mardi 18 mars 2008

Les 9 vies de la chaussure


Le personnage principal de ce roman est une chaussure, seule sur un toit d'immeuble parisien. Autour d'elle, se mêlent, se croisent les histoires d'une partie des habitants de l'immeuble. Autant de portraits, autant de vies, autant de solitudes cachées derrière les vitres.
Une petite fille, insomniaque ou somnambule, regarde par la fenêtre de sa chambre: elle est ravie, elle a vu un ange, un ange qui a perdu sa chaussure. Avait-il des ailes? A-t-il dit quelques mots? Le rêve semble s'être matérialisé dans la chaussure sur le toit, preuve que le rêve n'en est pas forcément un! A partir de cet instant, la chaussure connaît de multiples aventures, racontant la solitude des hommes.
C'est l'histoire de cette jeune fille, noire, amoureuse d'un sans papier qui s'est fait expulsé: elle crie son horreur et sa douleur dans l'anorexie et l'espoir qu'un jour, son amoureux viendra récupérer sa chaussure, abandonnée sur le toit. Personne ne peut saisir le manque qui l'habite, personne ne peut soupçonner la folle solitude devant un espoir irrémédiablement perdu mais on peut comprendre combien la chasse à l'homme orchestrée pour satisfaire les statistiques peut être laide, on peut saisir le dégoût provoqué par celui qui "donne" le gibier à la meute.
Les récits s'enchaînent, satire sociale ou adaptation littéraire d'un mythe grec (amenant le héros à un fiasco sentimental hallucinant!), exercice de style où le conte de fée peut devenir une réalité, mais une réalité grinçante et mordante (l'idéalisation peut provoquer l'aveuglement d'un homme et l'amer ratage d'une vie car n'est pas Cendrillon qui veut!)
Les différentes tonalités des récits emmènent le lecteur dans un dédale d'images, de mots, de rythmes et de personnages qui se croisent, se parlent, s'ignorent, se chamaillent, se détestent et se font souffrir. Cela sous les yeux acérés de deux chiens et d'un chat qui se piquent de philosophie, de littérature ou de prophéties tragiques. La chaussure est toujours présente, seule, immuable, sur le toit: une évidence, une invisibilité et une oeuvre d'art. La chaussure symbole de la solitude, de l'abandon et de l'effacement? L'ultime nouvelle semble être là pour apporter une réponse au mystère de la chaussure sur le toit sans vraiment éclairer la lecture. D'ailleurs est-ce vraiment nécessaire d'éclairer un mystère en ne réussissant qu'une chose, embrouiller encore plus?
Cependant, je n'ai pas boudé mon plaisir et "La chaussure sur le toit" reste une lecture amusante avec un faux air de légèreté qui souligne le thème central du roman: la solitude des êtres.

8 commentaires:

rennette a dit…

Ce livre a eu le prix "je ne sais plus lequel" au Salon du Livre et j'en ai entendu parler lors d'un débat au même Salon, avec beaucoup de verve et d'enthousiasme !
mais bon pour les prix tout dépend de la concurrence !!
mais je note quand même !

Carine a dit…

Ça a l'air sympa comme tout ! En tous les cas ta critique m'a donné envie de le lire ...

Karine a dit…

Je l'ai noté il y a un moment et ton billet donne vraiment envie de le lire!

Joelle a dit…

Certaines des histoires sont vraiment savoureuses mais certaines autres ne m'ont pas vraiment convenu ! Du coup, cela a donné une lecture mitigée pour moi !

canthilde a dit…

Traiter un thème aussi dur sur le mode onirique, pourquoi pas...

Michel a dit…

J'avais adoré les nouvelles... et la dernière a casser le charme au point que je trouve ce navet un livre et réciproquement

Katell a dit…

@rennette: j'ai beaucoup aimé cette lecture. La sagacité de l'auteur est redoutable.
@carine: tu m'en vois ravie!
@karine:si tu en as l'occasion, n'hésite pas à le lire.
@joelle: en fait, il n'y a que la dernière qui m'a laissée de glace. Toutes les autres m'ont beaucoup plu!
@canthilde: je trouve que l'argument littéraire est très intéressant et la manière dont il décline les variations de la chaussures très attractive.
@michel: on dirait un amoureux déçu ;-) Il est vrai que la dernière nouvelle est restée obscure pour moi aussi! Heureusement, les bons souvenirs liés aux précedentes m'ont permis de la "zapper".

sylvie a dit…

je l'ai croisé cet après midi à la bib, mon regard a glissé. Mais là, maintenant, avec ton article, ça m'accroche bien cet exercice autour d'une chaussure, allez! je note!