jeudi 7 août 2008

Une porte sur le Royaume enchanté


Voici un livre qui est un adorable petit objet: par sa taille, il est pratique de le glisser dans son sac à main; par son contenu, il est idéal pour les petites pauses de la journée et distille un rayon de soleil magique à chaque page.
Il est joliment illustré par les peintures et dessins d'artistes inspirés par le monde de la féérie, de ses contes, légendes et autres mystères, ses pages sont agréablement colorées de tons pastels (verts, bleus, mauves ou ocres) ce qui attire l'oeil et attise l'envie de lire les histoires qui y sont rapportées.
En effet, "Démons et merveilles" est un livre de spécialiste en elficologie et autre monde féérique: Edouard Brasey est le barde des elfes et autres membres du Petit Peuple et sait à merveille nous conter leurs histoires millénaires.
Comment apercevoir, rencontrer une fée? Plusieurs solutions existent: la première et la plus facile est d'ouvrir un livre de contes de fées. C'est sympathique, dépaysant mais cela ne calme pas la faim de connaître le Petit Peuple. La deuxième solution est le rêve éveillé, pratiqué assidûment la nuit; la troisième est la "fréquentation de la nature, si possible sauvage et préservée des nuisances humaines" qui offre au promeneur rêveur et contemplatif des chemins à suivre vers le monde de l'imaginaire.
Cependant, la prudence est de mise car dans le monde des fées il y a des rencontres agréables et d'autres bien dangereuses. Parfois des portes secrètes s'ouvrent sur des géographies inconnues et c'est alors qu'on risque de s'y perdre à jamais.

"Comment se rend-on au royaume des fées?
Ma foi, c'est fort simple, écoutez.
Attendez que la lune jaune paraisse
Au-dessus de la mer empourprée
Et qu'elle trace sur les eaux
Un sillage de lumière
Plus brillant que le diamant.
Et nulle force occulte n'est là
Pour vous éconduire
Et si vous connaissez la formule magique
Capable de jeter un sort,
Enfourchez la tige d'un chardon
Et si le vent est bon
Laissez-vous transporter
Au royaume des fées
Sur ce rayon de lumière"

(Ernest Thompson Seton, in La route du pays de Féérie)

