dimanche 16 septembre 2007



Il est des romans dont on a beaucoup de difficultés à en sortir et en parler. Ainsi en est-il avec « Train de nuit pour Lisbonne » de Pascal Mercier, roman jubilatoire, intense, fourmillant de références philosophiques, poétiques, littéraires et politiques.
La quatrième de couverture est lumineuse, exceptionnelle car elle ne dévoile en rien la substance intime du roman et n'offre qu'une seule chose: l'envie furieuse de le lire, de s'y plonger et de partir aux côtés des personnages.
D'emblée, on peut avancer que ce livre, épais, foisonnant, est une formidable réussite littéraire.
Je ne saurais planter le décor de l'histoire que de bien piètre manière alors je laisse le début de la quatrième de couverture le faire pour moi:



« Une femme penchée sur le parapet d'un pont, un matin à Berne, sous une pluie battante. Le livre, découvert par hasard, d'un poète portugais, Amadeu de Prado. Ces deux rencontres bouleversant la vie du sage et très érudit professeur Raimund Gregorius. Au milieu d'un cours de latin, soudain il se lève et s'en va. Il prend le premier train de nuit pour Lisbonne, tournant le dos à son existence anti-poétique et sans savoir ce que vont lui révéler la beauté étrangère de Lisbonne et le livre d'Amadeu.... »



Raimund Gregorius, dit « Mundus » est un indécrottable casanier pour qui se rendre en dehors de Berne représente un effort surhumain et souvent une terrible déconvenue. Il n'est bien que dans ses livres latins et grecs, chez lui ou dans son lycée face à ses élèves. Son voyage, ses voyages sont immobiles: ce sont les pages qui l'emportent au gré de leurs mots, de leurs phrases et de leurs histoires. Sa vie est réglée comme du papier à musique mais un grain de sable va le jeter à corps perdu sur les pas d'un poète et d'une inconnue portugaise: un matin il croise cette dernière et sa vie va être changée à jamais.
Voilà notre Mundus partant, en train de nuit, pour Lisbonne avec en poche le livre d'Amadeu de Prado et une grammaire portugaise. Sous la glace suisse couve un feu méditerranéen.
Gregorius part à la recherche d'un poète et d'une femme mais il part, aussi, sans le savoir, à la quête de lui même, et vivre pleinement sa vie! Au fil des pages, des rencontres, il va ôter ses pelures tel un oignon pour devenir lui-même. En sa compagnie, le lecteur tombe sous le charme extraordinaire de Lisbonne, ville ouverte sur le large océanique, sur les voies maritimes des mondes à explorer, ville aux mosaïques bleues si particulières. Aux côtés de Mundus, on plonge dans la sombre période de la dictature, de ses compromis et de ses combats pour la liberté. Avec lui, le lecteur devient détective et part à la recherche du passé de de Prado, remontant le temps grâce aux amis, aux proches, aux camarades de combat qui chacun à leur tour dévoile un pan de la personnalité de ce dernier et permettent ainsi à Mundus de comprendre et d'apprécier pleinement ses écrits. Ecrits qui lui font ouvrir les yeux sur l'inanité de son existence bernoise, qui lui donnent enfin les ailes pour l'envol tant rêvé et désiré.
Mundus Grégorius rencontrera l'amitié et découvrira la profondeur des textes d'Amadeu de Prado, homme d'exception, médecin, poète et brillant intellectuel, résistant et rebelle. Ce qu'il écrit sur l'amour, l'amitié, le courage ou la mort est une véritable révélation pour Mundus qui en découvre toute la profondeur et la justesse en parcourant Lisbonne sur les traces de cet homme lumineux.
Chaque texte d'Amadeu lu par Mundus est une leçon de vie, un cours de philosophie, d'histoire, de littérature, de sociologie ou de politique. Chaque incursion dans l'univers intime et intellectuel d'Amadeu amène le lecteur à s'interroger sur le sens de la vie, sur la marche du monde et des idées, sur l'esthétique et l'art mais surtout à plonger dans une introspection riche d'enseignement.
« Train de nuit pour Lisbonne » est un roman que l'on savoure, que l'on déguste lentement car aux détours des phrases attendent questionnements et souvenirs: beaucoup de références renvoient à des impressions ressenties à diverses périodes de la vie, aussi lève-t-on les yeux du texte pour laisser vagabonder l'esprit, laisser la mémoire raconter des instants enfouis dans un faux oubli.
J'ai adoré le personnage, bourru et un peu grognon, de Mundus Grégorius qui abandonne sa pelisse d'érudit pour partir à l'aventure sans filet de sécurité et rencontrer un homme disparu mais omniprésent dans le dédale lisboète et dans la mémoire des vivants. Mundus qui change de lunettes, de vêtements et qui s'inquiète de savoir si son compte en banque supportera ses folies d'aventurier. Mundus qui est un angoissé à la limite de l'hypocondrie: il téléphone à son ophtalmo bernois pour parler de ses céphalées et de sa peur de perdre la vue mais aussi pour une partie d'échecs!
Un roman d'une grande qualité littéraire servi par une excellente traduction et qui est passé inaperçu à la rentrée littéraire dernière. C'est le bouche à oreille et Parfum de livres qui ont mis cette splendide histoire entre mes mains. Un roman à lire et à relire afin d'en saisir toute la subtilité et l'érudition qui est loin de toute grandiloquence et de maniérisme.

