jeudi 13 décembre 2007

Phrases échappées

Je n'ai pas voulu alourdir mon précédent billet avec trop de citations....le roman de Clara Dupont-Monod, "La passion selon Juette" est tellement beau que l'on a envie de souligner la plupart des passages!

"Je leur transmets ce que m'a appris Hugues, en particulier ce langage intime pour parler à Dieu. Je les reprends, je les corrige, je les pousse à vivre pleinement leur foi. Mes compagnes apprennent à dire "je" et "pourquoi". (p 174)


"Ce qu'ils ne savent pas, c'est que Juette n'a plus peur. Et après? La folie est une paix comme une autre." (p 195)


"Les hommes. Voilà le travail des hommes. Ces murailles que je vais piétiner pour que résonne encore le cri des cadavres. Je ne hais pas les hommes parce qu'ils sont hommes, mais parce qu'ils ne sont pas vraiment des hommes. Je les hais parce qu'ils n'ont pas su se montrer plus forts que moi. Les papes condamnent, les évêques exécutent, les fils éventrent et les pères abandonnent. Voilà, pour eux, ce qu'est la force. Voilà leur ignorance et leur faiblesse." (p 199)


"On aime le monde seulement quand il nous parle. Prenez l'Abbé Jean. Il a souffert de la mort de maître Amaury et de celle de ses disciples parce que ces gens pensaient comme lui. Et regardez-vous, Hugues. Tout ce que vous faites, c'est par peur de me perdre. Seul compte ce que vous ressentez. C'est ainsi: toute entreprise, aussi grande et sacrée soit-elle, repose sur des nécessités personnelles. L'altruisme n'existe pas. Mais la bonté de Dieu, c'est justement prendre l'homme ainsi, avec son égoïsme. Sa grandeur est là: il n'exige pas la perfection mais uniquement les efforts déployés pour l'atteindre. Peu importe les règles et les armes, tant qu'elles obligent à faire mieux chaque jour pour se rapprocher de Dieu. C'est cela que l'Eglise ne comprend pas. C'est en cela que je la combattrai, jusqu'à la fin." (p 213 et 214)

Moi, Juette

Juette est une enfant de 13 ans, solitaire et au monde intérieur riche de questions et de rêves. Elle vit une enfance sombre, loin de toute tendresse maternelle. Elle aimerait tellement savoir lire et écrire, pouvoir lire les romans de chevalerie, rêver tranquillement sous le grand arbre de la cour et surtout pouvoir être pieds nus et sentir les douceurs de l'herbe, de la mousse: "Parfois je m'échappe pour aller m'asseoir sous l'arbre de la cour. Je me tiens aussi droite qu'une porte. pas un seul de mes cils ne bouge. Je ne fredonne aucune chanson. Je me tais, immobile. Très doucement, je frotte mes pieds l'un contre l'autre. Les sangles de cuir cèdent. J'appuie fort pour sentir la terre sous ma peau. C'est un froid bienheureux, une caresse fraîche qui remonte dans mes jambes. Si quelqu'un me surprend, il ne verra qu'une statue. Il se dira que les statues ne pensent pas et e font rien. Mais moi, perchée sous mon arbre, je suis pieds nus. Je respire. Je regarde." (p 17) Juette est à l'étroit devant le feu où coud sa mère, où elle-même tente d'apprendre à repriser, à couper, assembler....pour qui? Pour quoi? Pour un futur mari....Pour bien tenir un futur foyer. Comme elle aimerait se soustraire à cet avenir si terne, tellement insipide, si loin de ce qu'elle ressent au plus profond de son âme. D'ailleurs, son âme se cabre dès qu'elle voit les prélats à la table de ses parents. Juette se cabre pour beaucoup de choses et Juette passe pour être étrange, bizarre et guère facile à marier au grand désespoir de sa mère! Juette sent la révolte contre le système gronder et grandir en elle...d'autant plus qu'elle admire les livres du monastère d'Hugues, le moine copiste, doux et compréhensif envers sa fascination pour les récits chevaleresques, pour les conteurs itinérants qui animent l'imagaire des gens de foire en foire. Hugues écoute les questions qui assaillent Juette, elle qui souhaiterait tant apprendre , savoir et connaître pour enfin avoir des réponses.
Juette aime suivre la Meuse qui devient Sambre juste avant le monastère: "J'aime ce chemin: il suit le bord de la Meuse jusqu'à ce qu'elle devienne Sambre. C'est un sentiment étrange que de marcher en confiance aux côtés d'une amie qui a perdu son nom. Comme si l'on pouvait découvrir encore une présence que l'on connaît si bien." (p 28 et 29)
Juette a 13 ans et est sur le point de perdre son enfance sans aucune explication, sans aucun chemin à suivre hormis celui de sa révolte et sa haine de l'homme. Pourquoi en arrive-t-elle à la haine non seulement du corps de son époux, de l'homme, mais aussi du sien? Sans doute parce que les adultes n'ont pas su saisir son désarroi intérieur qui ravage lentement mais sûrement son âme. La lecture de ce passage est poignant et intense d'émotion...Juette, pauvre Juette, jetée aux fauves: "Souvent je repense aux dernières couleurs de mon enfance. Les joues roses de ma mère quand elle dit: "Tu devras coudre pour quelqu'un." L'éclat bleu des vitraux. Bleu aussi, le regard de cet homme découvert lors des fiançailles. Ses mains sont courtes et pâles. Il est receveur des impôts, comme mon père. Il y avait le gris des boucles du prêtre. Le noir de ses ongles. Et la belle couleur jaune, l'or des anneaux échangés, a brillé dans la lumière. L'homme s'est approché. Il tremblait d'émotion. J'ai tourné la tête. Lorsque sa bouche s'est aplatie contre ma joue, j'ai croisé les yeux de mon père, assis au premier rang.
Je me souviens du gris des quarante jours suivants. Le blanc de la robe cousue par ma mère. Le rouge de ma peau sous la robe parce que le tissu me grattait. Ces couleurs, j'aurais voulu les conserver dans les petits bocaux qu'utilise Hugues pour dessiner. Chaque instant de mon enfance sous forme de poudre, sagement posée sur un pupitre, qui n'a besoin que d'eau pour apparaître."
(p 76 et 77) Juette sacrifiée sur l'autel des convenances et des traditions. Comment ne pas haïr celui qui la possède chaque nuit? Comment ne pas refuser de grandir, de devenir femme? Comment accepter une transformation de son corps lors de la maternité? Juette perd son premier bébé mais un corps mort ne peut donner la vie, une enfance morte dans la souffrance ne peut donner la vie. Puis elle est imperméable au garçon qu'elle engendre: le dégoût pour tout ce qui concerne la chair est à son paroxysme, Juette est mûre pour aborder les rives de la folie et de l'illumination.
Juette a 18 ans et est une jeune veuve convoitée et désirée. Elle se rebelle contre le cours de la vie et des choses: elle refuse le remariage, elle refuse la loi des hommes et des prêtres bouffis de suffisance et de nourritures. Elle abandonne ses biens pour s'occuper d'une léproserie et elle en deviendra peu à peu la porte-parole. Elle acquiert une aura telle que l'Eglise prend peur: c'est l'époque des mouvements religieux contestataires, prônant un retour aux sources du christianisme, sans apparat et sans hiérachie. Dieu est partout pour tous. A force de prières, de privations, Juette parviendra à l'illumination et sa renommée n'en sera que plus grande.
C'est le temps des procès, des bûchers sur lesquels l'hérésie est réduite en cendres par l'Eglise. Juette sera arrêtée, échappera au bûcher mais clamera haut et fort, rebelle et partant vivre sa passion en recluse: "Je suis propre. Je suis propre et je sais tout." Une violence monte en Juette, celle des illuminés qui non seulement n'ont plus peur de quoi que soit mais encore savent que tout espoir est perdu. Reste à aller au bout de la route choisie...la réclusion dans la solitude emmurée et les prières. Un homme, un seul homme saura la cerner, l'accompagner et surtout l'aimer de tout son être sans pouvoir lui offrir la délivrance de l'amour partagé: Hugues, ce moine séculier, son ange gardien, sa conscience et son ami le plus cher.
Clara Dupont-Monod nous livre un roman extraordinaire d'émotion, d'actes vrais, de foi exacerbée par l'hypocrisie d'une église vautrée dans les abus les plus indécents. Un roman racontant l'histoire vraie d'une jeune fille qui se lève pour résister à l'oppression masculine, pour se rebeller contre l'ordre établi, pour vivre sa foi dans l'illumination de la passion, au le sens christique du terme: elle souffre, elle endure les restrictions qu'elle s'impose pour être au plus près de Dieu et de la vérité....mais aussi, peut-être, pour obtenir les réponses à toutes ses questions.
Clara Dupont-Monod dote son roman de deux voix, masculine et féminine, celles de Hugues et de Juette: elles se répondent, se complètent, s'amplifient et s'éclairent l'une et l'autre.
Une très belle découverte et un voyage extraordinaire dans la vie d'une femme libre perdue dans son époque qui ne reconnaît aucun droit, aucune capacité de raisonner à la femme. Certes, la haine des hommes peut paraître outrancière parfois, mais comment ne pas comprendre Juette qui se voit sacrifier au nom d'un mensonge contenu dans le "oui, je le veux" des sacrements d'un mariage qu'elle n'a jamais voulu?




