dimanche 27 juin 2010

Prix des Incorruptible: le résultat 2010

Le Prix 2010 des Incorruptibles, catégorie Maternelle, a été décerné à:

 

...Ce sont les élèves de Grande Section qui vont être ravis! Pour info, les adultes aussi pouvaient voter et leur choix concorde avec celui des enfants.

Rencontre insolite

Le printemps commence, on suit la construction de son nid par une poule d'eau: elle a choisi un emplacement idéal au pied d'un pont, en ville, et elle y couve ses quatre jolis oeufs pendant plusieurs semaines. Un jour, un corbeau tombe dans l'eau, près du nid de la petite poule d'eau. La peur fait rapidement place à l'étonnement ("Un corbeau sait nager?") et notre poulette hisse le pauvre naufragé dans son nid. Elle lui prodigue soins et chaleur, aussi, notre corbeau recouvre-t-il joyeusement la santé. Il est tellement à l'aise avec la famille poule d'eau qu'il reste à ses côtés tout en se rendant utile: il fait la nounou et veille sur les poussins lorsque Noirette, la poule d'eau, part en quête de nourriture. Or, un jour, Noirette ne revient pas: que s'est-il passé? Un orage a jeté Noirette dans les mailles d'un filet, lui brisant une aile. Un vieux monsieur, qui passait en barque, emporte Noirette chez lui pour la soigner. Noirette dort, installée près du poële, récupérant lentement, tandis que ses poussins et le corbeau attendent son retour. Ce dernier prend soin des poussins, les éduquent (à la mode corbeau, ce qui en fait de vrais chenapans) tant bien que mal, leur apprend à voler. D'ailleurs, une fois l'ultime leçon de vol donnée, notre nounou corbeau s'en retourne retrouver les siens. Seulement, après cette longue absence, il ne se sent pas si bien que cela en compagnie de sa famille: les petites poules d'eau lui manquent...beaucoup. Aussi, revient-il en ville, l'hiver étant rude, il s'inquiète pour les poules. Que deviennent-elles? Et où est Noirette? Reviendra-t-elle un jour? Alors qu'on ne l'attendait plus, Noirette réapparaît: la famille, insolite, est enfin réunie!
"Le corbeau et les oisillons" de Nicole de Cock est une très belle histoire d'amitié entre deux êtres que beaucoup de choses séparent: Noirette est un palmipède, le corbeau un charognard peu engageant. Et pourtant, malgré leurs différences, Noirette passe sur ses préjugés (est-ce qu'un corbeau ça nage?) pour secourir l'oiseau en perdition. L'adoption du corbeau au sein de la famille poule d'eau est dans la logique de l'accueil, de même que le malaise ressenti par le corbeau lorsqu'il revient auprès des siens: le sentiment d'être devenu un étranger le fait revenir en ville auprès des oisillons devenus grands.
"Le corbeau et les oisillons" peut être lu comme une métaphore de la famille recomposée ou encore celle d'un pays que l'on adopte parce que ce dernier fait bon accueil. Par petites touches, le récit offre des clés au jeune lecteur pour mettre en évidence des sensations sur un sentiment d'étrangeté au sein du clan familial (même lorsque l'on est tout petit), ou mettre en évidence les valeurs de la solidarité, essentielle pour être vraiment digne d'humanité (la détresse d'autrui émeut et l'empathie donne naissance au geste élémentaire de "la main tendue" même lorsque la différence est criante). Nicole de Cock joue aussi sur le registre de la peur de l'abandon, de l'absence possible de la maman, une maman qui revient toujours....comme à la fin de la journée d'école. Les illustrations sont d'une grande beauté et d'une poésie époustoufflantes: les tons orangés, jaunes, noirs et gris, offrent une ambiance, très japonisante (les illustrations m'ont fait penser aux traits de pinceaux des estampes), tantôt inquiétante, tantôt chaleureuse et douce, modulant l'état d'âme du jeune lecteur au rythme des angoisses et des joies ressenties au cours du récit. Le parti pris du découpage des pages pour visualiser la simultanéité de ce que vivent d'un côté les oisillons et le corbeau, de l'autre Noirette, est une richesse de lecture d'image dont on ne se lasse pas, en tant qu'adulte. Cet aspect est un peu difficile à faire percevoir aux jeunes enfants mais cela ne leur occasionne aucune gêne dans la lecture.
Je dois avouer que cet album fut, pour moi, le plus singulier, le plus désarçonnant, de la sélection 2010 du Prix des Incorruptibles, celui vers lequel on avait le moins envie d'aller....et pourtant quelle richesse dans cette histoire et ces illustrations léchées et subtiles.
"Le corbeau et les oisillons" est un album qui s'apprécie, s'intensifie au fil des lectures que l'on en fait: chacune d'entre elles apporte un éclairage inattendu, petite pierre inestimable qui en fait un très bel objet et un excellent outil de langage avec les petits. Les èlèves de ma classe, comme ceux de Grande Section, n'ont pas forcément été sensibles à l'album, cependant, à chaque lecture, je sentais comme des frémissements, presque imperceptibles, preuve que quelque chose titillait leur sensibilité.

Les avis de Les P'tits lus   hellocoton  



(11/24)

Dimanche en photo 3


Je vous présente le nain de jardin de l'école qui veille sans relâche sur les plantations et semis des enfants.
Des brins de menthe-bonbon pointent pour saluer le printemps qui se faisait attendre.
Les photographes du dimanche sont aussi chez Liyah.

samedi 26 juin 2010

Et le lauréat est....

