lundi 17 février 2020

Une quête et une chaise

Eté 1945, Saint-Brieuc est libérée par les Alliés, De Gaulle met en place un exécutif pour restaurer la République française, les Résistants règlent leurs comptes, les femmes en subissent les conséquences.

Maria Salaün, splendide jeune fille rousse, a vécu une histoire d'amour avec un officier allemand, une histoire tout sauf sordide. Hélas, l'époque n'était pas des plus propices à son épanouissement.
Antoine, son ami d'enfance (et amoureux éconduit au début de la guerre), chef des maquisards, débarque avec ses acolytes au volant d'une jeep américaine. Il vient rendre justice et demander des comptes à Maria.
Attroupement devant l'auberge « La petite bedaine » tenue par Victor Salaün, père de Maria, un des maquisard part réquisitionner un coiffeur, il revient en lieu et place avec un barbier qui sait ce qui lui sera demandé et qui en a déjà honte. Parmi les badauds, des femmes, des commères bien sûr, des enfants, des hommes bien pensants et deux GI noirs, les frères Monroe originaires de Louisiane. Ces derniers venaient à l'auberge attirés par la réputation de la poule au pot du père Victor, las du cornbeef des rations réglementaires de la caserne.
Le décor et les figurants sont en place, place aux acteurs du « carnaval moche ».
Maria ne se dérobe pas car elle n'est pas une putain et encore moins une traîtresse, elle est amoureuse d'un beau capitaine aux doigts de musicien.
Maria se livre, magnifique dans la robe de fiançailles de sa mère, la chevelure flamboyante relevée en un chignon sublime et compliqué, à ses tortionnaires.
Antoine lui ordonne de s'asseoir sur une des chaises de l'auberge, une chaise bistrot appelée « numéro 14 » de conception autrichienne. Maria obéit, pieds nus, en robe de mousseline blanche, l'humiliation publique peut commencer sous le regard avide d'un public impatient.
Maria subit son supplice en silence et droite comme un "i" sur sa chaise, ange malmené par des rustres revanchards.

Comment vivre après ça ? Comment regarder le monde après ça ? Maria choisit la Quête et établit une liste de six noms, six personnes auprès de qui elle demandera justice et réparation.
C'est cette quête que Fabienne Juhel raconte avec force et émotion, une reconquête de l'estime de soi, de l'honneur : Maria jeune femme libre et insoumise demande des comptes à ceux qui l'ont humiliée... en portant sa chaise « numéro 14 » en guise de croix.
La chaise devient le symbole de ce que la Libération produit d'injustice, celle faite à ceux qui subiront des jugements hâtifs. « Le carnaval moche » est une page de l'histoire peu glorieuse : déverser sa frustration, sa bile, sur des femmes dont les amours n'ont pas entraîné d'arrestation ni de déportation, fut tellement facile que cela en devint misérable et petit.

Les cheveux de Maria deviennent l'emblème de la liberté d'aimer et de se donner à celui que l'on a choisi. Leur couleur celui du feu de la vie, de la sève et du combat pour rester debout.
Petit à petit la honte change de camp et la chaise perd son lustre à mesure que les pardons sont reçus et accordés. La rousseur est une lumière éternelle, magnifiée sous la plume de l'auteure.
Fabienne Juhel adapte son écriture aux situations : faite de phrases sèches, sécantes lorsque les ciseaux coupent la chevelure de Maria, elle devient lumineuse et intense lors des scènes intimistes dans lesquelles la chaise, la robe ou la chevelure rousse acquièrent une dimension symbolique proche du merveilleux.
Chaque mot est juste, chaque image possède une force d'évocation incroyable parfois de poésie. L'écriture de Fabienne Juhel est subtile, une dentelle à travers laquelle le monde est dessiné avec finesse et délicatesse. L'art de la chute dans un roman est un art ardu et, cette fois encore, l'auteure le maîtrise à la perfection et cela ravira, une fois encore, le lecteur.

dimanche 26 janvier 2020

Entre le Nouveau Roman et moi il y a incompatibilité.


D'ordinaire je ne commence pas un commentaire par la copie du résumé. Les circonstances font que je déroge à la règle.
« Un ancien gardien de but se croit licencié de l'entreprise où il travaille et il quitte tout. Son errance finit par se transformer en vraie fuite après qu'il a étranglé une caissière de cinéma. Il va se livrer à de gratuites et dangereuses extravagances, jusqu'au jour où il assiste à un match de football au cours duquel le gardien de but réussit à arrêter un penalty : sa peur va alors être jugulée. Cet itinéraire intérieur, aux fausses allures de roman policier, permet à Peter Handke de démontrer sa maîtrise. »

Par où commencer ?
Dire que le résumé s'emballe un peu trop ? Sans doute.
Dire que le quiproquo se transforme en road movie dans une Allemagne des années cinquante-soixante encore meurtrie par la guerre et l'horreur qui fut révélée ? Certainement.

Bloch, ancien footballeur, devenu monteur dans une entreprise, interprète le regard du contremaître comme l'affirmation de son licenciement. D'emblée une dichotomie se fait jour entre le réel et la compréhension du réel qu'en a Bloch. Cette dichotomie ne fera que s'accentuer au fil du roman construit, certes habilement, comme une intrigue policière, ce qui permettra à l'auteur de jouer à écrire un roman qui n'en est pas un.
Dès la première page, la patte du mouvement littéraire du « Nouveau roman » se sent avant de se dévoiler et ôter toute envie de s'investir au lecteur.
Je me suis forcée à lire jusqu'au bout « L'angoisse du gardien de but au moment du pénalty » par pur masochisme. Je suis retombée dans mon défaut de lectrice qui ne s'autorise pas à fermer un roman qui l'ennuie, pour rester polie.
Bloch est la petite fourmi que le lecteur, captif de sa peur de fermer le livre, suit l'oeil rivé à la loupe, une loupe qui n'encourage pas à l'empathie. De toute façon, aucun des personnages ne fait naître une once de ce sentiment si important dans l'écriture romanesque. Bloch est un élément d'expérience littéraire et non un véritable personnage.
Tout est froid, linéaire et irritant. Irritant, j'insiste, car j'ai longtemps attendu l'étincelle qui apporterait la magie romanesque. Le roman n'est pas une thèse, n'est pas un récit factuel, objectif, neutre ni un rapport clinique sinon il n'y aurait que des essais ou des rapports légistes à lire.
Irritant dis-je ? C'est qu'il y a une émotion à se dégager du roman et des personnages ! Oui mais... non.
Je suis passée complètement à côté de la maîtrise de l'auteur, je ne comprends même pas où elle se situe. Dans la technique d'une narration clinique digne d'un extra-terrestre observant la vie sur terre ? Peut-être. Je savais que le Nouveau Roman était un mouvement littéraire qui ne me parlait pas, j'en ai une nouvelle fois la preuve trente ans après mon passage en fac de lettres.
Avant de vouer aux gémonies Peter Handke et son style littéraire, j'ai replacé le « roman » dans son contexte socio-historique : première édition en 1970... CQFD. Voilà pourquoi je ne ferme pas la porte à l'envie de lire un autre roman de l'auteur pour peu qu'il ne soit pas resté englué dans le naufrage du Nouveau Roman qui aurait pu tuer le roman.
Je veux voyager, vivre mille et une vie en lisant des romans et non me faire suer à lire une expérience sur des fourmis appelées pompeusement personnages au nom de la linguistique.

