jeudi 28 juin 2007

Un sombre thriller


"Birdman" de Mo Hayder


Depuis « Mordoch » de Patricia Cornwell, je n'avais pas lu de roman policier aussi angoissant que fascinant: une atmosphère pesante, sombre, un tueur en série ayant sombré dans la folie, une enquête difficile et harassante. Plus d'une fois j'ai eu envie de fermer le livre et à chaque fois je l'ouvrais à nouveau pour continuer la lecture. C'est un des secrets bien gardés des maîtres du suspense et de l'angoisse!
L'inspecteur Jack Caffery se coltine avec une enquête bien sordide et un collègue plein de morgue et peu efficace. Des corps de jeunes femmes sont retrouvés dans un terrain vague, près d'un chantier. Très vite, le ballet des médecins légistes entre en action et parvient à une conclusion surprenante: mort rapide, sans résistance, viol post-mortem et opération sauvage de chirurgie esthétique de la poitrine. Quelques détails sordides supposent un certain degré de folie: un pinson est retrouvé mort, côté coeur, les femmes sont outrageusement maquillées et ont porté une perruque. De quoi faire passer à Jack Caffery nombre de nuits blanches.
Il y a des scènes très difficiles à lire au cours desquelles le lecteur n'a qu'une seule envie: juguler son imagination face au pire! Nous sommes bien loin de l'ambiance, presque tranquille, des romans policiers nordiques et très proche des enquêtes du docteur Scarpetta. Mais, on ne peut nier le brio avec lequel Mo Hayder mène l'intrique et embarque son lecteur: j'ai cru, à un moment, être en présence d'une enquête à la Columbo (on connaît le tueur très tôt et on tente de deviner comment l'inspecteur le confondra) et j'ai très vite déchanté...à mon grand enchantement. En effet, de vrai piste en fausse trouvaille, le lecteur est balloté au coeur de l'enquête, partage les atermoiements de l'équipe policière, les affrontements entre inspecteurs, la vie privée de Jack Caffery et ses obscessions angoissantes.
J'ai apprécié le côté humain de cet inspecteur se débattant avec ses souvenirs d'enfance ternis par la disparition inexpliquée de son frère...dont on n'a jamais retrouvé le corps. Ce traumatisme fait de lui ce qu'il est à présent: un homme bléssé, déchiré par l'incertitude de ses sentiments, par sa solitude, par ses recherches, sans fin, d'indices pour prouver la culpabilité de son voisin d'en face dans la mort de son frère. Ce frère, ombre pesante, ombre sombre empêchant Jack de se réconcilier avec lui-même en raison du lourd poids de son sentiment de culpabilité.
J'ai été déstabilisée par le dénouement de l'intrigue: le Bien et le Mal sont parfois si proches que la frontière en devient très mince et fragile. Il est vrai que le manichéisme rudimentaire est trop simpliste et ne reflète pas le quotidien d'une société, quelle qu'elle soit. Aussi, le choix de l'auteur, politiquement peu correct, oblige-t-il le lecteur à regarder au-delà des apparences et à tenter de comprendre, sans pour autant accepter, certains actes à la limite de la morale. Mo Hayder a réussi à créer un nouveau monstre de la littérature policière et avec une plume acérée, sans concession, et un art consommé de l'énigme et du mystère angoissant!


Roman traduit de l'anglais (GB) par Thierry Arson

9 commentaires:

maijo a dit…

Très tentant tout ça. Ça fait un moment que je ne me suis pas assise en compagnie d'un polar.

Marie a dit…

Hello Chatperlipopette! Je l'ai lu, il y en a d'ailleurs un autre ( titre?) avec le même inspecteur, et le mystère de la mort du frère n'est toujours pas résolu. J'ai trouvé ça quand même très glauque! Du même auteur, je te conseille Tokyo, très intéressant, de plus, sur le plan géographique et historique.

cathulu a dit…

Comme Maijo j'ai un peu laissé tomber les polars, pas envie de glauque en ce moment !

chiffonnette a dit…

Plutôt tentant-! Je le note pour le moment où il me viendra une petite envie de glauque!

Florinette a dit…

Un polar comme je les aime, je note !

Gachucha a dit…

Je l'ai lu, puis j'ai continué avec "Tokyo" dont on m'avait dit le plus grand bien (il traite des massacres de Nankin)... mais je vais m'arrêter là, c'est vraiment trop glauque !

La liseuse a dit…

Je n'en ai lu qu'un de l'auteure, Pig Island. celui que tu décris m'a l'air bien intéressant. Je le lirais peut-être mais pas avant d'avoir lu les autres polars qui m'attendent déjà dans ma PAL. Merci et bonne lecture.

rennette a dit…

Je l'ai lu à sa sortie et j'avais détesté !! je l'avais trouvé raccoleur et excessif limite ecoeurant !! et pourtant les policiers j'adore !!!!!!
J'ai lu Tokyo, plutôt rapide, tout aussi sordide je me suis malgré tout attachée au personnage principal (la jeune fille) et surtout j'ai apprécié le fond historique sur les massacres de Nankin (toujours ignorés des livres d'histoire japonais) qui m'a semblé bien documenté (il faudrait évidemment vérifier) !!

bref une auteure (peut-être est ce ce qui me gêne : une femme aussi sanguinaire !!)

Katell Bouali a dit…

@maijo: il y a du frisson garanti!
@marie: j'avoue que je ne m'attendais pas à ce que ce soit si glauque. Hier la navette de la BCA (bibli départementale) a déposé une caisse de livres dont "Tokyo" que j'avais demandé depuis quelques semaines...lecture estivale programmée d'ici début août.
@cathulu: car pour être glauque, c'est glauque :-S
@chiffonnette: oui, garde pour ces étranges moments d'envie de glauque (ça m'arrive aussi..la preuve!)
@florinette: tu ne sembles pas avoir peur du glauque ;-)
@gachucha: tu me flanques la trouille d'un coup, oups! "Tokyo" est arrivé hier à la bibli donc je le lirai cet été.
@la liseuse: merci d'être passée
:-) Tu as raison d'atendre que ta PAL polar baisse!
@rennette: je comprends ta gêne car je l'ai ressentie aussi à cette lecture. Mais il faut croire que le morbide et le glauque soient très attirant car passé une limite j'ai pu continuer la lecture. J'avais survécu à "Mordoc" de P.Cornwell....ce polar est "gentillet" par rapport aux enquêtes de Scarpetta.
Cependant la question se pose: comment des femmes peuvent-elles écrire des choses aussi sanglantes et sanguinaires? Si quelqu'un a la réponse... Le pendant de cette question serait: comment des femmes peuvent-elles lire de telles horreurs? Je n'ose pas m'avancer plus car je fais partie du lot :-S
Merci pour tes impressions de lecture rennette: c'est bien de donner un autre son de cloche :-D