samedi 2 août 2008

Le mort était vivant

Théodore Larue, professeur d'université loser malgré ses capacités pédagogiques reconnues, en route pour se suicider, est victime d'un banal accident de la route. Théodore meurt décapité.....il a réussi à rater son suicide!
Ayant été raccommodé grossièrement par un des croque-mort avec un fil de pêche bleu, Théodore est installé dans son cercueil et prêt pour la cérémonie d'adieu. Alors que ladite cérémonie touche à sa fin, Théodore s'assoit brusquement dans son cercueil, ressuscité: c'est la panique et l'incrédulité....le mort est vivant!
A partir de cet instant, les aventures de Théodore deviennent absolument rocambolesques, hallucinantes et folles! Entre les médias qui campent devant chez lui, sa fille apeurée par cette résurrection, sa femme qui ne sait plus quoi penser, sa belle-soeur vipérine et ses interrogations existentielles, Théodore décline tous les travers de la société américaine d'aujourd'hui et parvient à démythifier la mort qui n'est pas l'appel de la lumière radieuse et le ressenti d'une intense paix mais un vide froid et parfois cruel. Le point culminant du parcours insensé du héros est son enlèvement par la secte chrétienne de Big Daddy à laquelle il échappe pour tomber dans les rets des Services Secrets d'une base militaire, qui fait sacrément penser à la la fameuse base 51, où il rencontre des Jésus clônés, monstres issus des cerveaux fous des apprentis sorciers de la génétique! On nage en plein délire lorsque les Jésus s'échappent de la base provoquant une série de catastrophes.
Everett dresse le portrait peu avantageux de la société américaine gavée d'images, de nourritures, de croyances plus improbables les unes que les autres, à l'aide d'un humour dévastateur: on a beau se dire que tout cela c'est pour rire il n'empêche que tout est loin d'être grotesquement caricatural (et cela fait un peu peur). Everett transforme Théodore (c'est à dire tout américain moyen) en une parabole, d'une drôlerie extraordinaire et grinçante, de la rédemption. Le désert est (sur)peuplé de personnages névrosés, illuminés ou dangereusement angéliques et de militaires inconscients de ce qui se trame dans les sous-sols de la base militaire "Area 51". Everett puise dans l'infini gisement des psychoses et des fois en tout genre de ses contemporains avec une immense jubilation et offre un roman où le comique de situation côtoie la pure tragédie, cela sans que l'on cesse de rire et sourire!
"Désert américain" est, certes, une vraie satire d'une société américaine mainte fois critiquée mais aussi celle de toutes nos sociétés modernes qui n'entraînent qu'un désert de sentiments, de culture ou de tolérance chez l'homme. On rit beaucoup mais il faut savoir regarder ses défauts dans le miroir qu'est ce roman et ainsi prendre conscience qu'il n'y a pas que les déserts africains ou asiatiques qui avancent...celui des âmes aussi et son avance est très feutrée et pernicieuse: comment, malgré les avancées scientifiques et technologiques, peut-il y avoir encore autant d'obscurantisme religieux et culturels? L'un est-il le nécessaire pendant de l'autre? "Désert américain" est aussi une réflexion sur la condition humaine aujourd'hui et un roman désopilant aussi drôle que grave.


Roman traduit de l'anglais (USA) par Anne-Laure Tissut


Titre de mon défi "Le Nom de la Rose"

4 commentaires:

Joelle a dit…

C'est un livre qui m'a beaucoup marqué car il sait dénoncer les abus et les extrémismes tout en restant léger, caustique et légèrement décalé. J'ai noté un autre titre de l'auteur voir si j'aime autant !

Karine a dit…

Il m'attend dans ma pile depuis que j'ai choisi les titres pour mon challenge 2008... je pense que je vais le remonter un peu!!

Agnès a dit…

Superbe critique ! Tu me donnes très envie de le lire :).

Sophie a dit…

J'ai déjà entendu parler de cet auteur mais ne l'ia jamais lu; et voilà que ta critique m'interpelle. Je le note, parmi tant d'autres...