Hier soir, à Brest, sur le plateau de l'émission "La complète" (clin d'oeil à la galette...que je dégusterai ce midi avec une belle salade du jardin), le lauréat du 8è Prix des Lecteurs du Télégramme a été accueilli. Qui est le lauréat? "La délicatesse" de David Foenkinos, auteur sémillant à l'humour et la répartie enlevés. Son roman ne fut pas un de mes préférés mais la lecture de "La délicatesse" ensoleilla, par sa comédie, parfois sombre, et son humour, mon paysage intérieur qui fit suite aux inondations.
L'arrivée à Brest ne fut pas de tout repos: un timing très serré (plus d'une heure de route en quittant ma classe à 16h30 pile), des déviations en raison de travaux aux alentours de Guingamp et, surtout, pas le temps de passer à la maison me rafraîchir un peu (imaginez la Katell après une journée de classe sous la canicule - hé oui, au-dessus de 20° le Breton a chaud, très chaud! - une vraie catastrophe pour les photos!). Trouver les locaux du Télégramme fut épique (je ne suis pas de Brest même) et les noms de rue ne me parlent absolument pas même avec un plan Mappy: si seulement, il y avait été précisé "tournez à droite après le Quarz", j'aurais évité de visiter les quartiers brestois. Heureusement, le Brestois est charmant avec les femmes en détresse et très vite, j'ai été aiguillée sur la bonne voie. A noter, lors de la partie piétonne de mon parcours, l'extrême courtoisie de l'automobiliste brestois, même un vendredi soir ensoleillé: on s'est toujours arrêté pour me laisser traverser sur le passage piéton!
Je suis arrivée une bonne demi-heure après l'heure indiquée sur l'invitation et je n'étais pas certaine de pouvoir au final participer à la réception du lauréat...d'ailleurs j'étais prête à attendre la fin de l'émission (je n'avais pas fait tout ce chemin pour rien tout de même) car j'avais à faire dédicacer l'exemplaire de la bibliothèque municipale de St-Agathon (fidèle participante au Prix des Lecteurs du Télégramme). J'ai pu rejoindre les rangs du public (merci au personnel pour l'accueil souriant et agréable!!) et je me suis installée près d'une jeune femme charmante qui s'avéra être une blogolectrice lorsque nous avons échangé quelques mots à la fin de l'émission: les hasards réservent souvent de très jolis moments et ma rencontre, trop brève, avec Clara C. en fait partie.
C'est avec intérêt et curiosité que j'attends la prochaine sélection du 9è Prix des Lecteurs du Télégramme, prix qui propose toujours de belles découvertes.
J'avais voté pour "Démon" de Thierry Hesse, "Taxi" de Khaled Al Khamissi et "Le cirque chaviré" (ex-aequo pour moi avec "Terre des affranchis")...ce qui ne m'empêche pas d'être contente pour "La délicatesse", roman d'un David Foenkinos, au charme incontestable, qui est loin d'être un auteur frivole car derrière une apparente légèreté se dessine un regard grave porté sur la nature humaine, la vie tout court qui est loin d'être un chemin fleuri de roses.
Bon, Clara, dès que je prends le train pour Brest même, je te fais signe et nous irons nous plonger, avec délice, au coeur de ton lieu de perdition qu'est la sublime librairie Dialogues!!!!

dimanche 20 juin 2010

Dimanche en photo 2

Les abeilles ont trouvé un refuge étonnant: la ville où les pesticides et autres produits phyto-sanitaires n'ont quasiment pas cours.
Lors d'une balade parisienne en Septembre dernier, je me suis arrêtée devant cette sculpture ancienne rappelant une activité millénaire, l'apiculture.
Les mitrailleurs du dimanche sont aussi chez Liyah.


Dimanche poétique # 22

En ce jour de Fête des Pères, j'ai craqué pour une chanson de Jean Ferrat, chantée par Daniel Guichard "Mon vieux"...c'est fou comme cette chanson a toujours su me faire frissonner.

Mon Vieux

Dans son vieux pardessus râpé
Il s'en allait l'hiver, l'été
Dans le petit matin frileux
Mon vieux
Y avait qu'un dimanche par semaine
Les autres jours c'était la graine
Qu'il allait gagner comme on peut
Mon vieux
L'été, on allait voir la mer
Tu vois c'était pas la misère
C'était pas non plus le paradis
Hé ouais, tant pis.
Dans son vieux pardessus râpé
Il a pris pendant des années
Le même autobus de banlieue
Mon vieux
L'soir en rentrant du boulot
Il s'asseyait sans dire un mot
Il était du genre silencieux
Mon vieux
Les dimanches étaient monotones
On ne recevait jamais personne
Ça le rendait pas malheureux
Je crois, Mon vieux
Dans son vieux pardessus râpé
Les jours de payes quand il rentrait
On l'entendait gueuler un peu
Mon vieux
Nous, on connaissait la chanson
Tout y passait, bourgeois, patrons,
La gauche, la droite, même le bon Dieu
Avec Mon vieux
Chez nous y'avait pas la télé
C'est dehors que j'allais chercher
Pendant quelques heures l'évasion
Je sais, c'est con
Dire que j'ai passé des années
A côté de lui sans le regarder
On a à peine ouvert les yeux
Nous deux
J'aurais pu,c'était pas malin
Faire avec lui un bout de chemin
ça l'aurait peut être rendu heureux
Mon vieux
Mais quand on a juste 15 ans
On n'a pas le cœur assez grand
Pour y loger toutes ces choses-là
Tu vois.
Maintenant qu'il est loin d'ici
En pensant à tout ça, je me dis
J'aimerais bien qu'il soit près de moi
Papa.

