samedi 28 juillet 2007

Nouvelles chinoises

On pourrait croire que le mois de juillet est le mois de la nouvelle chez moi. En effet, après Berberova, Lurie, Kingsolver, je me suis plongée dans un recueil de nouvelles de Gao Xingjian repéré il y a quelques mois chez Flo (son avis m'avait incitée à noter la référence).
De Gao Xingjian j'avais lu seulement ses deux énormes romans « La montagne de l'âme » (lu à la suite de l'obtention du Prix Nobel de Littérature en 2000) puis « Le livre d'un homme seul ». Aussi, lorsque j'ai appris qu'il avait écrit des nouvelles, la curiosité m'a piquée: allais-je être conquise par un rythme forcément différent de celui d'un très long roman? Allais-je retrouver la magie de l'écriture extrême-orientale?
Très vite, les thèmes des nouvelles m'ont conduite à nouveau sur les souvenirs de mes lectures précédentes de Xingjian: l'enfance, les tragédies vécues par la Chine lors de la Révolution Culturelle, les menus faits de la vie quotidienne qui marquent lorsqu'ils prennent une tournure malheureuse.
J'ai beaucoup aimé la nouvelle intitulée « Le temple » dans laquelle un couple de jeunes mariés s'en va visiter un ancien temple, celui de la Parfaite Bienveillance, abandonné et presque en ruines. Le temps ns semble pas avoir de prise sur la sérénité du lieu malgré la décrépitude de l'édifice: le soleil, la chaleur, les grillons crissant dans l'herbe, les yeux remplis d'amour d'un homme pour sa jeune épouse. Puis, en filigrane des touches sombres, parmi les touches vives, chatoyantes sous la plume picturale de l'auteur, de la pauvreté des campagnes reculées, de la méfiance de chacun vis à vis de l'étranger, du citadin, les souffrances vécues par les étudiants à la campagne. Les non-dits sont plus percutants que toutes les assertions du monde.
Une autre nouvelle m'a également beaucoup touchée « Une canne à pêche pour mon grand-père ». Les souvenirs d'enfance qui reviennent à la surface et entraînent un jeune père à revenir dans sa ville natale. Il se souvient de la vieille canne à pêche de son grand-père qu'il brisa: il en achète une, moderne, légère, fiable et revient sur les lieux de pêche de son aïeul. Mais la modernité est passée par là, dans cette Chine qui s'y rend à marche forcée, et la ville de son enfance n'est plus: certains quartiers ont disparus, la rue de son enfance est introuvable, le lac n'est plus que sable depuis qu'un barrage a été construit en amont. Le lit de la rivière poissonneuse n'est que cailloux et terre où la main peut rencontrer les restes fossilisés d'un poisson prisonnier du monde minéral. Les souvenirs se mêlent au présent (une finale de Coupe du monde de football opposant l'Argentine à la RFA) laissant une pointe d'amertume qui refuse de dire son nom.
La dernière nouvelle de recueil, « Instantanés », est absolument étonnante: au premier abord, le lecteur a l'impression de lire des clichés pris sur le vif par l'écrivain, des tranches de vie fugaces, esquissées d'un mouvement rapide. Puis, peu à peu, on se rend compte qu'elles se font écho parfois jusqu'à l'absurde. Des historiettes s'enchevêtrent sans cependant s'emmêler et ainsi la lecture frôle le surréalisme. On a l'impression de lire un délicieux « cadavre exquis » digne de l'Oulipo! Surprenant, déroutant et enchanteur: la plume-pinceau de Xingjian est magique car de multiples tableaux gigognes s'ouvrent au regard du lecteur, petites fenêtres de l'imaginaire.


J'ai aussi beaucoup aimé la couverture des éditions de l'Aube réalisée par Vincent Dutrait: cet énorme poisson rouge à la nageoire dorsale immense qui semble ne pas vouloir se laisser attraper...une très belle illustration empreinte de poésie.


Les avis de Flo Lilly et Florent


Textes traduits du chinois par Noël Dutrait

4 commentaires:

Moustafette a dit…

Les nouvelles ne sont pas ma tasse de thé, mais je trouve cette couverture bien belle moi aussi,chatoyante et pleine d'imagination.

Katell Bouali a dit…

@moustafette: ce recueil permet de voir une autre facette du talent de conteur de Xingjian: son oeil de peintre est idéal dans le cadre de la nouvelle, du moins est-ce que j'ai ressenti à la lecture.

Flo a dit…

moi non plus je ne raffole pas des nouvelles mais pour découvrir un écrivain c'est parfois pas mal ! En l'occurence, je ne sais pas si je relirai GX mais ces courts textes m'ont permis une initiation à son univers.
Katell tu en parles magnifiquement bien !!

Katell Bouali a dit…

@flo: merci flo :-) Grâce à toi j'ai découvert une autre facette du talent de conteur de G.Xingjian!