dimanche 22 avril 2007

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur


Les Etats-Unis, Alabama, dans les années 30. Le Sud profond, la Grande Dépression n'en finit pas de laminer les agriculteurs pauvres et les ouvriers.
Alabama, état sécessionniste, état esclavagiste, état ségrégationiste, état agricole, état languissant sous le soleil et le vent.
Atticus Finch, avocat, élève seul ses deux enfants, Jem et Scout (Jean Louise pour l'éta civil), secondé par la gouvernante noire Calpurnia. Le lecteur se laisse emporter par la douceur de la chronique familiale, par le regard de l'enfance, par la plume de la narratrice sous l'emprise de ses souvenirs. Le temps s'écoule lentement, tel un fleuve paressant sous le soleil de plomb: les vacances d'été sont attendues avec impatience, l'école, pour Scout, est un carcan ennuyeux.
Scout est un véritable garçon manqué: elle n'hésite pas à utiliser ses poings et ses pieds pour se tailler une place dans la fratrie mais aussi dans l'espace scolaire. Son frère et elle sont fascinés par le mystère de l'enfermement d'un de leur voisin: Arthur « Boo » Radley, invisible depuis son adolescence agitée. Au fil des étés, ils inventent mille stratagèmes pour tenter de le faire sortir de chez lui...à leurs risques et périls parfois! Un lien se créé, timide communication muette: un creux dans un arbre sert de lieu d'offrande (friandises, statuettes de savons, pièces anciennes), d'autel d'une possible amitié jusqu'au jour où ce creux est cimenté. La vie reprend son cours, les enfants grandissent, la vie coule paisiblement, la chronique pourrait rester douce chronique de l'enfance. Mais la réalité du Sud rattrappe le récit: Atticus est commis d'office pour défendre un Noir accusé de viol sur une femme blanche!
Le monde des adultes vu par les yeux des enfants prend des couleurs criardes et tristes à la fois: le carcan de la tradition, la société sudiste qui ne s'est toujours pas remise de l'abolition de l'esclavage, rendent aveugle à la raison et à la logique du coeur. Le fossé entre Noirs et Blancs est un abysse qui semble impossible à combler: pourtant un frémissement a lieu, un frémissement porteur d'espoir, un frémissement fragile mais existant qui est celui du doute semé dans l'esprit des hommes, le doute s'installe et la parole du Blanc n'est plus Evangile. D'ailleurs, comme le fait si bien remarquer Scout du haut de ses 8 ans, comment peut-on être choqué et horrifié par la politique d'Hitler et rester injuste et odieux envers les Noirs? L'adulte ne verrait-il que la paille dans l'oeil de son voisin et nullement la poutre qui lui obscurcit la vue (et le jugement)? Les enfants auraient-ils moins de préjugés que les adultes? Auraient-ils plus de capacité à ouvrir leur coeur à autrui, à l'étranger? Auraient-ils moins peur que les grands?
Le personnage du père est une réussite romanesque et un modèle de tolérance et d'amour. L'éducation libre, qu'il donne à ses enfants, ne produit pas, malgré les apparences, de « sauvageons » mais bien des citoyens pensants et dignes, de futurs adultes au raisonnement le plus juste possible. Il veut être la personne en qui ses enfants puissent toujours faire confiance, il veut être un homme debout, un véritable humain: il veut pouvoir toujours se regarder, sans honte, dans une glace mais surtout dans le regard de ses enfants. Il les aide à grandir, à se construire, à être de grandes personnes dignes de ce nom!
La métaphore de l'oiseau moqueur est le fil rouge du roman: le lien qui décille le regard porté sur les gens de couleur. « Tirez sur tous les geais bleus que vous voudrez, si vous arrivez à les toucher, mais souvenez-vous que c'est un péché de tuer un oiseau moqueur! (....) Ton père a raison. Les moqueurs ne font rien d'autre que de la musique pour notre plaisir. Ils ne viennent pas picorer dans le jardin des gens, ils ne font pas leur nid dans les séchoirs à maïs, ils ne font que chanter pour nous de tout leur coeur. Voilà pourquoi c'est un péché de tuer un oiseau moqueur » (p 144)
Un écho se fait entendre p 373 « (Mr Underwood) se contentait de dire que c'était un péché de tuer des infirmes, qu'ils soient debout, assis ou en train de s'évader. Il comparait la mort de Tom au massacre absurde des oiseaux chanteurs par les chasseurs et les enfants.... ».
L'oiseau moqueur, emblème du Sud, de la tradition et des bonnes manières que néglige voire refuse Scout, mais aussi il est une figure mythologique pour certains peuples: il aurait apporter le langage aux hommes et appris le chant aux oiseaux.
« Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » est le récit d'une enfance qui prend conscience de la brutalité du monde des adultes, mais aussi description d'un Sud rural, reculé qui semble avoir été épargné par la brutalité d'un « Mississipi burning »: une onde légère mais persistante parcourt ce monde figé par les lourdes traditions coloniales, celle du doute, ténue mais insidieuse qui peu à peu fera triompher une égalité. L'égalité certes mais encore le regard, le point de vue....mais sans doute est-ce du ressort des prochaines générations étatsuniennes? Les grands pas de l'Humanité sont souvent une suite de minuscules avancées
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Beaucoup de blogueurs l'ont lu et aimé: gachucha papillon tamara hervé sylire bouquiner/maxi clarinette cécile Kalistina et d'autres (ne pas hésiter à me laisser un message pour que je mette l'article en lien!)
Roman traduit de l'anglais (USA) par Isabelle Stoïanov


