jeudi 3 juin 2021

Comme il vous plaira

 


Je ne lis pas souvent de pièces de théâtre car je préfère être spectatrice. Mais, me répondrez-vous, lire une pièce de théâtre est aussi en être spectatrice. Vous avez parfaitement raison, vous répondrai-je alors.

Juin 2021 est un mois anniversaire pour « Le Mois Anglais » qui fête ses dix années d'existence, les organisatrices ont élaboré un programme permettant un voyage dans le temps au gré des lectures.

Le voyage temporel commence avant 1837 et pour illustrer la littérature anglaise d'avant cette date, j'ai choisi d'alléger ma PAL en sortant de ma bibliothèque « Comme il vous plaira » de Shakespeare.

La pièce est une tragi-comédie romantique dotée d'éléments de comédie pastorale.

En ces temps de pandémie, la légèreté en lecture est toujours bienvenue.


A la disparition de Sir Roland de Boys, leur père, Olivier est chargé de l'éducation de son jeune frère Orlando. Olivier déteste Orlando et fait en sorte que ce dernier ne soit pas mieux traité qu'un paysan ou serviteur.

Sir Olivier pense avoir, enfin !, l'occasion de se débarrasser de son encombrant frère, lorsque Orlando décide de défier Charles un lutteur expérimenté. Las, pour Olivier qui ne sera pas un nouveau Caïn, Orlando triomphe et tombe amoureux de la belle Rosalinde, nièce du Duc Frédéric, usurpateur des biens de son père.

La foudre de la haine tombe sur eux, pour des raisons différentes, ne leur laissant que la fuite en forêt d'Ardenne, où s'est réfugié le Duc déchu.

Alors que Rosalinde, déguisée en garçon, fuit en compagnie de sa cousine Coelia, fille de l'usurpateur, et de Touchstone, le bouffon ducal  – jusque-là tout le monde suit ? - Orlando prend la poudre d'escampette en compagnie d'Adam, un vieux et fidèle serviteur.

Bien entendu tout ce petit monde se croisera et recroisera, qui sous un masque qui sans fard. De ce ballet joyeux, l'amour vaincra.

 

Rosalinde, la belle et piquante Rosalinde, aime mener son monde : c'est elle qui décide des déguisements pour la fuite, c'est elle qui orchestre les amours des autres, sous les traits de Ganymède, jeune propriétaire d'une bergerie. « Aimez qui vous adore ! » clame-t-elle  Phébé, bergère qui repousse les avances de son soupirant Sylvius. Car c'est ce qui devrait être en amour : aimer celui ou celle qui nous aime et non s'entêter à aimer celle ou celui qui ne nous aime pas. Si tout était aussi simple, y aurait-il matière à écrire roman ou pièce de théâtre ? Y aurait-il matière au tragique ?Sans doute pas.

 

« Comme il vous plaira » ouvre une fenêtre sur un monde dans lequel le tragique ne serait plus. Dans une farandole de d'actions espiègles et de confusions sur les corps – Shakespeare s'appuie sur le travestissement femme/homme pour que Rosalinde s'assure de la véracité de l'amour qu'Orlando éprouve pour elle, et pour que Phébé comprenne que le véritable amour se trouve sous ses yeux et non dans un miroir aux alouettes – le dénouement apporte la joies dans les cœurs... tous les cœurs.

Les méchants deviennent gentils, les mesquineries sont oubliées, les torts réparés, les ronchons retournent dans leur grotte de leur plein gré ronchonner sur le monde et ses joies factices à leurs yeux.

La tragédie du frère jaloux de son benjamin plus aimé que lui, qui ouvre le bal laisse place à la liesse des libertés retrouvées.

Entre les deux extrêmes, on chante, on tient banquet, on rime, on philosophe ou on médite dans un monde magique. Magique, oui ! Magique car qui a déjà croisé une lionne affamée dans la forêt d'Ardenne permettant ainsi à Orlando de sauver son frère Olivier et de retrouver l'équilibre familial ? La forêt devient enchanteresse et lieu de tous les possibles et de la perfection. Au nom de la perfection dans un monde idéal, les sexes ne devraient pas être en guerre et ne pas se tromper ou se mentir. Tout devrait tendre vers l'ordre absolu, ce qui est intangible et devrait être perpétuel.

Ainsi Rosalinde évoque-t-elle les quatre vitesses du temps. Ainsi Touchestone évoque-t-il les sept degrés de querelle (j'ai relu plusieurs fois ce passage tant il est d'une grande intelligence). Ainsi Monsieur Jacques, le bougon de service, évoque-t-il les sept âges de la vie. Le nombre, les nombres paradigmes du Paradis ? Disons qu'ils expliquent les étapes essentielles des sentiments et de la vie.

Le mirth*, c'est la vie !

Il est absolu à la fin de la pièce : les frères ennemis se réconcilient, les hommes et les femmes fusionnent dans l'amour et l'hymen, Rosalinde redevient femme et Junon, l'hymen, triomphe !

 

Deux heures de bonheur absolu en compagnie de la verve shakespearienne.

*la gaieté, l'amusement, l'hilarité 

Pièce traduite de l'anglais par Jean Anouilh

Quelques avis:

Babelio  Maremurex  Actes Sud  Les trois coups  L'oeil d'Olivier

Lu dans le cadre










4 commentaires:

rachel a dit…

Oh j'adore shakespeare....j'avais vu cette piece....je me souviens avoir bien aime...mais en lisant ton compte rendu...je ne m'en souviens plus...mdr...a revoir alors...;)

Katell a dit…

Je suis une inconditionnelle de Shakespeare et j'essaie de ne pas rater la séance théâtre quand une de ses pièces est jouée dans mon coin.
Je n'avais jamais lu "Comme il vous plaira" et j'ai vraiment aimé ces deux heures de lecture hors du temps.

Alexielle a dit…

Une pièce de Shakespeare qui semble moins connue que d'autres : je ne connaissais pas du tout (en même temps, je ne suis pas une spécialiste de l'auteur, loin de là ^^). Elle semble différente de ce que j'ai lu jusqu'ici (MacBeth), plus dans le tragique (et on le côté comique est peu voire pas du tout présent !). A découvrir donc !

rachel a dit…

Oh oui je ne rate pas une de ses pieces...j'adore cet auteur....on a la chance, dans un theatre, il passe du NTL https://www.ntlive.com/
avec sous titrage espagnol....il y a beaucoup de shakespeare...