vendredi 9 mars 2007

Mathématiques et littérature



En allant sur le blog de Pitou, j'avais été tentée par la lecture de « L'annulaire » de Yoko Ogawa...auteure japonaise que je découvrais. Cette lecture m'avait laissée un brin perplexe. Mais je ne voulais pas rester sur une impression négative: sans doute n'avais-je pas commencé la découverte d'Ogawa par le bon roman. Des visiteurs m'ont gentiment orientée vers d'autres romans....notamment celui-ci « La formule préférée du professeur ».
Aussitôt, j'ai adhéré au récit, aux personnages, à l'écriture moins absconse que celle de « L'annulaire ». Moi qui ne suis absolument pas douée pour les mathématiques, j'ai lu avec attention les explications sur les nombres premiers du professeur: un vrai régal. Je ne m'attendais absolument pas à trouver de la poésie dans les mathématiques en général ni dans les nombres premiers en particulier! La scène dans le jardin public, après la séance chez le coiffeur, est d'une poésie folle et émouvante: le tracé des chiffres, des nombres, à l'ombre des cerisiers en fleurs est une image sublime, un petit haïku, semée dans le roman.
L'histoire est celle d'une rencontre entre un génial professeur de mathématiques dont la mémoire s'est arrêtée en 1975, suite à un accident de voiture, une aide-ménagère et son fils.
Le professeur n'a plus qu'une mémoire de 80 minutes: passé ce délai, il oublie et se retrouve devant un éternel recommencement....face à une éternelle solitude. L'émotion étreint le lecteur lorsque l'auteure décrit les petits papiers épinglés sur sa veste: elle atteint des sommets lorsqu'elle nous fait lire celui qui dit « Ma mémoire est de 80 minutes ». Ogawa aborde un thème récurrent: celui de l'enfermement, de l'angoisse. Ici, ce ne sont plus des échantillonnages que l'on enferme, mais l'effacement, toutes les 80 minutes, de la mémoire, cet éternel « départ à zéro ».
L'aide-ménagère apprend à apprivoiser le professeur et sa mémoire fugitive. Elle apprend à l'écouter, elle apprend à regarder le monde à travers les nombres premiers, petites preuves de l'existence de Dieu. Elle est sensible à la poésie des nombres et à leur charme. Ils sont musique et conte: quand le professeur compte, il conte, il narre, simultanément, leur histoire infinie.
Root, le fils de l'aide-ménagère, est le fil, ténu mais solide, qui relie le professeur au présent: il est son point de repère affectif. Il devient son grand-père, attentionné et plaçant l'enfance sur un piédestal (Ah!, merveilleux Japon qui fête amoureusement ses enfants et qui veille jalousement sur eux...). Ils partagent une passion: le base-ball , sport de chiffres s'il en est!
C'est une histoire de filiation, d 'héritage dans laquelle trois générations vont se retrouver malgré l'égarement de la mémoire. Une belle histoire d'amour, de tendresse et d'humanité.
Quant à la formule préférée du professeur....chuuut, le lecteur la découvre en même temps de Root et sa mère: l'explication est belle à en aimer d'amour les mathématiques!

papillon, qui explore cette année la littérature japonaise, chimère, les rats de bibliothèques et cécilia ont aussi lu ce livre.


15 commentaires:

Allie a dit…

J'avais lu "Parfum de glace" du même auteur... Je n'avais pas été particulièrement enchantée mais je dois avouer que je n'en garde aucun souvenir... vive les blogs pour garder trace de nos lectures!
"Le musée du silence" m'intéresserait mais aussi celui dont tu parles... La couverture, le résumé, ton avis, tout donne envie... hum, finallement je le note! ;)

Gachucha a dit…

Comme Allie j'ai lu "Parfum de glace",et...bof! Je ne pensais pas en lire un autre. Papillon m'a convaincue avec "La Formule préférée du professeur", tu achèves de me décider...

sylire a dit…

Vraiment très tentant ...

Papillon a dit…

Quel bon souvenir que ce roman (un de mes coups de coeur de l'an dernier) ! Et comme tu en parles bien. Merci de m'avoir fait replonger dans l'atmosphère de ce roman tendre.

Katell Bouali a dit…

@allie et gachucha: je suis heureuse d'avoir pu faire pencher la balance en faveur de "La formule préférée du professeur"...c'est un très beau roman!
@sylire: je pense que tu peux te laisser tenter.
@papillon: merci pour ton passage. Heureuse de t'avoir fait à nouveau penser à ce beau souvenir de lecture ;-)

florinette a dit…

Il fait partie de ma LAL et je pense que je vais craquer ! ;-)

Clem a dit…

J'ai bien aimé aussi.J'ai bien aimé la relation entre le professeur et le jeune garçcon..ils se comprennent bien. J'ai maimé aussi l'ambiance japonaise du livre.

Sandrine a dit…

Au Lycee j'etais tellement nulle en Maths que ma prof a fini par ecrire sur mon bulletin "Sandrine doit arreter de se payer la tete des gens". Genre, je faisais expres....

Outre la vexation, je me suis resolue a ne plus avoir aucune relation que ce soit avec les chffres de toute ma vie entiere.

Jusqu'ici c'etait plutot reussi mais vu la critique j'ai bien envie de me plonger dans ce livre et me reconcilier!

Tu vas peut-etre accomplir un miracle Katell... un vrai.

Katell Bouali a dit…

@florinette: un conseil de lectrice...craque car c'est une très belle histoire!
@clem: je suis entièrement d'accord avec toi, la relation entre Root et le professeur est très belle...on a l'impression que le professeur est le grand-père de Root, son mentor et son cicérone dans le pays des nombres premiers!
@sandrine: moi aussi je suis fâchée avec les maths. J'ai été étonnée de la facilité avec laquelle je me suis plongée dans le rythme du roman et dans les formules et démonstrations du professeur. Bon je ne dis pas que cela m'a transformée en mathématicienne, loin de là mais cette lecture réconcilie avec les nombres en mettant au grand jour leur poésie cachée!

Anne a dit…

Comme toi "L'annuaire" ne m'avait pas accroché. Je vais tenté celui-ci, si j'ai l'opportunité de le trouver en biblio ou en occasion.

Katell Bouali a dit…

Et tu ne le regretteras pas chère anne!

Anonyme a dit…

J'ai découvert Yoko Ogawa l'année dernière grâce au challenge ABC2006. J'ai lu "Une parfaite chambre de malade", suivi de "La désintégration du papillon", deux novellas sublimes et très très tristes. Il ne s'y passe pas grand chose, mais j'en garde encore des images belles comme des aquarelles.

Ta note sur "La formule du professeur" me donne envie! Ca a l'air plus romanesque, plus linéaire. Et je suis certaine que c'est merveilleusement écrit.

ekwerkwe

ekwerkwe a dit…

Eh bien c'est chose faite, et c'est en grande partie grâce à toi (et à ta note de lecture). J'ai adoré.
Merci de savoir donner envie!

Marsup a dit…

Je me laisserai bien tenter !

code d'einstein a dit…

Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-25, SOLJÉNITSYNE; UN HOMME VÉRITABLE !

C'EST MATHÉMATIQUES ?

Cordialement

Clovis Simard