jeudi 30 août 2007

Premier pas dans l'univers de Truman Capote


Holly Golightly est une jeune cover-girl, pétulante, excentrique, buvant sec, joueuse de guitare qui fréquente la « jet-set » newyorkaise. Dans son immeuble vit un écrivain en herbe, le héros. Leurs chemins vont se croiser et une amitié se nouera...le narrateur de l'histoire tombera peu à peu amoureux de la belle évaporée.
Dans cette longue nouvelle, Truman Capote dresse un portrait ironique de la société branchée du New York de la seconde guerre mondiale: un milliardaire « play-boy », aux allures d'enfant qui refuse de grandir, croise un diplomate brésilien, un agent théâtral d'Hollywood, une cover-girl au léger bégaiement, un avocat de mafioso, un mafioso emprisonné à Sing-Sing, des noceurs plus ou moins bruyants, un mari oublié et un patron de bar.
On ne peut s'empêcher de penser aux paillettes des stars et starlettes de cinéma hollywoodiens, à ces solitudes qui se noient dans d'innombrables amitiés plus ou moins sincères. Le tourbillon des fêtes fait tourner les têtes et saigner les coeurs malgré les carapaces glacées que certains érigent pour se protéger. Quand on connait l'amitié portée à Marilyn Monroe par Truman Capote, le personnage d'Holly G. ressemble étrangement à cette dernière: une femme adulée, attirante, sexy qui cache une blessure de l'âme et une fragilité émouvante. Holly G. est une petite fille perdue, à la recherche d'un chez-elle, en quête d'elle-même: elle n'est installée que provisoirement dans son appartement où les valises et les cartons servent de commodes ou de tables. Même son chat ne porte pas de nom...Holly ne lui en donnera un le jour où elle aura trouvé son point d'ancrage, le jour où elle se trouvera.
Holly est partie, très jeune, de chez elle pour voler de ses propres ailes: elle deviendra l'épouse d'un vétérinaire texan père de quatre enfants. Elle les quittera sans un regard en arrière, comme elle quitta la maison familiale: sa quête d'elle-même passe par un intense besoin de liberté.
Holly qui parfois a des accès de violence inattendus, comme si son mal-être ne pouvait s'exprimer que dans les cris et la vaisselle cassée. Que sont les fêtes, les noceurs, les dollars quand on est brisé à l'intérieur? D'éphémères palliatifs qui s'enfuient au premier faux pas, au premier déboire, à la première erreur: enfui José, le diplomate brésilien, partis les amis Rusty Trawler et Mag Wildwood, le play boy milliardaire et la copine cover-girl, dès qu'Holly se retrouve compromise dans sa relation avec le mafioso détenu à Sing-Sing! Lorsqu'un ami a maille à partir avec la police, tout ce joli microcosme de fêtards nantis se retrouve aux abonnés absents...les sourires se figent et les appuis partent en fumée, seuls restent la solitude ou le départ vers un ailleurs inconnu et lointain.
J'ai aimé cette Holly déchirée, fragile se cachant derrière ses lunettes noires, aimant les diamants de chez Tiffany mais ne pouvant s'offrir que des cartes de visites. J'ai aimé les présences discrètes mais essentielles de la guitare et du chat sans nom ainsi que l'écriture légère mais acérée de Truman Capote.
Trois nouvelles terminent le recueil: « La maison de fleurs » « La guitare de diamants » et « Un souvenir de Noël ».
« La maison de fleurs » transporte le lecteur à Haïti où Ottilie, à l'accent chantant du Sud, se retrouve seule à la mort de sa mère et après retour en France de son père. C'est l'occasion d'un autre portrait de femme, forte et fragile à la fois surtout quand l'amour s'en mêle. Truman Capote peint les atmosphères fiévreuses des combats de coqs, la présence des esprits, la magie venue de la lointaine Afrique.
« La guitare de diamants » est l'histoire d'une amitié masculine platonique mais aussi celle d'une évasion. L'évasion du monde carcéral grâce à la musique, seul dérivatif au sein du pénitencier pour les bagnards derrière celle effective d'un prisonnier qui abandonnera sa guitare sertie de diamants (que valent des diamants auprès de la liberté? Absolument rien!). Guitare reliant celui qui reste à la terre, la terre si importante, si précieuse pour les gens du Sud (on se rappelle le geste de Scarlett O'Hara serrant une poignée de terre de Tara!).
Enfin, « Un souvenir de Noël », récit empreint d'une immense nostalgie. Le narrateur se souvient du petit garçon, Buddy, de 7 ans qu'il a été et de son amie, une vieille dame, au moment de Noël, période féérique. La nouvelle commence comme un conte, les senteurs épicées de Noël embaument la lecture, le parfum de résine du sapin prend de l'ampleur, les pièces durement gagnées et économisées sont sorties du porte-monnaie...le rituel, annuel, des cakes aux fruits revient. Cette joie dure jusqu'à ce que ce « ceux qui savent tout » séparent le petit garçon et la vieille dame. Une très belle histoire d'amitié entre deux êtres que les années séparent sans pour autant les éloigner l'un de l'autre. Une histoire à l'air et aux senteurs de conte qu'on lit avec tendresse.
Truman Capote dresse des portraits attachants de personnages aux histoires personnelles singulières. Une nostalgie court sous sa plume donnant une douceur pastel au passé: les narrateurs se souviennent de leurs hiers les plus beaux. La quête du bonheur est une entreprise longue et ardue même si les fragances de Noël ou les notes de musique estompent les aspérités du chemin.
Merci à Alice qui m'a gentiment prêté ce recueil de nouvelles me permettant d'aborder, de façon très agréable, l'univers de Truman Capote. Une rencontre qui ne laisse pas indifférente le lecteur....celui-ci en redemande!!!
Son avis ici et , celui de lou

