmes en recourant à la violence ou à la torture s'il le faut.

Le drame est on ne peut plus banal ce qui le rend encore plus odieux.


Même si je n'ai pas été enthousiasmée par me lecture, j'ai cependant lu le roman sans m'ennuyer. Je ne connaissais pas cette auteure et je souhaitais entrer dans les étapes indiennes côté mystère autrement que par une enquête du Brahmane Doc, héros de Sarah Dars.

J'ai pu mettre en lien l'enquête de Simran Singh avec les nouvelles des « Ombres de Kittur » ce qui m'a aidée à mieux entrer dans l'histoire sur fond de paysage marin tellement beau et calme qu'on oublie la violence qu'il peut cacher.

Roman traduit de l'anglais (Inde) par Benoîte Dauvergne

Quelques avis:

Babelio  Casent le book Roman sur canapé  Sens critique  Atasi  Lailaseshat2  

Lu dans le cadre de



3 commentaires:

rachel a dit…

Oui tout un sujet grave....le viol est une sorte d'institution la-bas....horrible meme..en tout cas sacre enquete...;)

Katell a dit…

Oui même si j'ai été un peu déçue. J'aurais sans été mieux inspirée de lire le premier volume de ses enquêtes.

Hilde a dit…

Je n'ai pas encore lu cette auteure mais ça ne devrait plus tarder, j'ai le premier dans ma PAL ! Je suis encore plus curieuse après avoir lu ton billet, qui donne quand même envie de découvrir ce roman.

L'an dernier, j'ai lu "L'homme qui exauce les vœux de Tarquin Hall", c'est un policier sympa à lire (notre détective est un grand amateur de pakoras) ! Je n'ai lu qu'un tome du Brahmane Doc et j'avais bien aimé !
Merci pour cette nouvelle lecture. :)