mercredi 18 avril 2007

Mon premier Asimov


Nous sommes en 2070, presque demain aujourd'hui, sur la Terre. Il n'y a plus de souci d'énergie ni de pollution grâce à la Pompe à Electrons: l'énergie est illimitée mais aussi gratuite! La population mondiale est de 2 milliards d'individus (il y a eu un conflit terrible et catastrophique), le gouvernement est mondial, la lune a été colonisée, on parle même d'univers parallèle. Pas de doute, c'est de la Science-Fiction, de la vraie et de la belle!
« Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes »? La découverte scientifique extraordinaire du professeur Frederick Hallam s'avère peu à peu être une bombe à retardement, capable de pulvériser l'Univers. Bien entendu, personne ne prête l'oreille aux avertissements lancés par le jeune professeur Lamont: en effet, pourquoi affoler la population avec un risque non seulement lointain mais peut-être improbable? Mais Lamont ne se résigne pas et décide de poursuivre ses recherches afin de prouver la dangerosité de la Pompe. Il est d'autant plus déterminé qu'il sait que les auteurs des plans de la Pompe sont les para-hommes (vivant dans l'univers parallèle) et qu'il y a des messages de ces derniers exprimant la peur des effets de la Pompe. En effet, au fil du temps, les lois de la physique des deux univers s'interpenètrent et se déséquilibrent de manière alarmante. Le soleil risque d'exploser et de tout pulvériser, l'Humanité est au bord de la destruction, de l'anéantissement. Ainsi s'achève la première partie du roman « Contre la stupidité... ».
La seconde partie, « les dieux eux-mêmes... », nous entraîne dans l'univers parallèle avec lequel se font les échanges énergétiques. Là vivent les Solides et les Fluides. Ces derniers formes trois espèces essentielles les unes aux autres: les Rationnels, les Parentaux et les Emotionnelles. Les Fluides ont besoin de l'énergie solaire pour se nourrir et vivre. Leur soleil se refroidit et les Solides ont mis au point une Pompe à Positons leur permettant un échange d'énergie vitale avec la Terre. Au fil des pages, nous comprenons que l'Emotionnelle Dua saisit le péril encouru par la Terre: l'explosion de son soleil, la disparition de son système et donc de toute forme de vie. Ell comprend que c'est le but recherché par les Solides: ainsi, l'énergie dispensée par ce cataclysme garantirait pendant des millions de générations la survie des Solides et des Fluides. Elle ne peut se résoudre à laisser mourir des êtres vivants et envoie des messages d'alarme aux Terriens.
La dernière partie du roman, « luttent en vain », nous entraîne sur la Lune, colonie ruant dans les brancards, désirant s'affranchir de la tutelle terrienne. Entre en scène, un personnage évoqué dans la première partie du roman: le professeur Ben Denison, laminé par son rival F.Hallam, père de la Pompe.
La concurrence est féroce entre lunarites et les terriens: les premiers veulent posséder une Pompe à Electrons afin de ne plus avoir à sortir du ventre lunaire, utérus rassurant pour certains extrémistes. Aidé par une Lunarite intuitionniste, Denison travaille à mettre au point une anti-Pompe : il a entendu les alarmes de Lamont et sait que la Pompe est dangereuse.
Ce roman, publié en 1972, articulé en trois parties étroitement liées par la citation « Contre la stupidité, les dieux eux-mêmes luttent en vain » de Johannes Friedrich von Schiller dans « La pucelle d'Orléans », est un roman d'une actualité étrange pour un lecteur d'aujourd'hui: doit-on accepter sans réfléchir aux conséquences possibles le progrès? Le culte de la science n'occulte-t-il pas la notion d'humanité? Le bien-être immédiat et sans contrainte est-il la panacée? Lorsque le danger se profile, doit-on persister dans une politique de l'autruche? Dans le roman, Asimov de son écriture enlevée et agréable, malgré les notions de physiques incompréhensibles pour une profane telle que moi, nous parle du plutonium 186 (élément fantaisiste) mais nous pourrions mettre à la place du plutonium 186 le réchauffement climatique ou la destruction de la couche d'ozone.
La magie de conteur d'Asimov comble le lecteur par ses références, non seulement scientifiques, mais aussi philosophiques (un passage important est consacré à la maïeutique socratique), littéraires (on ne peut s'empêcher de penser au roman « De la Terre à la Lune » de J.Verne) et aux échos de ses propres oeuvres (les Fluides sont-ils des robots?). Le foisonnement d'images, de récits complexes, rendent difficile l'écriture d'un commentaire digne de ce nom: comment donner envie de se plonger dans cette aventure sans trop en dire? La quadrature du cercle!
Toujours est-il que ce « premier Asimov » fut une très agréable surprise: je n'osais pas aborder cet auteur avec le cycle des « Robots ». M'étant affranchie de cette crainte, je compte me lancer dans une exploration plus approfondie de son univers et son imagination fascinants.

