jeudi 12 février 2009

Moiteur thaïlandaise


Harry Hole reprend sa petite vie où l'alcool, en dehors du service, le maintient en apnée. Son retour d'Australie, où il a laissé le souvenir douloureux d'un amour perdu, lui donne une étrange aura parmi ses pairs. D'ailleurs, sa hiérarchie fait appel à lui pour une mission (impossible?) à l'étranger, à Bangkok où la police a retrouvé l'ambassadeur de Norvège trucidé dans un hôtel de passe. L'enfer étant souvent pavé de bonnes intentions, "on" espère en haut lieu que notre Harry Hole se perdra dans les langueurs de la boisson et ne mènera pas à bien l'enquête. Seulement, c'est sans compter sur l'opiniâtreté de notre inspecteur ni sur sa volonté d'en finir avec l'alcool.
Dim, une jeune prostituée vendue par ses parents, arrive au rendez-vous fixé dans un hôtel. Après avoir patienté un moment, elle se rend à la chambre de son client et là, horreur, celui-ci gît sur le ventre, un poignard ouvragé dans le dos. Cet homme n'est pas n'importe qui, c'est Atle Molnes, l'ambassadeur de Norvège, intime du Premier Ministre en place: oups, surtout ne pas ébruiter le drame, histoire que les divers tabloïds n'en fassent leurs choux gras. Qui a bien pu en vouloir à notre ambassadeur? Il ne semblait pas avoir de mauvaises fréquentations et pourtant, la police retrouve dans le coffre de sa voiture du matériel pédophilo-pornographique!
Au coeur d'un Bangkok engoncé dans un brouillard de pollution, dans un trafic routier abracadabrant où la moiteur du climat se dispute aux éffluves des pots d'échappement, Harry Hole glane le moindre petit indice, rencontre la communauté "farang" (la communauté blanche occidentale) et ses petits arrangements entre amis. Quand l'économie galopante, où la promesse de profits est un chant irrésistible, se mêle à la finance virtuelle de la Bourse, à la politique, au drame du tourisme sexuel, le cocktail est explosif....surtout lorsque un ancien des commandos joue les paparazzi.
Après son "Australie", Jo Nesbo nous fait part de sa "Thaïlande" et pointe du doigt les dégâts humains provoqués par l'argent du sexe, ou plutôt des sexes: en quelques rapides scènes, Nesbo, à travers le regard de Harry Hole, montre combien est impardonnable, injustifiable les violences physiques et psychologiques exercées sur les enfants que la société prostitue sans aucun remords. Qu'il est difficile de mettre en place un partenariat judiciaire entre les pays occidentaux et la Thaïlande afin de juger, dans leur pays, les ressortissants occidentaux convaincus de pédophilie! Ce crime qu'est cette dernière est celui qui révolte le plus notre conscience d'être humain car c'est un tabou insupportable que certains, parce qu'ils ont de l'argent et le pouvoir qu'il confère, brisent sans aucun sentiment de faute! La scène où Harry Hole apprend l'existence du code connu de tous les amateurs d'enfants, à savoir la "vente" de chewing-gum signal que l'enfant qui le propose est à acheter, est d'un sordide indicible....les tripes se tordent et la nausée gagne (ma féminité et mon instinct maternel sont tapis sous les mots). Un des bons points de l'enquête de Hole est que la pornographie, cliché thaïlandais s'il en est, est suggérée, subtilement, au gré de quelques scènes et non déballée outrageusement.
Cependant, le marché sexuel des enfants est loin d'être le seul domaine de rentabilité: la finance, sur laquelle plane l'ombre de la mafia, est une industrie où fleurissent malversations et compromissions. Jo Nesbo réussit à jongler, brillamment, avec toutes ces données pour bâtir une intrigue des plus prenantes au cours de laquelle il promène Harry Hole (et le lecteur) dans un enchevêtrement très complexe d'indices et de fausses pistes. En effet, le coupable n'est pas celui auquel on pense...le dernier chapitre, comme dans "L'homme chauve-souris", explose son dénouement dans un enchaînement inattendu: le lecteur qui n'a pas suivi la totalité du raisonnement de Harry Hole est emporté dans la cascades d'évènements qui dénouent les fils de l'intrigue. Certains diront que c'est frustrant, d'autres trouveront que ce parti pris de l'auteur ne peut qu'inciter à redécortiquer l'écheveau et tenter de lire entre les lignes, d'écouter les non-dits afin de retrouver le fil conducteur. L'indéniable est que l'enquête thaïlandaise de Hole tient la route, sans fioritures agaçantes, avec juste ce qu'il faut de machiavélisme pour faire tourner en bourrique le lecteur, et que l'auteur nous donne la possibilité de cerner un peu plus la personnalité de son héros: Hole devient plus proche et plus attendrissant...pour notre plus grand plaisir!

Roman traduit du norvégien par Alex Fouillet



2 commentaires:

Aifelle a dit…

J'ai lu "la chauve souris" et je n'ai pas été particulièrement emballée. Peut-être en lirai-je quand même un autre un jour.

keisha a dit…

Ah! Je l'ai découvert avec Rue Sans souci, et je compte bien continuer avec Harry Hole; vraiment une bonne série, bien faite, avec un héros intéressant.