20 commentaires:

kalistina a dit…

Je l'ai lu moi aussi et l'ai beaucoup aimé (http://kalistina.over-blog.com/article-3265194.html).
Tu fais toujours de si belles et construites critiques, je rougis de la mienne à côté!

Caroline a dit…

Un livre qui fait l'unanimité visiblement, il serait temps que je m'y mette aussi.

BelleSahi a dit…

on libraire n'en avait plus. Il est commandé. je vais enfin le lire...

BelleSahi a dit…

Mon !!!

Anne a dit…

Vendredi, je ne l'ai trouvé pas chez mon bouquiniste non plus! Bien sûr, après une telle critique il reste sur ma LAL.

beat a dit…

oups !!!!!!! je l avais devant mon nez et j ai hésité à le prendre .................

Katell Bouali a dit…

@kalistina: merci pour le lien que j'ai copié/collé.
@caroline, bellesahi, anne et beat: oui, ce livre est à lire dès que possible ;-) Vous vivrez un très bon moment de lecture sous le soleil de l'Alabama.

anjelica a dit…

Je l'ai noté et renoté !
Le problème c'est que je lis à la vitesse d'un escargot en ce moment !

gambadou a dit…

j'ai beaucoup aimé et les personnes a qui je l'ai prété ont été décues... donc je suis contente quand je vois des commentaires positifs

Florinette a dit…

Je l'ai dans ma PAL et je compte bien le lire dès que j'en ai l'occasion !!! ;-)

sylire a dit…

Je suis d'accord avec Kalistina ! Tu fais de très belles critiques. Merci pour le lien. Superbe livre. Je suis ravie qu'il fasse le tour des blogs

pom' a dit…

c'est un très beau lire, il parle d'un sujet grave mais raconté par les yeux des enfants,il garde une pointe d'innocence que m'a beaucoup plu.

Katell Bouali a dit…

@anjelica: le principal est d'arriver tranquillement à la lecture de ce beau roman et de le déguster.
@gambadou: comme quoi, les sensibilités littéraires des uns et des autres sont différentes. L'essentiel est de passer un agréable moment de lecture, même si on préfèrerait que tous ceux qui lisent ce roman aient la même analyse que la sienne.
@florinette: en début de PAL, j'espère ;-)!
@sylire: je rougis sous le gentil compliment. merci ;-)
@pom': oui, le regard d'enfant permet certaines audaces et donne une frâicheur au récit qui atténue la noirceur du sujet.

Gachucha a dit…

Contente de lire ta belle critique. C'est un très beau texte, et je ne crois pas qu'on puisse être déçu à sa lecture.

Katell Bouali a dit…

@gachucha: merci d'être passée lire mon commentaire sur ce roman qui fait l'unanimité (enfin presque ;-) ).

Karine a dit…

J'ai également lu et beaucoup aimé. Comme plusieurs copains à moi n'apprécient pas du tout, je suis contente de voir que je ne suis pas seule à aimer!!!

Katell a dit…

@karine: les avis sont en général très élogieux à son sujet! Je comprends la joie éprouvée devant des avis concordant au sien....surtout quand on est seul à être positif ;-)

Anonyme a dit…

Je l'ai lu parce que mon professeur de français de l'année dernière me l'avais conseillé et je n'ai aps du tout regrettée !! c'ets vraiment un livre super !! il est réellement bien écrit !
C'ets un livre que je conseille !!

Anonyme a dit…

j'ai lu un bon bout de roman pour mon examen de francais du ministere en lecture pis j'ai trouver ce livre plate en calvaire

Anonyme a dit…

Moi je doit le lire pour la rentré (demin) c'est vrai je mis pren au dernier momen mes j'ai seulemen les 160 premiers page a lire partout sur le net j'ai chercher comment le lire en ligne je ne l'ai pas trouver ... et cett semaine je sui allé au lecler en ville ... Bisarement personne ne l'a alor j'aimerai svp que vous me le resumé seulement le 1 chapitre merci j'ai bcp aprécier votre resumé !