Les compagnons troubadours de Celsmoon et leurs trouvailles sont ICI
 

samedi 19 juin 2010

Brèves de taxi

Le Caire, son vacarme, ses rues surchauffées, sa pollution, ses taxis, et un narrateur à la grande capacité d'écoute, déposent le lecteur au coeur du petit peuple des taxis. Un monde où récriminations, rencontres et confidences étonnantes s'entremêlent joyeusement sans que la tendresse soit absente: tendresse du regard du narrateur, passager volontaire pour une course dont la durée n'est jamais certaine.
Au fil des courses, la vie quotidienne des cairotes s'égrenne sous un soleil de plomb. Les situations sociales et économiques défilent et offrent un tableau doux-amer d'une ville qui fourmille d'ingéniosité et d'abus: entre les petits boulots pour survivre, les cours particuliers des enfants afin qu'ils puissent réussir à l'école, la chèreté des denrées de base et la sempiternelle corruption, gangrène d'un mode de vie, émoussant, sous les rires résignés, les énergies( le chapitre réservé au renouvellement de la licence de taxi est un pur moment de vaudeville grinçant). Quant au système politique, c'est le serpent qui se mord la queue, la ronde infernale d'un immobilisme ancrant, chaque jour davantage, le menu peuple des taxis dans la récrimination et les lamentations: chaque taxi donne sa vision du monde et surtout explique ce qu'il faudrait faire pour sortir l'Egypte du marasme dans lequel sa population végète...les plus grands stratèges d'économie et les plus grands politologues sont les chauffeurs de taxi! Leurs ronchonneries sont autant de perles à la saveur âcre de la sueur, celle de l'ambiance surchauffée du taxi dépourvu de climatisation, cracheur de gaz d'échappements grignoteurs de poumons; mais aussi ont la saveur salée des larmes versées devant le montant des dettes, la frustration de ne pouvoir être vraiment libre de choisir sa vie. Les kilomètres avalés par les taxis au coeur du Caire sont autant de traces d'une humiliation subie au quotidien par les cairotes qui baissent la tête, en silence, devant les ravages d'un capitalisme triomphant de sauvagerie. Le Caire d'aujourd'hui offre encore des images du Caire si bien raconté par Mahfouz, fantômes d'un passé glorieux qui semblait éternel, espaces fugaces d'une échoppe où le temps peut s'arrêter voire revenir sur ses pas. Les affres de l'Histoire ont changé le paysage d'un Moyen-Orient qui n'en finit plus de se chercher dans le dédale des frustrations générées par un conflit israëlo-palestinien et les douloureuses blessures d'une guerre syro-libanaise...l'époque de l'insouciance est loin, digne d'une légende que l'on aime raconter pour mieux se lamenter et se plaindre. Cependant, derrière les aigreurs, les rancoeurs et les larmes, le rire et surtout l'amour de l'Egypte sautent aux yeux du lecteur: certes, Khaled Al Khamissi égratine, sur le mode de l'ironie, un mode de gouvernance ( terme et concept dans l'air du temps) qui enferme dans une relative misère une population qui n'aspire qu'à l'épanouissement sans peur du lendemain, mais entre les lignes c'est l'attachement à une culture, à un pays qui s'entend et s'écoute au rythme des courses bruissant entre comédie et tragédie....la tendresse n'est jamais bien loin, atténuant la satire sociale qui est la toile de fond de la plupart des saynètes.
"Taxi" est la voix des laissés pour compte, des nécessiteux qui crapahutent à longueur de journée, dans le silence de ceux qui n'attendent plus rien hormis l'aide de Dieu. Un roman qui se lit doucement, qui se sirote comme un thé brûlant ou un café capiteux de marc noir; un oasis au coeur d'une ville grise des vapeurs automobiles et un regard digne de celui du grand Naguib Mahfouz.

Récits traduits de l'arabe (Egypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier Delavigne





Les avis de clarisse  rfi   eontos   despasperdus  pascal 

mercredi 9 juin 2010

La vengeance est un plat... raffiné

Jung Jiwon est une jeune "chef" talentueuse, à la tête d'une école de cuisine très courue qu'elle a aménagée avec l'aide de son compagnon, jeune architecte prometteur. La vie de Jung bascule le jour où son amour la quitte pour vivre avec la très belle Lee Seyeon, ex mannequin, une de ses élèves cuisinières: désespérée, languissant après un improbable retour de son amant, elle ferme les portes de son école et trouve refuge au coeur de la cuisine du "chef" du Nove, un des meilleurs restaurant, à Séoul, de spécialités italiennes. Lentement, sous le regard bougon et les remarques parfois rudes du "chef", Jung recouvre le goût de cuisiner et surtout celui de manger pour découvrir l'extraordinaire sensualité qui se cache, inconsciemment, au coeur de la préparation des plats: la nourriture devient une partition à la gloire des sensations et des plaisirs les plus fins.
Le lecteur suit le cheminement intime de Jung, tout d'abord perdue et abasourdie par son désastre intérieur, puis renaissant par la grâce des aliments à travailler pour le plaisir des papilles des clients gourmets du Nove: la préparation, presque rituelle, des légumes, des viandes ou poissons, est une suite de rimes poétiques, d'images qui parviennent à titiller ses papilles et le laisse rêveur sur ces plats qu'il ne pourra jamais goûter autrement que dans la virtualité de sa lecture. La cuisine créative est un sacerdoce que l'on vit en s'oubliant pour offrir aux papilles de l'autre un don de soi: les saveurs savamment orchestrées, conjuguées selon les ingrédients et le dessein du cuisinier, artiste des couleurs, des flaveurs et du goût.

Dans l'ambiance sensuelle de la cuisine raffinée, Jung se souvient de sa rencontre avec l'aimé, de leurs moments précieux et tendres où elle lui concoctait des plats savoureux, prémices à l'éveil des sens. Elle se souvient, elle raconte et souffre encore et encore parce qu'elle n'accepte pas, qu'elle ne peut pas accepter, le départ de l'amant: pourquoi est-il parti? Qu'a Lee Seyeon de plus qu'elle, elle qui garde Pauli, le chien de l'aimé, parce que la nouvelle conquête n'aime pas les chiens. Les douleurs de l'amoureuse abandonnée et du chien fidèle délaissé se mêlent pour donner lieu à une attente, celle d'un retour du passé. Au fil des souvenirs, des peines et des larmes, un tension, imperceptible au début, perce le rythme dansant de la préparation des plats dans la petite cuisine du Nove: une folie indicible se critallise autour de certains aliments, derrière la musique cristalline des ustensiles qui s'ébattent, une note discordante apporte une dissonance sourde et pesante. Jung, plus déterminée que jamais, prépare une nouvelle recette, celle du plat raffiné d'une vengeance qui se déguste à l'aune du plaisir offert aux papilles: la langue est un mets pour lequel les cuisiniers peuvent rivaliser de virtuosité raffinée. Elle marine dans un bouillon de légumes, elle est tendrement nettoyée, préparée avec délicatesse, accompagnée de douces et envoûtantes fines herbes...ainsi celle que Jung prépare pour les gourmets du Nove, sera-t-elle servie avec une sauce d'ail, d'oignon et de cresson, ultime touche pour masquer l'odeur forte de la viande, prélude au repas, point d'orgue de sa carrière, point culminant de son art qu'elle délaissera aussitôt la dernière bouchée dégustée par son amant. Le lecteur pénètre, à la suite de Jung, une frontière de l'interdit, d'un tabou....pour le plus grand plaisir de frissonner et d'attendre une chute, qui peut laisser sur sa faim celui qui est trop dans l'explicite et ne se satisfait pas de l'opacité subtile de l'implicite.