Ce livre a été lu dans le cadre du Cercle des Parfumés



mercredi 12 décembre 2007

Bientôt Noël

Les fêtes approchent et une certaine excitation agite les sapins de la forêt. Ils ont hâte de vêtir leurs plus beaux habits de fêtes même s'ils ne savent pas vraiment en quoi consiste Noël. Et c'est à celui qui dira tout haut son rêve le plus beau: un rêve d'une robe de fleurs et il est vite rabroué par les autres qui lui signalent que Noël n'est pas une fête de printemps; un autre rêve d'une robe couleur d'or soleil couchant, un autre d'une robe arc-en-ciel, un autre d'une robe "d'étoiles scintillantes". Or, un petit sapin écoute silencieusement les grands raconter leurs espoirs et leurs rêves et se désole qu'on ne lui demande pas son rêve le plus cher.
Un jour, un drôle de bruit fait frissonner les aiguilles du petit sapin: ça tape, ça cogne puis ça craque....le petit sapin tremble de toutes ses branches et ferme les yeux. Lorsqu'il regarde enfin autour de lui, les autres ne sont plus là: il se retrouve seul et abandonné et commence à désespérer.

Une voix se fait entendre au-dessus de lui: c'est un vieux sapin un peu dégarni. Il est trop vieux et le petit sapin trop jeune mais leurs rêves sont identiques: avoir une belle robe pour le jour de Noël.

Au fait, quel est le rêve du petit sapin? "Je rêve d'une robe toute blanche, comme un voile de lune. Mais je sais que je devrai attendre encore longtemps..." Et qu'arrive-t-il, le matin de Noël? Le petit sapin scintille de mille feux blancs tandis que le vieux sapin est paré des plumages des oiseaux de la forêt venus réaliser son rêve!

Alors....paillettes plein les yeux, effets spectaculaires ou simplement le simple manteau scintillant offert par Dame Nature?

Une très jolie histoire où la simplicité réussit à parer un petit sapin et à lui faire oublier qu'il n'est pas comme les autres.

Les illustrations sont agréables, douces et éloquentes. Un bel album pour attendre Noël.

"La robe de Noël" fait partie de la sélection Kilimax/Ecole des Loisirs de cette année.
Bellesahi nous offre une double page intérieure de ce très bel album ICI !!! Alice en parle aussi

