samedi 2 juin 2007

Une certaine idée du Japon


Vous allez me dire que les blogs littéraires ont bon dos mais c'est en les visitant que je suis tombée sur le nom de l'écrivain néerlandais Cees Nooteboom. En farfouillant dans les rayons de la médiathèque, j'ai remarqué ce petit roman au titre fleurant bon le japon « Mokusei! ». Ni une ni deux, ledit roman se retrouve dans mon cabas mensuel.
Une rencontre entre un photographe occidental et son modèle qui devient liaison amoureuse puis séparation cruelle.
Le photographe, Arnold Pessers, fasciné par le Japon et sa culture si raffinée et plusieurs fois millénaire, s'aperçoit peu à peu qu'il n'est pas parvenu à comprendre la quintescence de ce pays. L'amour se transforme peu à peu en désamour voire en haine: on brûle souvent facilement ce que l'on a adoré.
Arnold Pessers à la recherche d'un modèle pour réaliser des photos publicitaires: la jeune femme se prénomme Satoko et n'a pas les yeux débridés. Ils partent pour le mont Fuji. Dans une auberge traditionnelle, ils deviendront amants. Leur liaison durera cinq années au cours desquelles, Arnold n'apprend rien de la vie privée de Satoko. Elle se ferme comme le Japon se ferme, tout en restant avenant, aux étrangers. Elle lui laisse voir ce qu'elle veut bien dévoiler mais pas plus. Une protection de son être intime, de son identité. En effet, qu'a l'occidental comme notion du Japon hormis « une certaine idée du Japon »? Le roman explore ces relations complexes entre le Japon et l'Occident: on ne retient de la période Edo que le fait que les samouraïs écrivaient des haïkus alors qu'ils étaient des combattants sanguinaires et violents.
L'ami diplomate d'Arnold, de Goete, est l'avocat du diable: il est revenu de tout cet engouement pour la pureté esthétique de la calligraphie, de la cuisine, de l'art et ne voit dans les japonais que « une bande de brutes militaristes qui ne tolèrent pas la moindre improvisation.Ce peuple est malade d'obéissance » (p 13). Tandis qu'Arnold ne veut surtout pas qu'on lui déflore son idée du Japon.
Mais, à mesure qu'Arnold côtoie Satoko et ses compatriotes, il perçoit leur retenue, leur courtoisie extrême telle un masque cachant leur vrai moi. Jusque dans l'abandon sensuel, Satoko masque son visage afin que son partenaire ne voit pas ses émotions. Difficile à saisir pour un occidental, difficile à accepter surtout lorsqu'il apprend que Satoko le quitte pour se marier et avoir des enfants. Il veut aussi se marier et avoir des enfants avec elle....mais l'inverse n'est pas vrai, plus exactement n'est pas envisageable du point de vue de Satoko. C'est la déchirure, la douleur de la séparation.
Les promenades solitaires d'Arnold sur les sentiers du Fuji sont alors teintées, subtiles et délicates, du « Mono so aware: le profond sentiment des choses », l'approche esthétique nimbée de tristesse des beautés éphémères de la nature et de la vie humaine. Ce sentiment qui remet chaque chose à sa place afin d'accéder à l'équilibre harmonieux du monde.
En lisant ce roman, court mais très dense dans les émotions ressenties, je me suis rappelé la difficulté parfois que j'ai eu à entrer pleinement dans les codes culturels des films de Miazaki: je me dis souvent qu'il faut être japonais pour saisir toute la subtilité du message transmis. Et je me suis dit que malgré tout mon amour de la littérature et de l'art japonais, je n'ai sans doute qu' « une certaine idée du Japon » c'est à dire la partie infime que ce pays veut bien dévoiler aux autres. Mais cette « certaine idée du japon » est loin d'être frustrante tant que l'on ne se sent pas rejeter. Et, on pourrait inverser ce postulat en pensant que les japonais se font « une certaine idée de l'Occident »!
Cees Nooteboom a su exprimer, avec retenue et discrétion, sa fascination pour le Japon et « Mokusai! » résonne comme un souvenir indélébile et lumineux : Arnold se refuse à photographier Satoko endormie pour mieux la conserver dans sa mémoire, la garder pour lui seul.

Gachucha l'a lu aussi!
Roman traduit du néerlandais par Philippe Noble

11 commentaires:

maijo a dit…

Et un autre pour la PAL. Ayant de la famille par alliance japonaise, je ne comprends que trop bien...

papillon a dit…

Ca m'a l'air passionnant ! Je note ;-)

BelleSahi a dit…

Je ne sais pas.....faut voir...

Moustafette a dit…

Je dirais comme Belle, car je suis complètement passée à côté de "Rituels" à la 4ème de couv très prometteuse et au final, et bien pas grand chose.

Katell Bouali a dit…

@maijo: tu as une famille internationale :-D
@papillon: c'est un petit roman très agréable à lire.
@bellesahi: à l'occasion de tes visites à la bibliothèque tu peux peut-être tomber dessus.
@moustafette: J'ai trouvé que la 4è de couverture annonçait bien le conenu du roman.

BelleSahi a dit…

J'y suis allée tout à l'heure. J'ai regardé tous les livres un par un et non il n'y est pas ! J'avais réservé des livres dans d'autres biblis (biblis en réseau), elle n'était pas allée les chercher. Pfffuuuuu ! Bien la peine ! Bon tu me diras vu l'état de ma trable de nuit, c'est pas grave !
Bonne soirée et bonne nuit !

BelleSahi a dit…

table !

Gachucha a dit…

Ton article développe tout à fait ce que j'ai ressenti pendant ma lecture,et tu l'exprimes bien mieux !(moi j'ai souvent tendance à faire dans le concis !). C'est un texte qui mérite d'être découvert par tous les amoureux de cette culture.

Katell Bouali a dit…

@gachucha: je ne sais pas être concise et j'ai du mal à faire court. Merci pour le compliment mais aussi pour tes encouragements à lire ce texte très agréable!

yueyin a dit…

un livre qui a l'air tout à fait passionnant, je le note

Schlabaya a dit…

Je crois qu'il me plairait ! Je le note donc.