samedi 26 avril 2008

New York, Freud et des crimes

Quatrième de couverture:

"1909 Sigmund Freud est à New York pour donner une série de conférences sur la psychanalyse. Au même moment, une jeune femme de la bonne société est étranglée après avoir été sauvagement torturée. Freud, fatigué, malade, en butte à l'hostilité de l'intelligentsia locale, se retrouve malgré lui impliqué dans l'enquête que mène l'inspecteur Littlemore... Des bas-fonds de Chinatown aux hôtels particuliers de Gramercy Park, ce thriller à l'intrigue impeccable nous plonge dans le New York en mutation du début des gratte-ciel."

Sigmund Freud arrive à New-York pour donner des conférences sur une nouvelle branche de ma médecine, la psychanalyse, loin de faire l'unanimité parmi ses pairs. Il est accompagné par Carl Jung, un de ses disciples, de nationalité Suisse, et de Sandor Ferenczi de nationalité hongroise. Ils sont accueillis par Younger, jeune psychanalyste au brillant avenir, qui tout en admirant Freud n'est pas complètement convaincu de l'omnipotence de l'interprétation sexuelle dans l'analyse des patients. Freud est très controversé par nombre de médecins, notamment les neurologues, qui voient en lui une menace économique: la clientèle essentiellement féminine risque fort d'être plus attirée par la psycahnalyse que les électrochocs ou autres moyens musclés pour guérir des langueurs ou des hystéries. Le lecteur assiste au conflit terrible et muet opposant Freud et Jung dans les ambiances feutrées des chambres d'hôtel: Jung conteste la prohibition universelle de l'inceste et l'interprétation sexuelle de la névrose et de ce fait devient un interlocuteur de choix pour les adversaires de Freud. Freud, malgré cette rivalité intestine, sait que Jung est un rouage essentiel de la psychanalyse et de son expansion: ce dernier est le seul non juif du groupe et est le garant, de ce fait, que la psychanalyse n'est pas une aventure intellectuelle trop marquée....d'ailleurs il en fait son fils spirituel!
Mais Freud est tout sauf le personnage principal de l'intrigue, bien qu'il se retrouve embarqué dans une enquête criminelle. Il est plutôt un catalyseur remettant sur les rails, volontairement ou non, le fil des idées de Younger au sujet du crime commis et de ses conséquences. Freud est aussi le miroir d'une société en pleine évolution économique et industrielle où les idées innovantes, tant matérielles qu'intellectuelles, annoncent une autre vision du monde et des hommes. L'Amérique, la jeune Amérique, industrieuse, productrice de richesses et de pauvretés, déplaît à Freud, l'Européen qui constate que le jeune pays passera, inmanquablement, à côté des subtilités de l'âme humaine en raison d'une avidité d'acquérir et d'éblouir.
Le narrateur du récit est Younger, ce jeune psychiatre gagné aux idées nouvelles qui accueille Freud et ses deux disciples à la descente du transaltlantique. Il s'occupe du cas de la seconde victime, sauvée de justesse, Nora Acton, jeune fille de bonne famille qui a tout les sympômes de l'hystérie et de la persécution. De plus, elle semble atteinte par le syndrome des personnalités multiples. Nora réunit à elle seule une grande partie des maux d'une vie psychique gravement perturbée. Bien entendu, Younger ne peut résister au charme de la jeune fille et en tombe amoureux. Afin de retrouver son agresseur, soupçonné par la police d'être l'auteur du premier crime, Younger secondera l'inspecteur Littlemore et vivra à ses côtés de multiples péripéties plus haletantes les unes que les autres (la descente dans le fleuve à l'intérieur d'un caisson de décompression est absolument angoissant et terrifiant pour les claustrophobes!). Younger croisera le chemin d'un maire épris de gigantisme, d'un légiste désabusé que personne n'écoute vraiment, d'un richissime homme d'affaire, George Banwell, aux côtés pervers insupportables doté d'une épouse, Clara, plus qu'étrange sous une sublime plastique, un interné, accusé de meurtre, faisant le mur le soir et d'un mystérieux triumvirat aux pouvoirs occultes inquiétants.
New York est en plein essor et offre un cadre extraordinaire à l'intrigue policière: on construit partout d'immenses buildings plus hauts les uns que les autres, de gigantesques ponts pour relier l'île de Manhattan avec des techniques inventées pour que le projet puisse être réalisé dans les temps et les termes financiers. New York est tellement bien décrite que le lecteur a l'impression d'être vraiment en 1909, au beau milieu des constructions et de la circulation en mutation: les voitures à cheval côtoient de plus en plus de voitures motorisées, les immeubles en construction avoisinnent les établissements les plus chics, le bruit et la poussière accompagnent les protagonistes.