Les avis de Mémoire d'Europe Fée Carabine (Zazieweb) nescio un livre un jour Alexandra Sophie


Roman traduit de l'allemand (Suisse) par Nicole Casanova

11 commentaires:

moustafette a dit…

Joli doublet pour moi aujourd'hui entre Extrême-Orient zen, chez Le Bibliomane, et continent ibérique chez toi. Je saute les Juliet déjà lus, bon dimanche à vous !

florinette a dit…

Te sentant encore chamboulée par ce livre, je m'empresse de le noter !! ;-)

Katell a dit…

@moustafette: bon dimanche à toi aussi :-)
@florinette: et je ne peux augurer pour toi qu'un beau moment de lecture en compagnie de Mundus :-)

BelleSahi a dit…

Ce n'est pas possible ! Mon carnet se remplit à la vitesse de la lumière, je n'arrive pas à suivre et pourtant je continue à visiter ceux qui sont la cause de toutes ces pages de titres !

cathulu a dit…

ça m'intéresse...j'aime bien le thème ainsiq ue l'idée de repêcher ce bouquin ...

Sandrine a dit…

Je cherchais un roman sur le Portugal avec de l'Histoire et de l'action, a lire en binome avec Lisbonne de Pessoa (j'aime bien faire des groupements - variation sur theme :), eh bien je crois que j'ai trouve !

Gachucha a dit…

Au moment de sa sortie je l'avais noté, puis un peu oublié ! Et comme tu es très convaincante, je vais encore me laisser tenter...

Katell a dit…

@bellesahi: mais c'est pour la bonne cause ;-)
@cathulu: oui car il ne mérite vraiment pas d'être oublié ce roman!!
@gachucha: Mundus Grégorius et Amadeu de Prado...et Lisbonne méritent amplement un détour littéraire!

Alexandra a dit…

Tu as raison ce livre est une merveille, un riche trésor... si riche d'ailleurs que nos critiques bien qu'élogieuses ne se focalisent pas sur les mêmes points. Des chemins divers pour aborder cette lecture. Au plaisir.

Flo insomniaque... a dit…

Il est dans ma PAL biblio car sélectionné par les libraires dans le cadre de l'opération "L'été des libraires".
J'espère retrouver un rythme de lecture décent pour pouvoir le commencer sans peur de mettre 3 mois à le boucler ;)

Katell a dit…

@alexandra: j'ai mis ton article en lien sur mon commentaire. Il est très bien ton blog et très agréable :-)
@flo l'insomniaque: c'est terrible l'insomnie!!! Dans la nuit de mardi à mercredi, pas moyen de me rendormir après m'être réveillée brusquement...heureusement, John Irving m'a aidée à attendre le réveil ;-) Mais alors, quelle galère pour rattraper le manque de sommeil :-(
Bonne prochaine lecture avec ce "train de nuit pour lisbonne". Je suis très intéressée par tes futures impressions.