Vous l'aurez compris, je n'ai pas adhéré à l'histoire ni à la manière de la mettre en scène. Je ne fais pas partie des téméraires qui auront eu la révélation après cette expérience des plus dérangeante et décevante.

samedi 25 janvier 2020

Mise à nu


Je ne connaissais pas l'écriture de Jean-Philippe Blondel, auteur que je n'avais encore jamais lu.
Il y des déclencheurs tels un « café lecture » organisé par la médiathèque de ma ville qui nous mettent sur la voie d'une lecture improbable.
En attendant de lire le « dernier Blondel » dont la présentation avait aiguisé ma curiosité, j'ai retenu « La mise à nu ».
La quatrième de couverture m'a parlé, c 'était parti pour l'aventure littéraire.

Un professeur d'anglais vieillissant croise le chemin, lors du vernissage d'une exposition de peintures, d'un de ses anciens élèves, Alexandre Laudin. Ce dernier, reconnu internationalement, a invité son ancien prof et est heureux de le voir assister au vernissage.
Une visite plus tard à son atelier, Louis Claret se retrouve à accepter de devenir modèle du jeune artiste peintre.
Sa vie prendra alors une autre dimension : les souvenirs remontent, s'éclairent à l'aune de la maturité, des expériences et du seuil de la vieillesse.
On suit les rêveries du vieux prof, dont les pensées s'égarent avec délice dans les méandres du passé, heureux ou malheureux, lors des séances de pause, on les suit sur la pointe des pieds, on ne veut surtout pas déranger le déroulement de la pelote d'Ariane.
Une chanson de Charles Trénet s'invite et nous accompagne.... « Que reste-t-il de nos amours... ? » sous la lumière tamisée de la jeunesse enfuie à jamais ? Que nous laisse la vie quand on a parcouru les trois-quart du chemin ? De beaux souvenirs de voyage, de balade avec son meilleur ami, des enfants, des lectures, des musiques, des tabeaux admirés dans les musées... Ces petits riens qui nous fabriquent, patiemment, au cours de notre vie.
Jean-Philippe Blondel peint avec des mots délicats et parfois railleurs un portrait de ses personnages où la tendresse est toujours présente, rehaussée par le filigrane de la dérision, l'arme qui permet d'égratigner et de malmener les acteurs de l'histoire.
La nostalgie marche aux côtés du narrateur, elle fomente des guet-apens, ceux des bilans que l'on dresse, sans pour autant lui ôter le sourire de celui qui continue, vaille que vaille, sur le chemin qu'il se trace : le courage de regarder sans concession ce qui a été fait, vécu, raté ou réussi ; Louis Claret a la noblesse du bravache qui sait que les petits renoncements sont nécessaires pour avancer.
J'ai apprécié l'équivoque de la relation entre l'ancien élève et l'ancien prof : que se trame-t-il entre eux ? Attirance ? Répulsion ? Incompréhension ? Tendresse ? Bienveillance ? Certainement tout cela en même temps.
J'ai souri quand le narrateur ouvre un placard où sont entassés ses souvenirs, les babioles qui devaient marquer un moment particulier dont il ne souvient absolument plus... vanitas vanitatis, tout s'efface peu à peu pour laisser place aux vrais souvenirs, ceux que la chair de l'esprit a gravé dans une oubliette qui n'en est pas une, celle qui s'ouvre au moment le plus inattendu.
Les séances de pauses sont des portes que le narrateur ouvre sur son intimité... une mise à nu de l'âme sans fiel ni vulgarité, bien au contraire la poésie est présente à chaque instant.

La vie ordinaire dans toute sa délicatesse sous la finesse de la plume de Blondel... après cette lecture, la peur de vieillir ne devrait plus avoir court.

« ...Il va me fouiller, creuser, chercher ce qui s'est tapi sous les paillassons de ma mémoire et de mon corps. Il lâche un rire sec et ajoute qu'il y a de quoi prendre ses jambes à son cou quand on l'entend, alors qu'il souhaite tout le contraire. Mon immobilité, ma vérité. Dehors, une bourrasque plus forte que les autres. Les vitres tremblent. Son regard dévie quelques secondes et, quand il revient vers moi, il a perdu son éclat. A la place, de la douceur. Un océan de douceur.
« Je vous dessinais souvent, quand j'étais élèves. »
Il prend le fusain et le carnet sur le bar. Crissement léger du crayon sur le papier. Un frisson naît au bas de mon dos et remonte lentement jusqu'à ma nuque. Va-et-vient des yeux d'Alexandre de mon corps à ses doigts. Il s'absorbe dans sa tâche. Je prends une profonde inspiration. Je voudrais retrouver une sérénité. Je me perds dans la contemplation du mur, par-delà l'épaule d'Alexandre. Peu à peu les angles s'adoucissent. Devant mes yeux, de petits cercles lumineux. Des poussières phosphorescentes. Des couleurs naissent. Le mauve de la bruyère qui s'accroche aux roches. Le lichen qui envahit la pierre et la rend végétale. Au loin, la courbe d'un loch. Le vent siffle en longeant la carrosserie et s'engouffre par rafales dans l'habitacle. Le chuintement des pneus sur la route encore humide. L'averse est passée, rehaussant les teintes. C'est magnifique. J'en ai le souffle coupé. » (pages 68 et 69)

