dimanche 1 avril 2007

Dans la solitude de la forêt norvégienne


quatrième de couverture:

"Au cœur de la forêt, une vieille femme est retrouvée morte devant sa maison par Kannick, un pensionnaire de l'orphelinat local. Celui-ci raconte aussitôt à la police qu'il a aperçu un individu dissimulé entre les arbres, ressemblant fort à Errki Johrma, un jeune marginal échappé du centre psychiatrique. Le lendemain de cette découverte macabre, la banque de la ville est cambriolée. Le braqueur prend un jeune homme en otage et s'enfuit dans les bois. Le commissaire Konrad Sejer se doute qu'il existe un lien entre les deux affaires. Tout semble accuser l'énigmatique Errki, que -seule sa psychiatre juge incapable d'un tel acte. Au cœur de la forêt norvégienne, l'étau se resserre. Le grand art de Karin Fossum, que certains comparent à Ruth Rendell, est de nous faire entrer dans l'intimité de ses héros avec empathie et lucidité. Elle fait la preuve ici de sa parfaite maîtrise du roman psychologique. "



Après Mankell, Indridason, Karin Fossum apporte le souffle nordique dans la sphère du policier.
Le déroulement de l'intrigue est au diapason de l'été étouffant de chaleur: lenteur, sueur, touffeur estivale du bois, jour sans fin, pénombre claire. La campagne norvégienne se languit dans sa solitude, les lacs esseulés, les chalets abandonnés.
Errki Johrma est seul dans sa folie intime, incompris du monde extérieur, marqué par la disparition tragique de sa mère dont il se croit responsable. Il se déteste tellement qu'il en est devenu angoissant et répugnant pour les autres...et qu'il entretient le sentiment de peur et de dégoût avec une certaine délectation. Sa marginalité est sa révolte et son port d'attache dans sa ruine intérieure. Le lecteur comprend très vite que cet être est le bouc émissaire tout trouvé: tous les indices font de lui le coupable idéal, tout semble concorder...mais le commissaire Konrad Sejer écoute la petite note discordante qui lui chuchote d'aller au-delà de la simple apparence. En effet, pourquoi la folie serait-elle toujours la compagne de la violence et du sang?
La quête du meurtrier se superpose à la recherche d'un braqueur de banque doublé d'un preneur d'otage. Le lecteur suit la cavale du braqueur qui dès le départ ne paraît pas tenir les rênes du pouvoir sur son otage malgré la possession du révolver: l'otage semble être en dehors de la réalité brutale. Le duo se retrouve dans les bois oppressants de chaleur, l'otage marche sans effort apparent dans la touffeur végétale, c'est lui le guide, c'est lui le maître. Le braqueur monologue, cherche à communiquer avec son étrange otage qui devient très vite un boulet. Mais ce boulet connaît la forêt et son labyrinthe...Le braqueur et l'otage ne sont que deux solitudes réunies par l'ironie du hasard. Le premier apprend par la radio qu'il a « embarqué » le présumé tueur d'une vieille dame...le regard change, la peur s'installe puis un dialogue se noue dans la douleur d'un nez sauvagement mordu: Errki ne devient violent que lorsqu'il se trouve acculé, tel un animal et a la réaction d'un animal (ou du tout petit enfant)...il mord!
Parallèlement, le commissaire enquête auprès du témoin du meurtre, un jeune garçon placé dans un orphelinat. Ce garçon, ignoré par sa mère, trop gros, trop insignifiant, est un solitaire aussi qui s'est réfugié dans l'engloutissement de la nourriture et le tir à l'arc.
Un concours de circonstance va réunir les trois solitudes et élargir le huis-clos du chalet abandonné. Un huis-clos où les névroses de chacun sont à leur paroxysme.
La vérité éclate dans les ultimes pages du roman, étonnante et poignante...La folie intime sera-t-elle cette fois évitée?
J'ai aimé cette écriture qui met en valeur la psychologie de chaque personnage essentiel du roman. Le commissaire est un homme seul, meurtri par la perte de sa femme, Errki est seul dans sa culpabilité qui l'étreint et l'étouffe, le braqueur Morgan est un être seul, sans ami, Kannick est un gamin seul et perdu dans son errance affective....la vie et ses hasards a le pouvoir de les sortir de leurs peurs ou de les y enfermer éternellement jusqu'à la délivrance finale.
Un récit de la vie et de ses méandres, de ses labyrinthes, qui fait frissonner d'angoisse et d'émotion, qui ne laisse pas indifférent mais multiplie les questionnements sur le sens de nos existences.

10 commentaires:

Moustafette a dit…

Noté et renoté et souligné !!! Bon dimanche.

beat a dit…

ho ça me parait bien ce bouquin , et un de plus dans ma PAL

Katell Bouali a dit…

Merci moustafette, bon dimanche à toi aussi!
@beat: il est bien ce polar et on est vite happé par l'ambiance.

BMR & MAM a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
BMR & MAM a dit…

Ah ! encore un polar polaire ?
M'a l'air bien glauque encore.
Allez, bientôt dans la PAL ...
Histoire de rejoindre la collection ici :
http://bmr-mam.over-blog.com/article-5941215.html

cathulu a dit…

polar écrit par une nordique, je note !

florinette a dit…

J'hésitais à le noter, mais aujourd'hui en relisant ton article, je craque, je sens que c'est un roman qui vaut le détour ! ;-)

Katell Bouali a dit…

@bmr, cathulu et florinette: c'est une agréable découverte grâce à un blog (mais je ne me rappelle plus lequel)littéraire.

Allie a dit…

La couverture est bien belle je trouve!
Et ça m'a l'air fameux comme roman, je ne connaissais pas! Je le note aussi!

Katell Bouali a dit…

@allie: bon choix ;-)