jeudi 12 juin 2008

Randonnée culturelle


Un homme, professeur d'université, voyage à pieds dans les paysages de la côte est de l'Angleterre. Au gré de ses marches, il chemine dans les oeuvres de Thomas Browne, "la leçon d'anatomie" de Rembrandt et pense au destin de Conrad.
"Les anneaux de Saturne" est une oeuvre non romanesque aux accents de roman: le voyage à pieds frise avec l'épopée et l'aventure commence dès l'entrée dans le dédale des chemins creux anglais perdus au milieu de la lande. Une fois le rythme pris, ce rythme particulier de la marche avec le défilement lent et subtil des paysages parcourus, le lecteur entre avec délice dans le récit de voyage et déambule, doucement ballotté, dans les pensées du voyageur. Les souvenirs de lectures et d'études succèdent à l'observation et au commentaire du tableau de Rembrandt, la fameuse "Leçon d'anatomie", dans lequel le lecteur, passager clandestin, se retrouve intégré. Puis, le cheminement des pensées croise le souvenir des déambulations à travers le monde de Joseph Conrad. Une envie soudaine de prendre un gréement en partance vers l'Afrique, de rencontrer Lord Jim ou d'aller "Au coeur des ténèbres", titille le lecteur gentiment installé dans le sac à dos du narrateur. La magie du récit de voyage opère et très vite la côte est de l'Angleterre devient une terra incognita imprévisible, chatoyante, insolite et extraordinaire. Sebald balade son lecteur entre présent et passé, entre histoire humaine et histoire naturelle et l'amène aux rives du rêve et de la réalité grâce à une plume érudite stimulant la curiosité de ce dernier et l'amenant à poursuivre avidement le cheminement du récit.
"Les anneaux de Saturne" n'est pas seulement un roman et décline plusieurs genres littéraires: journal de voyage, autobiographie, encyclopédie, notes de lecture, essai. Sebald explore le monde que l'homme a construit depuis qu'il existe et que trop souvent il s'applique à détruire ou à oublier.
Sebald a écrit un "Objet à Lire Non Identifiable" (expression extrêment juste et joliment trouvée par un blogger, Emmanuel Gaspard) superbement écrit qui emmène son lecteur dans les entrelacs de la mémoire culturelle et scientifique où parfois il s'égare car ne sachant plus demêler le vrai du fantaisiste. Un livre que l'on ne peut absolument pas résumer et que l'on ne peut que conseiller de lire afin d'en éprouver tout le sel, la beauté poétique et la force narrative. Bref, un petit bijou étonnament et jubilatoirement déconcertant.
Une seule chose m'a gênée au cours de ma lecture: les citations et passages en anglais non traduits (certainement une volonté de Sebald) ce qui m'a frustrée car je ne maîtrise absolument pas la langue de Shakespeare! Mais la langue est tellement belle et bien traduite, la narration tellement prenante que ce léger désagrément n'est que vétille!!!!

Traduit de l'allemand par Bernard Kreiss

3 commentaires:

lamia a dit…

J'ai noté le titre, tu as réussi à m'accrocher.
Et en prime, tu es taggée chez moi! sur les habitudes de lectures.

cathulu a dit…

Un auteur que je note car je n'en ai entendu que du bien !

Katell a dit…

@lamia: je suis ravie d'avoir suscité l'envie de découvrir Sebald! Je vais aller voir pour le tag...ça me fait penser que je n'ai pas encore répondu à un autre tag :-o
@cathulu: je confirme tout le bien que l'on dit de lui :-D