dimanche 6 avril 2008

Un été pendant la guerre

Eté 1943, deux adolescents, le narrateur et la fille de la couturière de sa tante, passent leurs vacances en bord de mer. Elle est distante, il la trouve belle et fascinante. Malgré les passages d'avions, l'occupation allemande et la guerre semblent lointaines et irréelles jusqu'au jour où un avion allié est abattu et s'abîme dans les dunes. Les champs inondés et la cabane sur les dunes vont voir se nouer un drame silencieux entre les deux adolescents et le pilote. Drame muet et malaise indicible qui se solde par le départ précipité de la jeune fille. Pourquoi cette fuite? Seul le narrateur a une partie de la réponse et cela le rend malade.
Jens Christian Grondahl plonge le lecteur dans le souvenir et la mélancolie de blessures passées et d'occasions manquées. L'évocation des plages et des dunes danoises, parsemées d'élymes des sables, chevelures vertes aux pointes blondes, accentue la mélancolie du récit. Le coeur ne cesse de s'étreindre au fil des années lorsque les élymes des sables bercent les souvenirs du narrateur.
Derrière la douceur amère du souvenir d'un amour déçu d'adolescence, se dessine le portrait d'une jeune fille puis d'une femme étrangement lointaine, inconnue même pour ses proches, peu diserte et réservée. Une femme qui se met en spectatrice de la vie et qui regarde le temps s'écouler sans rien dire. Tout est décrit avec délicatesse et tendresse donnant au roman une atmosphère riche d'émotions muettes et de poésie qui nous laisse tout chose une fois refermé. Ma lecture a été accompagnée par la musique du film "Un été 42" et je ne saurais absolument pas l'expliquer...peut-être la présence de la mer et des dunes ou la beauté de l'instant qui donne à la vie ses plus beaux atours. J'ai aimé le filigrane des quotidiens vécus au cours des années qui façonnent des vies et des destins, le déroulement des souvenirs auxquels on s'attache, les regrets que l'on cache et qui se disent tant d'années plus tard. On ne peut rester insensible à l'écriture juste, sobre et sensible de l'auteur qui pose des mots sur des sentiments difficiles à exprimer.
Une très belle découverte grâce à Nath qui le fait voyager.


Quelques extraits:

"Lorsqu'elle est venue ici le matin, le soleil bas éclairait déjà les planches en bois blanc. Un point doré se reflétait clairement dans l'eau, entre les petites rides dans la surface lisse et immobile. Les hirondelles tournoyaient autour de l'abri comme une volée de flèches qui montentd ans le ciel et s'abattent d'un trait. Elle ne pouvait savoir qu'elle allait revenir dans la nuit, inquiète d'être vue par quelqu'un, et tout aussi alarmée par sa témérité. Elle n'avait même pas eu l'intention de se rendre à la remise isolée quand elle avait enfourché sa bicyclette, ce matin-là. Elle avait eu seulement envie d'être seule et de rouler au petit bonheur. Ainsi, elle s'est retrouvée à l'endroit le plus déserté qu'elle connaissait. On rencontrait presque toujours quelqu'un sur la plage, mais pas ici.
Elle laissa son vélo lorsque le chemin se rétrécit et continua à pied sur la sente étroite qui menait à l'abri. Elle s'assit contre le mur et ferma les yeux. L'herbe était humide, mais le soleil avait déjà réchauffer les planches, et elle sentit la chaleur dans son dos. Autour d'elle, les hirondelles décrivaient des cercles larges ou rapprochés. leurs cris faisaient penser à un millier de portes invisibles qui grincent sur leurs gonds."
(p 33 et 34)

"Nous étions assis devant une porte-fenêtre donnant sue le balcon étroit qui courait sur toute la longueur de la façade. Les arabesques entrelacées de la grille en fonte se mêlaient aux feuilles et aux branches des arbres en face. On entrapercevait quelques silhouettes isolées qui passaient sur la pelouse du parc, des personnes âgées, des femmes avec une poussette ou un enfant à la main. De temps en temps, la brise fraîche gonflait les rideaux légers pendant un instant, puis ils retombaient. Il y eut un éclair, suivi d'un coup de tonnerre, plus proche cette fois. puis les premières gouttes de pluie lourdes sont tombées, et, rapidement, la vue a été voilée par des fils d'eau étincelants." (p 63)

Roman traduit du danois par Alain Gnaedig


Son voyage peut continuer....il part bientôt chez Yueyin.

7 commentaires:

Karine a dit…

Il est sur ma liste depuis un bon moment. C'est un genre d'histoire que je pourrai bien aimer, je crois.

Anjelica a dit…

Oui, je comprend que tu ais pu faire un lien avec la musique d'un été 42, une si jolie musique de Michel LEGRAND :)

Florinette a dit…

C'est bizarre que je sois restée hermétique à cette histoire, quelque chose m'y a empêchée, mais, malgré tout, j'en lirai un autre de cet auteur !

Joelle a dit…

Il est noté depuis un moment et malgré quelques avis mitigés, l'ensemble des billets reste positif ... c'est bon signe !

Katell a dit…

@karine: je ne connaissais pas l'auteur et en lisant "Virginia" son écriture m'a vraiment touchée! Une belle découverte.
@anjelica: ;-) j'ai vraiment adoré ce film!
@florinette: ce qui est positif c'est que "Virginia" ne t'aie pas passer l'envie de lire d'autres romans de l'auteur!
La prochaine pioche sera sans doute la bonne :-)
@joelle: j'ai vraiment aimé cette ambiance, cette mélancolie et ce côté très japonais ;-)

Anonyme a dit…

J'adore Grondhal. "Virginia" est le plus court de ses livres, c'est pourquoi peut-être je suis resté sur ma faim. J'ai littéralement adoré "Bruits du coeur", livre sur l'amour avec parfois des hauts le coeur mais grand roman. Quant aux rapports de l'auteur avec la musique, je te rejoins Katell. Moi qui ne suis pas musicien c'est sans doute dans "Sous un autre jour" que j'ai compris ce que jouer d'un instrument veut dire, quand l'héroïne retrouve son père virtuose.
C. Sauvage

yueyin a dit…

J'avoue que ton billet me donne grande envie de m'y mettre Katell :-))) en buvant un petit thé par exemple...