mercredi 2 avril 2008

Aux sources du vent


Quatrième de couverture:

"Un groupe d'élite, formé dès l'enfance à faire face, part des confins d'une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l'origien du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un noeud de courage: la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d'un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou."


On est immédiatement happé par ces quelques lignes qui disent sans dire le récit qui se trouve à l'intérieur. La Horde, vingt-trois hommes et femmes, conditionnés à poursuivre une quête, dès l'enfance arrachés à leur famille. D'où vient le vent? D'où tient-il ses forces, sa force? Depuis des générations, l'Extrême-Aval, l'Hordre, envoie des Hordes vers l'Extrême-Amont afin de connaître et savoir d'où vient le vent. Nos héros appartiennent à la 34è Horde envoyée vers l'inconnu. Sa tâche: continuer et faire avancer la Quête au cours d'une marche forcée qui se mesure à l'échelle d'une vie.
Comme toutes les quêtes, la mystique et les arcanes du savoir ne sont jamais bien loin, l'épopée et l'héroïsme non plus.
Comment ne pas succomber devant la recherche littéraire de ce roman-ovni, oscillant entre la SF, la Fantaisy et le space-opéra, la qualité d'écriture de Damasio (les néologismes foisonnent et enchantent l'oeil et l'oreille), la richesse des descriptions, des idées véhiculées, l'étrangeté extraordinaire des situations et la relation polyphonique de la quête de la Horde!
Damasio trace son récit, entraîne le lecteur à sa suite en extraordinaire chef charismatique, tel son héros Golgoth! Il nous emmène à travers les steppes battues par les vents, traversées par les chrones (ah!!! la belle invention que ces chrones...magie et horreur assurées!), les déserts sifflants sous les rafales implacables, les villages blottis dans les moindres creux et à l'existence si fragile! Il nous embarque dans la quête de la Horde au son des vents et de leurs multiples variations, au rythme de la marche et des efforts et au gré des notes dispersées de la nostalgie des hordiers. La mélancolie guette ces âmes battues par les vents: elles croisent les Fréoles, libres sur leurs bateaux glissant dans les houles aériennes, ivres de vitesse et de technologie, les Obliques, ceux qui décident de prendre la tangente et de se laisser porter par les vents, orpailleurs ou pillards, les Abrités, les sédentaires des villages figés dans l'espace infini des steppes. Nostalgie du passé révolu, sans espoir de retour vers un chez soi puisque le chez soi est la Quête, qui assaille parfois les hordiers à la tombée de la nuit.
Damasio réussit le tour de force à mettre son lecteur, celui qui parvient à franchir le cap des 50 premières pages (l'épopée fantastique se mérite), au sein de la Horde: on devient un membre de cette dernière, son vingt-quatrième élément. On veut que la Quête réussisse, on veut parvenir à la Norska faite de glaces et de vents hurlants, bord du monde connu, enfer glacial à traverser et vaincre, on veut connaître les ultimes réponses. Bien sûr, la Horde ne parviendra pas entière au bout du bout du monde, on le sait dès le début mais on s'en fiche car l'aventure est tellement merveilleusement angoissante et fascinante!
Le choc est époustoufflant devant la chute du récit: on ne peut que saluer la maestria de l'auteur qui manie avec adresse la logique terrible des dernières révélations. La Quête est un voyage initiatique pour se connaître et connaître le monde, la bataille est souvent plus intérieure qu'extérieure et des gestes désespérés sont accomplis sous l'empire des démons intimes. L'humain est fragile et dur comme un diamant: les personnages sont attachants malgré leurs défauts, leurs obsessions ou leur monstrueux égo; il faut dire que l'auteur les aime ses héros aux pieds d'argile et sa tendresse est palpable au fil des mots et des phrases. La Horde est un pack, une équipe qui joue "collectif" car elle ne peut faire autrement sans se perdre et échouer: chaque membre de l'équipe compte, est essentiel par ses talents uniques...l'individualité moteur de la collectivité!
"La horde du contrevent" est une pure merveille, une lecture grandiose et hallucinante qui laisse son empreinte dans l'imaginaire du lecteur! Un voyage littéraire inoubliable tout simplement.

