mardi 17 avril 2007

Shakespeare en Inde


Il était une fois un jeune garçon, Devdas, et une fillette, Parvoti, qui s'aimaient d'amour tendre sans le savoir. Enfin, Parvoti, elle, sait qu'elle aime Devdas. Nous sommes au début du XXè siècle, dans une Inde sous la domination anglaise. D'ailleurs, cette Angleterre dominatrice n'est évoquée que par le fait que Devdas, une fois parti en ville, revient élégamment habillé et chaussé de belles chaussures! Hormis ces indices, aucune mention des maîtres de l'Inde.
Devdas est issu de la caste des brahmanes, Parvoti vient d'une famille de marchands. Ils sont voisins, ils ont grandi ensemble jusqu'au jour où Devdas, suite à une de ses facéties, se retrouve exclu de l'école. Il est envoyé chez un oncle, en ville, pour suivre ses études. Parvoti, sans Devdas, délaisse l'école pour une solitude de sauvageonne pour mieux y retourner (être seul peut devenir lassant pour une jeune enfant).
Les années passent, Parvoti grandit pour devenir une jolie jeune fille de 13 ans qu'il faut songer à marier. Devdas, au fil de ses retours, voit la beauté de Parvoti s'épanouir. Et si tous les deux s'unissaient? C'est sans compter avec les rigidités sociales dues au système des castes. L'union de Devdas et Parvoti ne peut se faire sous peine de déchoir. Le père de Parvoti lui trouve un époux, un veuf d'une quarantaine d'années, autant dire un vieillard!
Ainsi commence une tragique histoire d'amour qui fascine encore l'Inde d'aujourd'hui.
Devdas et Parvoti ne cesseront de se perdre et de souffrir. Devdas, sombre dans l'alcool et les excès divers qui le rongeront peu à peu.
Parvoti deviendra une maîtresse de maison hors pair mais il lui manquera toujours le petit quelque chose qui rend heureux: un amour vécu sans contrainte.
Certes, ils se retrouveront mais encore au bout d'un ultime rendez-vous manqué!
J'ai aimé l'ambiance dramatique montant au fur et à mesure de la déchéance de Devdas et de l'attitude, lointaine (?) de Parvoti: le lecteur est happé dans la spirale du malheur des amants maudits. A chaque fois qu'ils pourraient enfin se rejoindre et être enfin heureux, les bienséances, les règles sociales viennent entraver leur destin: Devdas et Parvoti sont un peu les Romeo et Juliette de l'Inde.
J'ai aimé le passage où Parvoti vient retrouver, à la nuit tombée, Devdas dans sa chambre: un acte d'une audace incroyable pour une jeune fille hindoue! L'atmosphère y est sensuelle, troublante et le lecteur sent que tout basculer: les jeunes gens peuvent succomber comme résister à leurs sentiments. Il y a une tension cruelle et douloureuse dans ce face à face amoureux.
J'ai aimé la rencontre entre Devdas et Chandramoukhi, la prostituée qui illuminera de son amour impossible leur relation amoureuse.
J'ai aimé ces amours, platoniques pour la bienséances, impossibles et torturés et les multiples rebondissements qui les rendent à chaque fois plus inaccessibles.
Une lecture chatoyante, colorées, avec des rires, des larmes, des peurs, des blessures, des regrets et des destins contrariés. C'est un florilège de situations plus dramatiques les unes que les autres ne laissant entrevoir aucune issue heureuse pour les héros: une vraie tragédie à déguster car écrite avec les épices sentimentales indiennes.
Cathe et Sylvie aussi l'ont lu.

9 commentaires:

Anne a dit…

Je me promets depuis quelque temps de découvrir la littérature japonaise, voilà maintenant qu'il va aussi falloir lire l'indienne! Mr Le Directeur, j'ai besoin d'une année sabbatique SVP!

BelleSahi a dit…

Tu as vraiment des lectures très différentes !

cathe a dit…

Je vois que tu as préféré le sentimentalisme de "Devdas" à la cruauté d'"Une épouse pour le Sahib" ;-))

Où l'on voit que la littérature indienne est très variée :-)

Merci pour le lien

Katell Bouali a dit…

@anne: la littérature indienne est très intéressante et grâce au dernier salon du livre elle est moins confidentielle. Je ne peux que t'encourager dans ta découverte!
@bellesahi: j'essaie de varier mes lectures car j'aurais tendance à être "popote" ;-)...parfois je me trouve bien inspirée d'autre moins.
@cathe: oui, j'ai préféré ce sentimentalisme. J'espère pouvoir trouver d'autres titres de cette belle littérature indienne très différente et très éclectique: les cultures linguistiques sont tellement variées que les productions littéraires n'en sont que plus riches!
J'aime que les visiteurs aient différents points de vue sur un roman: cela peut tempérer mes enthousiasmes comme mes déceptions.

Gachucha a dit…

Je n'ai pas lu le livre, mais j'ai vu le film, c'est du grand Bollywood avec la très belle Aishwarya Rai...
Je vois que tu lis toi aussi "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", moi je me régale, Papillon avait raison.

BelleSahi a dit…

Popote ??? C'est rigolo ce mot !!!

Katell Bouali a dit…

@gachucha: je n'ai ps encore vu le film "Devdas", j'espère l'emprunter un jour. "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" tient toutes ses promesses.
@bellesahi: le rire est un bienfait!

Lou a dit…

Après avoir abandonné les blogs pendant quelques jours je retrouve avec plaisir toutes tes critiques ! Mais comment fais-tu pour lire un livre par jour ?:o) Je t'envie car je n'ai pas beaucoup de temps à moi en ce moment !

akialam a dit…

Il faut absolument que je le lise, ça fait longtemps que j'y pense, mais jamais quand je rentre dans une librairie...