jeudi 15 mars 2007

Le Printemps des poètes II




"Mon rêve familier"




Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant


D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,


Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même


Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.




Car elle me comprend, et mon coeur, transparent


Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème


Pour elle seul, et les moiteurs de mon front blême,


Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.




Est-elle brune, blonde ou rousse?-Je l'ignore.


Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore


Comme ceux des aimés que la Vie exila.




Son regard est pareil au regard des statues,


Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a


L'inflexion des voix chères qui se sont tues.




Paul VERLAINE, Poème saturniens, 1867

7 commentaires:

rachel a dit…

mon prefere est celui de la pluie et de la ville...;o)...mais merci pour ce petit poeme...

Vanessa a dit…

Un très beau souvenir. Merci

Papillon a dit…

Merci Katell pour ce poème qui est un de mes préféres.

florinette a dit…

Que de beaux poèmes ce matin sur les blogs, chouette je continue ma balade ! ;

Katell Bouali a dit…

@rachel: figure-toi que j'ai hésité avec "Il pleure dans mon coeur comme il pleure sur la ville..." ;-)
@vanessa et papillon: merci pour votre passage et je suis contente de vous avoir fait revivre de bons souvenirs.
@florinette: vive le Printemps des Poètes!!! Je me régale aussi à chaque "tournée des popotes" :-D

Turquoise a dit…

Verlaine est totalement indémodable ! (Il aurait dû composer des haïkus..) ;-))

nicolas a dit…

un magnifique poème d'un auteur que j'apprécie beaucoup...merci