lundi 13 janvier 2020

New-York... Colorado


Nous sommes dans une improbable petite ville américaine homonyme de la grande New York city, perdue au fin fond du Colorado.
New York, Colorado, n'a pas de couverture internet donc pas de réseaux sociaux, pas de possibilité de « zoner » sur la toile, pas de téléphone portable. Si elle n'a pas d'internet, elle a été, par contre, dotée de cent quatre-vingt-dix-huit ronds points par son maire qui souhaite faire fuir les touristes. Il y a un seul et unique feu tricolore sur lequel les « chats » de Madame Jennings.
Le commissariat s'ennuie au point de mettre en place des clubs : tricot, fléchettes et rots, sudoku et le sacro saint club lecture dirigé par la lieutenant Agatha Crispies... cela ne s'invente pas... mutée de New York New York, suite à une mesure disciplinaire.

L'inespéré survient : un meurtre dont le mystère rappelle celui du Mystère de la chambre jaune. Agatha Crispies saute sur l'occasion pour tenter de résoudre l'affaire et espérer retourner à New York New York.
Agatha est une femme noire, obèse, à la coiffure hallucinante, circulant en voiture de fonction sponsorisé par « Le trou divin » fabricant de donuts. Elle mange des donuts à longueur de journée, les enfourne tel un monstre glouton.
Elle sera confrontée au shériff de la ville située à deux heures de route de NY Colorado, ville la plus proche dotée d'un réseau. Le nom du bonhomme ? Mac Donald !
Lui aime qu'il ne se passe absolument rien dans le Colorado et dans le coin particulièrement alors qu'Agatha s'ennuie au bord de la déprime.
Le meurtre survient à point nommé. C'est alors que le lecteur se retrouve piégé par la verve de l'auteur, par ses facéties, ses trouvailles rafraîchissantes, ses clins d'oeil et ses références aux romans cultes qu'ils soient policiers ou non.
L'histoire est tellement rocambolesque qu'on se retrouve lié au récit, il faut le dire loufoque, sans pouvoir s'en échapper : d'abord parce que le déroulement de l'enquête est prenant, ensuite parce qu'on ne veut s'émanciper du livre et encore moins le fermer définitivement avant la fin.
On veut savoir, on veut connaître le nom de l'assassin dont les meurtres sont de vraies boucheries : cent cinquante coups d'aiguille à tricoter, cent cinquante coups de fléchette, de quoi s'interroger sur le mental de ce dernier.
Et on court, court, court à chaque page tournée. Et on court, court, court après chaque piste ou péripéties. Et on court, court, court parce que la lecture est joyeuse, truffée de facéties et d'indices invisibles qu'on ne comprendra que longtemps après.
Cela ne vous rappelle rien ? Vraiment rien ? Allez, lisez, amusez-vous et appréciez l'hameçonnage de l'auteur passé maître dans l'art de ferrer son lecteur, victime consentante de la randonnée pour un tueur*.

J'avais beaucoup aimé « L'incroyable voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea », j'ai vraiment apprécié cet opus qui distille, sans qu'on y prête garde tous les éléments pour éclairer sa lanterne. C'est un éloge à la littérature policière, un hymne à la lecture et au plaisir de lire.

Morceau choisi parce que la relation du lecteur au livre c'est cela:


« Le livre est un bon compagnon, un ami, un amant. Il se glisse dans notre lit, dans notre bain, sur notre sofa. La lecture est un moment de solitude que l'on partage avec des personnages, une histoire que l'on fait nôtre. Un livre, c'est quelque chose de très personnel, on ne l'interprète pas tous de la même façon, il ne réveille pas les même émotions en chacun de nous. Que les gens lisent ce qu'ils veulent ! Ce qui les fait le plus vibrer, croire, rêver, mais qu'ils lisent ! »

mardi 7 janvier 2020

Long is the way


L'auteur sera l'invité de la librairie Mots et images, lieu chaleureux, convivial où le plaisir de partager ses lectures est palpable.
Je n'ai jamais lu ce jeune auteur et pour ne pas être complètement béotienne le 28 février prochain, je me suis plongée dans « Légende », un peu sur mon quant-à-soi, même s'il fut lauréat du prix Louis Guilloux en 2012 pour « Là, avait dit Bahi ».
Que dire de ce roman sinon que je l'ai trouvé très bien écrit, émouvant, délicat et poétique.
Que dire sinon que ce fut une très belle découverte qui appelle à lire d'autres titres.

La plaine de la Crau, décor exceptionnel aux couleurs des westerns du Far West américain. Ce ne sont pas des vaches ou des chevaux que les cow-boys mènent, non, ce sont des moutons, guidés par des bergers, partant en transhumance estivale dans les Alpes. C'est le périple intime de deux amis déroulant les souvenirs de l'un pour le projet de film documentaire de l'autre.
Nel, photographe issu d'une lignée de bergers éleveurs de brebis chez qui la sueur, l'attachement à cette terre dure et âpre est viscéral. Il ne reproduira pas le schéma familial, quitte à décevoir, pour devenir photographe.
Matt, le pote anglais aimerait réaliser un documentaire sur une boite de nuit phare des années soixante aux années quatre-vingt. La Chou, mythe vivant endormi, tenue par un manadier aimant s'amuser, accueillit les fêtards du coin pendant des décennies, marquant la jeunesse de la région.
La Chou, les alpages, la vie ascétique des bergers, l'esprit festifs des manadiers, deux mondes pouvant se rejoindre lors des fêtes monumentales qui s'y tiennent.
Nel, jeune ado, suit ses cousins, êtres flamboyants et magnétiques, dans les sorties les plus folles. Il sera témoin de la liberté insensée des années quatre-vingt, quand la maladie ne décime pas encore le monde des fêtards. Tout est permis, la vie est trop courte pour ne pas en profiter.

