Je ne connaissais pas du tout l'oeuvre
de Wallace Stegner et je ne peux que remercier les éditions
Gallmeister d'avoir remis au goût du jour ce recueil de nouvelles :
la couverture m'a fait de l'oeil il près d'un an et le livre
attendait sagement dans ma PAL que je trouve le moment idéal pour
l'ouvrir.
En glanant des informations sur
l'auteur, je me suis aperçue que beaucoup d'écrivains américains
d'envergure n'étaient que trop peu traduits.
Il est un des pionniers de l'école
dite du Montana et chaque page du recueil en est un écho tant la
nature tient le haut du pavé.
La première nouvelle éponyme du
recueil, « Le goût sucré des pommes sauvages » m'a
emmenée dans le Vermont au cœur d'une campagne au charme d'antan
semblant abandonnée de tous, la mécanisation à grande échelle de
l'agriculture a eu raison du monde rural. La porte de sortie est
l'exode. Dans cette nature solitaire, Ross, un peintre de paysage, et
Margaret roulent au gré de la route illuminée par la splendeur des
couleurs de l'automne, et ont la surprise de rencontrer une femme et
sa fille, rescapées de la fuite vers l'ailleurs. La jeune fille
étrange les conduit dans un verger magnifique où les pommiers
croulent sous les fruits. Une rencontre du troisième type au cours
de laquelle la nature dispense toujours ses richesses à qui sait les
trouver et apprécier.
Ce coin de campagne est un peu un
« wild wild west » à deux encablures de New York city.
« Jeune fille en sa tour »
est un deuxième voyage mémoriel, celui d'un homme qui découvre que
l'immeuble dans lequel il passa une folle époque de sa jeunesse est
devenu la propriété d'une entreprise de pompes funèbres : sa
vieille tante repose en attendant les funérailles.
Soudain c'est l'Amérique d'avant le
krach boursier, celle de l'insouciance et de toutes les
extravagances. Salt Lake City, un rêve américain des grands
espaces. Tout y fut grand les fêtes, les folies, les espoirs et les
déconvenues. La nature laisse passer les caravanes humaines,
goguenarde ou blasée : elle sait qu'elle demeure.
« Guide pratique des oiseaux de
l'ouest » est une nouvelle savoureuse à souhait. Un critique
littéraire à la retraite se retrouve coincé dans une soirée un
brin snob, en Californie, l'état de toutes les excentricités et des
tocades.
Joe observe les invités, les hôtes et
l'artiste pour lequel la soirée est organisé avec l'oeil d'un
ornithologue : la volière s'ébroue, jacasse, pépie, piaule ou
caquète. On y fait le paon ou on se fond dans l'environnement. Le
jeune pianiste est-il un passereau digne d'intérêt ou sans grand
talent ? Les places au soleil de la célébrité sont rares et
chères au point qu'un pieu mensonge sur ses origines pourrait
paraître véniel. Or le ramage usurpé ne trompe pas l'ornithologue
avisé.
Un regard doux amer sur un american
dream souvent difficile à atteindre.
« Fausses perles pêchées dans
la fosse de Mindanao ». Un attaché culturel d'ambassade
américain se retrouve au cœur d'un duo amoureux mené de main de
maître par la femme écrivain. L'exotisme des traditions de Manille
est le prétexte de montrer combien les liens peuvent être complexes
entre nature et culture, entre hommes et femmes, entre l'étranger et
l'autochtone. La Conquête de l'ouest a franchi le Pacifique pour se
perdre dans les îles aux allures paradisiaques. Le héros est un
tantinet blasé, revenu de tout qui pourtant parvient à être
surpris par la manière extraordinaire avec laquelle l'écrivaine a
réussi à reconquérir l'amant inconstant.
« Génèse » dernière
nouvelle du recueil qui aurait pu être un court roman. Un jeune
Anglais part aux Etats Unis pour devenir cow-boy. Il est embauché
pour redescendre un troupeau, pâturant dans les plaines du Montana,
jusqu'au ranch du propriétaire.
Il découvre l'âpreté sauvage de la
condition de cow-boy, la promiscuité entre les hommes, leur
solidarité, leurs coups de gueule, leur philosophie et leur respect
envers ceux qui résistent au labeur parfois inhumain.
Les grands espaces sont merveilleux
sous un ciel d'été et deviennent l'antichambre de l'enfer lorsque
les éléments se déchaînent.
« Génèse » est un court
roman dit western aux accents du texte fondateur de l'Ecole du
Montana qu'est la série de quatre romans « The Big Sky »
d'A.B. Guthrie.
La description des paysages, dans la
tourmente ou non, est somptueuse et d'une grande poésie. En quelques
phrases, on se retrouve aux côtés de ces cow-boys, dans une nature
d'une beauté à couper le souffle. La liberté sans limite où que
se porte le regard de l'homme.
Une aventure initiatique pour le jeune
héros surnommé Rusty en raison de sa chevelure rousse. Il part pour
une quête de soi, pour connaître ses limites et vivre un peu de la
vie de pionnier.
Cinq nouvelles choisies par l'auteur
pour un voyage au cœur des mémoires d'une Amérique que l'on
idéalise certainement et dont on rêve toujours. Les Etats-Unis ce
pays continent où l'horizon est plus vaste qu'ailleurs, où
l'infinitude en devient presque enivrante.
A découvrir en s'imaginant au coin
d'un feu crépitant, dans un fauteuil à bascule, un soir d'hiver
dans une ferme du Montana ou des Appalaches (je sais, c'est un grand
écart géographique).
Traduit de l'américain par Eric
Chédaille
Quelques avis :
Babelio Sens critique Hélène Marilyne
Lu dans le cadre