mardi 11 décembre 2007

Histoire de chasse suédoise

La littérature scandinave recèle nombre de surprises: certaines sont excellentes, d'autres un peu moins. "Scène de chasse en blanc", présenté par la quatrième de couverture comme étant "un livre d'une beauté glaçante, à l'effrayante logique, soutenu par une langue, un style savants, d'une extrême rigueur" est situé entre les deux: je ne peux pas dire que j'ai aimé mais je ne peux pas affirmer, non plus, que j'ai détesté! Je suis allée au bout de la lecture car malgré tout, l'histoire est prenante, sans être vraiment enthousiasmée.
Pourtant, l'argument littéraire est intéressant: trois hommes, trois copains, trois chasseurs, Henrik, Gregor et le narrateur, font un séjour en forêt pour pratiquer leur sport favori, la chasse. Tout se passe au mieux mais rapidement, l'ambiance se gâte: le gibier se fait rare et nos chasseurs se retrouvent sans traque à effectuer. Or le désir, irrépressible, de chasser demeure et les taraude au plus haut point. Une idée germe dans leur esprit: puisqu'il n'y a guère de gibier à chasser, pourquoi ne pas se traquer les uns les autres! Le roman prend alors une ampleur terrifiante, la beauté forestière devient glaçante et étouffante en même temps. La mystique de la chasse à l'homme est à son comble et entraîne les acteurs jusqu'au bout de la logique, terrible, de leur jeu.
Mats Wägeus réussit de superbes descriptions de la forêt, des clairières, des marécages, des champs: "A contre-jour l'avoine folle paraissait tumescente, trempée comme elle l'était de grosses gouttes d'eau, là surtout où la tige s'en ramifiait ou alors à la surface duveteuse de ses épis facettés, où l'oeil s'égarait dans des jeux de lumière. Les herbes qui, un instant, avaient semblé fermement amarrées à la terre pouvaient aussitôt après, dans le jour plus clair, offrir l'impression de voguer sans attaches. En cette apesanteur, elles glissaient par à-coups, horizontalement, dans l'espace, telles des libellules dont les ailes brillent au soleil. Avant que la rosée ne se soit évaporée, le sol nous a paru près de se désagréger. La végétation a pâli, laissé voir ses nervures, comme sur une planche d'herbier à "strates" amovibles. Mais comme sur les champs s'étendait la menace de l'anéantissement, les dernières gouttes de rosée ont été libérées, rendant à la terre ses couleurs." (p 108)
Il décrit également, les traditions ancestrales reproduites par ces trois chasseurs: le respect du gibier abattu lors de son dépeçage puis dans le soin apporté à sa préparation culinaire...rien n'est jeté ni gaspillé. Les trois hommes ont des rituels tant dans le transport du gibier tué que dans sa préparation. Ils récitent le Bénédicité puis est instauré le silence de la première dégustation, les conversations naissent seulement lorsque le plat passe pour la deuxième fois. Mats Wäger introduit la famille des chasseurs grâce à leurs discussions: "Nous éprouvions le besoin de parler de nos familles. Peut-être nous semblait-il les avoir négligées, et trop nous occuper de notre affaire. Nous avons parlé de l'art qu'il y a à procéder à une répartition équitable de ses grâces, en sorte que nul n'éprouve sentiment de délaissement, mais nous étions d'avis que des intérêts naïfs, impliquaient fatalement une forme ou une autre de perte de temps. Gregor considérait que le goût de la chasse avait pour origine le souci qu'on a des siens. Chaque bête abattue en fournissait la preuve. Par là il était possible de donner poids de viande à tels sentiments d'affection. L'amour qu'on avait de ses proches était chose qui se pesait en kilos et en hectos. Nous avons en riant constaté que nos familles prenaient de plus en plus d'importance à nos yeux, à mesure que la chasse se prolongeait. Mais bien que ce soit là un sujet de plaisanteries, et que nous ne le prenions pas tout à fait au sérieux, nous sommes tombés d'accord pour admettre que la chasse était un acte d'amour, à l'origine; et de même que les actes d'amour qui servaient à quelque chose et qui voulaient se répéter, il fallait qu'on y retrouve un plaisir personnel. Il en allait de même de la chasse et de l'amour: la natalité se maintenait non sous la loi du devoir mais sous celle du plaisir." (p 68 et 69)
Wägeus annonce la folie qui guette ces hommes ivres de gibier par de subtiles touches, elles n'ont l'air de rien mais elles en disent long sur ce qui va suivre: "Henrik, qui n'avait pas cru que Gregor allait céder à sa folie chasseresse, a perdu son sang-froid. Le bassin, avec ses grenouilles, était un endroit où vous guidait de temps à autre un besoin de recueillement. Il devait nécessairement être tenu pour une zone franche. Désormais rien ne prouvait qu'y reviennent les grenouilles, et un risque existait que le bassin s'envase. La chose avancerait d'abord de façon insensible, tandis que croissait le nombre des micro-organismes. L'eau se faisant plus trouble et prenant peu à peu consistance de gelée, Gregor ne tarderait pas à comprendre lui-même que tout était perdu." (p 86)
Peu à peu une évidence apparaît, accompagnée d'un sentiment de frayeur: "Nous avions de la peine à trouver un sens à la vie, tant que nous n'avions pas de gibier à portée." (p 87) et la décision est prise de se chasser les uns les autres. La spirale, à la fois mystique et infernale, est déroulée "Qui était chassé - à l'inverse de ce que soutenait Henrik - se trouvait fort conscient des dangers que révélait toute forme d'action. La menace de la mort n'était pas en elle-même perçue comme essentielle, car les idées de qui tenait le rôle de gibier avaient secrètement - sous l'effet de ce qu'il y a d'angoissant à se cacher - subi une altération. La mort semblait alors un moyen de s'affranchir de cette tension nerveuse, et ne présentait en rien le caractère d'une défaite. Sans doute celui qui, en ce cas, tenait lieu de gibier se riait-il alors de ses camarades de chasse, dont les actes avaient encore le désir pour loi." (p 121 et 122)
La chasse devient une expression de la soif du spirituel tapie au fond de ces hommes qui, malgré le vernis de la civilisation, vont sombrer dans l'obscur partie de l'âme humaine. Les cartouches sont partagées et sont en nombre limité, cinq chacun. Gregor est le premier blessé, à l'épaule, et au lieu de se retirer du jeu infernal, s'embarque encore plus avant dans la chasse à trois! L'intensité dramatique augmente d'un cran lorsque Henrik est tué. Wägeus monte aussi d'un cran l'horreur de la situation en mettant des images et des références subtiles et froides sur la scène, très particulière, du tableau de chasse "Gregor est demeuré à genoux près du corps jusqu'au moment où, tandis que je détournais les yeux, il l'a embrassé. Longtemps il a ensuite examiné sa prise. C'est de la sorte qu'il était convenu de traiter l'homme tué par balle - en gibier abattu -. La chasse devait entre autres nous insuffler dans l'âme un sentiment de fierté, et dissiper l'angoisse qui pouvait naître de ce que votre proie avait été naguère de vos amis. Que la chance vous sourie: voilà ce que le droit coutumier de la chasse faisait passer en prmeière ligne, et en quoi l'on voyait le testament verbal, une fois souscrit par la victime, en faveur de qui peut-être lui porterait le coup fatal. C'était un devoir pour le chasseur que de jouir de sa proie en de telles circonstances, et de passer en revue sans plus de vanité que de vains apitoiements les épisodes qui venaient d'être heureusement couronnés." (p 182)
Le style glaçant de Mats Wägeus peint des scènes de chasse fascinantes et épouvantables, difficiles à supporter parfois. Il sait que la folie de l'homme peut mener ce dernier jusqu'à une quête de l'extase: celle de tirer et tuer le gibier choisi, son congénère, son double. "Scène de chasse en blanc" est un bal diabolique, une course cruelle qui ne peut s'achever que dans la disparition définitive des protagonistes. Le point de non- retour est atteint lorsque la famille devient une entité floue, lointaine comparée à la perspective d'une chasse extatique. Le tout mené avec rythme certes, mais aussi avec une lenteur délibérée lorsque le spectacle de la Nature apporte une respiration, une accalmie dans l'anchaînement des actes.
Malgré un récit abrupt et terrifiant, Mats Wägeus offre à son lecteur des instants de pure poésie...la neige en forêt prend une dimension esthétique intense: "La neige récemment tombée présentait au regard de nouveaux jeux de lumière. Elle était d'autre texture, de cristaux plus grossiers, et avivant par là l'éclat qui, entre les arbres, enflammait de bleu et de jaune les particules de givre balancées dans les airs, comme si une fine poussière mêlant topaze et saphir, passant par la lucarne de quelque échoppe d'orfèvre, était partie au bois." (p 198).
Un auteur suédois à découvrir et à lire: son écriture et l'utilisation d'une langue recherchée, stylistiquement irréprochable et délicieusement désuète parfois (grâce à un excellent travail de traduction) , mérite que le lecteur s'attarde sur son univers particulier et ô combien étonnant!


Roman traduit du suédois par Jean-Baptiste Brunet-Jailly


Le Matricule des Anges en parle ICI l'avis d'Incoldblog

lundi 10 décembre 2007

L'Amérique, l'Amérique..... de Hoover

quatrième de couverture:

" Edgar aimait le pouvoir mais il en détestait les aléas. Il aurait trouvé humiliant de devoir le remettre en jeu à intervalles réguliers devant des électeurs qui n'avaient pas le millième de sa capacité à raisonner. Et il n'admettait pas non plus que les hommes élus par ce troupeau sans éducation ni classe puissent menacer sa position qui devait être stable dans l'intérêt même du pays. Il était devenu à sa façon consul à vie. Il avait su créer le lien direct avec le Président qui le rendait incontournable. Aucun ministre de la Justice ne pourrait désormais se comporter à son endroit en supérieur hiérarchique direct. Il devenait l'unique mesure de la pertinence morale et politique. "
John Edgar Hoover, à la tête du FBI pendant près d'un demi-siècle, a imposé son ombre à tous les dirigeants américains. De 1924 à 1972, les plus grands personnages de L'histoire des Etats-Unis seront traqués jusque dans leur intimité par celui qui s'est érigé en garant de la morale. Ce roman les fait revivre à travers les dialogues, les comptes rendus d'écoute et les fiches de renseignement que dévoilent sans réserve des Mémoires attribués à Clyde Tolson, adjoint mais surtout amant d'Edgar. A croire que si tous sont morts aujourd'hui, aucun ne s'appartenait vraiment de son vivant.


Un exercice guère facile que celui de la biographie romancée, surtout lorsque le sujet est un personnage historique et politique controversé et inquiétant! Marc Dugain s'attaque donc au mythe d'Edgar Hoover, le chef du FIB pendant plusieurs décennies. Hoover, un homme qui fit trembler les hommes politiques américains et les stars, celui qui engendra le McCarthysme avec une effroyable poigne de fer, celui qui minimisa le rôle de la Mafia tant qu'il fut à la tête du FBI, c'est à dire jusqu'à sa mort.
Marc Dugain met en scène un éditeur de La Nouvelle Orléans rachetant, à bon prix, les mémoires d'un des proches d'Edgar Hoover, Clyde Tolson, à un éditeur New Yorkais, bien content de s'en débarasser. Grâce à ces vraies fausses mémoires de Tolson, Dugain plonge son lecteur dans un pan édifiant et sombre de l'histoire récente américaine. Edgar Hoover, le grand méchant loup des dessous de la politique, l'ogre Barbe Bleue qui peut signer l'arrêt de mort politique de celui qui ose se mettre en travers de son chemin, celui de la fidélité sans faille à son pays, celui de la haine viscérale du communisme, des déviances et des droits civiques pour les Noirs.
Tolson relate les cinquante ans de règne de Hoover sur la politique intérieure, voire extérieure, des Etats-Unis: la mise en place d'écoutes, illégales mais chevilles ouvrières d'un genre de chantage exercé sur les gouvernants et décideurs, toile tentaculaire au centre de laquelle trône Hoover, gonflé de sa puissance, puissance qui aime tout sauf la lumière! D'ailleurs, Hoover refusera un poste de ministre et déclinera l'invitation à se présenter aux élections présidentielles: pour vivre heureux de son pouvoir occulte, vivons cachés...devise qui sied à merveille à Edgar Hoover, lui qui jusqu'au bout cachera son homosexualité, sa déviance qu'il considère comme une tache, une impureté (la scène de sa rencontre avec le psychanalyste est excellente: à la fois risible et poignante!). Le lecteur en arriverait presque à éprouver de la compassion envers la souffrance latente de cet homme qui, parce qu'il est un homme issu d'une société rigoriste et puritaine, ne peut être totalement épanoui et libre.
Hoover est-il plus détestable que les hommes politiques qu'il côtoie et tient sous sa houlette? On peut se poser la question en lisant les frasques du clan Kennedy, les compromissions et autres perversions des uns et des autres. Ce qui le rend ignoble et écoeurant c'est son aversion viscérale pour les Noirs, les catholiques, les juifs et les communistes. A tel point que sa haine obscurcit un peu son jugement: pourquoi avoir nié jusqu'au bout la gangrène mafieuse pour uniquement se focaliser sur une menace communiste (l'antenne FBI de New York a compté jusqu'à 400 agents employés à prévenir une invasion communiste et à surveiller la population soupçonnée d'accointance communiste....et seulement une dizaine d'agents employés à chasser les membres de la Mafia!) ? Son entêtement me faisait penser à l'attitude de l'administration Bush vis à vis du terrorisme "irakien" suite au 11 Septembre 2001: matraquer l'opinion par des diatribes stressantes et provoquer ainsi un état d'urgence permanent dans les esprits. Et le lecteur frissonne en sachant comment cet homme de l'ombre avait réussi à manipuler la vie politique américaine. A tel point que l'on en arrive à se demander si la politique et la morale peuvent faire bon ménage...rien n'est moins sûr!
Une biographie romancée qui tient en haleine le lecteur par son rythme endiablé, ses révélations qui semblent véridiques en même temps qu'inventées de toute pièce. Un talent de l'intrigue et de l'enquête qui comble l'appétit du lecteur et lui procure un excellent moment de lecture!


