mardi 26 juin 2007

Phénomènes mystérieux

L'expérience concluante de « Liaisons étrangères » d'Alison Lurie m'a donné envie d'entrer un peu plus dans son univers.
Je me suis trouvée, nez à tranche, avec « Femmes et fantômes », un recueil de nouvelles où les femmes et les esprits sont les principaux personnages.
J'ai eu le plaisir de retrouver la belle écriture de Lurie ainsi que son humour très britannique mais aussi quelques personnages de « Liaisons étrangères », tels que Fred Turner et sa femme photographe.
Les neuf nouvelles mettent en scène des femmes se trouvant dans des situations sentimentales, amicales... dangereuses pour elles. Les événements les mettent devant des vérités qui dérangent, des souvenirs enfouis au plus profond d'elles-mêmes, des angoisses tenaces, des doutes insistants. Elles sont seules face à leur miroir et sont mises en demeure de se prendre en main. Le destin est insondable, est imprévisible et indomptable: un meuble, une montre, une enfant costumée en lapin un soir d'Halloween, une statue indienne, piscine sont autant de petites bombes à retardement dans leur vie. L'explosion survient et avec elle la défaite, la résignation ou l'espoir.
Le manquement de l'une provoquera celui de l'autre qui attendra, résignée, que l'on vienne un jour, ou un soir, lui réclamer le prix du sang. Certaines nouvelles sont empreintes d'espoir, de renaissance, d'autres sont plus noires, moins sereines. Mais toutes peignent de truculents personnages féminins: la grand-mère refusant d'être appelée autrement que par son prénom (pour faire jeune) par sa petite fille, est une femme acariâtre, superficielle, égoïste et méchante. Son sort n'en sera que plus mérité et son châtiment éternel bien ironique...à faire des ronds dans l'eau de sa belle piscine en bonne compagnie.
Alison Lurie réussit à émouvoir sans prose sirupeuse ou larmoyante sur le désir viscéral d'enfant, devenant obscessionnel, d'une femme stérile. Les méandres bureaucratiques foulant aux pieds ce désir par un douloureux refus. L'adoption est un parcours long et difficile, une remise en cause mais aussi une sublime rencontre: la déesse de la fertilité devant laquelle se prosterne cette américaine en mal d'enfant, pied de nez à la logique cartésienne. La nuit, des pleurs d'enfant empêchent la femme de dormir...le futur rejoint le présent, la prescience rejoint le réel.
Lurie atteint le plus haut comique avec la nouvelle intitulée « Les gros » où l'héroïne compte profiter de l'absence de son mari pour perdre du poids et lui en faire la surprise au retour. Peu à peu son univers quotidien se peuple de gros. Ils deviennent obèses à mesure que les régimes draconiens, et inutiles, se succèdent: c'est l'obscession de la nourriture, la batterie de tous les faux prétextes pour se donner bonne conscience. Une pichenette ironique sur un certain mode de vie américain où l'excès de nourriture se partage avec les innombrables régimes. Mais pourquoi changer si au fond de soi on n'en a guère envie? D'autant que « être gros » dépend souvent du bout de la lorgnette utilisé!
Au fil des nouvelles, Alison Lurie décline les nuances de l'étrange, les diverses approches de l'inexpliqué. Une confrontation entre esprit cartésien et ouverture à « l'au-delà des apparences », aux éléments surnaturels. Elle décline aussi les différents silences des héroïnes devant phénomènes bizarres et inexpliquées auxquels elles sont soumises: la peur d'être tournée en dérision préoccupe ces femmes.
J'attends avec impatience, suite à cette lecture jubilatoire, le prochain roman d'Alison Lurie qui passera à portée de main et d'yeux!


Roman traduit de l'anglais (USA) par Céline Schwaller


9 commentaires:

chiffonnette a dit…

J'ai vu plusieurs fois ses romans passer à portée de ma main sans jamais céder à la tentation! Mais avec un tel enthousiasme! Ets-ce que c'est vraiment drôle? J'ai besoin de rire en ce moment!!

freesia a dit…

une amie m'avait conseillé ce livre. j'avais adoré la nouvelle sur le meuble à tiroirs, pas très sympa...
il faut que j'en lise d'autres !!

Florinette a dit…

Je ne sais pas si celui-ci je vais le trouver à la biblio, mais je compte bien lire les romans d'Alison Lurie !

Katell Bouali a dit…

@chiffonnette: disons qu'Alison Lurie manie avec brio un humour pince sans rire ;-) On rit souvent et parfois on rit jaune!
@freesia: il faut dire que la nouvelle du tiroir est succulente d'humour noir! Un petit bijou!
@florinette: je ne peux que te conseiller de te plonger dans son univers "so british" par son humour!

anjelica a dit…

Encore une auteure à découvrir, pourtant j'en ai un ou deux sur ma LAL depuis des lustres !

Allie a dit…

Ce livre est sur ma LAL depuis bien longtemps déjà! Comme je n'avais jamais vraiment lu de commentaires dessus, j'hésitais un peu...
Mais tu me donnes envie de me l'acheter :)

Choupynette a dit…

Pour ma part j'ai lu il y a longtemps conflits de famille que j'avais beaucoup apprécié...Liaisons étrangères est sur dans ma PAL

Katell Bouali a dit…

@anjelica: Lurie est une auteure très agréable à lire et à découvrir!
@allie: je ne peux que t'encourager dans ton achat :-)
@choupynette: donc il n'y a pas de raison que tu n'aimes pas celui-ci ;-) Je l'ai dévoré avec enthousiasme!

Lou a dit…

Je viens de le lire, j'ai adoré ! J'avais repéré ton billet sur Lecture/Ecriture :)
Et maintenant tu me donnes envie de lire le recueil de Barbara Kingsolver. Je n'ai pas réussi à finir un de ses romans mais je pense que ses nouvelles me convaincront plus !