"Mise en bouche" est un roman d'une grande sensualité, celle qui associe, sublime et raffinée délicatesse, l'amour à la cuisine: lorsqu'on aime, on donne toujours beaucoup de soi, comme le "chef" offre une partie de son âme à l'exigeance des papilles délicates des gourmets. Le don qui, parfois, ne supporte pas l'abandon et qui, dans une orchestration subtile et précise de la folie, immole l'objet de sa jalousie sur l'autel de la vengeance. Kyung-Ran Jo, entre souvenirs d'enfance et effluves amoureuse de son héroïne, manie la chronique culinaire et la tension du récit avec subtilité, pour amener son lecteur, tout en émaillant le récit de petites notes incongrues, au dénouement qui laisse place, agréablement, à l'imagination de celui qui s'est laissé prendre au jeu.
Un roman coréen qui sait prendre son temps et que l'on savoure pour en apprécier toutes les saveurs, celles des clins d'oeil à l'histoire culinaire, aux marottes gustatives de certains personnages célèbres, à l'Italie aux mille et une couleurs rehaussée par l'inventivité asiatique. "Mise en bouche"...un roman qui donne envie de se mettre aux fourneaux pour notre plaisir et surtout pour le plaisir de l'autre: la cuisine est aussi une intense déclaration d'amour et un monde de sensualité.

"L'amour de la bonne chère peut se comparer à l'amour entre un homme et une femme. Un cuisinier et un gourmet sont des partenaires idéaux: le cuisinier a pour vocation de rendre les gens heureux avec sa cuisine, le gourmet n'arrête jamais de penser à la bonne chère. Je pense aussi que les gens qui font l'amour passionnément sont certainement des gourmets." (p 114)

"(...) Je sens mes papilles, mes milliers de papilles gustatives se réveiller une par une. Le goût est le sens qui donne le plus de plaisir. Le plaisir de manger peut en compenser d'autres. Il y a des moments où l'on ne peut rien faire d'autre que manger, où je ne peux me sentir exister qu'en mangeant.
On dirait qu'il va y avoir une averse. De grosses gouttes de pluie tombent sur la table, signalant l'arrivée d'une tempête.
Manger ou ne pas manger. Aimer ou ne pas aimer. C'est là une question pour les cinq sens." (p 115)

"Les pires gastronomes sont ceux qui cherchent à remplacer un plaisir sexuel pervers par le fait de manger. Ce ne sont pas de sgourmets à proprement parler. Les gourmets authentiques savent que la curiosité mêlée à la peur double le plaisir. Ils sont toujours prêts à se lancer dans de nouvelles expériences, apprécient les belles et bonnes choses et savent en faire l'éloge. C'est avec la bouche que l'on exprime l'admiration. les gourmets savent mieux que personne que les lèvres sont les premiers organes érotiques. Pour que de tels gourmets existent, il faut d'excellents cuisiniers." (p 182 et 183)

Roman traduit du coréen par Hui-Yeon Kim


 
 
 
Les avis de lily   s.ecriture   rose  

dimanche 6 juin 2010

Dimanche en photo 1

Celsmoon nous emmène au gré de nos découvertes poétiques tandis que Liyah nous propose une balade photographique...ce soir, je rejoins les photographes du dimanche.
Deux très belles initiatives à décliner au gré de nos inspirations et à partager.
Souvenir d'une escapade, le temps d'un agréable Salon du Livre Insulaire, à Ouessant...une crêperie-bouquinerie à tomber!



(Ouessant, fin août 2007)

Les dimanches en photo sont déclinés chez Liyah

Dimanche poétique # 21

Une envie de nature et de sa douce musicalité lorsque tombe le soir....et c'est avec Verlaine que je suis cette tombée du jour rêvée ou vécue un jour.

L'heure du berger

La lune est rouge au brumeux horizon;
Dans un brouillard qui danse, la prairie
S'endort fumeuse, et la grenouille crie
Par les joncs verts où circule un frisson;

Les fleurs des eaux referment leurs corolles;
Des peupliers profitent aux lointains,
Droits et serrés, leur spectres incertains;
Vers les buissons errent les lucioles;

Les chats-huants s'éveillent, et sans bruit
Rament l'air noir avec leurs ailes lourdes,
Et le zénith s'emplit de lueurs sourdes.
Blanche, Vénus émerge, et c'est la Nuit.

(in "Poèmes saturniens")

Les compagnons troubadours de Celsmoon sont à lire ICI
Paysage crépusculaire avec chèvres - 1847 - de Ferdinand Georg Waldmüller (1793-1865)