Les avis de woland Anne Mois MEL Isabelle (l'arbre à palabres) Incoldblog

samedi 8 décembre 2007

L'adolescence n'est pas un long fleuve tranquille

Linnea est une jeune lycéenne de 16 ans mesurant 1,80 mètre! Une grande tige qui se sent mal dans sa peau, incomprise et seule. Bref, une adolescente comme il en existe beaucoup...sauf que Linnea parle depuis quelque temps au mur du dressing, chez sa grand-mère. Elle inonde le mur de phrases, de mots qu'elle ne peut dire aux autres. Parfois, elle se cogne la tête contre ce mur qui accepte, muet et imperturbable, lamentations, pleurs et souffrances.
Linnea a 16 ans et une seule véritable amie, qui lui ressemble en beaucoup mieux: Pia, grande, élancée qui n'a pas sa langue dans sa poche et à la répartie facile et ironique. Pia qui tombe les garçons d'un seul regard et qui les fait tourner en bourrique pour ensuite les abandonner tels des jouets devenus sans intérêt. Pourtant, Pia est loin d'être une jeune fille splendide mais elle n'a peur de rien, croit en son pouvoir magnétique et surtout, surtout sait les désirs secrets des garçons.
Linnea raconte au mur les jours passés en compagnie de Pia au lycée, dans la rue, chez sa grand-mère. Elle raconte les jours heureux de rires, de pleurs, de confidences et de conversations de "filles" à bâtons rompus. Elles ont 16 ans et toute la vie devant elles. Elles ont 16 ans, une famille parfois barbante, des mères agaçantes, des frères trop jeune ou trop grand et absent, des pères présent et inexistant ou absent et pénible.
Linnea se souvient de ses jérémiades auprès de Pia, de leurs conversations philosophiques sur Dieu, la mort, la vie, l'absence de sentiment filial vis à vis du père et pleure de n'avoir pas pu empêcher Pia de commettre l'irréparable.
Le mur est le divan du psychologue que refuse de rencontrer Linnea. Le mur est le pilier qui l'empêche de sombrer dans le noir. Le mur est la surface lisse qui lentement, doucement, va apaiser la douleur de Linnea. Cette dernière revient de son deuil, regarde sa mère autrement, ressent un amour profond pour son petit frère et parle avec sa grand-mère, médiateur entre la mort et la vie.
Katarina Mazetti dans un style à la fois drôle et pittoresque aborde des sujets graves avec un humour désopilant, loin de tout pathos. Elle réussit à faire revivre au lecteur ses 16 ans avec toutes les angoisses existentielles vécues sans occulter le fait que certaines angoisses adolescentes peuvent conduire à un acte désespéré.
Un court roman grave et drôle à la fois dont la lecture, parsemée de sourires, de rires et de larmes, est plaisante et agréable. Une très belle découverte grâce à Nanou qui a eu la gentillesse de me prêter ce délicieux livre.

Dès que "La tombe du mec d'à côté" me tombe sous la main, je me lance avec enthousiasme dans sa lecture!


Roman traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss


Les avis réservés de Nanou Joelle , plus enthousiastes de Gachucha Cuné Bellesahi cathulu

vendredi 7 décembre 2007

Compte à rebours

quatrième de couverture:

"19 secondes, 18 secondes, 17 secondes: un compte à rebours énigmatique accompagne la course du train. 12 secondes, 11 secondes: la tension croît, palpable, laissant planer l'imminence d'un drame. Que va-t-il se passer dans cette rame de RER nommée "Zeus"? Vers quel destin inconnu emporte-t-elle ses voyageurs?"


Le roman s'ouvre sur un couple qui est en train de se défaire: Sandrine et Gabriel se quittent mais le désirent-ils vraiment? En effet, le RDV donné, comme un glas, par Gabriel à Sandrine sur un quai de station RER semble être la perche tendue à de possibles retrouvailles. La crise peut être arrêtée si Sandrine est dans le bon wagon de la bonne rame et si elle en descend pour rejoindre Gabriel. Si, si, si....beaucoup de paramètre imprévisibles pimentent l'attente de Gabriel. En attendant, il se souvient de leur amour, il tente d'analyser la situation présente et passe de la certitude, un brin machiste, à l'appréhension la plus terrible.
Puis arrive le moment du compte à rebours, saisissant, tenant en haleine, l'atmosphère devient pesante, les points d'interrogation se multiplient: et après, et après et après que se passe-t-il? Pierre Charras module ce décompte par une histoire à plusieurs voix: celles de Gabriel, Sandrine, l'inconnu au blouson jaune, Sophie l'adolescente amoureuse, Christelle qui quitte aussi son compagnon pour vivre enfin sa vie, Emmanuel le prof de fac se mêlent, se succèdent pour s'évanouir au moment du dénouement.
Ensuite, le lecteur suit le blouson jaune fier d'avoir réalisé une belle oeuvre. Il est heureux car il sait que la récompense sera à la hauteur de ses espérances. Mais la réalité parfois fait des pieds de nez au moment le plus inattendu, amère expérience pour notre blouson jaune.
Enfin, le délire de Gabriel qui s'effondre peu à peu avant d'avancer dans un épais brouillard: celui de l'incompréhension, de l'émotion la plus vive que l'on ne peut juguler et qui conduit droit au mur.
Pierre Charras met en scène une vie normale, quotidienne qui bascule, l'espace d'une seconde, l'espace de la déflagration d'une bombe, dans l'horreur la plus noire, la plus dévastatrice: celle qui brise les destins, celle qui brise les vies qui ne demandaient qu'à s'épanouir, celle qui conduit à la folie. Le compte à rebours prend alors toute sa dimension apocalyptique: le lecteur, en apprenant les menus faits et gestes des passagers du deuxième wagon de la rame, a fait connaissance avec ces hommes, ces femmes et cette jeune fille pleine de son amour et de sa jeunesse. La vie ne tient qu'à un fil, à un "si...". Le frisson parcours le dos du lecteur surpris par la déflagration et l'accélération du récit: certes, le décompte appelait un évènement grave, mais l'espoir de voir les morceaux de l'histoire de Sandrine et Gabriel se recoller pour mieux continuer était toujours présent, tapi dans l'ombre des secondes égrenées.
Un roman qui prend sa consistance au cours du récit, à mesure que celui-ci devient plus inquiétant: l'histoire d'amour et de RDV qui pourrait être manqué est transcendée par l'explosion d'un sac de sport qui aurait pu ne pas exister. Le drame est bien orchestré également par la dénomination des grands chapitres: "Zeus", "Styx" et "Hadès"... de l'Olympe, séjour heureux et insouciant, aux Enfers en passant par le pénible Purgatoire de l'entre-deux, de la transition entre l'avant et l'après explosion.
Ce roman qui au départ ne me semblait pas très prometteur, m'a agréablement surprise et j'en suis sortie absolument ravie!


jeudi 6 décembre 2007

Harry Potter: chapitre 6!

