lundi 16 avril 2007

Falaises


Les peurs et les angoisses peuvent atteindre des hauteurs vertigineuses. Ce roman pose des mots sur le vertige de la perte d'une mère pour un petit garçon de 11 ans.
L'enfance s'est arrêtée une nuit à Etretat: un corps qui s'envole vers le néant, pour ne plus avoir à souffrir.
Commence alors pour les survivants du drame, une érosion du désir de vivre. La douleur isole du monde, le fait détester. Il faut du courage et de la pugnacité pour se reconstruire et entrer à nouveau dans le monde des vivants. Certains n'y parviennent pas, tels le père et Antoine le frère aîné, d'autres accostent après bien des tempêtes sur les rivages calmes de la vie qui continue.
Olivier se retrouve seul lors des obsèques de sa mère, son père conduisant Antoine, évanoui, aux urgences. La tante à laquelle il est confié, le laissera seul chez lui: comment peut-on laisser seul un enfant après une telle cérémonie? On se rend compte que personne ne tendra la main à ces enfants perdus et que personne n'aidera le père à surmonter l'épreuve du brutal veuvage afin qu'il puisse rester un père pour ses fils. Un formidable gâchis prend forme devant le lecteur.
Une descente aux enfers est amorcée: se noyer dans les cigarettes, les joints, le sexe et les alcools pour les fils, se noyer dans les cris et la violence d'un despote pour le père. Une vie cahotique faite de rencontres plus bancales les unes que les autres: les membres de la bande sont tous des suppliciés de la vie, des fantômes d'enfant, des chimères d'adolescents qui ne deviendront pas adultes. Le suicide sanglant de Nicolas, l'anorexie mortifère de Lorette, balises désespérées d'un Olivier cramponné à la vie.
Antoine quitte la maison qui n'est plus familiale pour s'enfuir vers un ailleurs peut-être sans fantômes, ne revenant, sporadique image fraternelle, que pour mieux se perdre dans les méandres des routes maritimes.
Olivier abandonne aussi le domicile de son père pour un Paris de marginalité et de petits boulots. Il rencontre une jeune femme, Lea, qui un jour choisira d'en finir dans sa baignoire: encore une vie interrompue par un mal être indicible. Il fera connaissance, grâce à elle, avec Claire annonciatrice d'une autre vie.
Olivier écrit, écrit pour se libérer de ses angoisses, de ses souvenirs amputés, de ses pleurs inextinguibles, de cette fascination trouble pour les falaises vertigineuses. Le vent marin lui fouette le visage, les oiseaux virevoltent pour mieux cacher ses hallucinations: la mère disparue qui pourrait à tout moment revenir. Oui, qui pourrait...
« Falaises », un roman sur le vide laissé par la disparition inexpliquée d'une mère. Un roman sur la difficile reconstruction de soi, un roman sur l'éparpillement d'une famille.
J'ai encore du mal à trouver les mots justes pour en parler: sa lecture a été bouleversante au plus haut point, le coeur au bord des lèvres, une empathie provoquant un torrent de larmes. Le livre n'apporte aucun répit au cours de la lecture: l'humour absent ne permet la prise d'aucun recul, contrairement aux romans, dans la même veine, « Les langues paternelles » ou « L'Atlantique Sud »: l'auteur ne concède aucune respiration à son lecteur qu'il embarque dans un tourbillon sombre de terreurs et de souffrances. Mille fois, il s'est demandé, ce lecteur, comment le héros parvenait à ne pas sombrer. Mille fois, il s'est interrogé sur ce qui pouvait retenir le héros à la vie. La réponse est belle et lumineuse comme une éclaircie qu'il n'espérait plus.

Ici, là chez Pitou puis un avis picoré chez lo et fibula....un florilège d'impressions de lecture!

13 commentaires:

Moustafette a dit…

Ouf, celui-là je l'ai lu et il m' a fait une très forte impression aussi, comme bcp de livres de cet auteur.

sylire a dit…

Moi aussi j'ai beaucoup aimé ce livre. Pour l'instant c'est le seul livre d'OLivier Adam que j'aie lu. En revanche j'ai vu le film "t'en fais pas je vais bien" tiré d'un de ses livres et j'ai retrouvé la même ambiance. C'est un film bouleversant comme l'est falaises.

Lilly a dit…

Je suis incapable de lire ce livre. Mais ta critique est vraiment émouvante. Merci !

anjelica a dit…

Je le note mais je ne lirais pas pour l'instant. Je n'ai pas envie de ce genre d'histoires en ce moment !

cathulu a dit…

Je passe, je reste totalement hermétique à cet auteur...

Vanessa a dit…

Bien envie de m'y coller...j'ai aimé le film tiré d'un de ses livres, une angoisse persistante...

Anne a dit…

Bouleversée, je l'ai été aussi; par ce roman comme avec tous ceux d'Olivier Adam...
Ta critique est superbe...

Gachucha a dit…

Olivier Adam est un grand auteur, je lirai ce titre pour lequel tu as su trouver les mots.

Florinette a dit…

Très bel article qui rappelle l'atmosphère émouvante du livre.
Lors de la lecture, j'ai ressenti la même chose que toi, un sentiment de tristesse oppressant.

valdebaz a dit…

Je ne connais pas cet auteur, mais je tenterai surement avec un autre titre. Certaines histoires ne m'attirent pas trop...
Merci pour les messages sympa laissés chez Ax. Il n'est pas aussi accro que sa mum mais il répondra ! sous la menace...;-)

Katell Bouali a dit…

@ toutes: Je ne pensais pas ressentir autant d'émotions à la lecture du roman. J'ai été emportée dans le tourbillon du malheur et de la reconstruction de l'être sans reprendre mon souffle. Je lirai dès que possible un autre roman de lui.

freesia a dit…

une lecture éprouvante mais qui me parle... cet auteur m'interpelle d'autant plus que je l'ai rencontré lors d'un festival des auteurs du bord de mer et qu'il avait été très critique sur son tout premier livre. il est entier, franc, intransigeant. mais c'est ça aussi la vie...

Katell Bouali a dit…

Je te remercie freesia pour ton message et tes infos intéressantes qui donnent un aperçu de l'auteur.