samedi 5 juin 2010

La SF latino

Après avoir eu un aperçu de la Science-Fiction russe, j'ai souhaité regarder de plus près la SF sud-américaine avec "Dimension latino" édité chez La Rivière Blanche.
Cette anthologie de textes, aussi variés que plaisants, révèle l'imagination débordante et la richesse de l'imaginaire des écrivains sud-américain chez lesquels le questionnement sur la technologie, l'emprise du pouvoir sur la population, ou le regard porté sur la tendance auto-destructrice de l'Homme, est un régal à lire. Quatorze nouvelles qui transportent le lecteur dans des récits parfois comiques, souvent graves et toujours incitatrices à réfléchir sur soi, sur la place de l'homme sur la planète mais aussi dans l'univers. Elle apporte le regard sud-américain sur les sujets incontournables de la SF: le voyage dans le temps, le monde post-apocalyptique, le monde cyberpunk, la rencontre extra-terrestre, les découvertes scientifiques ou les guerres intergalactiques.
"Timbouctou" est une transposition dans le futur d'une favella ou d'un quartier sordide, un no man's land, où tout est permis d'essayer et de faire, un monde interlope sous l'emprise d'une drogue exclusive, "La Dame Noire", celle qui s'implante dans la moindre molécule du corps mais aussi de l'âme de celui qui s'y adonne, même une seule et unique fois. Elle ravage, elle rince, elle hébète jusqu'à ce que l'on ingère une nouvelle dose, moment extatique où la fulgurance du flash est indicible. Sam est esclave de cette dangereuse maîtresse et à la botte d'un inspecteur de police qui lui fournit, le temps d'une courte liberté, sa dose. Des meurtres horribles ont eu lieu dans le quartier de Timbouctou, le lieu de tous les extrêmes, et Sam y est dépêché pour couper court au carnage. Le lecteur suit Sam dans une balade où l'espoir et l'innocence sont absents: un enfer lentement se dévoile, un enfer tant intime que social...les ravages de la dépendances, l'exploitation des addictions pour permettre à la société bien pensante nettoyer ses latrines de temps à autre. La délivrance est souvent un leurre ou au mieux un jeu de dupe. Une ambiance à la "Blade runner" dans laquelle on aime frissonner et s'interroger.
Le voyage dans le temps est une composante essentielle de la SF et les écrivains sud-américains ont abordé ses rivages. Deux textes, "Gu ta gurrarak" et "Le secret", offre deux versions de ce genre de voyage: celui pour connaître ses origines, une famille basque en fait l'expérience, drôle, afin de démontrer la supériorité des basques dans moults domaines. Entre les enfants plus surdoués les uns que les autres et les parents, dont une mère au sens pratique très développé, et les amitiés sélectionnées, un voyage jusqu'aux débuts de l'humanité se met en place pour asseoir les certitudes des uns et des autres. "Le secret", lui, emporte le lecteur au coeur du mystère de la civilisation maya et de son calendrier très particulier, voire hermétique. Un chercheur allemand, en pleine seconde guerre mondiale, se retrouve happé dans une spirale temporelle qui lui fait saisir l'essence incompréhensible pour les hommes d'aujourd'hui des Mayas. Si l'histoire avait été différente, le devenir de la civilisation maya aurait-il été différent? Sommes-nous, Occidentaux, passés à côté de splendeurs immatérielles, en ayant opté pour une destruction massive d'un Autre qui avait tant à apporter? Un voyage dans les légendes pré-colombiennes qui donne envie de remonter le Temps.
La SF ne serait plus ce qu'elle est si la découverte scientifique n'était pas un des déclencheurs d'imaginaire. "Apolvénusia" une pilule miraculeuse qui peut transformer celui qui l'utilise en personne dont il rêve! Cette nouvelle est très originale car conçue comme une longue notice d'utilisation doublée d'un article publicitaire. On sourit beaucoup en pensant, forcément, aux nombreux "marchands de sommeil" que notre société consummériste ne cesse de proposer pour accéder à une vie plus facile, meilleure et plus heureuse. Mieux que la pilule amincissante, voici la pilule qui peut vous clôner en star sexy du moment....attention bien lire le protocole d'utilisation et les contre-indications avant de se la mettre, 5 seconde pas plus, sous la langue puis la cracher! "Les interférences" est l'histoire, burlesque, d'un père de famille vivant dans "un petit pays" (que l'on identifie très vite comme étant Cuba) qui a une manière très personnelle de réparer son antenne lorsque la réception s'avère aléatoire: il se saisit de son marteau, en frappe ladite antenne et tout redevient normal jusqu'au jour où la méthode provoque un étrange phénomène. Les épisodes des séries habituelles, mornes d'ordinaire, s'accélèrent un peu, deviennent d'un coup plus palpitants: pourquoi? Comment? Très vite, Mr Perez s'aperçoit que son poste de télévision transmet des évènements du futur proche. Branle-bas le combat dans le quartier où interviennent, pas vraiment discrets, les sbires du régime, un cordon de sécurité est mis en place, les interrogatoires musclés commencent pour finalement déterminer que la famille Perez n'est pas une opposante au régime. Le petit pays et son "affable dictateur (Guide Eclairé du Peuple)" se voient possésseurs d'une découverte révolutionnaire que "le Leader suprême, Le Guide Illuminé de son peuple" utilise au profit de son pays. Au début c'est la risée puis peu à peu le reste du monde s'aperçoit que "le petit pays" détient un pouvoir extraordinaire. Au bout de nombreuses péripéties, l'assemblée internationale décide de détruire la découverte afin que le monde recouvre sa sérénité et sa liberté de s'entredéchirer sans connaître l'avenir. La chute de la nouvelle est assez amusante rappelant que l'on peut toujours tomber de Charybde en Scylla...même comiquement. Le récit est émaillé de descriptions dont la coloration comique suggère la pesanteur de la mise sous surveillance de tout une population, éreinte le culte de la personnalité et gratte le quotidien du citoyen toujours à la merci d'une dénonciation...une facétie mielleuse et doucement ironique, pied de nez à une dictature sclérosante.
Une autre composante fondamentale de la SF est la rencontre avec les E.T. Trois textes, trois possibles contacts, "Le clown de porcelaine", "Notre Jerry Garcia" et "Kaishaku". Le premier emmène le lecteur dans l'univers du cirque, lieu de l'imaginaire, de la poésie et de l'illusion, où un journaliste voit un clown-enfant que les autres spectateurs n'ont pas vu. Rencontre imaginée, rêvée, rencontre iréelle, celle qui n'a pour but que celui de côtoyer autrui afin de mieux le connaître, de parler, d'échanger avec lui, d'illuminer un moment sa vie, de se sentir bien et de faire le bien. Le don d'un bout de soi pour apporter un peu de soleil à celui que l'on croise, l'espace d'un instant. Le second a une tonalité un peu douce amère: Jerry Garcia est un conteur que tout le monde souhaite et aime rencontrer car ses histoires sont le reflet de la beauté du monde, d'un monde qui n'est plus; Jerry est le dernier hippie, est le dernier homme, celui qui vit dans une réserve...histoire que l'on oublie pas le passé. Il y a une petite note du "Meilleur des mondes" d'Huxley, celle de la nostalgie de ce que l'on a irrémédiablement perdu. Le dernier récit est le plus pessimiste, le plus terrible. En quelques jours, l'humanité est réduite à peau de chagrin par des entités aux lumières rouges. Les hommes, après avoir pressuré la Terre, sont partis à la conquête de l'espace, ont pris d'assaut Vénus et Mars qu'ils surexploitent, ils ont installé des stations spatiales, sont en passe de détruire la ceinture d'astéroïdes et ont parsemé de déchets l'espace. Après l'échec de la mission diplomatique japonaise, Ivana est l'ultime envoyée, la dernière chance pour la poignée d'hommes survivante, la Terre est devenue un vaste désert humain, la végétation a repris ses droits, les vestiges de la civilisation humaine ne sont plus. Elle emporte avec elle la dernière parole de l'émissaire japonais "kaishaku", l'acte de compassion de celui, choisi par le candidat au harakiri, qui donnera le coup de grâce au mourant, mourant ayant lavé son honneur de son sang. Jusqu'à la fin, Ivana ne saisit pas l'essence de ce mot... lorsqu'à l'issue de son entretien télépathique avec les entités, elle découvre que l'Humanité a toujours su faire preuve d'auto-destruction et qu'aucune création artistique ou découverte scientifique bénéfique ne pourra racheter cela sauf si par "kaishaku" elle réussit à ouvrir les yeux des Hommes. La rencontre extraterrestre après avoir été dramatique se révèle être une possibilité de rédemption: les entités lumineuses partent comme elles sont venues...leur tâche de passeur achevée. L'espoir luit un peu et le lecteur ne peut qu'espérer que les héros feront le bon choix: celui de recommencer sans commettre les erreurs du passé....un voeu pieu?
Pour terminer, on ne peut oublier un des points d'orgue SF: les mondes post-apocalyptiques, "Décombres" et "Comme des poissons dans la nasse" en sont leur déclinaison. "Décombres", le narrateur est accro à la machine "de drainage mental, l'holomécanisme du temps chromosomique" et travaille dur pour obtenir de quoi se payer un voyage dans un Mexique qui n'existe plus....la vie humaine se passe sous terre, car, à l'air libre il n'y a plus que désolation et amas chaotiques d'un monde qui a vécu il y a très longtemps, celui des légendes. La douleur des souvenirs inscrits dans les gènes n'empêche pas l'addiction aux images d'un lointain passé, jusqu'à ce que l'envie d'aller voir de plus près soit irrépressible. Une lueur, celle d'un espoir, ponctue ce court texte. "Comme des poissons dans la nasse" présente un monde qui a basculé dans le désastre: les pays de l'hémisphère nord ont connu l'apocalypse et leurs populations, exangues et affamées, errent sur des embarcations de fortune pour tenter d'atteindre les rivages plus cléments des pays du Sud. Finney, après avoir perdu sa famille, s'est engagé dans l'armée d'un pays du Sud et est affecté à une équipage marin. Un jour, ils croisent un navire nord américain dont les occupants tentent un marché avec l'équipage militaire...mais les ordres sont parfois inébranlables. Un récit dur où l'on prend la mesure d'une misère humaine qui est le lot de nombreuses populations, celles qui échouent, victimes d'escrocs, sur les côtes européennes, portes d'un Eldorado qui n'est plus. Une nouvelle qui renverse le schéma habituel de l'image du réfugié...pourquoi ne regarde-t-on pas autrement ces drames humains car, un jour, la situation pourrait s'inverser!