Je viens de refermer l'avant dernier tome des aventures palpitantes du jeune sorcier Harry Potter! Que dire sinon que la magie opère toujours autant, que dès les premières phrases le lecteur est embarqué dans de folles aventures au rythme effréné entre un directeur de Poudlard en guerre permanente contre les forces du mal, des professeurs aux côtés obscures, des amis fidèles, des inimitiés qui se confirment et une colère qui monte, monte et monte encore!
Harry vient de perdre son parrain, Sirius Black, et se retrouve héritier de ce dernier. Son seul rempart affectif est Dumbledore, Hermione, Ron et sa famille. L'année scolaire commence, le cours de potion aussi. Comme Harry était persuadé ne pas avoir un résultat satisfaisant en BUSE pour continuer le cours de potion, il n'a pas acheté le manuel scolaire ad hoc, aussi son professeur, Monsieur Slughorn, lui prête-t-il un vieil exemplaire. Or, cet exemplaire n'est pas banal: il contient des annotations, des formules de potions ou de sorts, de multiples pense-bêtes, coups de pouce dont Harry, peu à peu ne peut se passer. C'est ainsi qu'il obtient, pour avoir réussi, grâce au fameux manuel, sa potion un flacon de Felix Felicis contenant une dose pour douze heures de chance! Mais à qui a appartenu le "Manuel avancé de préparation des potions"? A un mystérieux Prince de Sang-Mêlé!
Bien entendu, ce flacon aura son utilité au cours de l'épisode! Bien entendu, Le Prince de Sang-Mêlé sera un des sujets principaux des conversations des trois amis. Bien entendu, qui dit sang mêlé dit éternelles diatribes à l'encontre des sorciers issus de familles Moldus....et c'est alors que l'on apprend que les plus virulents puristes sont les plus honteux de leurs origines!
Au cours de l'épisode, le lecteur en apprendra plus sur les origines de Serpentard et de Lord Voldemort (notamment son enfance et sa jeunesse qui révèlent une personnalité très sombre et diabolique!) et sur l'existence de curieuses "choses" appartenant à la magie noire: l'existence des Horcruxes. Lord Voldemort en a créé sept pour y enfermer les sept parties de son âme et les a dissimulées aux yeux du monde afin de reprendre forme humaine, d'acceder à l'immortalité et au pouvoir absolu!
L'étau se resserre autour de l'Ordre du Phénix: les Mangemorts deviennent de plus en plus puissants (les gardiens d'Azkaban se sont ralliés à Voldemort), Malefoy semble être investi d'une mission très importante, Rogue est plus obscur et inquiétant que jamais, la peur étreint le monde des sorciers.
Et l'amour dans tout cela? Harry et ses amis sont adolescents et éprouvent des sentiments plus sérieux que l'amitié. Peu à peu, nos héros s'éveillent au sentiment amoureux: Hermione est-elle amoureuse de Ron, Ron est-il amoureux d'Hermione, Harry éprouve-t-il de doux sentiments pour Hermione ou pour une autre jeune fille, Cho, Ginny? Fleur épousera-t-elle Bill malgré le terrible accident dont il a été victime? Tonks, une cousine de Sirius Black, parviendra-t-elle à faire accepter à Lupin son amour? Vous le saurez en dévorant ce sixième opus des aventures de notre sorcier favori!
Un épisode trépidant, à l'écriture fluide, rythmée et maîtrisée...du véritable art! Tout est cohérent, tout s'enchaîne naturellement et les personnages très convaincants: J.K Rowling a su les accompagner dans leur évolution, dans leur développement, dans leur maturation. Certes, l'âge des insouciances est bien révolu, la période plus sombre de l'adolescence et du monde adulte pointe son nez, le climat devient grave et l'inquiétude gagne du terrain: les petits bonheurs illuminent les moments de grand désespoir, les serments échangés insufflent l'énergie pour continuer la lutte sans merci contre Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom (cette formulation me plaît au plus haut point!). Quelle pourrait être l'arme la plus efficace contre le Mal Absolu? Peut-être l'amour, la capacité à aimer autrui....
Tout est en place pour le dénouement final et le lecteur, en haleine, se surprend à constater combien est subtil et complexe l'univers créé par Rowling!
L'avis de Bladelor
Roman traduit de l'anglais (GB) par Jean-François Ménard

mercredi 5 décembre 2007

Un an déjà!!!


Que se passe-t-il un 5 décembre?


On fête les Gérald


Le 5 décembre 1870 voit la naissance de Vitezslav Novak (compositeur tchèque), celui de 1890 celle du réalisateur allemand Fritz Lang, celui de 1901 celle de Walt Disney (l'abominable qui a discrédité les siamois dans une scène de "La Belle et le Clochard" , celui de 1911 celle du peintre français Alfred Manessier, celui de 1914 celle d'Odette Joyeux, celui de 1946 celle du ténor espagnol José Carreras.


En 1791 Mozart tire sa révérence, en 1870 Alexandre Dumas la sienne, en 1926 Monet, en 1925 l'écrivain polonais Wladyslaw Reymont (prix Nobel de littérature en 1924), en 1951 l'écrivain indien Abanîndranâth Tagore.


Quelques faits historiques:


1154 : A Rome, un Anglais est élu pape. Nicholas Breakspear prend le nom d'Adrien IV.


1360: Naissance du Franc († 1er juillet 2002) sur ordonnance du roi de France Jean II le Bon.



1792: Ouverture du procès de Louis XVI, roi de France


1830: Le compositeur Hector Berlioz (né en 1803) fait exécuter la Symphonie fantastique, qui déchaîne l'enthousiasme


1893: Apparition de la première voiture électrique, ses batteries lui donnent 24 kilomètres d'autonomie


2000: Les députés adoptent en première lecture le projet de loi réformant l'Interruption volontaire de grossesse (IVG) et la contraception: ce texte fait notamment passer de dix à douze semaines le délai légal de recours à l'IVG et assouplit le principe de l'autorisation parentale pour les mineures.


2006: Chatperlipopette publie son premier article sur son blog.


2007: le blog Chatperlipopette fête sa première année d'existence! Sonnez tambours et trompettes, dansez flonflons et musettes!



Comme le temps passe vite: il y a un an, à la suite du Bibliomane, je me lançais dans l'aventure du blog littéraire. Comme beaucoup d'entre vous, je ne m'imaginais pas tenir sur la durée. Mais, je me suis prise au jeu des écrits sur mes lectures et surtout du partage avec des passionnés et dévoreurs de livres.

Un an d'échanges d'idées, de lectures. Des liens se tissent sur la Toile et parfois ils se concrétisent: ainsi ai-je pu rencontrer, pour de vrai, des bloggers bretons au cours d'une journée formidable et pleine de rires et de convivialité. Cependant, même si les rencontres virtuelles ne deviennent pas réelles, les liens ne s'estompent pas pour autant: il y a les swaps, les échanges de courriels, les messages sur cartes postales, les livres voyageurs, les cerf-volants, les livres cerclés et bien d'autres contenus sont confiés aux bons soins de Dame La Poste pour venir illuminer les BAL des bloggers!

Un an de commentaires, de petits mots "roudoudous" qui font toujours plaisir et qui motivent la tenue d'un blog et c'est à vous, lecteurs occasionnels ou fidèles, connus ou inconnus, bavards ( attention, ce n'est surtout pas un vilain défaut!) ou silencieux, que je le dois!

