samedi 3 novembre 2007

Les renards m'ont dit....


quatrième de couverture:

"Au cœur du pays dogon, une série de morts bizarres alerte les autorités maliennes. L'affaire est délicate: les Dogons, très attachés à leurs traditions, vivent en marge de la société et sont redoutés pour la puissance de leur magie. Le vieux commissaire Habib, à la sagesse et au flair légendaires, est envoyé sur place. Mais le village entier se tait obstinément, et un étrange sorcier à tête de renard veille au respect absolu de l'omerta..."

Moussa Konaké ouvre une porte sur une société traditionnelle malienne, celle des Dogons. A la suite de ses héros récurrents, le commissaire Habib et l'inspecteur Sosso, le lecteur se lance dans une enquête où le conflit entre modernité et tradition en est le centre. Cette opposition ancrée depuis la fin de la colonisation européenne est une des multiples batailles auxquelles est confrontée l'Afrique noire.
Habib et Sosso, flanqués d'un chauffeur étonnant (qui mettra quelques temps avant de saisir qu'ils appartiennent à la police nationale), se rendent dans un village dogon, Pigui, où une série de morts étranges interpelle les politiques de Bamako. Pourquoi le jeune maire et ses adjoints sont-ils effrayés, par qui ou par quoi sont-ils terrorisés? L'enquête s'annonce des plus difficiles car tout le monde se garde bien d'aider les poiliciers....l'omerta veille au grain!
Très rapidement, grâce aux conseils prodigués par un de ses anciens élèves de l'école de police devenu gendarme, Jérôme Diarra, Habib se rend compte qu'il ne doit surtout pas provoquer d'affrontement dans le village mais au contraire entrer dans le mode de pensée des dogons. Peu à peu, il saisit une partie de l'essence de la peur effroyable des jeunes maire et conseillers municipaux: le poids des traditions ancestrales et religieuses rend sacré le devoir d'amitié entre les hommes qui ne doivent en aucun cas le transgresser pour convoiter le bien ou la promise de l'autre. Les traditions dogons rendent inviolable la terre du chef spirituel du village, le Hogon. D'ailleurs ce dernier pourrait certainement éclairer la lanterne du commissaire Habib. Ou alors le sorcier du village, Kodjo dit "Le Chat", qui semble connaître les méandres des falaises, les messages laissés par les empreintes des renards ainsi que beaucoup d'autres choses plus mystérieuses les unes que les autres....peut-être est-ce lui l'instigateur de ces meurtres?
La sagacité, le flair et la logique du commissaire trouveront les clefs de ces assassinats. L'intrigue devient très vite secondaire, bien que le mystère ayant été éclairci, le lecteur se surprend à se souvenir de petits détails parsemés dans le récit et à se dire "mais oui, c'est bien sûr!". Grâce à ses personnages attachants et hauts en couleur, Moussa Konaké, livre un éventail de ce qui fait l'Afrique noire d'aujourd'hui: du poids des traditions des cultures animistes et musulmanes, des dégâts insoutenables provoqués par la corruption et l'appétit vorace d'argent facile de certains en passant par l'incompétence des politiques à gérer et faire fonctionner correctement les infrastructures (Ah, la saveur de la panne d'essence de la voiture de service due à un budget inadéquat alloué au carburant!!!!) ou le sens de l'humour et de la dérision parsemant de franche rigolade l'enquête d'Habib et Sosso. Ce sont aussi les séances de palabres dans la maison commune entre le Hogon et les chefs de famille du village, l'humanité et le sens du partage des plus deshérités. Tout n'est pas rose sous le soleil de l'indépendance....les jeunes filles rêvent d'ailleurs, un ailleurs qui les jette dans les bras des souteneurs ou dans les abysses des quartiers misérables des villes; les femmes n'ont guère la liberté de choisir leur compagnon qui leur ai dévolu souvent dès leur plus jeune âge: pourquoi s'étonner que certaines en regardent, aiment un autre?
Un polar mené tambour battant, entre hallucinations et rires aux éclats, au pays dogon. A lire sans craindre l'ombre de l'ennui!


L'avis du Bibliomane


Ce livre a été lu dans le cadre du Cercle des Parfumés


9 commentaires:

BelleSahi a dit…

Bon week-end !

Katell a dit…

@bon week-end à toi aussi ;-) La petite pause a-t-elle été reposante?

cathulu a dit…

ça me tente, pour retrouver l'Afique de l'Ouest !

Katell a dit…

@cathulu: je suis certaine que tu aimeras :-D

valdebaz a dit…

D'accord avec toi ! une enquête dépaysante avec un duo d'enquêteurs qui changent de l'ordinaire ! j'avais beaucoup aimé cette épisode en pays Dogon !

moustafette a dit…

Je l'avais repéré chez Pascal. C'est vrai que ça va nous changer des flics dépressifs et alcoolo !

Katell a dit…

@valedebaz: le dépaysement total!!
@moustafette: il l'a lu avant moi ;-). Comem tu dis, là pas de policier déprimé ni alcoolo. Ils rient tout le temps et s'envoient des blagues sans cesse...un vrai bonheur!

yueyin a dit…

ça y est, je l'ai acheté, tenté par Pascal... et puis les dogons hein... impossible de résister alors !

Pierre a dit…

L'attrait du continent mystérieux ! J'ai lu ce roman comme on boit du petit lait. C'est surtout la philosophie sous-jacente qui m'a interpelé : l'importance de savoir s'adapter à la culture d'une ethnie pour résoudre une affaire.