Le lecteur suit le rythme des souvenirs familiaux, découvrant le monde extravagant de la fête à tout crin, à tout prix, sans tabou, sans barrière, sans limite. Il devient explorateur invisible de la vie peu commune des cousins de Nel, partis avec leurs parents à Madagascar à la chasse aux papillons et aux rêves d'ailleurs. Leurs vies auront le scintillement d'une comète, si différents dans leurx chois et aspirations, la mort, à l'ironie mordante, les réunira.
L'enquête devient périple intime, branches d'un arbre généalogique où les joies et les drames sont autant de rameaux feuillus que de rames desséchées.
On recherche le Paradis perdu, celui de l'enfance, de l'adolescence, des rêves réalisés ou toujours plus éloignés, celui des chemins offrant l'éventail des possibles. La mélancolie est toujours servie par une écriture d'une finesse, trame émouvante sans être larmoyante.
La liberté des grands espaces, des estives, des forêts tropicales, échos d'une autre liberté, celle des corps en mouvement que rythment les chansons et les DJ. Le temps et l'espace se croisent, s'entrecroisent, tels des fendillements sur les murs de la mémoire et des pierres.

« Légende » est un roman d'une douce puissance, dans lequel le lecteur se laisse entraîner puis perdre de manière jubilatoire grâce à une narration un peu surprenante par sa liberté et sa souplesse. Une surprise tout simplement savoureuse.

vendredi 3 janvier 2020

Le choc des titans


Roman à plusieurs voix s'égrenant entre le divorce d'Aliénor d'Aquitaine d'avec Louis VII, roi de France, et la disparition de Richard Coeur de Lion.

Une femme ose défier les convenances, une femme qui aurait été roi si elle était née homme. 
Aliénor est une personne hors du commun, une grande dame lettrée, cultivée et savante qui fait en sorte que ses filles sachent lire, écrire et compter pour ne pas être cantonnées aux travaux d'aiguille. Seront-elles heureuses pour autant? Sans doute pas. Cependant la lecture et l'écriture seront une fenêtre dans leur vie.
Les voix d'Aliénor et de Richard sont poétiques, vibrantes, le lecteur est au coeur de leurs ressentis ce qui rend ces deux immenses figures historiques plus humaines.
Si Aliénor n'avait pas été cette femme savante, raffinée, éduquée dans l'amour de la poésie, des lettres, aurait-elle eu une aussi grande notoriété, de celle qui défie le temps? Sans doute pas.
Elle fut celle qui transgressa et résista... l'histoire fait d'elle une immortelle, une figure de femme libre et presque libertaire. A côté d'elle, le Plantagenêt n'est qu'un rustre paillard et violent.

L'union d'Aliénor et d'Henri Plantagenêt est un choc des titans: deux forces indomptables, deux volontés inaltérables qui ne peuvent qu'aboutir à la révolte, au vacillement du trône d'Angleterre sous les coups armés des fils contre leur père.
Aliénor et Henri II, deux visions du monde, deux rêves d'empire qu'un fossé sépare. 
Et au milieu? La rivière Richard Coeur de Lion coule, parfois chaotique, parfois apaisée, jamais sereine.
L'unique fois où Richard se sentira en paix avec lui-même, ce sera devant les murs de Saint-Jean d'Acre, lien entre l'Occident et l'Orient, pont l'amenant à s'ouvrir vers la culture musulmane, ses savoirs en art de la guerre comme en art de guérir et de philosopher. 
Les lumières de l'Orient scintillent auprès des lueurs occidentales. En cela, il est le digne fils de sa mère: esprit curieux de tout, scrutant les nouveautés, les nouvelles saveurs, les améliorations techniques pour en faire son miel.

Adieu 2019, bonjour 2020


lundi 15 avril 2019

Trilogie chinoise


« Le problème à trois corps » est le premier tome de la trilogie de SF écrite par Liu Cixin,. Cet opus pose le cadre du roman et pousse le lecteur dans ses derniers retranchements : l'argument littéraire repose sur des concepts scientifiques ardus que Cixin parvient à vulgariser sans perdre son lecteur dans les limbes de l'incompréhension.Le plus difficile est de ne pas lâcher le chemin sinueux tracé par l'auteur adepte du Hard Science. 

Nous sommes en pleine Révolution Culturelle en Chine, l'épuration drastique des intellectuels lamine les gens et la recherche. Cependant des îlots scientifiques existent, la jeune astrophysicienne Ye Wenjie, en cours de "rééducation » intègre un centre qui abrite les recherches sur l'existence potentielle de civilisations extraterrestres. Elle parvient à envoyer dans l'espace un message : sera-t-il intercepté ?Des années plus tard, elle reçoit une réponse, une mise en garde venu d'un lointain système : ne pas renvoyer de signal pour ne pas être repéré par quelqu'un de moins pacifique. Ye Wenjie n'hésite guère, elle envoie une réponse tant elle est écoeurée et révoltée par les horreurs vécues lors de la Révolution Culturelle, offrant ainsi les coordonnées de la Terre. 

Le temps passe, le monde change sur Terre, la Chine s'est éveillée au monde et contribue aux avancées scientifiques. Or d'étranges décès d'éminents scientifiques attirent l'attention des polices du monde entier. Que se passe-t-il ? Pourquoi ces scientifiques se donnent-ils la mort sans un mot d'explication ?Commence alors une course poursuite entre laboratoires de recherche et plongée dans un jeu virtuel où les membres d'une société secrète de réunissent.Qui est derrière tout cela ? Le policier, un vieux de la vieille iconoclaste, pressent que l'inexplicable cache des hommes prêts à tout.Il est très difficile de chroniquer ce premier tome sans mettre à mal la découverte du « complot » contre la Terre : surtout ne pas lire la quatrième de couverture qui, hélas, en dit trop. C'est jubilatoire, même pour une cancre en sciences tel que moi, de se creuser la tête autour du fameux problème à trois corps, fil conducteur de la trame de la trilogie. La tête tourne devant la complexité des concepts mathématiques, d'astrophysique et de sciences physiques pures, sans pour autant s'égarer : l'intrigue est orchestrée de main de maître, les personnages principaux sont charismatiques, les situations incroyables et tellement de l'ordre des possibles. L'auteur construit un jeu de piste absolument époustouflant dans lequel le lecteur s'engouffre sans l'ombre d'une hésitation : le mystère est le « héros » de ce premier opus, il en est l'antienne qui donne toute son ampleur à la trilogie et sa résolution n'en est que plus savoureuse. 

