jeudi 31 mai 2007

Un bout d'Italie


Depuis le temps que ce titre me faisait de l'oeil sur les blogs! Dès qu'il s'est trouvé sur le présentoir des nouveautés à la médiathèque, je me suis précipitée dessus: enfin, je le tenais!
Et me voilà très vite plongée et conquise par l'écriture simple mais efficace de Milena Agus.
Elle nous transporte en Sardaigne, pendant la guerre, dans l'univers rude et frustre des petits paysans. Dans une société rurale traditionnelle, le célibat des filles est mal vécu par la famille. C'est ce qui arrive à la grand-mère de la narratrice: vieille fille malgré son extraordinaire beauté. Pourquoi? En raison de son étrange caractère, caractère enflammé et sans retenue? En raison de son comportement violent envers elle-même (elle s'automutile et a des tendances suicidaires)? En raison de ses élans romantiques expansifs vers les prétendants qui lui plaisent (elle leur écrit des lettres d'amour enflammées et inconvenantes!)? Sans doute pour tout cela.
Cette jeune femme est seule parmi les siens, incomprise et elle se mure dans une folie, parfois douce, parfois violente, qui la met hors du monde. Elle a des facilités pour apprendre, mais ses parents n'ont pas voulu qu'elle continue l'école: dans leur monde, cela ne se fait pas. Alors, la jeune fille, puis la jeune femme, écrit en cachette sur un carnet ce qu'elle ressent.
Un jour, arrive au village un citadin qui a tout perdu dans un bombardement: famille et femme. Il est accueilli sous le toit de la jeune femme et de sa famille, très vite il comprend la situation de cette jeune femme et la demande en mariage. Ce mariage ne sera pas un mariage d'amour, on le sait dès le départ. Ce mariage sera-t-il capable de briser la spirale infernale du malheur?
Le temps passe, elle est enceinte plusieurs fois mais dans l'impossibilité de mener une grossesse à terme. On parle de « Mal de pierres », de malédiction: il lui manquerait le petit quelque chose qui permet d'être pleinement mère. En désespoir de cause, elle va suivre une cure sur le Continent, cure pendant laquelle elle rencontrera Le Rescapé, homme brisé par la guerre, mélomane et cultivé. Ils auront une liaison amoureuse qui fera découvrir à cette femme les douceurs de la tendresse partagée. Au retour du séjour thermal, elle est de nouveau enceinte et cette grossesse ira à son terme. Ce sera la seule et unique fois.
Le personnage principal, cette grand-mère particulière – qui écrit, dessine et peint avec art, s'estompe souvent devant les personnages secondaires qui s'avèrent être des touches essentielles du récit. Le grand-père, amateur de prestations de maison close, à la fois dur, froid et d'une tendresse muette que ne comprend que trop tard son épouse. Le fils, qui deviendra pianiste de renom, solitaire, rêveur, « à côté de la plaque » comme l'était sa mère. Les tantes et les oncles qui partent sur le Continent, mirage de Terre Promise, à Milan où la vie est difficile pour les Italiens du Sud, immigrés dans leur propre pays. La maison détruite puis reconstruite, berceau de la narratrice, berceau des émotions. Le Rescapé, cet homme qui restera dans la mémoire de la grand-mère, qui est peut-être le père du père de la narratrice...allez savoir! Cet homme qui est le contraire du grand-père: il aime la tendresse, il aime les discussions, il aime l'art, il aime ce qui indiffère le grand-père.
Mais il y a aussi, en un sensuel filigrane, le récit de la vie amoureuse des grands-parents: les jeux de maison close pendant lesquels, la grand-mère, villageoise tout en tradition, se plie à tous les désirs de son époux (la geisha, la collégienne, la méchante, la soubrette...). Ces multiples évocations sont de vraies scènes surréalistes pour le lecteur et parfois il se demande où commence et où s'arrête la réalité.
Le dénouement renforce ce doute: fantasmes écrits par la grand-mère, rêves épicés de la folie de ses sentiments? On croit connaître ses proches or il s'avère souvent qu'il n'en est rien. Peut-être en va-t-il de même pour la narratrice: les souvenirs narrés et écrits de sa grand-mère ne seraient que des espoirs, des souhaits enfouis au plus profond de son être fantasque.
Un roman aux accents japonais: les petits riens de la vie sont doucement abordés et sont les piliers de la vie qui s'écoule, lentement et inexorablement. Le « sentiment profond des choses » teinté de tristesse, de mélancolie devant l'éphémère beauté de la nature ou de la vie humaine. Une famille doit trouver son équilibre: si elle est en déséquilibre, un de ses membres devient celui par qui la sérénité revient pour que le cycle reprenne son cours. La grand-mère est-elle cet élément régulateur?
Je me plais à le croire.

