dimanche 20 avril 2008

dans les rues de Vienne

Nous sommes à Vienne, au début du XXè siècle, les Habsbourg périclitent au pouvoir (la chute se devine), les cafés, où les débats les plus passionnés ont lieu, ne désemplissent pas et on peut y rencontrer Freud, Klimt, Schoenberg et de nombreuses autres célébrités.
La psychanalyse est à l'aube de son essor: Freud et ses théories rencontrent bien des murs et les tenants de la thérapie par électrochocs font tout pour discréditer ce dernier.
Max Liebermann, un jeune médecin, psychiatre, très attiré par les pratiques de Freud, pianiste amateur, est amené à assister son ami l'inspecteur Oskar Rheinhardt, chanteur lyrique amateur, dans une étrange enquête. Une jeune médium est retrouvée morte, assassinée, chez elle: pas de trace de balle dans le corps malgré la présence d'un impact et surtout la porte de sa chambre était verrouillée de l'intérieur! Qui a bien pu perpétrer ce crime? Des esprits maléfiques ou un illusionniste de génie? Ou est-ce un suicide? Une lettre est retrouvée sur le bureau, Max Liebermann y découvre un lapsus et une deuxième autopsie éclairera ce dernier. Les indices sont déroutants et laissent perplexes les enquêteurs: les clés marquées de stries, un coffret fermé de l'intérieur où repose une étrange statuette égyptienne, l'arme du crime, un pistolet, a disparu, des issues trop hautes pour une fuite. Les questions s'accumulent et l'enquête piétine rendant impatient le commissaire (ah les impatiences désagréables et réductrices des supérieurs!!!) mais Max est présent lorsque Oskar doute ce qui remet sur les bons rails l'enquête.
Parallèlement à l'enquête, Tallis brosse un portrait de ses personnages, récurrents: Max est un jeune médecin, célibataire, issu de la bonne société bourgeoise viennoise. Il est impressionné par Freud sans pour autant être entièrement d'accord sur ses méthodes, il est amoureux d'une agréable jeune fille à laquelle il se fiance mais est peu à peu gangréné par le doute lorsqu'il prend en charge le cas d'une jeune patiente anglaise, atteinte de paralysie et d'un début de dédoublement de la personnalité. Cette jeune femme est belle, intelligente, vive et curieuse et elle sera un élément déterminant dans la résolution de l'énigme. Oskar est un homme marié, père de famille, bien dans sa vie et prodigue ses conseils à son jeune ami. Parfois, il est agacé par les analyses de Max mais force est de reconnaître qu'elles sont souvent très pertinentes.
Ce qui m'a charmée, en dehors de l'intrigue bien menée et d'une belle traduction, c'est la matière des décors et des ambiances viennois: on s'y croirait dans ces ruelles sombres et sordides derrière de petits immeubles aux couleurs passées et décrépites, on respire la fumée des cigares dans les cafés, on lit avec gourmandises (même si le café ne fait pas partie de mes boissons préférées) les différents cafés proposés aux consommateurs, l'odeur chaleureuse de ce breuvage aux déclinaisons multiples est accompagnée par l'image bien alléchante des diverses pâtisseries et autres douceurs sucrées proposées en accompagnement. Vienne apparaît comme une capitale brillante, intellectuelle et artistique où les innovations technologiques et les nouvelles idées philosophiques, médicales et artistiques s'épanouissent et essaiment. Le lecteur suit avec délectation Max à l'exposition des oeuvres des peintres tels que Klimt et sa Frise Beethoven ou des sculpteurs tels que Klinger et son Beethoven. la musique de Brahms, Beethoven, Schubert ou Mozart accompagne les pages de l'enquête policière et apporte une respiration sereine après les horreurs criminelles.
Vienne est aussi l'endroit où sourd une vision politique anti-sémite et où on peut percevoir les prémices des atrocités qui seront perpétrées bien plus tard. Une certaine bourgeoisie viennoise faite de mesquineries et d'ambitions larvées, un monde masculin où le pouvoir sexuel serait analysé avec joie par la psychanalyse: l'oncle d'Amélia (la patiente de Max) fait partie de ces époux qui aiment déflorer les jeunes bonnes et réduire au silence leurs épouses quitte à ce qu'elles deviennent névrosées et à ce qu'elles aillent se jeter sous un train pour en finir avec le cercle infernal de la culpabilité et de la souffrance. La condition féminine est en route vers une amélioration mais comme elle sera longue et ardue!
"La justice de l'inconscient" est le premier volet des carnets de Max Liebermann, un premier épisode réjouissant et bien écrit dans lequel on déambule avec joie et où le coupable ne sera démasqué qu'à la fin, donnant le plaisir au lecteur d'être tenu en alerte et en haleine jusqu'au dénouement! Une lecture détente savoureuse comme un chocolat viennois aux personnages attachants dotés d'humour et de culture.
"Du sang sur Vienne", deuxième opus des carnets, offert par Olivier dans le cadre du swap "Noir c'est noir", m'attend sur les étagères de la bibliothèque....lecture prévue dans les semaines à venir!


Roman traduit de l'anglais (GB) par Michèle Valencia


8 commentaires:

choupynette a dit…

lecture détente... je les apprécie tout autant que les lectures "reflexion profonde"! quand en plus, il s'agit d'unbon polar... j'adhère!

Karine a dit…

Comme je suis tentée, à la lecture de ton billet! Et en plus, je l'ai vu hier au salon du livre... et je l'ai laissé là!!! J'aime bien rencontrer la trace de personnages historiques dans les romans!!

Anjelica a dit…

Il m'attend dans ma PAL :)

Michel a dit…

Pour le moment la série ne comprends que 3 titres, mais ils sont tous bons ;o)

yueyin a dit…

J'ai vraiment aimé ce premier titre de Tallis (http://lireouimaisquoi.over-blog.com/article-5482619.html
). En fait je me suis régalée avec toute la série, les trois sont tout aussi gourmands (voir les pâtisserie) et somptueux (ce décor...) Une très agréable lecture :-)

moustafette a dit…

M'est tombé des mains très vite celui-là !

cathe a dit…

Un peu longuet quand même mais, contrairement à Moustafette, je ne l'ai pas laissé tomber ;-) (j'ai même lu le deuxième..)

Katell a dit…

@choupynette: je l'ai pris comme cela, une détente bien agréable et qui teint la route.
@karine: C'est le côté agréable de la collection "Grands détectives" de chez 10/18 .
@anjelica: bonne lecture alors :-)
@michel: le deuxième volet m'attend :-)
@yueyin: j'ai adoré les ambiance des cafés et la présence des pâtisseries viennoises :-D
J'ai mis en lien ton avis ;-)
@moustafette: je crois bien savoir pourquoi ;-)
@cathe: ;-) tu as malgré tout apprécié l'ensemble.