« La forêt sombre » Dans le deuxième tome de la trilogie, les hommes doivent faire face à la menace du monde extraterrestre qui a intercepté le message de Ye Wenjie, Trisolaris, planète aux trois soleils. Ce monde se meurt de l'instabilité de son système où les ères régulières et chaotiques se succèdent d'une manière aléatoire. Les habitants doivent quitter la planète mère pour coloniser un monde plus accueillant : la Terre. Quatre siècles séparent l'humanité de l'invasion extraterrestre ce qui est long et dramatiquement court.Afin d'assurer une supériorité trisolarienne sur les Terriens, des intellectrons sont envoyés sur Terre pour sonner le glas de la recherche dans le domaine des sciences fondamentales. Trisolaris, appuyé par un groupe d'hommes et de femmes qui ne croient plus dans les bienfaits de l'humanité, espionne et bloque le savoir scientifique.Une réponse est proposée à l'humanité : le programme Colmateur. Quatre personnes sont choisies par le Conseil de Défense Planétaire pour élaborer des stratégies secrètes afin de contrer l'invasion. En effet, la faiblesse des Trisolariens est de ne pouvoir lire dans les pensées. Bien entendu, les amis de Trisolaris, les OTT,  créeront le pendant du programme Colmateur : chaque Colmateur aura son Fissureur.Luo Ji, cosmosociologue, est un des élus, le plus atypique et le plus mystérieux : quel sera son plan ?

Liu Cixin s'appuie toujours sur les concepts scientifiques pointus et fait vivre au lecteur un tourbillon de situations : la maîtrise de l'hibernation, le poinçonnage mental sont des réponses pour affronter l'envahisseur lors de l'Ultime Bataille. La description de cette Ultime Bataille est digne d'un space opéra où la dramaturgie est à son comble.L'adversité implique pour l'Humanité d'effectuer des recherches à marches forcées, d'aller au-delà de l'impossible pour survivre. Car c'est ce qui est en jeu : la survie de l'espèce humaine bien que quatre siècles soient un lointain futur, le Temps passera toujours trop vite.L'intrigue est aussi complexe que celle du premier tome et menée avec brio et un art consommé de la manipulation du lecteur. C'est ce qui rend la lecture haletante de bout en bout malgré quelques longueurs.Peut-on tomber amoureux d'une personne rêvée ? La force de l'imaginaire peut-elle lui donner chair ? Le rêve peut-il devenir réalité ? Ce sont des faits que vivra le Colmateur Luo Ji, retiré dans un lieu de rêve devenu tangible.Est-ce dans le rêve que sera construite la stratégie qui contrera l'invasion de Trisolaris ? Un rêve que les sauts dans le temps, grâce à l'hibernation, révélera. Quelle était la malédiction lancée par Luo Ji ?La forêt sombre, métaphore de l'univers, cache-t-elle des prédateurs à l'affût d'une proie ? Cache-t-elle un instinct de survie enclenchant la destruction de l'Autre avant qu'il ne découvre ce qui est caché ?Le deuxième opus s'achève sur une rêverie qui entretient la faim du lecteur. 

« La mort immortelle » Ultime opus qui nous emmène dans une succession de réveils et d’endormissements des héros. Une traversée des siècles et millénaires au cours desquels la civilisation terrienne a évolué parfois de manière extraordinaire.Le lecteur suit le périple des vaisseaux rebelle et légitimistes dans l’immensité de l’espace où ils se livreront à une guerre sans pitié.

Le dernier volet de la trilogie relate une guerre froide spatiale où l’enjeu est de se rendre invisible aux civilisations extraterrestres. Un jeu d’échec à l’échelle interstellaire se met en place, la mystification, la logique et la physique en sont l’essence tout en prenant en compte une variable d’importance : le hasard.

Tout est permis, tout est exploré jusqu’aux théories des différentes dimensions ouvrant sur d’autres mondes, d’autres espaces. Une solution est même proposée à l’énigme de la matière noire et quelle solution ! Etonnante et tellement « réelle ».

Les mystères de la physique apportent, au plus grand étonnement du béotien, une dimension poétique au récit lors des descriptions de l’espace ou des actes scientifiques. La physique et son dédale de recherches tant théoriques qu’expérimentales offre une matière infinie à l’invention romanesque. 

Le souffle de l’épopée est sans cesse présent pour le plus grand plaisir du lecteur : l’envoi d’une sonde dans laquelle le cerveau d’un des primes héros est enfermé, la découverte d’une station spatiale « squatt de pauvres et d’indigents sociaux », le conservatoire de l’histoire de l’Humanité au cœur d’un planète satellite.

Comme tout bon roman de Science Fiction, la dimension politique tient une place importante dans le récit. Elle en est même le moteur puisque dès le premier opus l’idéologie est présente. Les ramifications sont multiples et autant de focales sur le devenir des sociétés humaine en temps de crise profonde et dans les choix majeurs à faire face à un dilemme : comment agir ? Sauver les siens ? Préférer le pacifisme ? Favoriser une décroissance pour tenir dans la durée ou prendre le risque du progrès qui peut amener à une catastrophe sur le long terme ? A ces questions, les personnages répondent selon leur conscience, leur vision du monde ; le lecteur aura ainsi le choix de s’y identifier, d’éprouver de l’empathie ou carrément verser dans la détestation. 

Ce qui est certain c’est que jamais le lecteur ne pourra rester indifférent, lointain ou étranger à la vie des personnages emblématiques de la trilogie. C’est la marque d’un très grand roman et d’une belle réussite.Près de deux milles pages qui ne sombrent pas dans l’oubli une fois la dernière phrase lue.


samedi 23 mars 2019

Poo poo pee doo...


Le 8 mars dernier se tenait la journée mondiale des droits de la femme; j'ai emprunté, suite à une présentation de l'équipe de la médiathèque de ma ville, une BD « Betty BOOB ».
Les autrice et illustratrice ont réalisé un récit époustouflant qui bouscule un peu les lignes du moins les miennes.