D'autres avis glanés sur les blogs: gachucha, les fanas de livres, tamara, lilly, chimère, clarabel, cuné, laure, papillon, cathe et goelen....histoire de vous faire une idée de ce petit bijou transalpin!

Roman traduit de l'italien par Dominique Vittoz




19 commentaires:

BelleSahi a dit…

Oh je l'ai demandé à la bibli du village d'à côté. Ils vont l'acheter !! Encore un peu de patience. Pffffuuuuu ! Bonne soirée ! Merci pour ce cadeau. Je l'ai rangé dans le livre "L'élégance du hérisson"
Bises !

Katell Bouali a dit…

@bellesahi: j'ai patienté plusieurs mois avant de le lire...mais la récompense était au bout! Je suis heureuse d'avoir pu te faire plaisir: lorsque j'ai su que tu étais une admiratrice de Muriel barbery, je me suis dit "tiens, je vais demander un petit mot pour bellesahi et lui faire une méga surprise!"...héhéhé ça a marché chouette :-D Bonne soirée à toi aussi.

maijo a dit…

Je l'avais déjà noté, mais avec le retard que j'ai accumulé...

BMR a dit…

Tous ces êtres embarqués dans la vie sont dépeints avec une profonde humanité : l'auteure aime véritablement ses personnages et ça se lit à chaque page.
On en parlait ici et c'est l'un de nos meilleurs bouquins 2007.

Florinette a dit…

J'espère pouvoir bientôt m'en faire plus qu'une idée ! ;-)

JULES a dit…

À voir toute la liste de lectrices ayant déjà fait la découverte de ce roman, je me sens un peu seule!! ;P Je le note...

cathulu a dit…

Je crois aussi qu'il est à la médiathèque, je vais le guetter !

Katell Bouali a dit…

@maijo: entre deux lectures pour le concours, cette petite centaine de pages t'emmènent dans une autre dimension et favorisent l'évasion ;-) A lire pour se changer un peu les idées.
@florinette: j'ai attendu quelques mois avant de pouvoir m'y plonger ;-) mais l'attente en valait la peine.
@jules: mais non, tu n'es pas toute seul- rires-!
@cathulu: alors à l'occasion, lis ces pages sardes.

anjelica a dit…

Bon je l'avais déjà noté, maintenant je vais le surligner !
Avec tout ces livres qui se rajoutent plus ma trilogie, j'ai pris du retard sur mon challenge...
Je ne veux plus travailler, je veux passer mes journées à lire et à blooger et aussi à voyager !!!!!
Et je voudrais aller en ITALIE.

InColdBlog a dit…

une petite pierre qui s'est vite transformée en joyau il semblerait :o)

naniela a dit…

Il est dans ma LAL et là tu me mets encore plus l'eau à la bouche. Un beau billet.

Moustafette a dit…

Il est déjà noté car il en a ravi du monde ce livre !

Morwenna a dit…

Ca y est, il est noté...Ca m'a l'air d'être une très belle lecture!

Allie a dit…

Une très belle critique que tu en fais là! Depuis le temps que je le vois dans la blogosphère... je surveille ma bibliothèque!

Katell Bouali a dit…

@anjelina: comme j'aimerai retourner en Italie, le rêve! Et laisser le travail entre parenthèses! Toi aussi, ta liste s'allonge dangereusement, tiens donc ;-)
@incoldblog: n'est-ce pas! Une pierr sarde brillante.
@naniela: merci naniela et j'espère que tu le liras bientôt ce beau roman.
@moustafette: et je suis certaine qu'il te ravira également, si, si!
@morwenna: coucou! J'espère bien qu'il est noté: il faut le lire (tiens on dirait du musky-moustafette, hihihi)!!!!
@allie: moi aussi, j'ai surveillé la bibliothèque: tout arrive à qui sait attendre ;-)

Lilly a dit…

J'ai bien aimé mais sans plus. C'est vrai qu'il y a des accents japonais dans ce livre, je n'avais pas fait attention...

Katell Bouali a dit…

@lilly: merci d'être venue faire un tour. Je suis une accro à la littérature japonaise et à ses ambiances étranges: aussi suis-je réceptive à tout écrit qui s'en rapproche. A très bientôt :-)

Tamara a dit…

Je n'avais pas pensé à ce côté "japonais" non plus... Il y a du vrai dans cette remarque ! :-)

Katell Bouali a dit…

@tamara: merci d'être passée et laisser un petit mot :-)