"Dimension latino" est un recueil de nouvelles plus plaisantes les unes que les autres (bien que certaines soient plus inégales), offrant un moment de lecture des plus réjouissants!

Merci à Livraddict pour ce livre voyageur dans le cadre de ses partenariats. (Et mille et une excuses pour l'énorme retard!!!)

Textes traduits de l'espagnol par Sylvie Miller

mercredi 2 juin 2010

Au pays des menteurs, l'arnaqueur est roi


Résumé éditeur
Neil tient à Londres un magasin de comics et de souvenirs qui ne lui rapporte pas beaucoup et doit se faire entretenir par sa femme. En plus, sa cave est inondée, son stock détruit et l'argent de l'assurance envolé. Christopher, meneur d'une bande de fabricants en faux, lui propose de participer à une arnaque. Neil accepte et les catastrophes ne tardent pas à venir...

Neil est un fana de héros de comics (son idole est Superman) et tient une sympathique petite boutique dans le quartier londonien de Soho. Les affaires vivotent malgré la richesse du fonds qui a de quoi faire rêver les collectionneurs: entre son beau-père, aristocrate anglais dans toute sa splendeur, méprisant ce gendre, loin d'être idéal à ses yeux, et ses maigres rentrées financières, Neil peine à atteindre une sérénité méritée. En effet, son union, heureuse, avec son épouse Jane, concrétisée par la naissance de leur petite fille Lana, est assombrie par les démêlées administratives avec son assurance, suite au dégâts des eaux qui a dévasté la cave du magasin et laminé des cartons entiers d'objets de collection. Neil tombe de Charybde en Scylla, empêtré dans une cascade de mensonges plus insoutenables les uns que les autres, provoquant une fuite en avant et des catastrophes en série. Aussi, lorsqu'un drôle de bonhomme, Christopher, capable de déguisements plus vrais que nature, affublé d'accolytes également atypiques, lui propose une jolie arnaque à condition qu'il mette en jeu la somme, coquette, versée par son beau-père pour les études de Lana, Neil ne résiste pas longtemps aux chants des sirènes et envoie balader sa morale pour faire son entrée dans le monde, pittoresque, des arnaqueurs. Comment résister à l'envie de fabriquer un faux plus vrai que nature et escroquer un avide collectionneur américain? Or, bien mal lui en prend: la somme en question part dans les poches de Christopher et sa bande, laissant, exangue notre Neil, plus pitoyable que jamais.

Une série d'évènements, plus loufoques et dingues les uns que les autres, s'enchaîne sans laisser le pauvre Neil maître de la situation, coincé entre sa naïveté déconcertante et son envie d'effacer les abominables ardoises menaçant sa vie familiale et amoureuse. Au cours de multiples péripéties, Neil rencontre Laura, serveuse dans un bar, attentive à sa détresse, lui apportant le réconfort en lui offrant cafés et pains au chocolat, laissant sur ses vêtements les effluves, discrètes mais tenaces, d'un parfum sensuel, installant, insidieusement, les prémices de la jalousie chez Jane. Puis, ce sont les retrouvailles, inattendues, avec un ancien camarade d'université, Ben, ancien militant écologiste reconverti dans l'immobilier. Celui-ci, lorsqu'il apprend les déboires et les arnaques dont Neil a été victime, se propose de revêtir son costume de héros vengeur en montant une contre-arnaque afin de gruger les grugeurs....le tout avec l'aide, inattendue, de Laura qui semble dégoûtée par les procédés de Christopher et sa clique. L'énergie du désespoir peut provoquer des choix bien inhabituels et Neil ne coupe pas à la règle. Dans un ultime round, Neil, aidé par ses amis, tente de récupérer son argent et par la même occasion sa crédibilité auprès de son beau-père....un dernier combat dont l'issue laisse le lecteur stupéfait, ébahi, amusé et admiratif par la menée de cette hsitoire rocambolesque.