J'ai particulièrement aimé l'interprétation de Younger d'Hamlet qui est un délice à suivre (je suis une admiratrice des oeuvres de Shakespeare!), même s'il faut être concentré pour ne pas perdre le fil: Hamlet berce les réflexions de Younger tout au long de l'intrigue (on apprend que Hamlet fut au coeur d'un conflit entre Younger et son père) et est la pierre angulaire de l'interprétation non sexuelle d'un personnage (selon la théorie freudienne, Hamlet éprouve le désir secret d'avoir des relations sexuelles avec sa mère). "Etre ou ne pas être...." serait plus à traduire par "être ou sembler" tel est le choix qu'il doit faire. "Ce qui l'irrite le plus, c'est le deuil feint, ces faux-semblants, le port du noir par des gens qui n'ont qu'une hâte: festoyer au banquet de mariage pour ensuite se vautrer dans la couche nuptiale telles des bêtes. Hamlet ne veut rien avoir à faire avec cette société. Il refuse de feindre. de faire semblant. Il est." (p 388)

"Sembler, c'est agir - feindre, interpréter un rôle. Voilà l'explication de toute la pièce, sous nos yeux à tous. ne pas être signifie sembler, et sembler c'est agir. Etre, par conséquent, c'est ne pas agir. D'où la paralysie! Hamlet est déterminé à ne pas faire semblant, ce qui signifie ne pas agir. S'il s'en tient à ce principe, s'il veut être, il ne peut agir. Mais s'il choisit de prendre les armes pour venger son père, alors il agit, et choisit de sembler plutôt que d'être." (p 389)

"L'interprétation des meurtres" est un roman policier où tous les ingrédients sont présent pour construire une intrigue intéressante, haletante malgré quelques longueurs et où le dénouement est inattendu.

Roman traduit de l'anglais (USA) par Carine Chichereau



16 commentaires:

Anonyme a dit…

Celui-là c'est sûr je vais finir par lui faire une place...Le thème me plaît infiniment, et vos commentaires sont tous plutôt positifs alors...
Domreader

Katell a dit…

@domreader: comme le souligne pascal dans son commentaire, ce thriller est intelligent et tient en haleine jusqu'au bout! A lire sans risque de déception pour les amateurs du genre :-)

Ys a dit…

Bonjour,
décidément, tout le monde s'y met à ce livre (Serialecteur il y a peu, Solenn hier), comme il est dans ma PAL, je crois que je vais lui faire un sort bientôt...

kathel a dit…

C'est vrai, tout le monde en parle ne ce moment ! Je crois que j'attendrai encore un peu...

Karine a dit…

Je seconde Ys... comment résister à tant de billets positifs!!! Mais... depuis quand je lis les blogs pour résister, moi!!!! ;))

LVE a dit…

Bon, ben, euh... comme je suis en train de le lire et que j'en suis aux 150 premières pages, j'dirais rien, j'lirais rien, j'fermerais les zieux et j'm'allongerais par terre sans bouger. Et toc.

Gambadou a dit…

Je vais attendre un peu pour celui là....

moustafette a dit…

Vivement qu'il sorte en poche, j'ai l'impression qu'il me plaira plus que "la justice de l'inconscient". En tout cas j'espère que le rythme sera plus rapide !!!

yueyin a dit…

je suis comme karine bien sûr, je ne lis pas les blogs pour résister à la tentation mais pour y céder (et avec enthousiasme) et quand il s'agit d'un thème et d'une époque qui me fascine en plus... bon je l'avais déjà noté je crois, je souligne ;-)

Florinette a dit…

Il fait déjà partie de ma LAL, mais je vais attendre un peu, car j'ai un peu peur de le trouver un tantinet "ennuyeux", j'ai plus envie, en ce moment, de lecture légère, divertissante... ;-)

calliope a dit…

j'aime bcp votre blog. vos lectures ressemblent aux miennes. Je reviendrai....

Georges F. a dit…

Et moi, j'aime bcp votre blog... car vos lectures ne ressemblent PAS aux miennes. Je reviendrai aussi.
Merci de nous avoir déniché ce roman dont la sortie n'a guère fait de bruit, semble-t-il. Le sujet paraît enchanteur.

Katell a dit…

@ys: je savais que michel l'avait lu mais j'ignorais que ce roman faisait parler de lui :-o
@kathel: j'en suis baba car je pensais qu'il avait été "oublié" par la critique littéraire!
@karine: c'est du masochisme que de visiter les blogs littéraires! Si tu savais la longue liste de LAL que j'ai notée....incroyable!
@yueyin: ben non, il ne faut pas résister à la tentation diabolique de noter sur son carnet à LAL :-p
@Ive: bonne lecture! J'irai lire ton billet ;-)
@gambadou: peut-être sortira-t-il en poche! Sinon, la médiathèque l'a peut-être?
@moustafette: je ne sais pas si le rythme est plus rapide mais les decriptions de la ville de NY en construction et des beaux comme des bas quartiers sont pas mal du tout voire même très bien! C'est un rythme américain ;-)
@florinette: une fois ouvert on ne le lâche plus :-)
@calliope: merci et à bientôt :-)
@george f.: hihihi tant mieux :-D et merci pour votre visite :-)

Katell a dit…

euh merci de votr visite serait plus correct ;-)

Georges F. a dit…

Oh, Katell, rassurez-vous, "merci pour..." est un peu moins châtié que "merci de..." mais n'est pas incorrect.
Disons qu'il relève d'un langage "moins soutenu".
Ne vous sentez pas obligée de soutenir plus, "merci pour" c'est déjà très gentil.

Joelle a dit…

Je survole ton billet car il est dans ma PAL (je l'avais acheté l'été dernier à Jersey, à l'époque où il n'était pas encore traduit !)