lundi 2 avril 2007

5ème Prix des Lecteurs du Télégramme # 3


Une île écossaise, l'Atlantique autour, la belle saison décline lentement dans l'hiver. Un homme seul dans sa ferme isolée dans la lande, seule dans un village fantôme déserté par la misère et la dureté de la vie quotidienne. Alasdair Mor, pêcheur de homards, accroché à son univers familier.
Dès les premiers mots, la poésie saisit le lecteur et le séduit. En quelques phrases, l'auteur plante le décor de cette île sauvage et pauvre où les hommes sont dispersés et livrés à la Nature:
« Le soleil.Et ce qui plus tôt ce jour d'automne avait été une explosion de chaleur immense et illimitée était à présent une puissance domptée recouvrant d'une mince couche de cuivre les plaines de l'Atlantique. La lumière scintillante ne cessait de progresser sur la mer, kilomètre après kilomètre, atteignait les rochers et les récifs de la côte, se glissait sur les terrasses de la rive et les traversait, grimpait avec force les cinquante derniers mètres de la falaise où l'herbe et les bouleaux nains avaient été écrasés contre la surface de la terre et puis elle plongeait dans les collines tapissées de bruyère et de sphaigne qui s'étendaient en terrasses et en pentes douces remontant jusque dans le ciel bleu au-dessus de l'île. Une brise légère transportait l'odeur du myrte bâtard et de la bruyère, de la vie marine. Et ainsi tout au long de la côte du grand promontoire dénudé, de sorte que toute la masse rocheuse qui se dressait, avec à son extrémité aplati et arrondie, au milieu de l'océan, adoucie par les dernières semaines du long été qui précédait l'inévitable hiver, avec ses vents et ses pluies, tremblait de chaleur et de vie. »
Ce roman balance entre violence et douceur, entre chaleur et froidure, enveloppant d'une poésie omniprésente la rugosité de l'histoire.
Dominic Cooper utilise une gamme infinie de termes pour décrire l'impétuosité des éléments terrestres ou maritimes, pour peindre les couleurs multiples de la mer et du ciel, pour exprimer la désolation d'une langue de terre battue par les vents et les pluies.
Très vite, le lecteur subodore un drame naissant, un début de tragédie digne des grandes sagas nordiques...un esprit de vengeance souffle parmi les embruns et la bruyère. Une méchanceté terrée ne demande qu'à surgir dans l'immuable des gestes quotidiens. Un antagonisme larvaire entre deux hommes qui ne se connaissent pas, une jalousie grignote l'esprit de l'un pour abattre l'autre. Puis des actes plus inavouables les uns que les autres dans cet univers où la vie rare est précieuse et digne de respect.
Cooper embarque son lecteur dans la monotonie du labeur , dans la communion chaleureuse avec les animaux, compagnons de misère de l'homme solitaire qu'est Alasdair Mor. On ne peut qu'être ému à la description de la traite de la vache des Highlands: Alasdair chantonne une mélopée douce, issue du fond des âges, sertissant ce geste millénaire des beautés poétiques de la langue de la tradition. Le temps s'arrête l'espace d'un instant: l'homme écoute l'animal et tout est apaisé.
Le coeur de l'hiver sera le point culminant de la tragédie humaine jouée sur cette lande désolée, un hiver cinglant, ivre de morsures et de vents malgré la douceur trompeuse d'une neige annociatrice d'un renouveau après l'ombre sanglante d'un massacre.
L'esprit des sagas n'est jamais loin dans ce récit épique et tragique d'une Ecosse où la vie n'épargne personne.
Un roman où les sensations sont évoquées avec brio et une écriture d'une rare maîtrise. Une balade écossaise aux accents lyriques et désenchantés où l'atemporalité et l'universalité du destin de l'Homme nous sont contées avec une sauvage poésie.

Le Bibliomane et Clarabel ont aussi lu ce roman

Roman traduit de l'anglais (Ecosse) par Catherine Goffaux et B.Hoepffner

10 commentaires:

Lilly a dit…

Waouh ! J'ai reposé ce livre très vite, il ne m'avait pas inspirée. Mais là, tu me fais revoir mon jugement...

cathulu a dit…

ça me tenterait bien...

Katell Bouali a dit…

@lilly: l'approche poétique de l'auteur peut apparaître déconcertante mais l'histoire et l'écriture sont très très belles! A lire sans s'ennuyer.
@cathulu: je ne peux que te conseiller cette lecture si l'occasion se présente à toi. C'est une belle découverte grâce à ce Prix des lecteurs!

Clarabel a dit…

J'ai surtout apprécié ce roman par son écriture ! C'est d'une maîtrise époustouflante, servie d'une très, très belle poésie. Je me suis laissée envoûter, prendre dans les filets ! :)

florinette a dit…

Je me le suis noté il n'y a pas très longtemps et à te lire, je ne devrais pas être déçue !

Katell Bouali a dit…

@clarabel: merci pour ton passage et ton petit mot. J'ai relu ton très beau commentaire sur ce roman que j'ai mis en lien.
@florinette:non, tu ne le seras pas du tout, parole de scout!

Morwenna a dit…

Hum, celui là me tente beaucoup... Je le rajoute de ce pas à ma vertigineuse LAL.Merci pour cette jolie critique!

Katell Bouali a dit…

@morwenna: merci pour tes gentils compliments. Je suis heureuse te t'avoir donné envie de lire ce très très beau roman.

La liseuse a dit…

Eh bien voilà un avis qui va me pousser à l'acheter. Il est dans ma PAL depuis un moment déjà.

C'est vraiment bien les blogs car de cette façon, on peut savoir en lisant des avis différents si le livre va nous plaire ou non ! Alors merci à toi pour ton avis bien argumenté.

eeguab a dit…

J'ai aimé l'âpreté de ce combat.Merci.Je l'ai commenté dans
Austère lande d'hiver(Lire Angleterre,Ecosse).