Vous l'aurez compris, "L'arnaqueur" est un roman qui m'a séduite, amusée et menée, avec art, sur des sentiers tortueux qui ne dévoilent, qu'à l'ultime détour, leur but. Richard Asplin manie adroitement les ficelles du suspense et de la comédie pour concocter un récit où l'humour, l'ironie des situations et l'amertume de certaines conséquences de nos actes, se mêlent en un cocktail étonnant qui laisse en haleine le lecteur de bout en bout jusqu'au final des plus extraordinaire! Une lecture où les surprises sont pléthores, où les rebondissements permettent de dissimuler les indices aux yeux du lecteur (hahahaha, le pouvoir de l'auteur est intact!) qui suit le rythme endiablé des aventures, rocambolesques, d'un Neil qui pourrait être un personnage plus retors qu'il n'y paraît....en effet, même si je ne peux dévoiler le "deus ex machina" final, Neil ne serait-il pas un double, secret, une mise en abyme, de l'auteur qui joue de notre naïveté de lecteur avec une redoutable efficacité....pour notre plus grand plaisir?

Je remercie Sylvie Bonnet et les éditions du Serpent à plumes pour cette histoire bien ficelée et trépidante.




Roman traduit de l'anglais (GB) par Florence Dolisi

L'avis de masteriec 

dimanche 30 mai 2010

Dimanche poétique # 20


Le continent africain continue d'enchanter mes lectures poétiques (Merci encore Mirontaine pour cette très belle anthologie) et me fait vibrer à chaque lecture. Ce soir, nous partons vers Madagascar au gré des rimes de Jacques Rabemananjara (1913-2005).

Initiation

Dormeuse, te voici lourde de volupté.
Un fil de songerie erre au coin de ta bouche.
Je contemple parmi les trésors de ta couche
la chaste nudité du corps que j'ai sculpté.

Mes doigts vont effeuiller sur tes paupières closes
les multiples splendeurs de mon nouveau printemps.
Le mois de mai royal s'est couronné de roses
et des pétales d'or jonchent le clair étang.

L'aube nous surprendra dans l'heureuse défaite:
Immobile, le bras replié sur ta tête,
je n'invoquerai point la grâce du soleil.

Dors, ma Princesse, dors. Sur ta nuque d'ivoire
se déploie, impalpable, et la soie et la moire
que tisse entre nos corps le charme du sommeil.

extrait de Les Ordalies (1972)

("Clair de lune" de  Rolland Raparivo)

Les compagnons troubadours de Celsmoon sont à lire ICI

mardi 25 mai 2010

Et au milieu se tenait l'ascenseur

J'ai toujours aimé les romans aux titres alambiqués ou longs: celui d'Amara Lakhous n'a pas mis longtemps avant de rejoindre mon cabas lors d'un des mes passages à la médiathèque...d'autant plus que la directrice des lieux m'a incitée à le découvrir en m'en faisant une rapide présentation. Autre point positif, l'action se déroule à Rome, la ville éternelle qui m'a enchantée, et tourne autour d'un microcosme haut en couleurs.
Un homme est trouvé mort, assassiné sans aucun doute, dans l'ascenseur d'un immeuble sis Piazza Vittorio, au coeur d'un quartier dit multi-ethnique de la Rome historique. Cet homme était surnommé Il Gladiatore, Le Gladiateur, et faisait l'unanimité contre lui en raison de ses divers petits trafics. Qui a bien pu lui faire la peau de si vilaine manière dans l'ascenseur, lieu objet de nombreuses diatribes, disputes et discussion entre la concierge, une napolitaine gironde et au verbe coloré, et la copropriété? Ce ne peut être qu'un étranger et surtout pas Amadeo, autre habitant de l'immeuble, apprécié de tous, aimable, serviable, le seul à ne pas emprunter l'ascenseur (et à trouver grâce aux yeux de la concierge) et connaissant Rome comme sa poche! Pourtant, les soupçons pèsent sur lui car il a aussi disparu.
L'enquête est orchestrée par les récits des habitants de l'immeuble et le point de vue du commissaire Mauro Bettarini, en une musique aux accents les plus divers, scandée par les apartés enregistrés d'un Amadeo qui est là sans être présent, tel un filet discret et essentiel au centre d'une cascade bondissante. Les vérités de chaque témoins, proches d'Amadeo, convergeront vers la vérité inattendue sur la mort du Gladiateur, après avoir embarqué le lecteur dans le labyrinthe de la cohabitation de différentes cultures et de la peur, parfois inconsciente, de l'autre, de la différence. L'auteur tisse son récit en un patchwork bigarré, truculent, de personnages aussi dissemblables sur leur approche de l'autre qu'unanime sur leur appréciation de l'absent qu'est Amadeo.
Que dire sur ce roman sinon qu'il est enchanteur, qu'il emporte le lecteur dans la magie d'un récit tricoté au cordeau, un récit digne d'une grande comédie italienne au goût acidulé de l'ambiance mêlant le comique au tragique. L'histoire d'un homme qui parvient à se fondre dans le paysage romain, connaissant sur le bout des doigts la géographie particulière de la ville, son histoire, l'environnement politique et administratif; un homme lien invisible mais tangible entre les altérités et les cultures venues des quatre coins du monde. Amadeo, un ange pacificateur, dénoueur d'entrelacs et fédérateur des idées et des points de vue, Amadeo, celui qui a compris que la meilleure cachette réside dans le fait de se fondre au coeur d'une culture, l'assimiler et la faire sienne et vivre au grand jour sans être différent.
Amara Lakhous brode au fil des vérités les contours sinueux de la peur de l'autre, de l'incompréhension face à ce qui si dissemblable de nos habitudes de vie et de penser, des philosophies de comptoirs installées par des médias peu regardants et des politiques dont l'intérêt est que la méfiance envers l'autre soit un réflexe. Une photographie de tout ce qui peut séparer et réunir les hommes se révèle à mesure que les témoignages se succèdent, point de couleurs par point de couleur, celle d'un occident qui a su accueillir en son temps les disparités pour en faire une richesse et émerger un horizon plus large. Cependant, lorsque l'on décide de quitter son pays, sa culture et les siens, doit-on faire table rase d'un passé qui a construit chaque molécule de son être, qui a fait ce que l'on est devenu? L'altérité doit-elle s'oublier pour se mouvoir au gré de la nouvelle rivière qui accueille l'âme et le corps de celui qui est parti presque sans un regard en arrière? Doit-on devenir amnésique pour prendre un nouveau départ...au risque de connaître les hurlements intérieurs d'un coeur oublié?
"Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio" est le chant d'une différence qui se libère jusqu'à se fondre dans le quotidien et en devenir un élément essentiel. Une jolie leçon pour ouvrir les yeux et voir derrière le miroir qui masque une réalité que l'on n'a pas vraiment envisagée. Une très belle réussite où le rire naît d'une amertume pour se transformer en un fugace soupir entre les portes qui claquent et les vitupérations des matrones engoncées dans leur importance.