Elisabeth,l'héroïne, se réveille à l'hôpital et se rend compte qu'il lui en manque un. Un quoi donc ? C'est ce que se demande le lecteur dans la nanoseconde avant de comprendre qu'il s'agit, bien entendu, d'un sein.

L'héroïne de l'histoire revient d'une hospitalisation importante suite à une longue maladie qui l'ampute d'une partie de sa féminité. Le retour à la maison, auprès de son compagnon se révèle être difficile et douloureux. Tout comme se révèle ardu et désespérant le retour au travail. L'éloignement puis l'incompréhension provoque la séparation du couple. Il s'agit, en réalité, plus d'une fuite de la jeune femme qui ne peut plus supporter le regard affligé et dégoûté de son homme. C'est qu'Elisabeth a plus pensé au contenu du bocal (où est conservé son sein) que des malaises de son compagnon qui ne peut plus la regarder comme une femme à part entière.
Les mots ne sont pas nécessaires pour comprendre qu'il s'agit du cancer du sein. D'ailleurs, il n'y en a que très peu, quelques lignes tout au plus.


Tout est dans les dessins, dans les expressions des personnages, dans les actions et la danse des corps.Il n'y a pas pléthore de couleurs : du rouge, du noir, du blanc et du gris car inutile de faire dans le coloré pour exprimer la vie après la maladie.
Les deux autrices de ce petit bijou réussissent le tour de force de relater, avec tendresse et humour, le parcours d'une reconstruction : celle d'une jeune femme amputée d'un sein suite à un cancer, affublée d'une perruque rebelle qui la conduira dans le sillage d'une troupe hétéroclite de cabaret. Au gré des pages tournées, le lecteur suit l'héroïne dans la réappropriation de son corps et la reconquête de sa féminité après sa maladie.
La BD évite les écueils des poncifs et autres clichés, quand ces derniers apparaissent c'est sous forme humoristique. Les démons d'Elisabeth sont présents, représentés de manière parfois grotesque parfois, souvent avec des clins d'oeil aux galeries de monstres exposés dans les cirques au XIXème siècle. La volonté de vivre et d'avancer est telle chez la jeune femme qu'ils ne restent guère longtemps, l'humour et la vie lui ouvrent des horizons qu'elle n'aurait jamais soupçonnés. Le burlesque magnifie la différence, la rend belle et « fashion » au point qu'une mode verra le jour... car, oui, pourquoi pas une mode de l'amazone, avec ce sein disparu qu'on afficherait symboliquement !

Betty Boob devient une autre Betty Boop, aussi glamour et sensuelle que l'icône des cartoons.

Une BD à lire sans modération... gare aux bouffées d'émotion derrière le rire, surtout,  les laisser s'exprimer sans culpabilité.

jeudi 21 mars 2019

La séparation

1941 la guerre d'usure entre le Reich et l'Angleterre bat son plein arc boutant les belligérants sur leurs positions : les Anglais ne lâcheront rien, les Nazis veulent faire plier Albion sous un déluge de feu, de fer et de sang.
Deux frères jumeaux se retrouvent dans la tourmente, l’un est pilote de la RAF, l’autre Objecteur de Conscience affecté à un poste d’ambulancier de la Croix Rouge.
Le lien ? 1936 année des jeux olympiques en Allemagne dominée par le Chancelier Hitler. Cet été 1936, les frères Sawyer, dotés des mêmes initiales (JS pour Joseph et Jack Sawyer), représentent le Royaume Uni dans l’épreuve d’aviron de deux barreurs. Ils décrocheront la médaille de bronze et rencontreront Rudolf Hess.
Les deux jeunes hommes, parfaitement bilingues, sont hébergés chez des amis de leur mère, une famille juive qui a perdu tous ses droits. Joe est le seul à se rendre compte de ce qui se trame réellement en Allemagne tandis que Jack reste plus naïf.
C’est lors d’une soirée à l’ambassade britannique que Jack croisera le chemin de Hess avant de rejoindre son jumeau pour rentrer en Angleterre.
Les Sawyer ne reviennent pas seuls : Birgit, la fille des amis de leur mère, a été dissimulée dans une cache du camion par Joe. Jack est très épris de Birgit et n’ose le lui avouer…. Une fois en sécurité en Grande Bretagne, Joe épouse Birgit, évinçant son frère.
Les deux frères n’ayant pas la même vision du monde, les querelles naissent jusqu’à les conduire à la rupture définitive.
Tout les oppose au point qu’ils n’ont pas la même perception de la réalité. C’est le point d’orgue de l’uchronie orchestrée avec maestria par Christopher Priest.
Pour Joe la guerre s’est achevée en 1941 par la signature d’un traité de paix entre le Royaume Uni et le Reich. Il en a été un des participants actifs en tant que traducteur.
Quant à Jack, sa guerre s’est terminée en 1945 quand son stalag est libéré par l’armée américaine.

Priest construit le parcours parallèle des deux frères en s’appuyant sur des éléments réels qui rendent les faits plausibles. Par touches subtiles, maniant l’artifice du « déjà vu » avec efficacité et brio, l’auteur sillonne les événements en faisant de tout petits pas de côté.
La paix séparée signée en 1941 a impliqué un conflit long, usant et coûteux aux Etats-Unis, à l’Allemagne et à l’URSS. La Troisième Guerre a conduit les USA dans un isolationnisme provoquant un marasme économique, social et culturel tandis que l’Allemagne parvient à se redresser sans doute parce que Hitler a été évincé manu militari par Rudolf Hess.

La séparation est un roman construit avec une grande habilité, un roman dans lequel l’intrigue est menée avec une précision qui permet de l’achever par un dénouement surprenant car c’est au lecteur de choisir ce qu’il souhaite « croire », interpréter.
La distorsion subtile du prisme de la réalité vécue apporte une dimension intéressante au personnage de Joe et à ses relations avec ses proches. L’éloignement, source de souffrance, de son frère fait que ce dernier est sans cesse présent. Une même scène se joue plusieurs fois avec des chutes tellement réalistes qu’elles en deviennent vraies. Or où se situe la frontière entre l’hallucination et le réel ? Entre ce qui est vécu et rêvé ? La séparation de la gémellité est-elle le point de la divergente d’un événement historique ? La faille ouvrant sur d’autres champs des possibles ?
 Priest joue sur ces concepts avec jubilation amenant son lecteur dans le dédale des perceptions.