12 commentaires:

Caroline a dit…

Je ne suis pas très attirée par la science-fiction, mais je tenterais bien ce livre pour découvrir Asimov.

freesia a dit…

tu me donnes envie de relire Asimov... toute ma jeunesse!!!
si j'ai le temps, je replonge !
biz

Katell Bouali a dit…

@caroline et freesia: merci pour vos commentaires car écrire ce billet ne fut pas facile du tout. J'avais toujours peur d'en dire trop et d'être monotone.

fashion victim a dit…

Excellent billet!
D'Asimov, ce que j'ai préféré c'est le cycle de "Fondation" (surtout les 3 premiers volumes) et dans un genre complètement différent les enquêtes du club des veufs noirs (un peu policier).

Anonyme a dit…

L'univers d'Asimov te réservera pleins de petits bonheurs; quelle chance d'avoir encore à le découvrir! Je partage l'avis de fashion victime, le cycle de Fondation est...fantastique!

Anne a dit…

La science-fiction? Non merci et tant mieux ce matin je ne gonflerai pas trop ma LAL!

Katell Bouali a dit…

@fashion victime: je note le cycle "Fondation", mon cher et tendre dispose des titres donc, je n'aurais qu'à tendre la main!
@anonyme: tu confortes ma disposition d'esprit. Merci!
@anne: mon défi va donc d'être de réussir à mettre le nez dans un roman de SF...un jour ;-) Merci pour ton passage et ma foi, je ne serai pas fautive d'augmentation de LAL et autres PAL :-D

Sandrine a dit…

Je veux bien te croire que ce billet n'etait pas facile a ecrire. Ca a l'air drolement comlique comme histoire ! mais comme tu le dis, tout a un etrange echos a l'heure actuelle. J'aime bien ton questionement. J'aime bien finir un livre en me posant des questions qui vont m'entrainer vers un autre pour peut-etre trouver des elements de reponse ou... d'autres questions. Bref, qui fasse reflechir.

Alors tu m'as convaincue: je le mets dans ma LAL comme ca si je veux lire de la SF je choisirai certainement celui-la. Apres avoir trouve le temps de lire 1984 d'Orwell. On dirait que c'est d'actu ces temps-ci. Beaucoup de questions en perspective la aussi !

BMR & MAM a dit…

ouh la la, Asimov ça remonte à loin, quand on était plus jeune, mais alors beaucoup plus jeune ...
j'avais bien aimé à l'époque quelques volumes du cycle des Robots et effectivement le cycle Fondation m'a laissé (longtemps après, je l'ai déjà dit !) un fort souvenir : à essayer donc !

Katell Bouali a dit…

@sandrine: comme tu le dis si bien, les questions suscitées par le roman d'Asimov sont toujours d'actualité. La preuve qu'il est un grand auteur, un classique!
@bmr&mam: je constate qu'il me faudra vraiment lire le cycle de Fondation et celui des Robots! J'espère qu'il y aura un challenge lecture 2008 ;-D

ekwerkwe a dit…

Claude Ecken dit qu'on ne parle bien du présent qu'au futur. Je trouve que c'est un assez bon critère pour juger d'un livre de science-fiction ("comment est-ce que ce futur me parle du présent?"), et de ce point de vue, cet Asimov-là a l'air pas mal du tout. Pour l'instant je ne connais que ses nouvelles, que je trouve un peu laborieuses (malgré quantité de bonnes idées, il écrit plutôt à la gâche). Disons que si ce roman me saute dans les mains (oui, parfois les livres vous sautent dans les mains ^^), et bien je lui donnerai peut-être sa chance. Merci pour la note!

rachel a dit…

bin franchement pour asimov...je suis pas aussi enhousiaste que les autres...le cycle robot m'a franchement ennuye...c tres tres long a venir l'action et le denouement...et pour fondation j'ai particulierement aime le deux derniers du cycle normal..et les deux premiers qui l'a ecrit apres le dernier...(si tu me comprends ouf ouf)...mais c vrai que celui-la a l'air plutot tentant...surtout que l'on retrouve les themes de fondations...un homme qui predit la chute de la fin de l'empire et que personne ne croit au debut...;o)