Roman traduit de l'italien par Elise Gruau



les avis de Laurence  ekwerkwe 

jeudi 20 mai 2010

Le Prix des Incorruptibles


La GS et ma classe (PS/MS) ont joyeusement participé au Prix des Incorruptibles 2010 et ont achevé cette aventure par un évènement de taille pour des élèves de Maternelle: le vote!
Lundi matin, ma classe a donc voté: munis de leur carte d'électeur, mes petits élèves ont fait leur choix parmi les 5 bulletins de vote (représentant la couverture de chaque album en lice). Nous n'avions pas mis en service l'isoloir car la petite étagère était trop haute: la tête de mes loustics était loin d'atteindre le petit plateau!. Après avoir glissé leur bulletin dans l'urne (une véritable aventure motrice pour certains), ils venaient "signer" (écriture du prénom pour les MS, une simple X après avoir reconnu leur prénom pour les PS) sur la feuille d'émargement pendant que la bibliothécaire tamponnait leur carte d'électeur. Lorsque tout le monde est passé (et dire que je n'ai pas osé voter!), la bibliothécaire a procédé au dépouillement.
C'est "Camille lit un livre" qui a emporté le plus de suffrages (11 voix).
Mardi matin, ce fut au tour des GS, toujours pas d'utilisation de l'isoloir (mais il y avait une distance de courtoisie) pour les même raisons que ci-dessus, qui étaient pressés de savoir quel album sortirait du lot. Depuis quelques jours, les hypothèses allaient bon train, les espoirs aussi autour de l'album préféré.
Après le dépouillement et un coude à coude entre deux albums, c'est "L'abécédaire à croquer" qui l'a emporté (8 voix), talonné de près par "Tous pareils" (6 voix), les autres titres n'obtenant que 2 ou 3 voix.
En images, les étapes essentielles du vote...presque comme en vrai puisque nous avons dû renoncer au passage dans l'isoloir:
On fait son choix


On glisse son bulletin dans l'urne


On émarge en écrivant son prénom ou en traçant une croix.


Il n'y a plus qu'à attendre la proclamation nationale des résultats, le mois prochain.

mercredi 19 mai 2010

Quand l'histoire s'anime

Camille est une jolie petite girafe qui adore lire des histoires. Aussi, en bonne lectrice avertie, s'installe-t-elle confortablement afin de déguster les mots de son livre: un coussin avec le sable, une boisson, les doigts de pied en éventail...le bonheur! L'histoire est captivante: elle met en scène des lapins et Camille adoooore les histoires de lapins. L'histoire se déroule tranquillement lorsque soudain, suspense, un loup arrive dans le paysage: Camille est sur le grill et crie aux lapins "Sauvez-vous vite, petits lapins!" Et là, surprise, les lapins sortent du livre pour venir se réfugier auprès de Camille! Les personnages deviennent réalité et Camille se met à les rassurer et à les amuser en regardant une étoile filante (on fait un voeu que l'on tient secret: les lapins en font un), un ver luisant et une luciole. Au petit matin, les lapins souhaitent connaître la suite de l'histoire, notamment la manière dont les lapins peuvent se débarasser du loup: Camille reprend le fil du récit au moment où le loup est à la recherche des lapins. Que devient le loup? Sortira-t-il aussi du livre? Quel était le voeu des petits lapins?
Voilà une histoire qui peut paraître, de prime abord, simplette mais qui aborde, en réalité, le monde de l'imaginaire et tout ce qui peut se rapporter aux attitudes de lecteurs lors d'une lecture. Il est évident que quel que soit son âge, le lecteur vibre au gré des mots de l'histoire dans laquelle il est plongé: il a peur pour son héros, il lui lance (in petto) des avertissements pour que la danger ne le surprenne pas, il est heureux ou triste avec son héros.
Par ailleurs, lorsque les lapins, puis le loup (pour sa fin "tragique") sortent du livre, c'est le pouvoir d'action du lecteur qui est souligné par l'auteur: oui, quand on lit, de manière active, on a un pouvoir, celui d'interprêter le texte, voire de le modifier pour en créer un autre...l'auteur ne s'efface-t-il pas devant l'imaginaire de son lecteur?
Sans en avoir l'air, Jacques Duquennoy, amène son jeune lecteur à aborder des rivages inconnus bien alléchants, tel un passeur de rêves, de mots et d'imaginaire et l'aide à construire son essence de lecteur. Derrière les illustrations simples, tendres et efficaces, tout un monde est offert à l'appétit de lire, les rituels de lectures sont suggérés ainsi que les ressentis au cours d'une histoire. La simplicité cache souvent des chemins secrets et sinueux, parcours initiatiques pour toucher du doigt la puissance de l'acte de lire.

L' avis de Sibylline 



(10/24)