lundi 31 mai 2021

Voyage à dos d'oie

 


« Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède » roman écrit par l’auteure suédoise Selma Lagerlöf a pour origine une commande de l’Association nationale des enseignants afin qu’en lisant les aventures du jeune Nils, les petits Suédois,  l’école publique, apprennent à mieux connaître leur géographie ainsi que les contes et coutumes des régions composant la Suède. Selma Lagerlöf parcourra le pays pour l’observer, le comprendre et récolter toutes anecdotes locales ou contes pour utiliser cette matière dans son récit.

Le premier tome est paru en 1906 et le second l’année suivante.

Nils Holgersson est un jeune garçon qui ne pense qu’à dormir, manger, faire des bêtises – ce n’est pas anormal non plus, il faut bien que jeunesse se passe – jouer et surtout concocter de méchants tours. Il peut être un tantinet cruel avec les animaux, qu’il aime persécuter, de la ferme de ses parents, en Scanie, les oies en font souvent les frais.

Un dimanche, notre Nils fait des pieds et des mains pour éviter d’accompagner ses parents au temple. Alors qu’il lit les passages de la Bible imposés par son père, il pique un peu du nez et  rencontre un tomte, celui qui vit dans leur maison. Il le raille, il se rengorge et finit par être puni de sa méchanceté en se retrouvant rétréci à la taille d’un tomte et pouvant parler avec les animaux. Nils est paniqué, apeuré et surtout désespéré, il ne lui reste qu’une seule échappatoire : quitter la ferme pour éviter à ses parents la honte d’avoir un fils transformé en lutin. Au même moment, le jeune jars Martin entend le vol des oies sauvages Akka de Kebnekaise et leurs moqueries ironiques. Il décide de leur prouver qu’une oie domestique est capable de voler et veut les rejoindre. Nils, en partance pour un ailleurs loin de sa famille, tente de le retenir ce à quoi il échoue et s’envole avec lui.

Commence alors pour Nils et Martin un voyage fantastique à travers la Suède pour rejoindre les régions polaires où elles nichent.

Chaque région sera décrite par chacune de ses particularités naturelles, paysagères, économiques, géologiques, agrémentée par le récit de contes et légendes qui lui sont spécifiques. Le récit aurait pu être fastidieux à lire s’il n’y avait pas eu une quête cachée : la rédemption de Nils et la levée de la malédiction du tomte.

Peu à peu Nils met de côté le méchant garnement qu’il peut être pour apprendre, sous la houlette bienveillante et énergique d’Akka, la vieille oie sage et avisée, à comprendre les beautés de la nature ou la joie de contribuer au bien d’autrui en étant solidaire et bon.

Avec ses amies les oies sauvages, Nils déjouera les plans de leur ennemi juré qu’est Smirre le renard, tellement entêté et obnubilé par la vengeance qu’il les poursuit sans cesse. On assiste à un « Roman de renart » à l’envers : le leurré de l’histoire est à chaque fois Smirre.

Nils croise et recroise la route de deux jeunes enfants, un frère, Mats et une sœur, Asa, qui avaient gardé les oies avec lui l’été précédent, qu’il a tourmentés. Ces derniers ont dû partir sur les chemins pour gagner leur vie suite au décès de leur mère et de leurs frères et sœurs. Ils veulent retrouver leur père qui a fui devant le chagrin de la perte d’une partie de sa famille. Selma Lagerlöf en profite pour édifier ses jeunes lecteurs en expliquant les ravages de la tuberculose quand la population est sous-alimentée, vit dans la misère et ne sait pas qu’il faut laver et désinfecter la maison et les vêtements. A plusieurs reprises, l’auteure fera allusion à la pauvreté généralisée du pays au XIXè siècle due aux famines et provoquant un exode massif suédois en Amérique.

Nils, au fil des rencontres et des épreuves, tisse des liens d’amitié avec Martin le jars qu’il malmenait et méprisait, Nils s’améliore et laisse s’exprimer la bonté qu’il a au fond de lui. Chaque bonne action le rapproche de la rédemption et fait de lui un être humain meilleur et tolérant : chaque être vivant a droit à son espace de liberté et de tranquillité pour grandir et se reproduire, les animaux qu’ils soient à poils ou à plumes, qu’ils aient deux ou quatre pattes, qu’ils volent, courent ou rampent, font partie d’un tout et sont essentiels au cycle de la vie, comme les plantes, et les hommes doivent accepter de partager le monde avec eux.

 

J’ai lu avec bonheur ce classique de la littérature jeunesse dont je n’avais lu que quelques épisodes. J’ai trouvé lumineuse la relation, imagée certes mais tellement ludique et pédagogique, de la création géologique du parcours d’un fleuve de sa source à son embouchure, là où il rejoint la mer. Le chapitre est magnifique tant par la justesse de l’explication que par la poésie de l’écriture, la splendeur des images mentales créées par le style de l’auteure. On est au cœur du processus géologique, on suit le filet d’eau qui grossit et enfle au point de bousculer les chaos rocheux afin de poursuivre son cheminement. On sait que le temps se compte en millions d’années par le rythme de la narration.

Autre moment fort du roman, moment d’humour et d’émotion : la rencontre de Nils, le tomte, et de Selma revenant sur les lieux de son enfance… ou comment extérioriser les difficultés rencontrées au cours de l’écriture du roman et indiquer au lecteur sagace quelle astuce littéraire lui permettra de rendre possible le récit : son héros sera réduit à la taille d’un tomte et pourra ainsi voyager sur le dos d’une oie.

 

L’écriture porte joyeusement le roman, les descriptions sont loin d’être ennuyeuses, elles apportent des couleurs, du relief comme dans un immense tableau paysager peint avec une délicatesse énergique.

Nils agace au début et peu à peu on s’attache à lui, on veut qu’il réussisse à vaincre la malédiction et à rentrer chez lui, en Scanie.

 

« Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède » est un voyage initiatique dans lequel la pédagogie se glisse sans heurt grâce à la plume poétique et délicate de l’auteure, conteuse hors pair aménageant les rythmes du récit pour ne pas lasser son lecteur. Cinq cent pages de bonheur.

 

Traduit du suédois par Marc de Gouvenain et Léna Grümbach

 

Quelques avis :

Babelio  France culture  Takalirsa  Sens critique  Liyah  France Inter

Lu dans le cadre




6 commentaires:

PatiVore a dit…

Pareil pour moi, je n'ai lu que quelques épisodes... et j'ai vu un documentaire l'année dernière sur Arte... Peut-être une prochaine lecture !

rachel a dit…

oh j'avais vu la serie TV....peut-etre un jour je le lirais....

MoKa a dit…

Une découverte pour moi. Je ne connais absolument pas !

Katell a dit…

Je me demandais dans quoi je m'embarquais quand j'ai choisi ce roman jeunesse suédois. Ce ne fut que belles surprises et joie de lire les aventures de Nils.
Les contes et légendes relatés donnent envie de les découvrir en version intégrale.
Je ne peux que vous inviter à franchir le pas.

Natiora a dit…

Je ne connais que de nom et n'ai jamais été tentée. Mais ton billet est intrigant. Et puis grâce à toi j'ai appris ce qu'était un tomte, je n'avais jamais lu/entendu ce mot !

Antigone a dit…

Je l'ai lu il me semble quand j'étais jeune. ;)