11 commentaires:

anjelica a dit…

J'aime bcp ton article. Je viens de découvrir les nouvelles par le biais d'IDA que Jules m'a offert et moi qui pensais ne pas aimer c'est le contraire et puis cela convient à mon état actuel, je vais donc noter celles là sachant que j'ai également 'Sang froid' du même auteur qui m'attend dans ma PAL :)

Anne a dit…

Je sais pourtant que les nouvelles est un genre qui me déçoit tout le temps et je me surprends avec ton post (très tentant!) à me dire "Tiens pourquoi pas?"...

florinette a dit…

Mes premiers pas ont été avec le petit livre voyageur "Un été indien" que j'espère tu as bien reçu, j'ai très envie maintenant de poursuivre dans l'oeuvre de l'auteur et celui que tu présentes me plaît bien ! ;-)

antigone a dit…

Un auteur inconnu pour moi. Je note. Je note.

Emeraude a dit…

Je n'ai pas lu ce livre mais j'ai vu le film. Apparemment, ce n'est pas du tout pareil (surtout au niveau de la fin) mais film très agréable à voir avec Audrey Hepburn que j'adore!
De Truman Capote, je n'ai lu que "de sang froid" (après avoir vu le 1er film sorti à ce sujet).
Si vous voulez de la légereté, ce n'est pas la peine. Mais si vous voulez vraiment connaître Truman Capote, c'est indispensable! (je conseille fortement le film aussi)

Katell Bouali a dit…

@anjelica: je vais bientôt lire "De sang froid" ;-) et le prochain sera "un été indien"! Je n'ai pas encore reçu ton courrier...je guette mon facteur demain ;-)
@anne: et ce serait une belle aventure!
@florinette: J'ai bien reçu "Un été indien" :-D J'ai baeucoup aimé "Petit déjeuner chez Tiffany" ainsi que "Un souvenir de Noël"!
@antigone: j'ai découvert Truman Capote grâce aux blogs...ces lieux de perdition ;-D
@emeraude: "De sang froid" sera bientôt ma lecture. Je louerai le film dès que possible car je m'en suis voulu de l'avoir loupé au ciné!

moustafette a dit…

Je passe, sauf la dernière.

Katell Bouali a dit…

@moustafette: Elle est vraiment très très bien et montre un autre visage de Truman Capote. mais la première n'est pas mal du tout (j'ai bien aimé sa saveur amère
;-) )

Malice a dit…

Merci Katell !!! Contente que tu es passée un bon moment de lecture ;-))

Katell Bouali a dit…

@malice: je t'ai renvoyé le livre aujourd'hui. Tu devrais le récupérer dans ta boîte aux lettres en début de semaine prochaine :-)
Merci à toi pour me l'avoir prêté!

maggie a dit…

beau billet mais le livre ne m'a pas trop plu car à part le personnage de l'écrivain, le reste m'a semblé bien mince...