Il y a deux périodes essentielles dans le monde de la Féérie: le printemps et la fin de l'automne...la lumière et l'ombre, la chaleur et le froid.
L'équinoxe de printemps, le jour et la nuit s'équilibrent en une parfaite harmonie, est le moment où les fées se réveillent et si on ne veut pas être piégé, à faire les curieux, mieux vaut connaître leurs coutumes et leur façon de vivre afin de ne pas les froisser. Le 1er mai, ou fête de Beltaine, est la date où elles déménagent pour s'installer sur les tilleuls et se rassasier de rosée et de hannetons (eh oui, les fées mangent des hannetons!). Cette fête, chez les Celtes, célébrait la venue de la "saison claire" ainsi que le culte de la fécondité et du renouveau...la coutume voulait que l'on déposât des offrandes de fruits et de lait, dont elles sont friandes, pour concilier les bonnes grâces des fées pour de belles et opulentes récoltes. Elles sont associées aux fleurs et protègent les arbres tels que l'aubépine, le frêne, le hêtre, le tilleul, le sorbier, les épineux ou encore l'aulne, le chêne et le sureau.
On sait que les fées peuvent être bienveillantes comme être malveillantes: ce sont des amoureuses entières et jalouses, souvent victimes de l'inconstance des hommes (la Petite Sirène en sait quelque chose tout comme Mélusine) qui leur préfèrent, très vite après les serments, les amours humaines plus conventionnelles et "gérables". Parfois, les fées enlèvent les nourrissons pour les remplacer, au berceau, par des changelins: les femmes utilisaient des amulettes, des formulettes afin d'éloigner de leur enfant (surtout quand c'était un garçon) les appétits maternels féériques.
On raconte aussi que les champignons qui poussent tout en rond dans les près, les ronds de fées, sont les tabourets sur lesquels elles s'asseoient pour se reposer lors de leurs bals nocturnes. On raconte beaucoup de choses sur les fées, qu'elles sont capricieuses, qu'elles peuvent emporter à jamais le malheureux qui n'a pas su leur résister, que le temps elfique s'écoule autrement...on raconte beaucoup de choses qu'Edouard Brasey développe au travers de narration de contes ou de précis elfiques.
Le monde féérique a aussi sa part d'ombre: la nuit d'Halloween marque le début de la saison sombre, celle où les jours s'amenuisent pour laisser la nuit s'allonger. Le monde des fées devient plus inquiétant et les figures dominantes sont celles des sorcières, des revenants et des spectres; les feux follets virevoltent à la nuit tombée. C'est l'époque où l'on voit les nains (créateurs d'objets magiques comme le marteau de Thor) qui n'apprécient pas la lumière du jour. Edouard Brasey en profite pour donner au lecteur de multiples renseignements sur les métiers des nains, leur habitat, leurs us et coutumes, leurs dons divinatoires. La saison sombre est celle où les ogres et autres croques-mitaines prenennt encore plus d'ampleur et font encore plus peur! C'est pourquoi, la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre, il est de coutume de laisser allumer des lanternes creusées dans les betteraves ou les citrouilles afin de tenir éloigner les esprits malins des vivants. Puis arrive un autre moment, au cours de cette période sombre: celui de la nuit des Merveilles, la nuit de la lumière sur laquelle s'est calquée la fête chrétienne célébrant la naissance de Christ. En effet, les hommes ont toujours eu peur du noir et cette nuit de la lumière, au solstice d'hiver, conjure cette peur et annonce le rallongement des jours et l'approche du renouveau. On fait des offrandes aux fées et autres personnages magiques en garnissant le sapin, symbole du renouveau éternel, de guirlandes de lumière: Babouchka en Russie et Befana en Italie distribuent des cadeaux aux enfants sages au moment de l'Epiphanie, sont des figures féériques récupérées par la religion chrétienne....on assoit une nouvelle religion en synchrétisme avec les croyances déjà installées.
Le Petit Peuple devient au fil des siècles de plus en plus invisible mais survit dans les contes et légendes de toutes les civilisations ainsi que dans les traditions dites immémoriales. Edouard Brasey avec "Démons et merveilles" nous livre quelques secrets de ce monde mystérieux et passionnant, il souligne aussi combien la Féérie a inspiré les peintres et les poètes de Shakespeare ("Le songe d'une nuit d'été") à Victor Hugo ("La ronde du sabbat").
Ce petit livre, objet agréable à manupiler, à lire et à relire, est une mine de renseignements sur les fées et un assortiments de contes entendus mille et une fois que l'on redécouvre avec un plaisir infini, le temps d'une respiration hors du temps, l'espace d'un battement de cil du temps féérique permettant un voyage, à tire d'aile, loin du quotidien et cela tout au long de l'année. Peut-être qu'alors, en cheminant, ce petit livre deviendra un passeport pour le Royaume Enchanté...

"Voilà que de partout, des eaux, des monts, des bois,
Les larves, les dragons, les vampires, les gnomes,
Des monstres dont l'enfer rêve seul les fantômes,
La sorcière échappée aux sépulcres déserts,
Volant sur le bouleau qui siffle dans les airs [...]

(Victor Hugo "La Ronde du sabbat")

Je remercie les édition du chêne de m'avoir fait découvrir ce monde de la Féérie

Le blog d'Edouard Brasey ICI

2 commentaires:

Karine a dit…

Agréable, cette mini-visite au pays des fées!

La liseuse a dit…

Très complet cet article. Merci pour toutes ces anecdotes. c'est enchanteur. Je me laisserais bien tenter aussi !