dimanche 11 mars 2007

Douceur du temps qui passe


Tsukiko, jeune femme célibataire, rencontre par hasard son ancien professeur de japonais.

Ils sont seuls tous les deux et se retrouvent régulièrement dans un bar du quartier. Ces rencontres, toujours imprévues, rythment leurs relations au fil du saké et des silences.

Peu à peu, Tsukiko éprouve plus que de l'amitié pour son professeur.

Hiromi Kawakami nous relate cette rencontre, cet amour, entre deux personnes qu'une grande différence d'âge sépare, avec sensualité et retenue...très japonaise.

Le lecteur se sent bien dans le bar de Satoru-san: il déguste les petits encas de poissons crus délicatement préparés, les légumes marinés ou grillés et le saké chaud ou froid. Ce saké qui se trouve être le nectar de l'amour naissant.

Le récit peint une relation amoureuse qui s'établit doucement, délicatement, entre deux personnes depuis trop longtemps solitaires. L'émotion apparaît lorsque l'âge du professeur ne peut faire oublier la possible brièveté de la relation amoureuse. La vieillesse peut être attirante et douce: les paroles et les actes du professeur sont un baume apaisant pour Tsukiko qui succombe suavement au charme. Mais aussi une initiation pour apprivoiser la vie et l'amour qu'elle semble vouloir toujours fuir. Il n'est pas facile d'aimer une personne plus âgée sans se soucier du regard des autres ou de leur jugement...finalement seul le coeur détient la réponse et apporte le courage d'exprimer son attirance et de la faire accepter.

L'écriture poétique de Kawakami est douce et subtile, les sentiments ne se disent jamais de la même façon....comme chez la plupart des auteurs japonais, le haïku affleure à chaque instant: "Dans la clarté du petit matin, le cri des mouettes." . Le haïku et la contemplation de la nature embellissent le récit, jusqu'à lui donner une silhouette d'ukiyo-e aérienne. Le battement de cil du monde scande les amours des hommes....


14 commentaires:

Michel a dit…

Un amour torride, un univers étrange et un récit pleins de senteurs dans un marché.
Saké bon à lire

cathulu a dit…

Presque rien ne se passe et pourtant tout se dit...
Un très beau texte .

Larkéo a dit…

J'ai eu un vrai coup de coeur pour ce livre et tu en parles vraiment très bien. Bouhhh, je n'ai plus rien à ajouter !!! Ah si, tiens, tu devrais le...libérer !

Katell Bouali a dit…

@michel: oui...saké bon à lire :-)
@cathulu: tu as la bonne formule pour décrire en peu de mots l'atmosphère du roman!
@larkéo: le livre appartient à la BCA donc impossibilité de le libérer. D'ailleurs, comme je suis encore trop égoïste, aurais-je la volonté de lui rendre sa liberté?

Clarabel a dit…

J'ai noté ce livre dans ma liste des Zenvies, et voilà tu le remets au goût du jour... ça me tente toujours autant ! Comment résister ?
Très beau billet, Katell !

florinette a dit…

Ton article et la couverture dégage beaucoup de douceur et de sérénité que l'on ne peut que céder à la tentation ! ;-)

Papillon a dit…

Il faut absolument que je rajoute ce titre à ma LAL japonaise. Ces atmosphères ne non-dit, c'est tout ce que j'aime !

Katell Bouali a dit…

@clarabel, florinette et papillon: merci pour votre passage et contente de vous avoir tentées ;-)

Naniela a dit…

Il faut absolument que je me procure ce livre dont tu parles si bien. Il me rappelle une rencontre que j'ai faite à Tokyo. Pas une histoire d'amour mais une très jolie rencontre avec un médecin qui m'a fait découvrir son quartier l'espace d'un après midi. J'étais un peu folle de suivre cet inconnu mais quel merveilleux moment...

Katell Bouali a dit…

Tokyo, c'est bien comme ville?
Aller avec un inconnu, quelle audace mais il me semble que tu as bien fait puisque ce fut un moment inoubliable!
Le roman est très très beau et très japonais ;-)

BMR & MAM a dit…

Ç'est parti : nous voici plongés dans les rencontres entre Tsukiko-san et son "maître".
Ça a l'air très cool et surtout une instructive plongée dans l'ordinaire nippon ... critique à suivre prochainement sur notre blog.

(Au passage : qu'est-ce qu'ils piccolent !!!)

Katell Bouali a dit…

Je viendrai lire votre critique :-)
C'est vrai qu'ils boivent du saké comme des trous...à se demander comment le foi tient le coup!

BMR & MAM a dit…

Une douce promenade dans le Japon moderne que ce roman Les Années Douces de Kawakami Hiromi.
Une femme rencontre par hasard l'un de ses anciens professeurs ("le maître") et nous les suivons ainsi, au fil des soirées, des rencontres, de leurs escales dans les petits troquets de Tokyo où ils picolent pas mal.
Pour accompagner ces libations (saké chaud, bière, ...) il leur faut des amuse-gueule et donc, comme dans tous les romans asiatiques, on parle beaucoup de cuisine.
Il ne se passe pas grand chose dans ce doux roman, mais au fil des pages et des rencontres et des soirées, on devine peu à peu la relation complexe qui unit ces deux-là.
Une sorte d'amour non dit où la façon de picoler et grignoter ensemble semble avoir plus d'importance que tout le reste.
Et l'on finit même par se laisser prendre à un doux suspense : comment cela va-t-il finir ...
Quelquefois le roman semble près de basculer dans une rêverie typiquement nippone mais non, on reste sans arrêt sur le fil du rasoir (ou plus exactement sur le fil du couteau à sushis).
Et on se laisse bercer, promener dans les rues et les bars de Tokyo, presque surpris et désolé que tout cela ait une fin.
Une fort belle fin, d'ailleurs.

BMR & MAM a dit…

Un nouvel opus de cette auteure japonaise vient de sortir en France : La Brocante Nakano et Télérama en parle ici.
Nul doute qu'on y viendra bientôt nous aussi ...