"Cétait le moment, repérable, où le vent cessait de siffler pour passer à une vitesse proprement inhumaine, insupportable même aux pierres, même aux buis. le son perdit son ciselage aigu, sortie de la cinquième forme et devint ce qu'aucun hordier ne pouvait effacer de sa mémoire physique, une fois entendue, cette effroyable torche de terre raclée qui s'appelait le furvent. L'onde de choc fut audible à une centaine de kilomètres en amaont, au tonnerre projeté et à ce moment-là, même habitué, même en face du cinquième furvent comme je l'étais, une terreur froide me monta à travers l'axe de la colonne vertébrale et le réflexe immédiat, impossible à contrer, inutile à acquérir..." (p 672)

14 commentaires:

Gambadou a dit…

il faut vraiment le mériter tans que ça ?

Karine a dit…

Ca semble vraiment passionnant, même pour moi qui n'est pas très SF au départ. Je vais noter sur la liste des peut-être... parce que c'est de la SF!!! ;)

moustafette a dit…

Hum,ça fait froid dans le dos, mais tu sais tenter ton monde. Pas trop SF, comme tu sais, mais là vraiment ça demande réflexion !

Jean-Marc Laherrère a dit…

Non non, il ne faut pas le mériter, on est tout de suite emporté par ce roman fabuleux qui, c'est le moins qu'on puisse dire, ne manque pas de souffle (pouf pouf)

canthilde a dit…

Un beau livre en effet. Les interviews de Damasio sont très intéressantes à lire, il a une vraie recherche au niveau du langage. Cela dit, j'émettais des réserves dans ma critique sur le fait que certains personnages étaient plus mis en avant que d'autres, le concept de horde aurait pu être mieux exploité.

Joelle a dit…

Je ne suis plus trop SF (contrairement à mon adolescence où je dévorais ce genre de livre) alors je ne suis que moyennement tentée. Pourtant ton billet est très beau et enthousiaste !

Lamousmé a dit…

ohhh quel enthousiasme ça fait plaisir à lire!!!! et en plus je suis d'ac!!! ;o)

Katell a dit…

@gambadou: je suis un peu outrancière dans mes propos, mille excuses ;-). Disons qu'il y a une cinquantaine de pages de mise en place du récit. Il faut être persévérant car le plaisir vaut le coup!
@karine: c'est un roman intense et extraordinaire...j'irai jusqu'à dire "culte"!
@moustafette: c'est un plaisir sans cesse renouvelé que de tenter le monde ;-p Si un jour tu souhaites tenter l'aventure, je peux te le prêter.
@jean-marc: je me laisse souvent emporter par mon enthousiasme débordant ;-)
hihihi j'aime beaucoup le coup du "souffle"...je dirais même plus, décoiffant et ébourrifant!
@joelle: je suis certaine que tu aimerais en plus...cela te rappelerait de bons souvenirs!
@lamousmé: en général lorsque j'aime ce n'est pas à moitié ;-) Alors, toi aussi, tu as aimé cette sublime lecture :-) Bienvenue au club!

Katell a dit…

@canthilde: j'ai lu une de ses interview...j'étais suspendue à ses lèvres.
Il est vrai que certains personnages sont moins mis en avant que d'autres mais je n'ai pas trouvé que cela amputait le récit. Il faut dire que la matière est dense à souhait!

chiffonnette a dit…

Katell, voilà une superbe note de lecture! Je l'ai lu, je l'ai adoré, et je n'ai pas su le dire aussi bien!! C'est un magnifique roman cette Horde, je suis tout à fait d'accord!

La liseuse a dit…

Rhôôô quel avis plus qu'enthousiaste ! Je note, je note mais toutes ces notes s'accumulent. Je ne lis pas assez vite. Pfff !

kali a dit…

A tous ceux qui ne l'ont pas lu : Katell est très enthousiaste mais n'est pas pour autant dans l'exagération... Ce roman est un chef-d'oeuvre, il faut AB-SO-LU-MENT que vous le notiez tout en haut de votre LAL!

Val a dit…

Un de mes plus beaux coups de coeur
et un des plus beaux billet que j'ai pu lire sur le net.

Katell a dit…

@chiffonnette: merci pour ce compliment qui me va droit au coeur! J'ai tellement aimé ce roman dantesque que je me suis laissée emporter² par le sujet.
@la liseuse: c'est ce qui est effrayant dans les blogs...la liste et la pile à lire qui s'allongent, s'allongent, s'allongent! Mais comme souvent, on déniche des petits trésors...
@kali: merci pour cet encouragement à lire ce chef d'oeuvre!!! Oui, il ne faut pas hésiter à plonger dans cette horde :-D
@val: merci val pour ce mot plus que gentil :-) La horde du contrevent fut un de mes coups de coeurs 2008!