L’avis de Cyril

lundi 18 février 2019

Japonitudes .... suite


J'ai retrouvé avec plaisir le jeune fonctionnaire impérial dans une aventure que je n'avais pas encore lue.
« L'énigme de la porte de Roshomon » entraîne Sugawara Akitada  à l'université à la demande de son ancien professeur Hirata. Un chantage met en péril l'avenir de ce lieu de formation et de savoir qui souffre d'un manque de ressources évident tant les locaux semblent décrépits.
Il y a un an, une tricherie a eu lieu lors de la passation des examens à l'issue desquels un étudiant médiocre, mais riche et doté de puissants appuis, fut couronné major de sa promotion au détriment de celui qui aurait du terminé premier. Ce dernier se suicida tandis que le tricheur entrait dans l'administration impériale dont il gravit rapidement les échelons.
Hirata ne parvient plus à supporter le poids de la culpabilité et fait appel à son ancien élève Sugawara pour trouver comment juguler les rumeurs risquant de porter atteinte à la réputation de l'université.
Le jeune aristocrate, toujours célibataire et occupant un poste ennuyant aux Archives du Ministère de la Justice, accepte l'offre du professeur Hirata : une chaire provisoire de droit. Il renoue également avec la fille de son maître, la belle Tamako sous le charme de laquelle il tombe avec délice. D'ailleurs, le mariage désiré par le professeur Hitara aura-t-il lieu ? On peut en douter lorsque la jeune fille repousse l'offre de notre héros. Serait-elle une forte tête et un esprit libertaire dans une société où les mariages sont arrangés ?

Comme toujours avec les aventures de Sugawara, il y a un faisceau d'enquêtes à s'agréger à l'enquête principale.
Ainsi sera-t-il amené à résoudre la disparition d'un prince transformée en miracle, à élucider deux meurtres, à protéger un jeune héritier, à déjouer une ignoble machination, orchestrée par un Seigneur avide de pouvoir et de richesses, et à confondre le « tricheur ».
Les différentes énigmes entraînent le lecteur dans un Kyoto interlope, parfois très glauque comme la porte de Roshomon, celle de l'entre deux mondes où sont abandonnés les cadavres des gueux et autres indigents.
C'est au cours de cette aventure qu'apparaissent deux hommes, en délicatesse avec la loi, qui deviendront des compagnons fidèles de Sagawara.

Le rythme de l'intrigue peut paraître insuffisant au début toutefois le lecteur est rapidement rassuré devant le nombre croissant de mystères à mesure que notre héros avance dans son enquête.
On passe un agréable moment de lecture et c'est ce qui compte notamment en villégiature au soleil.

Quelques avis :

dimanche 17 février 2019

C'est la photo du dimanche #13

(Zellige/ photo prise à Essaouira, Maroc, le 13/2/2019)

« Lorsque je découvris le Maroc, je compris que mon propre chromatisme était celui des zelliges, des zouacs, des djellabas et des caftans. Les audaces qui sont depuis les miennes, je les dois à ce pays, à la violence des accords, à l'insolence des mélanges, à l'ardeur des inventions. Cette culture est devenue la mienne, mais je ne me suis pas contenté de l'importer, je l'ai annexée, transformée, adaptée. »
Yves Saint Laurent, grand couturier

samedi 16 février 2019

Sur la route


Roman post apocalyptique, « Le feu de Dieu » est un peu le « La route » à la française en nettement moins bien.
Franx, contraction de François-Xavier, est un père de famille original : il décide de tout plaquer, avec deux autres familles, pour acheter une ferme perdue dans le Périgord noir et de la transformer en bunker pour survivre quand sera venue la fin du monde.
Bien entendu des tensions naissent lorsque les familles se retrouvent en vase-clos après l'achèvement des travaux et des réserves. L'éclatement de la bulle a lieu peu de temps avant le cataclysme qui balaiera la Terre et jettera les gens dans l'horreur.
Franx quitte la ferme pour Paris où il doit liquider la succession d'une vieille tante décédée, son absence ne sera que de quelques jours sauf que dame Nature en a décidé autrement. Il assiste, médusé, à la disparition du bouclier magnétique terrestre, au déchaînement des forces naturelles qui plongeront le monde dans le chaos d'un long hiver cataclysmique : failles engloutissant des villes entières, éruptions volcaniques porteuses de nuages de cendres occultant le soleil.
Il doit rentrer chez lui d'urgence pour rejoindre les siens qu'il espère en sécurité. Comme il connaît la nature du désastre, il récupère, rapidement, des vêtements chauds, des bottes fourrées, un sac pour ses réserves de nourriture et d'eau.
Un long périple commence parsemé de rencontres aussi épouvantables que merveilleuses. A commencer par celle d'une fillette qu'il nommera Surya, fillette confiée par sa mère mourante à un homme qui est tout sauf un héros.
Au fil des kilomètres il se rendra compte que Surya a un don, qu'elle est sa vigie, son phare dans une nuit au cœur de laquelle les pires aspects de l'humanité s'exprimeront.

Tandis que Franx tente de rallier le Périgord, sa famille entreprend de mettre en place le protocole de survie. Elle n'est pas seule, un jeune homme est resté tel un parasite. Comme les parasites il a un instinct de prédation qui fait fi d'autrui. Un huis-clos s'installe entre les protagonistes, Zoé l'adolescente en proie à ses émotions et à l'éveil de sa féminité, l'épouse, Alice, adultère par ennui, le jeune fils, Theo, enfant qui a des « visions » depuis tout petit, connecté à son père, et le Grax, jeune homme qui a fait succomber toutes les mères de l'Arche. Le Grax dévoilera son vrai visage et aura un destin à sa mesure.