Aussi, soyez-en remerciés du fond du coeur! Merci pour vos visites, vos mots qui chaque jour me donnent envie de continuer à partager lectures, mots et images!

mardi 4 décembre 2007

Swap scandinavie

Après le Swap SFFF, le swap scandinavie. La Poste a mis les habits de fêtes aux colissimos!
Mon colis est parti tout à l'heure vers son/sa destinataire....alea jacta est, le suspense est intense, la personne résistera-t-elle à l'envie de découvrir ce qui se cache à l'intérieur des petits paquets?...Le 23 Décembre c'est proche et en même temps très éloigné quand on reçoit son colis swap!!!

Merci Flo et Kali pour ce moment intense de recherches et farfouilleries dans ma librairie préférée!!!

Shoah

C'est une incompréhension et une curiosité enfantines qui ont conduit Daniel Mendelsohn dans une grande quête: "Pourquoi les vieilles personnes pleurent-elles en me voyant? Il paraîtrait que je ressemble à une personne de la famille....oncle Schmiel?" Hélas, personne ne souhaite en parler et peu à peu la curiosité de l'enfant devient celle de l'adolescent puis enfin la quête de l'adulte: un silence est tombé sur ce souvenir...que s'est-il vraiment passé?


Commence alors une enquête, une quête à travers le temps et de par le monde. Daniel Mendelsohn emporte son lecteur au coeur de l'Histoire et des histoires des hommes et le fait s'égarer, puis retrouver, dans un récit en apparence labyrinthique. En effet, la Génèse (première partie de l'Ancien Testament) est en filigrane du récit, les aller-retour sans cesse se font entre l'interprétation d'exégètes (en plus de son ressenti) et les recherches sur la famille de Schmiel. Le tout parsemé de galerie de portraits de famille, hauts en couleurs, décrits avec un humour ravageur....on a l'impression d'être parfois dans un film de Woody Allen!
L'histoire familiale de Daniel Mendelsohn cache un sentiment de culpabilité: il y aurait eu des tensions entre les frères Jäger (dont le grand-père du narrateur et son frère Schmiel qui retourna en Pologne après un court séjour aux Etats-Unis). Mendelsohn ne peut que rapprocher ces tensions des conflits qu'il a eu avec un de ses frères (il alla jusqu'à lui casser un bras!) et du conflit entre Abel et Caïn: "En dépit de sa raideur archaïque, c'est une histoire qui, pour quiconque a une famille - parents, frères et soeurs, ou les deux -, c'est à dire tout le monde, va paraître étrangement familière. le jeune couple, l'arrivée du premier enfant; l'arrivée du premier frère, impliquant des émotions plus complexes, un certain compromis; les germes d'une obscure compétition; la désapprobation parentale, la honte, les mensonges, les tromperies" (p 112 et 113).

Les rancoeurs éprouvées par la famille du grand-père au sujet du mariage arrangé d'une soeur en contrepartie du voyage et de l'émigration vers l'Amérique sont à rapprocher des chamailleries, divergences vécues entre le narrateur et ses frères et soeurs...la vie ordinaire d'une fratrie au sein d'une famille. S'il n'y avait pas eu conflit entre Schmiel et ses frères, il ne serait peut-être pas retourné en Pologne pour y subir ensuite le joug cruel des nazis....l'ombre de l'histoire familiale donne naissance au doute et au sentiment d'avoir commis une faute, culpabilité des vivants vis à vis des disparus de la Shoah, culpabilité qui passe entre les générations.
Le lecteur suit les pérégrinations de Mendelsohn à travers le monde. Il suit cette quête en Pologne où l'émotion ressentie par Mendelsohn et ses frères et soeur est indescriptible: les rues, les maisons de Bolechow, les bâtiments officiels renvoient les ultimes souvenirs de la famille décimée de l'oncle Schmiel. Il écoute les longues interviews des personnes qui ont vécu aux côtés de Schmiel qui l'ont connu et qui ont subi le joug idéologique nazi. Il est avide, comme Mendelsohn, de révélations, de détails du quotidien (la couleur d'une chevelure, un rire, une posture, un trait de caractère, un vêtement, une passion, un amour, des pleurs, des livres d'école, un jardin....), ces petits riens qui construisent tout, qui édifient un être humain petit à petit et lui donnent corps. Le lecteur part aussi à la recherche des témoignages des derniers moments de Schmiel et sa famille et comprend, aux côtés du narrateur, combien il est impossible de retranscrire les cris, les pleurs, les angoisses, les sueurs de celles et ceux qui allaient à la mort quand on n'a pas vécu cette sombre période de l'Histoire. Impossible et frustrant pour Daniel Mendelsohn qui ne peut qu'effleurer les fantômes de Schmiel et sa famille. Les témoignages sont souvent contradictoires: l'histoire de Schmiel est tissée par les fils de la mémoire des rescapés, par celle des personnes qui en ont entendu parler par telle ou telle personne, par la mémoire des archives, "Je commençais à prendre conscience de la fragilité de chaque histoire que j'avais entendue" (p 383). Ce tissage s'effectue avec les non-dits, les oublis volontaires ( le souvenir des milices juives est difficile à mettre en mots de même que le fait d'avoir des traits "aryens" permettait de survivre), les demi-vérités ou les pieux mensonges. Restent le souvenir, la recherche des origines et du passé: "Ecoutez, comment quiconque a survécu peut savoir avec certitude? C'est toujours ce que quelqu'un leur a dit. Ils n'y étaient pas. S'ils ont survécu, c'est qu'ils étaient cachés au moment où c'est arrivé..." (p 383).
"Les disparus" est un récit au souffle épique et au rythme effréné d'une enquête policière. Les références littéraires et religieuses, loin d'embrouiller le récit par des considérations théoriques, l'éclairent et le magnifient. La quête de Mendelsohn est une histoire à tiroirs: un minuscule bout apparaît au regard du chercheur qui le tire et qui s'aperçoit que c'est un écheveau se déroulant à l'infini.... "Au bout d'un moment, j'ai dit, Oui, c'était comme ça que mon grand-père nous racontait des histoires. La longue préparation, tout l'arrière-plan, toutes ces boîtes chinoises, et puis, soudain, la descente rapide et habile vers le final, la ligne d'arrivée où les liens entre les détails découverts tout du long, les faits apparemment sans intérêt et les anecdotes subsidiaires sur lequels il s'était attardé au début, devenaient brusquement évidents." (p 519)
Un récit envoûtant, poignant et percutant...un autre regard sur la Shoah.


"Je suis satisfait de ce que je sais, mais à présent je pense beaucoup à tout ce que j'aurais pu savoir, qui aurait été bien plus que tout ce que je peux apprendre maintenant, qui a disparu à jamais maintenant. Ce que je sais à présent, c'est ceci: il y a tant de choses que vous ne voyez pas vraiment, préoccupé comme vous l'êtes de vivre tout simplement; tant de choses que vous ne remarquez pas, jusqu'au moment où, soudain, pour une raison quelconque- vous ressemblez à quelqu'un qui est mort depuis longtemps; vous décidez tout à coup qu'il est important de faire savoir à vos enfants d'où ils viennent - , vous avez besoin de l'information que les gens que vous connaissiez autrefois devaient toujours vous donner, si seulement vous l'aviez demandée. mais au moment où vous pensez à le faire, il est trop tard. (...) Dans mon esprit, le mot disparus faisait référence à la relation qu'ils entretenaient avec le reste de l'histoire et de la mémoire, et pas seulement au fait qu'ils avaient été tués: ils étaient désespérement loin, irrémédiablement." (p 100 et 101)

Récit traduit de l'anglais (USA) par Pierre Guglielmina

Les avis de Adeline Le Bibliomane Nicolas

Ce livre a été lu dans le cadre du Cercle des Parfumés

lundi 3 décembre 2007

La route de la soie

Nous somme en 1861, Hervé Joncourt est un jeune homme promis à une belle carrière militaire et qui partira à la recherche d'oeufs de vers à soie pour alimenter l'industrie des soyeux lyonnais: "On était en 1861. Flaubert écrivait Salammbô, l'éclairage électrique n'était encore qu'une hypothèqe et Abraham Lincoln, de l'autre côté de l'Ocan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin" (p 9).

En effet, une épidémie lamine la production française de vers à soie et une seule solution s'impose à tous: pénétrer dans l'espace interdit du Japon, l'autre bout du monde du XIXè siècle finissant "En ce temps-là, le Japon était, effectivement à l'autre bout du monde. C'était une île faite d'îles et qui avait vécu pendant deux cents ans complètement séparé du reste de l'humanité, refusant tout contact avec le continent et interdisant l'accès à tous les étrangers. La côte chinoise était à près de deux cents milles, mais un décret impérial avait veillé à la rendre plus éloignée encore, empêchant sur toute l'île la construction d ebteaux à plus d'un mât" ( p 24). Hervé Joncourt part donc par monts et par vaux à travers l'Europe, la Russie extrême orientale avant de traverser la mer pour accéder, clandestinement, sur les rives japonaises. Un voyage long et périlleux comme tous les voyages à cette époque, une épopée qui se répètera chaque année: " Hervé Joncourt partit avec quatre-vingt mille francs-or, et les noms de trois hommes que Baldabiou lui avait procurés: un Chinois, un Hollandais et un Japonais. Il passa la frontière près de Metz, traversa le Wurtemberg et la Bavière, pénétra en Autriche, ateignit le train Vienne puis Budapest et poursuivit jusqu'à Kiev. Il parcourut à cheval deux mille kilomètres de steppe russe, franchit les monts Oural, entra en Sibérie, voyagea pendant quarante jours avant d'atteindre le lac Baïkal, que les gens appelaient: mer. Il rdescendit le cours du fleuve Amour, longeant la frontière chinoise jusqu'à l'Océan, et quand il fut à l'Océan, resta onze jours dans le port de Sabirk en attendant qu'un navire de contrebandiers hollandais l'amène à Capo Teraya, sur la côte ouest du Japon. A pied, en empruntant les routes secondaires, il traversa les provinces d'Ishikawa, Toyama, Niigata, pénétra dans celle de Fukushima et arriva près de la vile de Shirakawa, qu'il contourna par l'est, puis attendit pendant deux jours un homme vêtu de noir qui lui banda les yeux et qui le conduisit jusqu'à un village dans les collines où il passa la nuit, et le lendemain matin négocia l'achat des oeufs avec un homme qui ne parlait pas et dont le visage était recouvert d'un voile de soie. Noire." (p 31 et 32)
Ce fut l'épreuve de vérité qui mettra en lumière l'extraordinaire prédisposition d'Hervé Joncourt à se faire accepter par l'Autre. En effet, au jeu du "poker menteur" il joua habilement, suffisamment pour prouver au seigneur japonais, Hara Kei, qu'il était digne de confiance! Une étrange relation amicale va se nouer entre les deux hommes...avec comme point d'orgue la présence d'une jeune fille, muette, superbe aux yeux "qui n'avaient pas une forme orientale" (p 36).

Entre cette belle jeune fille inconnue et Hervé Joncourt se tisse une histoire d'amour aussi douce et légère qu'un voile de soie japonaise, silencieuse et désespérée. Une sensualité extraordinaire se dégage des scènes, notamment celle du coup de foudre:
"La jeune fille souleva légèrement la tête.
Pour la première fois, elle détacha son regard d'Hervé Joncourt, et elle le posa sur la tasse.
Lentement, elle la tourna jusqu'à avoir sous ses lèvres l'endroit exact où il avait bu.
En fermant à demi les yeux, elle but une gorgée de thé.
Elle écarta la tasse de ses lèvres.
La replaça doucement là où elle l'avait prise.
Fit disparaître sa main sous son vêtement.
Reposa sa tête sur les genoux d'Hara Kei.
Les yeux ouverts, fixés dans ceux d'Hervé Joncourt.(...)
Hervé Joncourt baissa les yeux. Devant lui, il y avait sa tasse de thé. Il la prit et commença à la faire tourner et à l'examiner, comme s'il cherchait quelque chose, sur le fil coloré de son bord. Quand il eut trouvé ce qu'il cherchait, il y posa ses lèvres, et but jusqu'au fond."
(p 38 et 39)
Hervé Joncourt rentrera chez lui, par le même chemin qu'à l'aller, éternel rituel du voyage: "Six jours plus tard, Hervé Joncourt s'embarqua, à Takaota, sur un navire de contrebandiers hollandais qui le déposa à Sabirk. de là, il remonta la frontière chinoise jusqu'au lac Baïkal, traversa les quatre mille kilomètres de terre sibérienne, franchit les monts Oural, atteignit Kiev et parcourut en train toute l'Europe, d'est en ouest, avant d'arriver, après trois mois de voyage, en France. Le premier dimanche d'avril - à temps pour la grand-messe - il était aux portes de Lavilledieu." (p 41)

Un court roman étrange, qui laisse, une fois la dernière page tournée, le lecteur dans une atmosphère difficile à décrire. L'impression d'être sur sa faim, de vouloir que l'histoire continue et dure un peu plus longtemps, pour finalement s'apercevoir que tout est dit avec subtilité et qu'il n'y a rien à ajouter.
Le rythme de certains passages, ritournelles presque à l'identique, sont les fils d'une navette sur un métier à tisser, des fils qui vont et viennent pour construire, avec délicatesse, une très belle histoire d'amour et de passion. Un petit roman qui garde son lecteur longtemps sous son charme.


Roman traduit de l'italien par Françoise Brun

Ce livre a été lu dans le cadre du Cercle des Parfumés

La Poste l'a emporté...

Ce matin, direction La Poste malgré la grêle et le vent. Mon colis swap SFFF était enfin scotché, étiqueté et prêt à s'envoler vers son/sa destinataire!
Maintenant, l'appréhension est de mise: le voyage du colis va-t-il bien se dérouler? Le colis parviendra-t-il dans les temps à son/sa destinataire? la personne sera-t-elle satisfaite de son contenu? Bref, toutes les interrogations aussi légitimes que futiles vont s'épanouir jusqu'à la réception dudit colis!

C'est ce qui me plaît dans les swaps....

Merci à Loba et Hydromiel pour ce swap qui m'ouvre des perspectives bien alléchantes dans un domaine littéraire que je délaisse trop!

dimanche 2 décembre 2007

L'Avent



Noël approche à grands pas. Pour patienter, petits et grands instaurent des rituels, qui le calendrier de l'Avent distribuant chaque jour une friandise ou un jouet, qui allumant, chaque dimanche, un bougie sur une couronne décorées aux couleurs de Noël.

Les quatre semaines incluant les quatre dimanche précédant la veille de Noël correspondent à l'Avent. Avent, du latin adventus qui signifie venue, arrivée. Pour les chrétiens, ce terme classique fut employé pour désigner la venue du Christ parmi les hommes.Depuis le pape Grégoire I, nommé aussi Grégoire le Grand, l'Avent représente la période de la préparation de la venue du Christ.
Elle commence avec le 4e dimanche avant Noël et marque le début de l'année ecclésiastique.

Novembre s'installe dans les villes et les campagnes avec sa grisaille, des journées courtes, la nuit qui envahit les maisons, la pluie, le froid, le vent.
Déjà aux époques païennes, des réjouissances étaient organisées à cette époque. Elles manifestaient la volonté des hommes de conjurer la peur de rentrer dans une maison morte plongée dans la nuit et l'arrivée effrayante des longues nuits.

Le symbole principal de l'Avent est sans conteste la lumière, ce qui est compréhensible à cette époque de l'année. La lumière non seulement chasse l'obscurité mais aussi représente l'espoir et la lutte contre le mal. Au gré des fêtes, l'attente de Noël se transforme en célébration de la lumière et de la fécondité. Les jours sombres se remplissent de lumières.
Préparer Noël c'est transformer les tristes journées de novembre en instants féeriques plein d'espoir. C'est conjurer les mauvais sorts apportés par l'imagination transie par le froid et la nuit. C'est conjurer la mort.

Nos ancêtres au nord de l'Europe, qui craignaient de voir le soleil disparaitre pour toujours, habillaient leur logis au coeur de l'hiver de couronnes composées de feuillages verts.
En Allemagne, on connaît la couronne de l'Avent seulement depuis la Première Guerre Mondiale.
La couronne est un ancien symbole aux significations multiples. Les couronnes rondes de l'Avent évoquent le soleil et annoncent son retour.
Pour les chrétiens, cette couronne est aussi le symbole du Christ Roi, le houx rappelant la couronne d'épines posée sur la tête du Christ avant sa mise en croix.
Les 4 dimanche symbolisent aussi les 4 saisons et les 4 points cardinaux.

Noël sera là lorsque la dernière bougie sera allumée. Le plus souvent les bougies sont rouges pour évoquer le feu et la lumière. Sur les couronnes d'inspiration suédoise, les bougies sont blanches, couleur de fête et de pureté. En Autriche on les choisit violettes car cette couleur est symbole de pénitence.


Le calendrier de l'Avent:


Cette tradition germanique est née de l'imagination d'un père de famille voulant canaliser l'impatience de ses enfants.
Il découpa des images pieuses qu'il leur remit chaque matin.
Un peu plus tard, les images pieuses se sont envolées pour laisser place à des biscuits. Le calendrier est ainsi né.

Et vous comment préparez-vous l'arrivée de Noël?

samedi 1 décembre 2007

Conte de fée d'aujourd'hui

De Van Cauwelaert je n'avais lu que "Les vacances du fantôme" que j'avais beaucoup aimé alors.

Quatrième de couverture:


"Que faire lorsque la femme de votre vie décide de vous quitter parce qu'elle vous aime? Comment sauver le couple de ses parents quand on a huit ans? Une fille à la dérive peut-elle devenir une fée parce qu'un petit garçon a décidé de croire en elle?"


Nicolas, inventeur de jouets et rêveur dans l'âme, est tombé amoureux dès le premier regard d'Ingrid et de son fils Raoul, dans une navette d'Air France. Depuis quatre ans ils vivent dans une harmonie totale, dans la bonheur absolu d'une famille unie par l'amour. Mais, un grain de sable vient gripper les rouages du bonheur. Ingrid décide de s'éloigner de Nicolas, pour qui pourquoi? Les réponses de l'épouse sont aussi déroutantes qu'improbables. Les arguments pleuvent, Nicolas déserte le lit conjugal pour se réfugier dans son bureau. Commence alors pour lui une longue période de doute, de renoncement pendant laquelle, plusieurs fois par semaine, il va faire des courses, plus inutiles et plus désespérantes les unes que les autres, dans un supermarché de Mantes. A la caisse, se trouve César, une belle jeune femme iranienne. Elle regarde les achats de Nicolas comme autant d'appels au secours et de preuves d'existence.
Commence alors une histoire à deux voix, une histoire de deux solitudes: celle de l'époux délaissé et désemparé, celle de la jeune réfugiée iranienne qui se bat pour pouvoir valider sa maîtrise de Lettres à La Sorbonne. En attendant, elle est caissière, s'exprime dans un français tellement correct qu'il en est désuet, et résiste aux assauts séducteurs de son supérieur hiérarchique. De silence en silence, l'improbable va se produire: Nicolas et César se rencontrent, se racontent et s'apprécient. César est-elle la fée qui recollera les morceaux du couple et donnera les ailes du rêve à un enfant de huit ans? Disons, que grâce à son regard extérieur elle saura mettre Ingrid face à sa vérité: sa peur de rendre malheureux l'homme de sa vie et son petit garçon en cas de disparition était irrationnelle et inutile...on n'éloigne jamais la douleur de la perte même pour protéger l'amour que l'on porte à ses proches.
Un roman où les personnages secondaires sont croqués sans concession avec leurs qualités et leurs défauts, reflets et produits de notre société: les collègues de travail de César sont murées dans leur jalousie et leur haine de ce que leur chef leur fait subir, le chef est un écoeurant et répugnant macho de bas étage, imbu de son minable pouvoir, un odieux petit rasciste idiot se croyant intelligent, les copains de banlieue voyous intolérants et bagarreurs pensant être investis d'une mission, agaçants certes mais moins odieux que le chefaillon, les collègues d'Ingrid intellectuels perdus dans leurs recherches, la mère d'Ingrid casse-pieds au possible mais finalement marrante, les héritiers de l'ancien patron de Nicolas qui tentent de le dépouiller (huummm la famille, ça peut être fantastique!).
Un conte de fée moderne, auquel on peut ne pas adhérer, rafraîchissant, tendre et tout en sensibilité accompagné d'humour joyeux et grinçant. De situations cruelles peuvent découler de merveilleuses issues: la chute est convenue, certes, mais agréable! Ca fait du bien de croire aux belles choses qui peuvent arriver!


vendredi 30 novembre 2007

Que voyez-vous?


Depuis peu, j'ai redécouvert grâce à Parfum de livres, les joies des illusions d'optique.


Mais qu'est-ce qu'une illusion d'optique?

"L'image formée au fond de l'oeil est analysée point par point puis transmise au cerveau sous forme de signaux codés. Ceci est en principe pareil pour tous. Ce sont les zones visuelles du cerveau qui analysent ces signaux et nous donnent une représentation de l'objet perçu. L'interprétation qu'en fait le cerveau peut parfois être ambiguë et ces erreurs d'interprétation provoquent parfois des illusions d'optique, qui ne sont pas perçues de la même façon par chacun d'entre nous (nous n'avons pas tous le même vécu ni les mêmes images en mémoire). Les illusions sont les témoins des mécanismes de la vision. Elles confirment que notre perception du monde est assez éloignée de la photographie. Elle est le résultat :
- d'une stimulation des photorécepteurs rétiniens, qui peuvent subir des phénomènes de fatigue.
- et surtout d'une construction mentale, à partir des messages nerveux reçus, parfois erronés. Le cerveau cherche à mettre du sens partout, même là où il n'y en a pas. Alors, il en fait trop, amplifiant les contrastes, créant contours, couleurs, perspectives, reliefs, mouvements, en fonction de ce qu'il connaît. En effet, malgré une organisation générale commune du cortex visuel, les apprentissages et le vécu diffèrent d'une personne à l'autre, d'où une sensibilité variable à certaines illusions."

Le degré de perception des illusions d'optique n'est pas le même selon selon les cultures:

"Les illusions d'optique dépendent d'une part de notre système visuel mais aussi de notre culture en général. En effet, les européens paraissent avoir une illusion de Müller-Lyer plus forte et une illusion du T renversé moins forte que d’autres groupes ethniques comme certains africains.
Nous les occidentaux, nous vivons dans un monde où il y a beaucoup de formes géométriques avec des angles droits (immeubles, murs verticaux, plafonds horizontaux...). Nous avons une très forte tendance à sur-estimer les angles aigus et à sous-estimer les angles obtus, de manière à les ramener à des angles droits. C’est pourquoi nous sommes plus sensibles à l’illusion de
Müller-Lyer.
Au contraire, nos ancêtres préhistoriques évoluaient dans un environnement dominé plus particulièrement par des lignes courbes. Ils n'auraient probablement pas été sensibles à des illusions comme celle du triangle de Kanisza. Dans les années 30, des scientifiques ont d'ailleurs réussi à prouver que certaines ethnies n'ayant jamais rien vu d'autre que la forêt n'étaient pas affectées par ce genre d'illusion.
En ce qui concerne l’illusion du
T renversé, une autre explication s’applique. Parceque certains peuples africains vivent dans la savane, un relief très plat, et que leur environnement est pratiquement dépourvu d’arbres, de maisons ou de poteaux, ils sont donc moins habitués que nous à juger des lignes verticales, c’est pourquoi ils ont une illusion du T renversé plus impressionnante."

Il existe 2 types d'illusions d'optiques:


les illusions géométriques
les illusions artistiques

J'ai choisi celle-ci car elle m'a beaucoup émue et surtout je l'ai trouvée très belle:


Que voyez-vous?


Une autre beaucoup plus difficile mais splendide (merci Sousmarin!)


Celle-ci me rappelle certaines images d'Epinal qui cachent personnages et animaux dans un paysage. Ici, il faut trouver des visages...Combien en comptez-vous?