
"La baie d'Alger" c'est aussi une galerie de personnages hauts en couleurs, notamment des figures féminines: la grand-mère du narrateur, Zoé, "Tout sur le dos, rien à la banque", sa cousine Suzanne, journaliste engagée et ne mâchant pas ses mots ni ses idées progressistes, mais aussi la copine de Zoé, Bibi, vieille coquette glamour à l'oeil velouté et aux indécences amusantes. Ce trio est drôle, attendrissant et représente un monde qui lentement se meurt.
Les événements deviennent la guerre et les Arabes que Zoé et le narrateur côtoient tous les jours révèlent une double vie: Bouarab, Yeux-Bleus et Zoubida, des destins tragiques ou heureux, des amitiés qui malgré tout résistent à l'horreur et au sang. Puis, c'est le départ définitif vers la métropole qui sera bien loin de reconnaître les siens, les exilés qui doivent se reconstruire après avoir tout perdu, les colons comme les harkis. La vie reprend ses droits et Zoé déguste enfin des huîtres à Cancale, elle dont le voyage de noces en France fut annulé en raison de la Grande Guerre: sa gouaille pied-noir donne des couleurs méditerranéennes au restaurant et aux huîtres "Ecoute, ma petite, les huîtres c'est comme l'amour. la première fois, c'est dégoûtant et après on ne peut plus s'en passer" (p 242).
"La baie d'Alger" est un roman des souvenirs, d'une enfance et d'une adolescence algéroises et des ambiances aux odeurs iodées et ensoleillées avec parfois, sans s'y attendre, une odeur de poudre et de sang. Une atmopshère qui ne se retrouvera jamais ailleurs. Parfois, le goût amer des invectives des uns, de gauche, et des autres, de droite, devant sa position "entre-deux" qui n'est pas de comprise en ces temps troublés.
Louis Gardel raconte son Algérie sans en "faire des tonnes", avec tout son amour pour ce pays qui l'a vu naître et grandir: il a le mot juste et le plus objectif possible avec la plus grande des sincérités dans les émotions et les souvenirs. Une lecture agréable et pleine des saveurs de cette Méditerrannée riche en saveurs, odeurs et couleurs où l'émotion n'est guère éloignée, elle qui peut nouer la gorge sans prévenir, au détour d'une phrase, d'une scène ou d'une ambiance.
Louis Gardel a reçu pour son roman autobiographique "La baie d'Alger" le Prix Méditerrannée 2008. Il est, aussi, l'auteur de "Fort Saganne" (je n'ai pas lu le roman mais vu le film).
Les avis de Laurent Cathe stéphanie 15minutesdamour

oeuvre de Farid Benyaa
6 commentaires:
noté ! merci Katell...
@rennette: de rien ;-) J'ai vraiment aimé ce roman et son ambiance et surtout ces 3 personnages féminins extraordinaires!
Tentée aussi... je suis de plus en plus attirée par cette partie du monde!
Je suis contente que tu aies aimé ce livre. Je l'avais aussi trouvé très touchant.
Pour ma part une belle surprise de cette rentrée littéraire !
@karine: Gardel relate avec tact et sans en faire de trop la nostalgie de son pays natal que fut l'Algérie.
@cathe: "La baie d'Alger" m'a vraiment plu, fraîcheur de l'adolescence, noirceur des évènements mais pas de pathos inutile, tout est dit en quelques mots, quelques images. Une bonne pioche de la part du Prix des lecteurs du Télégramme!
@laurent: Je ne peux que te suivre dans ton impression!
Enregistrer un commentaire