Rien ne sera épargné au lecteur qui devra subir tous les poncifs du genre (violences diverses, séquestrations, sacrifices d'autrui ou cannibalisme) qu'il voit se profiler tant l'auteur, Pierre Bordage, y va de ses gros sabots.
Il y a les méchants vraiment méchants que le chaos dévoile sans fard ; il y a les pauvres hères malmenés de bout en bout ; il y a le gentil moine qui tente de garder cohérent son groupe de survivants ; il y a les hordes de rats, en concurrence directe avec les hommes, les meutes de chiens, des ours blancs et pas de ratons laveurs mais des fouines dont je n'ai pas saisi le rôle.
La peur est là, certes, une peur pâle tellement convenue qu'elle n'est pas crédible.
Quant aux personnages, ils n'inspirent aucune empathie ce qui a laissé la lectrice que je suis et surtout la fan de Bordage, sur sa faim. Les seuls à échapper au désastre sont Surya et Theo que l'on regarde d'un œil bienveillant.
La moralité du roman ? C'est une erreur que de se replier sur soi et se fermer au monde lors d'un cataclysme. Rester humain c'est ouvrir sa porte aux autres et partager.

Je ne peux pas dire que j'ai passé un moment désagréable, loin de là ; cependant la déception est présente au point que je m'interroge : « Le feu de Dieu » a-t-il été une « commande » pour prendre le train de la vague « post apocalyptique » du moment ? Quant on a lu ses grands romans épiques, ses space opéras d'un lyrisme magnifique, on ne peut qu'être déçu par ce roman qui se veut post apocalyptique et qui n'est qu'un mauvais thriller.

Des avis ici et là


vendredi 15 février 2019

Un cordon ombilical appelé Nil


« Le dieu fleuve » est l'épopée d'un esclave eunuque, Taita, érudit, médecin talentueux, inventeur, architecte, ingénieur, tacticien de talent, nourrice, pédagogue et compagnon fidèle d'une jeune fille qui deviendra reine.
Taita est un peu le Léonard de Vinci de l'Egypte ancienne tant ses talents sont protéiformes, touchent à tous les domaines de la connaissance humaine.
Wilbur Smith retrace une partie de l'histoire égyptienne, deux mille ans avant notre ère : l'Egypte est épuisée, ruinée par la cupidité des hommes, d'un homme, le Grand Vizir Intef et l'obsession de Pharaon Mamôse, la construction de son tombeau où il reposera parmi ses trésors insensés afin d'accéder à la vie éternelle une fois de l'autre côté.
Taita est d'une rare intelligence ce qui le rend, parfois, non ! Souvent, imbu de lui-même, pédant, vaniteux au point d'en être insupportable... d'autant qu'il a souvent raison.
Cet homme, devenu eunuque pour avoir préféré une jeune fille à son maître Intef qui en avait fait son favori, est un puits de sagesse et de science. Il connaît sur le bout des doigts les imperfections de la nature humaine, ses faiblesses et ses forces.
Il est la nourrice et le confident de la fille du Seigneur Intef, la douce Lostris qu'il nous présente au début comme une très jeune fille superficielle. Très vite il rend justice aux qualités tant physiques qu'intellectuelles à la belle et douce Lostris : n'est-ce pas lui, Taita, qui lui a enseigné tout ce qu'elle sait ?
Sous la pointe de roseau de Taita, l'Egypte ancienne se déroule sous nos yeux, indissociable du Nil nourricier, le temps scandé par les crues et les fêtes d'Osiris.

Thèbes où Pharaon, venu d'Eléphantine (j'adore le nom de cette ville, il me fait voyager dès que je le lis ou que je le prononce), vient célébrer Osiris et ses bienfaits, préside aux festivités, symbole d'une gloire qui se délite.
Thèbes où le Seigneur Intef trame et complote pour s'enrichir et accéder un jour au trône en mariant sa fille à Pharaon.
Thèbes où deux jeunes gens s'aiment d'un amour impossible : Tanus et Lostris croquent la vie à pleines dents, pour eux rien n'est impossible surtout si Taita les aide et les soutient. Ce qu'il fera à sa manière subtilement cauteleuse où se mêlent calcul et humanité.
Thèbes, l'alpha et l'oméga de l'Egypte qui sera le creuset d'une des plus grandes civilisation de l'histoire de l'humanité.

On vit la fin d'un cycle, la chute d'un Roi au combat, la trahison d'un Grand Vizir, la bravoure d'un jeune officier qui refusera par loyauté d'appeler les soldats à se mutiner pour accéder au trône.
On vit la défaite avec panache des Egyptiens face aux envahisseurs venus d'Asie, les Hyksos en possession d'armes de destruction massives : les arcs recourbés, les chevaux, inconnus des Egyptiens, et les chars.
On vit l'exode de la Reine Lostris et du Prince héritier Memnon, au-delà des cataractes, fuite qui emmènera tout un peuple à la découverte d'une Afrique inconnue d'une richesse extraordinaire.
On vit l'expérience mystique du Labyrinthe dispensant des prédictions d'un Taita en transe.

« Le dieu fleuve » n'a pas la prétention d'être un roman rigoureusement historique, il apporte juste ce qu'il faut d'actions, de dénouements, de passions amoureuses ou mercantiles, pour amener le lecteur à passer un agréable moment de lecture.
Grâce au « dieu fleuve », le Nil est le cordon ombilical liant le lecteur au narrateur, le fleuve sacré est le fil vert serpentant entre les lignes, au détour de chaque chapitre, charriant les rêveries du lecteur avec la fausse lenteur de son débit.

mardi 12 février 2019

Où suis-je?

"Le thé à la menthe doit être amer comme la vie, mousseux comme l'amour et sucré comme la mort."

(proverbe marocain)

mercredi 23 janvier 2019

Le défi lecture 2019 court: où en suis-je?



Bien entendu je ne respecte pas l'ordre donné. Cependant est-ce rédhibitoire? 









  • Un roman qui se déroule dans le futur:

"La mort immortelle" de Liu Cixin (tome 3 de sa trilogie)

  • Un roman dont l'un des personnages est un animal:
  • Un roman qui se déroule dans le passé:
  • Un roman sur le thème de l'amitié:

  • Un roman sur un homme ou une femme célèbre:

  • Un roman qui se passe dans un collège:

  • Un roman basé sur une enquête/un mystère à résoudre:
"Le signal" de Maxime Chattam

  • Un roman humoristique:

  • Une bande dessinée:

  • Le premier tome d'une série de romans:

  • Un roman qui a pour thème la magie:

  • Un roman qui se déroule à Noël: